Les Doukas (en grec, masculin : , féminin : , pluriel : ) forment une ou plusieurs familles ayant appartenu à l'aristocratie byzantine. Le nom apparaît dans les textes au , mais son origine est incertaine. Une branche régna sur l'Empire de 1059 à 1081. Le nom devint avec le temps synonyme de noblesse et fut associé à d'autres noms comme celui des Comnène et Doukas d'Épire et de Thessalonique. Les liens de parenté entre les générations sont souvent difficiles à établir ou douteux, de telle sorte qu'il est impossible d'affirmer avec certitude que tous les personnages ayant porté ce nom aient effectivement appartenu à une seule famillePolemis (1968), ..

Étymologie et origine Le nom dérive probablement du terme « doux », forme grecque du titre militaire latin « dux » s’appliquant à un général commandant les forces armées dans les zones limitrophes de l’Empire. Selon l’historien Nicéphore Bryenne qui écrivait au et qui se réfère à la tradition, l’ancêtre de la famille aurait été un parent et associé de Constantin le Grand dont on ne connait pas le nom mais qui aurait quitté Rome lors de la fondation de Constantinople et aurait été nommé « doux » de la nouvelle capitale. Il s’agit là d’une fonction et le nom de cet individu n’est pas mentionné. En liant nom et fonction, la légende visait sans doute à illustrer l’origine noble et ancienne de cette familleKrsmanovic (2003), chapter 2 (http://asiaminor.ehw.gr/Forms/fLemmaBodyExtended.aspx?lemmaid=7855&boithimata_State=&kefalaia_State=#chapter_2).

Divers auteurs ont évoqué la possibilité d’une ascendance arménienne en faisant état d’un certain Andronic Doukas, tourmarqueLes tourmai étaient des corps d’armée et des districts administratifs composant les grands themata; ils étaient commandés par des tourmaques. Cfr. N.A. Alekséenko, « Un tourmarque de Gothie sur un sceau inédit de Cherson » dans Revue des études byzantines, 1996, vol. 54, numéro 54, [en ligne] http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1996_num_54_1_1928. des Arméniaques qui, en 792, aurait été un partisan d'Alexis Mousélé, stratège des Arméniaques, lequel fut soupçonné d'aspirer au trône, destitué et aveuglé par l'empereur Constantin VI. Il semble plus probable toutefois que les Doukas étaient des gens aisés parlant grec et possédant de vastes domaines en PaphlagoniePolemis (1968), ..

Comme il est impossible d'établir la continuité historique entre les générations qui se sont succédé entre les , les chercheurs distinguent généralement trois lignées de Doukas. La première va du milieu du ; la deuxième est constituée par les empereurs de la dynastie des Doukas au ; la troisième allant jusqu'au regroupe ceux qui, selon une coutume en vogue à l'époque, ajoutaient à leur nom propre le nom de familles prestigieuses même si les liens avec cette famille étaient ténus et loin d’être démontrés.

Les Doukas au et au début du Le premier Doukas dont l'existence est attestée est un général envoyé vers 843-844 convertir de force les Pauliciens d'Asie mineure pendant la régence de l'impératrice Théodora, laquelle cherchait à rétablir l'orthodoxie pendant la crise iconoclaste. On le connaît seulement sous le nom de « Doux » ; toutefois l’historien Jean Skylitzès interpole le prénom d'Andronic, en le confondant peut-être avec le personnage du paragraphe suivant, le prénom « Andronic » étant particulièrement fréquent dans la famille. La brutalité avec laquelle les généraux conduisirent leur mission eut pour résultat une révolte des Pauliciens et leur fuite chez les populations arabesKhazhdan (1991), « Doukas », vol. 1, .Berlin-brandenbürgische Akademie der Wissenschaft, « Andronikos # 433 », Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit, [en ligne] pom.bbaw.de/exist/servlet/db/pmbz/scripts/browse.xql?id=436&qString=.

