La littérature irakienne désigne l'ensemble des pratiques et productions textuelles, orales et écrites, à toute époque, en toute langue, en tout lieu (, estimées à personnes), par des Irakiens de tout statut (citoyenneté, résidence, clandestinité, autre) et/ou toute personne revendiquant, au moins partiellement, son appartenance à la culture irakienne. Il s’agit d’abord de littérature contemporaine, essentiellement en arabe ou en kurde, les deux langues officielles depuis la constitution de 2005.
La littérature irakienne est ainsi la littérature (écrite comme orale) originaire du pays actuel, appelé désormais officiellement république d'Irak, dont la population est estimée en 2021 à . Cette littérature est influencée par les littératures des autres pays arabophones, la littérature persane et l'histoire politique du pays.
Démographie : peuples, langues, religions La population, en millions d’habitants, est estimée à 1 (années 1-600), 1.5-2.5 (700-1200), 1 (1300-1800), 2,4 (1900), 3 (1920), 31 (2009), 40 (2018 et 2020), avec une diaspora, surtout depuis 1990 et 2003, qui serait de .
L’Irak demeure une mosaïque de peuples et de langues. Les deux grands groupes ethniques en Irak sont arabes (>70 %, environ ) et kurdes (>20 %, environ ).
Les sont, vers 1990-2000 : Turkmènes d'Irak (entre 0,5 et ), (entre 0,5 et de descendants des Zanj), Yézidis (<), Shabaks (>), Doms (Roms, Kawliya, Qawliya, Nawar) (), (, Azéris (Azerbaïdjanais d’Irak), Persans d’Irak (), Lors d’Irak () (ou Feylién, , Mandéens, chrétiens (chrétiens arabes, catholiques chaldéens et orthodoxes syriaques).
Outre les minorités religieuses (bahaïsme, christianisme, mandéisme, yârsânisme, yézidisme, zoroastrisme (en résurgence au Kurdistan irakien), la population irakienne relèverait à 50 % du chiisme imamiste (ou duodécimain) et à 17 % du sunnisme.
L’arabe mésopotamien (irakien), en raison de multiculturalisme inhérent de l’Irak ainsi que de son histoire, comporte de vastes emprunts dans son lexique de l’araméen, de l’akkadien, du persan, du kurde et du turc.
Les populations kurdes ne sont pas uniformes, se composent de différents groupes, dont les Jaf, les Kakaï… Les dialectes kurdes sont surtout le gurani, le kurmandji, le sorani.
Les populations arabes se composent également de différents groupes, dont les , les Arabes des marais, les Bédouins Chammar.
Diverses minorités, bilingues ou trilingues, parlent leur propre langue : arménien, mandéen moderne, néo-araméen oriental ou soureth, syriaque, persan (farsi), turc, azéri, avec des particularités mésopotamiennes/irakiennes. Chacune de ces langues est susceptible de porter une littérature, orale, radiophonique, télévisuelle, écrite, imprimée, traduite…
Contexte politique Dès 1900, l'Irak redevient un champ de bataille entre les empires du Moyen-Orient, jusqu'à la conquête britannique en 1918, qui en fait un État souverain sous mandat anglais.
1900-1920 : fin de l’empire ottoman Le début du siècle amplifie certaines dérives ottomanes, dont les Tueries de masse ottomanes : génocide assyrien (1914-1920), génocide arménien (1915-1923), génocide grec pontique (1916-1923). Une partie des rescapés trouvent refuge d’abord dans la région du nord de la Syrie-Irak, dans les camps de Deir ez-Zor. Les témoignages présentent une certaine image des populations des deux pays.
Le déclin de l’Empire ottoman (1299-1922), en grande partie accentué par l’action des Jeunes-Turcs (1908), bien plus que du Congrès général arabe (1913), entraîne son effondrement (1908-1922) et l'abolition du sultanat ottoman (1922). La position ottomane dans la Première Guerre mondiale (1914-1918), le blocus de l'Empire ottoman (par la Triple-Entente, contre la Triplice puis la Quadruplice), la campagne du Sinaï et de la Palestine (1915-1918), la révolte arabe de 1916-1918, tout concourt à sa chute en 1918-1923. Mais il y a encore la guerre franco-syrienne (1920), la (région d'Alep, 1920-1921), la campagne de Cilicie (1918-1921), dans le cadre de la guerre d'indépendance turque (1919-1922), et la naissance des Frères musulmans (1928).
