Le Mikoyan-Gourevitch MiG-15 est un avion de chasse à réaction construit en grande série par les Soviétiques au début de la guerre froide. Réalisé après la livraison de vingt-cinq turboréacteurs Rolls-Royce Nene par le Royaume-Uni, il se révéla supérieur aux meilleures réalisations occidentales lors de la guerre de Corée, sauf le North American F-86 Sabre (le bilan des combats aériens entre MiG-15 et Sabre a été évalué en 2013 à 100 Sabre abattus contre 566 MiG-15 ). Le MiG-15 fit cependant la réputation de son constructeur qui devint alors le principal constructeur d'avions de chasse en URSS, si bien qu'en Occident le terme MiG devint rapidement synonyme de chasseur soviétique dans le langage familier.
Histoire Si l'industrie aéronautique soviétique a réalisé de magnifiques appareils pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se retrouve quelque peu distancée dans l'immédiat après-guerre à cause de son retard dans la propulsion à réaction, par rapport aux Britanniques et aux Américains. Quelques exemplaires de moteurs BMW 003 et Jumo 004 saisis en Allemagne furent copiés et perfectionnés progressivement sous le nom de RD-10 et RD-20. Mais ces moteurs étaient peu fiables, trop peu puissants et difficiles à mettre au point. En 1946 les performances des premiers chasseurs à réaction soviétiques MiG-9 avec moteur Klimov RD-20 et Yak-15 avec moteur Toumanski RD-10, étaient donc en retrait par rapport à leurs équivalents occidentaux.
À la fin de l'année 1946, une délégation technique soviétique, dirigée par S.T. Kichkine et comprenant entre autres A.I. Mikoyan et V.Ya. Klimov, se rendit en Grande-Bretagne. Elle réussit à acheter quelques exemplaires des turboréacteurs les plus modernes de la firme Rolls-Royce, à savoir le Derwent fournissant une poussée de et les Nene I et II, donnant . Ces moteurs utilisant des compresseurs centrifuges étaient plus faciles à produire que leurs équivalents à flux axial. Cette aubaine fut rapidement mise à profit et le bureau de l'ingénieur Klimov réalisa rapidement des copies conformes des trois moteurs qui devinrent respectivement les RD-500, RD-45 et RD-45F. En mars 1947, l'OKB 155 reçut l'ordre de produire un chasseur à ailes en flèche utilisant un de ces nouveaux moteurs. Dans la pratique, les travaux avaient commencé dès janvier avec le projet I-310 ou S. L'avion reprend nombre de caractéristiques du MiG-9 précédent ; il fut supposé lourdement influencé par les plans du Focke-Wulf Ta 183 dont les Soviétiques s'étaient emparés en 1945 à Berlin ; toutefois les ressemblances sont surtout superficielles. Les équipes d'ingénieurs allemands ayant travaillé sur le Ta 183 ont majoritairement rejoint l'Occident après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la majorité des sources s'accordent sur l'originalité de la conception du MiG-15 tirant bénéfice des recherches allemandes, dessiné, conçu et réalisé par les Soviétiques..
Les travaux avançaient vite et le premier prototype S-1 vola pour la première fois le . Il fut suivi par le S-2 qui vola le . Le S-1 fut ensuite modifié, l'aile avant étant avancée de . Les essais comparatifs menés en juin prouvèrent la supériorité de cette configuration. Durant ces essais par le constructeur, le S-1 effectua 38 vols et le S-2 treize. Les deux avions furent alors envoyés au GK NII VVS (l'institut de recherches des forces aériennes) pour y être testés par les militaires du au . Ces essais officiels confirmèrent l'appréciation positive de l'avion qu'une résolution du Conseil des ministres décida de produire en masse, dès le . Les cellules devaient être produites à l'usine 1 et les moteurs à la 45. Au total, neuf usines fabriqueront des cellules de MiG-15 ; ce sont les usines 1, 21, 31, 99, 126, 135, 153, 292 et 3810. Au total, seront construits toutes versions confondues avec un rythme de 200 chasseurs par mois.. Un troisième prototype, le S-3 qui vola le , fixe définitivement les caractéristiques de l'avion de série en introduisant les aérofreins ventraux, l'équipement d'extinction du compartiment moteur et l'augmentation du dièdre négatif de la voilure pour atténuer la trop grande stabilité des deux autres prototypes.