thumb|right|Le général Constantin Doukas s'échappant de captivité vers 908 et jetant des pièces d'or derrière lui pour retarder ses poursuivants. D'après une miniature d'un manuscrit de Jean Skylitzès, Madrid. Sous le règne de l’empereur Léon VI le Sage (886-912), Andronic Doukas (lui aussi connu plutôt sous le nom de « Doux » que de « Doukas ») et son fils, Constantin, s'illustrèrent dans la hiérarchie militaire au cours des guerres continuelles que mena ce souverain contre les Arabes. Après avoir gagné une importante victoire contre eux à Maraş, Andronic dut se joindre à une expédition conduite par Himérios. Toutefois, il se rebella et, après s'être emparé de la ville de Kabala, près d'Iconion, fit défection. Léon VI tenta de le persuader de retourner, mais le favori de l'empereur, un jeune Arabe converti du nom de Samonas, fit en sorte que les Arabes aient vent de ces communications. Ils jetèrent alors Andronic en prison où il mourut vers 910Kazhdan (1991), « Doukas, Andronikos », tome 1, .. Constantin pour sa part parvint à s'enfuir et, revenu en grâce, occupa d'abord le poste de strategosGouverneur d’un thème dont les fonctions, à l’instar des exarques de Carthage et de Ravenne, étaient surtout militaires. À partir du et du déclin des thèmes, les pouvoirs du strategos passèrent aux praitor, doux et katepano. Cfr. Rosser (2006), « Strategos », . de Charsianon et ensuite de domestique des ScholesLe grade de domestique était un grade élevé, non seulement dans l’armée, mais aussi dans la fonction publique et ecclésiastique. Le domestikos ton scholon commandait la garde palatine et régulièrement l’ensemble de l’armée de terre. Cfr. Rosser (2006), « Domestikos », .. À la mort de Léon VI, son frère Alexandre fut nommé comme régent au nom de Constantin VII Porphyrogénète. Toutefois, le patriarche Nicolas Mystikos, ami de la famille Doukas, incita Constantin à revendiquer le trône. Celui-ci entra à Constantinople avec son armée et fut proclamé empereur à l'hippodrome. Après avoir subitement changé d'avis, le patriarche prépara la résistance. La rébellion des Doukas fut réprimée par la garde impériale ; Constantin, de même que son fils Grégoire et son neveu Michel, furent tués au cours des batailles de rues qui s'ensuivirent. Étienne, le plus jeune fils de Constantin, fut castré et, avec sa mère, envoyé en exil dans le domaine familial de PaphlagoniePolemis (1968) , 6-7, 16-25.Kazhdan (1991), « Doukas, Constantine », vol. 1, ..

Le dernier Doukas de ce groupe fut Nicolas Doukas dont on ignore la relation avec les précédents et qui périt à la bataille de Katasyrtai, près de Constantinople, en 917 contre les Bulgares.

Il est probable, comme le mentionne ZonarasZonaras. 3 :675f. qui écrivait au , que cette branche des Doukas s'éteignit avec Constantin Doukas en 913 et que la dynastie des empereurs Doukas n'ait été reliée à ce premier groupe que de façon matrilinéairePolemis (1968), , 6-8, 25-26..

Les Doukas à la fin du et au début du : Andronic Lydos et ses fils Vers la fin du , une deuxième famille fait son apparition, aussi appelée Lydos (« Lydiens », faisant sans doute allusion au lieu de leur origine). Elle se compose d'Andronic Doux Lydos et de ses deux fils, Christophe et Bardas, ce dernier portant également le sobriquet de Mongos (l'enroué). Il est difficile de déterminer si le « Doux » dans ce nom fait référence à la famille ou à un titre militaire. Il est également impossible de déterminer s'il existait ou non un lien entre cette famille et le groupe précédent.

Quoi qu’il en soit, ces Doukas furent impliqués dans la rébellion de Bardas Sklèros contre l'empereur Basile II en 976-979. Toutefois, les fils reçurent finalement le pardon impérial et purent reprendre leur carrière. On retrouve Bardas Mongos, l'enroué à la tête d'une expédition militaire contre les Khazars en 1017Polemis (1968), , 8, 26-27.Krsmanovic (2003), chapitre 4 (http://asiaminor.ehw.gr/Forms/fLemmaBodyExtended.aspx?lemmaid=7855&boithimata_State=&kefalaia_State=#chapter_4..