Dès 1918, les anciens vilayets du Levant sont déclarés territoires ennemis occupés (1918-1920, TEO). En 1920, le organise le royaume arabe de Syrie (1920). Le traité de Sèvres (1920) établit un mandat français en Syrie et au Liban, un mandat britannique pour la Palestine, un protectorat britannique sur l'émirat de Transjordanie et un mandat britannique de Mésopotamie : partition de l'Empire ottoman.
Mandat britannique de Mésopotamie (1920-1932) : Irak mandataire Le , la Turquie, qui émerge d'un empire ottoman démantelé, nouvellement créée sur les ruines de l'Empire Ottoman, signe le traité de Sèvres qui l'oblige à reconnaître la perte de ses possessions arabes. Un Kurdistan autonome est également créé entre l'Est de l'Anatolie et le vilayet de Mossoul. La résistance de Mustapha Kemal empêche l'application du traité de Sèvres. Le traité de Lausanne accorde à la Turquie des frontières élargies vers l'Anatolie.
Un mandat de la Société des Nations est établi, avec ou sans concertation sérieuse avec le personnel politique irakien. Fayçal Ier (Fayçal ben Hussein al-Hachimi, 1883-1933), arabe du Hedjaz, hachémite, député au parlement ottoman (1912), chassé de Syrie par les Français, devient le premier roi d’Irak, de 1921 à 1933, et développe les aspirations nationales irakiennes, s’oppose aux soulèvements religieux et nationaux (chiites, kurdes, autres).
Royaume hachémite d'Irak (1932-1958) Le royaume d'Irak est ressenti comme une colonie de l’Empire britannique (1707-1797). Les deux et derniers rois suivants sont Ghazi ben Fayçal al-Hachimi (1912-1939), puis Fayçal II (1935-1958, sous régence). Durant la Seconde Guerre mondiale, les campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée sont localement essentiellement le coup d'État de 1941 en Irak, suivi par la brève guerre anglo-irakienne (1941). Le panarabisme et le nassérisme sont à l’origine de la République arabe unie (État créé en 1958 par l'union de l'Égypte nassérienne et de la Syrie et disparu en 1961), de l’éphémère Fédération arabe d'Irak et de Jordanie (1958) (également à dirigeant hachémite) et du projet inabouti de l’Union du Croissant fertile.
République d'Irak (1958-1968) Le socialisme arabe vise à abolir les structures primitives et pernicieuses des sociétés arabes : féodalisme, nomadisme, tribalisme, sectarisme religieux, système patriarcal. Le Parti Baas (Parti socialiste de la résurrection arabe) qui porte ces revendications est au pouvoir en 1947-1963 et 1968-2003.
République d'Irak (1968-2003) Le régime, de parti unique Baas, est dirigé par Saddam Hussein, au pouvoir de 1979 à 2003, et dont reste également l’épisode de son Coran de sang, exemplaire unique déclaré haram.
Les libertés constitutionnelles sont accordées aux Kurdes de 1958 à 1961, jusqu’aux revendications d’autonomie des conflits kurdes en Irak (1961-2003) : première insurrection kurde irakienne (1961-1970), deuxième insurrection kurde irakienne (1974-1975), troisième (1976-1979), quatrième (1983-1986), génocide kurde (1988, Anfal), guerre civile kurde irakienne (1994-1997).
D’autres difficultés coexistent : guerre Iran-Irak (1980-1988), invasion du Koweït (1990), guerre du Golfe (1990-1991), sanctions contre l'Irak (1990-2003), programme Pétrole contre nourriture (1990-), insurrection irakienne de 1991, tout cela provoquant une nouvelle vague de (4 à de réfugiés).
Littératures contemporaines Avec la nahda (renaissance arabe, à partir de 1830-1850), les discours politiques existent, en Irak aussi, au moins depuis 1900 et surtout 1920 : politique en Irak, nationalisme arabe , panarabisme, socialisme arabe, pas forcément strictement irakiens. La littérature politique kurde est plus centrée sur le nationalisme kurde, pas seulement irakien.
