Louis de Luxembourg, connu dans l'histoire sous le nom de connétable de Saint-PolSa généalogie sur le site Medieval Lands., né en 1418 et mort à Paris, le , fut l'un des membres les plus influents de la haute noblesse française, à la fois vassal du roi de France et du duc de Bourgogne. Il fut fait connétable par mais fut condamné à mort et exécuté pour haute trahison en place de Grève.

Biographie Un grand du royaume de France

Louis de Luxembourg était le fils de , comte de Saint-PolAujourd'hui, Saint-Pol-sur-Ternoise, dans le Pas-de-Calais., de Brienne et de Conversano, et de Marguerite des Baux (Margherita del Balzo, 1394-1469). Son nom vient du fait qu'il était un descendant de génération de , comte de Luxembourg, appartenant donc à la branche française de la maison de Luxembourg.

Louis de Luxembourg était comte de Saint-Pol de 1433 à 1475, de Ligny et de Conversano, comte de Brienne, de 1441 à 1475, de Guise de 1441 à 1444, de Marle et de Soissons de 1435 à 1475, châtelain de Lille, seigneur d'Enghien, d'Oisy, de Bohain, de Beauvoir, de Condé-en-Brie et de Bourbourg.

Il épousa en premières noces, Jeanne de Bar, comtesse de Soissons et de Marle, seigneur de HamVille de Picardie.. Il hérita à son décès de la seigneurie de HamG. E. Sauvage, Histoire de Saint-Pol, : Le connétable Louis de Luxembourg; Arras, Jean Degeorges imprimeur, 1834..

Par le comté de Saint-Pol, il était vassal du duc de Bourgogne qui était lui-même vassal du roi de France. Il fut ainsi mêlé aux intrigues de ces deux personnages.

Orphelin de père à quinze ans, il fut élevé par son oncle Jean de Luxembourg qui s'était illustré en 1430 par la capture de Jeanne d'Arc à Compiègne. À la mort de Jean de Luxembourg en 1441, les biens hérités de ce dernier furent mis sous séquestre par car Louis refusait de signer le traité d'Arras de 1435. Louis de Luxembourg se rapprocha de la France et put ainsi les récupérer, mais le comte du Maine lui intenta un procès à propos de la possession de la seigneurie de Guise. Un arrangement fut trouvé en mai 1444, Charles du Maine ayant épousé Isabelle de Luxembourg-Saint-Pol, la sœur de Louis de Luxembourg, celle-ci reçut Guise en dot.

Louis de Luxembourg fortifia la ville de La Fère dans l’Aisne, qu’il entoura de murs et, sur l’emplacement d'un ancien château fort au donjon carré, il en fit élever un nouveau, qui fut agrandi et embelli par sa petite fille, Marie de Luxembourg-Saint-Pol, arrière-grand-mère d’ et de Marie Stuart.

Il fit reconstruire le château de Ham et le dota en 1441 d'un donjon formidable (appelé « tour du Connétable ») de de haut et de de diamètre avec des murs de d'épaisseur capables de résister aux assauts de l'artillerie naissante. Il fit graver cette devise au-dessus de la porte d'entrée de la Tour du Connétable: « Mô Myeux » (Mon mieux)Charles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, , , et , , 1864..

Un connétable jouant double jeu

Louis de Luxembourg devint proche du dauphin (le futur ) et participa à ses côtés au siège de Dieppe. La ville fut délivrée le . Le dauphin l'arma chevalier, juste avant l'assaut final. Le comte de Saint-Pol ensuite combattit les Anglais et les chassa de Flandre et de Normandie, reprise d'Harfleur, le , de Gournay-en-Bray en 1449 et de Caen en 1450Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biogtaphique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, 139 à 145..

Louis de Luxembourg et François , duc de Bretagne furent élus chevaliers de l'Ordre de la Toison d'Or lors de son chapitre de 1445, mais refusèrent le collierEmile Van Arenbergh, Biographie nationale de Belgique, 1892-1893, T. 12, col 600..

Le comte de Saint-Pol, malgré son soutien au roi de France, apportait également son aide au duc de Bourgogne, Philippe le Bon. En 1452, il combattit contre l’archevêque de Cologne et les Gantois révoltés.