L'avion avait une ligne très fine, sa voilure présentant une flèche de trente cinq degrés, combinée à la puissance de son moteur. Cela lui assurait des performances remarquables, y compris par rapport à ses adversaires occidentaux. Il était capable, entre autres, de voler à plus de . Cependant, il présentait aussi quelques excentricités au niveau de son comportement en vol qui le rendaient parfois dangereux pour des pilotes inexpérimentés. En particulier, en vol transsonique, il avait tendance à se cabrer brusquement. Il fut néanmoins choisi contre son rival, le Lavotchkine La-168 et, dès le , le premier exemplaire de série vola et commença à entrer en service dans l'aviation soviétique. Il reçut le nom de code OTAN Fagot et participa à la guerre de Corée.
Engagements
Le premier combat du Mig-15 a eu lieu pendant la guerre civile chinoise le , lorsqu'un Mig-15 de l'Armée populaire de libération piloté par un aviateur russe a abattu un Lockheed P-38 Lightning de la Force aérienne de la république de Chine..
vignette|Séquence d'éjection d'un pilote d'un MiG-15 abattu par le pilote américain Buzz Aldrin le 4 juin 1953. Car l'Union soviétique fournit des appareils à la Corée du Nord et la Chine, ainsi que des pilotes russes expérimentés, leur permettant de conquérir momentanément la supériorité aérienne, un exemple est leur victoire durant la bataille aérienne de Suncheon, et menaçant les raids des bombardiers des forces des Commandement des Nations unies en Corée. Le Mig-15 est le premier avion à réaction à en avoir abattu un autre, lorsqu'un Mig-15 piloté par un soviétique a abattu un F-80C Shooting Star de l'USAF.. Le premier combat de la Navy américaine contre le MiG-15 a eu lieu en , lorsque le capitaine de corvette William T. Amen en a abattu un alors qu'il pilotait un F9F Panther. En , le capitaine de marine Jesse G. Folmar revendiquait la distinction d'abattre un MiG-15 alors qu'il pilotait un F4U Corsair à hélice.. L'arrivée de ce chasseur soviétique performant précipita la mise en service du F-86 Sabre américain, rééquilibrant les forces aériennes. Les deux appareils avaient des performances très proches : la supériorité en vitesse, piqué et virage de l'un ou l'autre appareil variaient en fonction de l'altitude, le MiG-15 prenant généralement l'avantage au-delà d'une altitude de . Il se montrait par contre très instable dans les vrilles, souvent irrécupérables. Son puissant armement, composé de deux canons automatiques de calibre et d'un canon de , était initialement destiné à l'interception des B-29 Superfortress, et se révéla très destructeur contre des chasseurs légers, malgré une fréquence de tir lente. L'appareil se montra par contre très résistant aux tirs des mitrailleuses de calibre équipant les appareils américains. Ses capacités opérationnelles furent néanmoins limitées pour des raisons politiques : les pilotes avaient pour ordre de ne pas franchir la ligne de front pour ne pas risquer de fournir un appareil ou sa carcasse aux troupes des Nations unies, ainsi qu'éviter la capture des pilotes soviétiques dont la présence était non officielle, afin d'éviter une extension du conflit à l'URSS. Les batailles aériennes étaient menées dans une zone limitrophe de la Chine avec la Corée du Nord près du fleuve Yalou appelée "MiG Alley" par les pilotes américains. Le bilan des combats aériens entre MiG-15 et Sabre a été évalué en 2013 à 100 Sabre abattus contre 566 MiG-15, le ratio étant de 1,4 MiG-15 abattu contre un Sabre lorsque ces premiers étaient pilotés par des pilotes soviétiques expérimentés..