La littérature religieuse (de toute tendance ou obédience), surtout littérature musulmane (dignitaires ou non, religieux sunnites, chiites, autres) est généralement plus traditionaliste, et dans le meilleur des cas éthique et/ou spirituelle, mais aussi islamiste : , avec une très réduite. Parmi les discours religieux, restent ceux des quatorze années (1965-1978) d’exil irakien de l’ayatollah iranien Rouhollah Khomeini (1902-1989), qui montrent l’influence possible de tels discours (du moins en Iran).
La littérature kurde s’imprime au Liban ou en Égypte. La poésie et les vers restent une forme d'art majeure dans l'Irak moderne. La référence demeure la littérature des XV-XVIe siècles, quand l'Irak est encore le centre du monde arabe.
La plus grande partie de la littérature irakienne, contemporaine d’abord, est méconnue du lectorat francophone, car peu traduite et/ou peu diffusée.
Une bonne recension de la riche production littéraire irakienne en prose et en poésie est fournie dans les revues littéraires publiées à Bagdad, dont al-Aqlām (La plume, 1964), al-Mawrid (La source, 1971), al-Kātib al-'arabī (L'écrivain arabe, 1982), ou à l’étranger, comme al-Badīl (L'alternative, 1980), Aswāt (Voix, Paris).
Avant 1940, les écrivains reconnus sont : (1863-1936), d’origine kurde, enseignant, directeur de l'imprimerie d'État, journaliste, membre de la Cour d'appel, professeur (philosophie islamique, littérature arabe), poète (arabe, persan, turc, kurde), La véritable aube pour réfuter ceux qui nient la recherche de l'intercession et les miracles des saints (1905), (1875-1945), poète, enseignant (arabe), érudit, député en 1912 et 1914 à la Chambre des députés turque, puis en Irak, (1899-1997), (1917-1995), historien, romancier, poète, journaliste et animateur.
Après 1945 : Badr Shakir al-Sayyab (1926-1964), de tendance réaliste, grand réformateur de la poésie arabe moderne, Mahdi Issa El-Saqr (1930-2006), East Winds, West Winds (1998), (1935-), La liste d'attente : les histoires d'aliénation d'une femme irakienne (1994).
L’après-Saddam Hussein, de la république d'Irak (depuis 2003), à la suite des attentats du 11 septembre 2001, c’est la guerre contre le terrorisme (en cours depuis 2001), l’invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003, la guerre d'Irak (2003-2011), la seconde guerre civile irakienne (2013-2017) (avec attentats, batailles, massacres, coalitions, épurations, évacuations).
De manière plus générale, le monde est marqué par la rhétorique de l’État islamique (organisation) (Daesh). Le livre, Gestion de la barbarie (2004, ou management de la sauvagerie) d’Abou Jihad al-Masri (1961-2008) se réalise : guerre civile, tuerie de masse, dictature théologique, exaction, destruction, élimination, torture.
Devant cela, la littérature (autre que de témoignage) semble impuissante. Et pourtant !
Auteurs Liste d'écrivains irakiens Poètes irakienshttps://www.cairn.info/revue-tumultes-2002-2-page-108.htm et poétesses (comme Rabab al-Kazimi) Journalistes irakiens, Traducteurs irakiens Un cas particulier : Saddam Hussein (1937-2006), politique, présumé romancier, auteur supposé de Zabiba et le Roi (2000), Forteresse fortifiée (2002), Les Hommes et la ville (2002), Partez, démons (2003)
Œuvres Livre des Chansons (Kitâb al-Aghânî), anthologie établie par Abu al-Faraj al-Isfahani (897-967) (1960), poème célèbre, et collection de recueils de poésie
(2000), de Muhsin Al-Ramli (1967-) (2001), d’Ali Bader (1979-) (2008, en kurde), de Bakhtiar Ali (1966-) (2008), d’Ali Bader (1979-) (2008), de Jamal Hussein Ali (2013), de Muhsin Al-Ramli (1967-) (2013), de Jamal Hussein Ali (2014), d’Ahmed Saadawi (1973-)
Institutions Maison de la sagesse Bibliothèque d'Assurbanipal (668-627) Prix de la littérature arabe (Institut du monde arabe, Paris, 2013). Institut du monde arabe (Paris, 1987) (1959)
Littératures en Irak avant 1900