Il prit part en 1465 à la Ligue du Bien public et à la guerre qui s'ensuivit aux côtés des grands féodaux révoltés contre , roi de France. C’est sa désobéissance qui provoqua la bataille de Montlhéry, et sa fuite manqua d’entraîner une déroute bourguignonne.

À la bataille de Montlhéry, il commandait l’avant-garde du comte de Charolais (le futur Charles le Téméraire). Néanmoins, cherchait à l'attirer à son service.

Par le traité de Conflans de 1465, il reçut de le titre de connétableC'est-à-dire, chef des armées royales.. Il épousa, en 1466, Marie de Savoie, sœur de la reine de France Charlotte, et reçut les seigneuries de Guise et du Nouvion-en-Thiérache. Le connétable de Saint-Pol passa ainsi au service du roi de France. Il fut nommé, par ailleurs, à la première promotion de l'Ordre de Saint-Michel, créé par le Lettres patentes de , Amboise, le août 1469 : ..

Puissant parmi les puissants, il se comportait en prince indépendant et cherchait à jouer le rôle principal dans les intrigues et les troubles de la période.

Malgré des marques apparentes d'hostilité envers le duc de Bourgogne (prise de Saint-Quentin, 1470), il avait des intelligences secrètes avec lui et en 1475, lors de l'invasion de la France par le roi , sa conduite ne fut pas moins équivoque.

La chute En 1471, lassé des intrigues du connétable, Charles le Téméraire prévint de son double-jeu. Les deux princes firent de Louis de Luxembourg leur ennemi commun à partir de 1474. Le comte de Saint-Pol incita alors le roi d'Angleterre à marcher sur la Picardie promettant de lui livrer Saint-QuentinEdmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biographique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, 139 à 145..

À la suite des conférences de Picquigny entre et le roi d'Angleterre, le , , trompé par le comte de Saint-Pol, donna à la correspondance que le connétable lui avait adressée.. marcha ensuite sur Saint-Quentin où le connétable s'était retranché. Préférant esquiver l'affrontement, Louis de Luxembourg chercha refuge à Mons auprès du duc de Bourgogne. Mais Charles le Téméraire décida de le faire arrêter et de le livrer à .

Dès son arrivée à Paris le , son procès commença et dura trois semaines.

L'étude des interrogatoires du connétable de Saint-Pol permet de retracer le déroulement d'un complot dans lequel de nombreux princes français et européens étaient impliqués. Cet événement judiciaire apparaît comme une confrontation entre le roi de France et la très haute noblesse. Le connétable de Saint-Pol y défendit constamment son « honneur » face au souverain qui utilisa le Parlement de Paris et s'appuya sur le « principe monarchique » élaboré au cours des siècles passés.

fit de ce procès pour lèse-majesté, un procès exemplaire par sa durée et par la procédure suivie. La condamnation et l'exécution de Saint-Pol ont fortement marqué les chroniqueurs du temps, comme Philippe de Commynes, Thomas Basin ou Jean de Roye, du fait de l'importance du connétable. Celui-ci apparaît comme une victime de l'utilisation par de la justice royale à des fins de vengeance personnelleYves Lallemand, « Le procès pour trahison du connétable de Saint-Pol », Congrès les procès politiques , 20 janvier 2003, in Revue /Journal Tittle collection de l'École française de Rome, 2007, iss 0223-5099..

Emprisonné à la Bastille le , Louis de Luxembourg fut condamné à mort par le Parlement le , et décapité sur la place de Grève de Paris le même jour. Sa dépouille fut ensevelie par les moines cordeliers dans l'église Saint-ClairePour connaitre les derniers jours du connétable, voir J.-J. Carlier, « Henri d'Oisy, fragment d'études historiques », dans Mémoire de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1857 publié en 1858, Dunkerque, , lire en ligne..

Le duc de Bourgogne reçut, après son exécution, les territoires de Saint-Quentin, Ham et BohainCharles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, , , 1864., qu'il troqua avec contre l'autorisation tacite de conquérir le duché de Lorraine (octobre-).