La dynastie des Doukas Le deuxième groupe de Doukas mentionné dans les sources est représenté par l'empereur Constantin X Doukas et le césar Jean Doukas, les fils d'Andronic Doukas, ainsi que par leurs descendants directs. Ici encore, les liens avec les Doukas du siècle précédent ne sont pas évidents. Michel Psellos qui était un grand ami de la famille de même que Nicolas Kalliklès affirment qu'ils étaient bien reliés, mais Zonaras parle plutôt de filiation matrilinéaireKrsmanovic (2003), chapitre 5.1 (http://asiaminor.ehw.gr/Forms/fLemmaBodyExtended.aspx?lemmaid=7855&boithimata_State=&kefalaia_State=#chapter_5.Polemis (1968), ..

thumb|alt=histamenon d'or de Constantin X Doukas|left|Histamenon d'or de Constantin X Doukas. À l'extinction de la dynastie macédonienne, l'avènement d'Isaac Comnène marqua le début d'une rivalité intense entre le gouvernement civil du Palais, installé au pouvoir jusqu'alors, et la hiérarchie militaire que favorisaient les Comnène. Le court règne d'un peu plus de deux ans suffit à rendre Isaac extrêmement impopulaire, si bien que peu de temps avant sa mort, son frère Jean ayant refusé le trône, l'empereur désigna son ministre et principal conseiller, Constantin Doukas, comme son successeur. Le règne de Constantin ( au ) vit le retour au pouvoir de l'aristocratie urbaine, de la bureaucratie et des rhéteurs, la famille appartenant à l'aristocratie urbaine et vivant des rentes que lui rapportaient ses immenses domaines de Paphlagonie. Aussi charmant que faible de caractère, Constantin X s'appuya pour gouverner sur son frère, le césar Jean Doukas, sur l'écrivain Psellos et sur son épouse Eudoxie MakrembolitissaTreadgold (1997), .Bréhier (1969), ..

Lorsque Constantin mourut son fils Michel VII Doukas (-) était encore trop jeune pour régner. Malgré la promesse qu'elle avait faite à son mari, la régente Eudoxie s'empressa d'épouser un général qui avait déjà comploté pour s'emparer du pouvoir, Romain IV Diogène. Détenteur du pouvoir effectif, celui-ci régna en maître jusqu'à sa défaite aux mains des Turcs à la bataille de Mantzikert en 1071. Eudoxie dut rappeler d'exil le césar Jean Doukas qui, voulant éviter un retour éventuel de Romain Diogène toujours prisonnier des Turcs, fit proclamer son neveu Michel basileus et força Eudoxie à se retirer dans un monastère. Effectivement, Romain Diogène tenta un retour à Constantinople, mais fut arrêté par Constantin Doukas, deuxième fils du césar Jean Doukas à Amasée du Pont. Les efforts de conciliation entrepris par Michel n'eurent aucun résultat et Romain, réfugié à Adana, fut attaqué et vaincu par le général Andronic Doukas, fils aîné du césar Jean DoukasBréhier (1969), .Treadgold (1997), .Norwich (1991), vol. 2, .Kazhdan (1991), « Doukas, John », vol. 1, ..

Devenu seul maître, l'intellectuel Michel VII Doukas laissa ses conseillers diriger l'Empire sous le contrôle du césar Jean Doukas. Ce dernier fut toutefois écarté du pouvoir par l'un de ces conseillers, l'eunuque Niképhoritzès. Celui-ci profita de sa situation pour s'enrichir en faisant monter le prix du blé à tel point qu'en 1076, année marquée également par une épidémie de peste et de nouvelles invasions turques, une révolte générale des armées d'Europe et d'Asie se termina par l'abdication de Michel VII. Michel offrit à son frère Constantin de lui succéder, mais celui-ci refusa le trône et se rallia au général Nicéphore Botaniatès qui devint le nouveau basileus pendant que Michel était intronisé archevêque d'ÉphèseBréhier (199), .Treadgold (1997), .Norwich (1991), vol. 2, ..