En 1958, plusieurs combats aériens ont opposé les MiG-15 de la Chine communiste aux Sabre de la Chine nationaliste durant la seconde crise du détroit de Taïwan.
Plusieurs combats ont lieu en Europe avec cet avion dont ceux-ci :
Un avion de transport Douglas DC-4 d'Air France qui assurait la liaison Francfort-Berlin-Ouest, est attaqué le dans l'espace aérien de l'Allemagne de l’Est par deux chasseurs MiG-15 soviétiques qui font deux blessés parmi les passagers avant que l'avion ne s'échappe..
Le , lors de la bataille aérienne de Merklín, deux pilotes de l'aviation tchécoslovaque rencontrent à une distance de 35 kilomètres de la frontière entre l’Allemagne et la république socialiste tchécoslovaque deux avions américains F-84E Thunderjet de la 36th Wing. en abat un au canon, le pilote américain s'éjecte au-dessus de l'Allemagne de l'Ouest..
Le 12 mars 1953, un bombardier britannique Avro Lincoln se fait abattre a la frontière interallemande par des chasseurs soviétiques. Les 7 aviateurs sont tués. Les MiG-15 ont abattu des membres d'équipage qui avaient sauté en parachute.
Description technique thumb|left|MiG-15 polonais équipé de trois canons : 2 NS-23 de 23 mm (côté gauche) et 1 NS-37 de 37 mm (côté droit) Le fuselage du MiG-15 est de construction semi-monocoque en métal. Il est divisé en deux parties à l'arrière du bord de fuite de la voilure, par un boulonnage, ce qui permet d'accéder facilement au moteur pour les opérations de maintenance lourdes. La partie avant est composée de treize cadres et de trois supplémentaires, liés entre eux par quatre longerons, le panneau supérieur et le plancher du poste de pilotage. Deux conduites d'air elliptiques relient l'entrée d'air frontale au compresseur du moteur en passant de part et d'autre du poste de pilotage. Ce dernier est pressurisé par le compresseur du moteur et doté d'un siège éjectable. Le pilote est protégé par un pare-brise blindé épais de , un appui-tête et deux plaques avant en acier épais de . Dans la partie basse du nez, il dispose d'un collimateur gyroscopique ASP-1N. Il accède à l'avion par l'arrière de la verrière en forme de bulle qui est actionnée par un système de manivelle. Dans la partie avant du fuselage, on trouve aussi l'armement de trois canons regroupés dans un tiroir situé sur le dessous du cockpit qui peut s'abaisser, voire être remplacé, pour assurer le ravitaillement rapide en munitions. Le canon de , NS-37, à droite, est approvisionné à quarante coups, les NR-23 de 23 × 115 mm, à gauche, le sont à quatre-vingts. Plus vers l'avant se situe le logement de la roulette de nez qui est fermé par deux trappes. Elle porte une roue unique avec un pneu de , non équipée de frein. Enfin au-dessus, en avant du pare-brise, un petit compartiment où est embarqué le matériel électronique de l'avion, à savoir, la radio PSI-6 et un radio-compas, RPKO-10M.
La partie arrière du fuselage est constituée de quinze cadres, plus un oblique pour répartir les efforts, liés par dix longerons. Outre le moteur RD-45F, assez large du fait de son compresseur de type centrifuge, prennent place deux réservoirs de carburant totalisant . L'empennage arrière est constitué d'une dérive présentant une flèche de 56°, pourvu d'un gouvernail orientable à 20° de part et d'autre de l'axe et d'un plan horizontal stabilisateur de type cantilever dont la partie basse est solidaire de la structure de la dérive. Il est aussi en flèche, mais à 40° et porte deux gouvernes de profondeur, celle de gauche disposant d'un compensateur réglable. De part et d'autre de la tuyère du moteur, deux aérofreins montés dans des logements isolés de l'intérieur du fuselage peuvent être braqués hydrauliquement à 55° pour ralentir l'avion lors de piqués prononcés.