Mariages et descendance

Le , il épousa Jeanne de Bar (1415 - † 1462), comtesse de Marle et de Soissons, fille de Robert de Bar, comte de Marle et de Soissons, et de Jeanne de BéthunePar lettres du 27 juin 1437, Jean de Luxembourg-Ligny et sa femme Jeanne de Béthune, reconnurent que Louis de Luxembourg, mari de Jeanne de Bar, avait assigné le douaire de sa belle-mère, veuve de Robert de Marle, sur la seigneurie d'Oisy.J.-J. Carlier, « Henri d'Oisy, fragment d'études historiques », dans Mémoire de la Société dunkerquoise pour l'encouragement des sciences, des lettres et des arts, 1857 publié en 1858, Dunkerque, , lire en ligne.. Il hérite au décès de son épouse de la seigneurie de Ham (Somme). Ils eurent sept enfants : Jean († 1476), comte de Marle et de Soissons ; Pierre II de Luxembourg-Saint-Pol († 1482), comte de Saint-Pol, de Soissons et de Marle, père de Marie de Luxembourg (1462-1546) qui joua un rôle non négligeable dans la ratification de la Paix des Dames ; Charles de Luxembourg (évêque de Laon) (1447 † 1509) ; Antoine de Luxembourg († 1519), comte de Roucy, de Brienne puis de Ligny marié à Antoinette de Bauffremont, comtesse de Charny, en premières noces ; Jacqueline de Luxembourg († 1511), mariée en 1455 à († 1511), comte de Porcien ; Hélène de Luxembourg († 1488)., mariée en 1466 à Janus de Savoie (1440 † 1492), comte de Faucigny, gouverneur de Nice, fils de Louis de Savoie ; Hélène est donc la belle-sœur de sa belle-mère ; Philippe, élue abbesse au Moncel en 1484, morte en 1522.

Veuf, il se remaria en 1466 avec Marie (1448 - † 1475), fille de , duc de Savoie, et prince de Piémont, et d'Anne de Lusignan. Avec ces noces, il devient beau-frère de . Ils eurent trois enfants : Louis (1467 † 24.12.1503), comte de Ligny (1475), puis prince d’Altamura, duc d'Andria et de Venosa, capitaine de , lieutenant général de l'armée française, grand chambellan de , gouverneur de Picardie ; Jeanne, religieuse à Gand ; Charles (1475 ? † 1475/76?), meurt à Cambrai peu après l'exécution de son père.

Louis de Luxembourg eut par ailleurs huit bâtards, dont Robert de Luxembourg évêque d'Angoulême et Gilles de Luxembourg, évêque de Châlons-en-Champagne de 1503 à 1535.

Ascendance

Sources

Voir aussi Bibliographie Archives du Syndicat d'Initiative de La Fère, extrait du livre La Fère, son histoire. Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la Maison royale de France..., Paris, La Compagnie des libraires associez, , tome 3, : généalogie des comtes de Saint-Paul (disponible sur Gallica). . , . Pierre-Jacques Brillon, Dictionnaire des arrêts ou jurisprudence universelle des parlements et autres tribunaux, Paris, G. Cavelier père, 1727, tome 2. . Jacques Dollar, Les intrigues de Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, Bascharage (Luxembourg), chez l'auteur, 1985. Edmond Edmont, Galerie ternésienne ou Dictionnaire biographique des personnages les plus remarquables de l'ancien comté de Saint-Pol ou de l'arrondissement actuel de ce nom, Saint-Pol-sur-Ternoise, Imprimerie Dubois, 1910, 139 à 145. . Charles Gomart, Ham, son château et ses prisonniers, Ham, Lucas, 1864 . . . G. Périnelle, « Un texte officiel sur l'exécution du connétable de Saint-Pol () » in Mélanges d'archéologie et d'histoire , 1903, . Lire en ligne G. E. Sauvage, « : Le connétable Louis de Luxembourg » in Histoire de Saint-Pol, Arras, Jean Degeorges imprimeur, 1834. Daniel Soumillion, Le procès de Louis de Luxembourg : comte de Saint-Pol, connétable de France (1418-1475). : , 2007. 287 Célestine de Varreux, Le connétable de Saint-Pol ou la Bataille de Montlhéry, histoire du , Paris, L. Cerf, 1892, 440