Tykocin (en yiddish: טיקטין, Tiktin) est une ville polonaise de la voïvodie de Podlachie et du powiat de Białystok, située au nord-est de la Pologne, à à l'ouest de Białystok. La ville compte actuellement un peu moins de .
En , Tykocin est occupée par l'armée allemande, avant d'être remise à l'Union soviétique, comme prévu par le protocole secret du Pacte germano-soviétique. Elle est reconquise par l'armée allemande en après le déclenchement de l'opération Barbarossa.
Au , la communauté juive de Tykocin est une des plus importantes communautés juives de Pologne, en raison des privilèges accordés par les propriétaires successifs de la ville. Lors des différents partages de la Pologne, la ville va perdre son importance au profit de Bialystok et la communauté juive va se réduire. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, on compte près de représentant 44 % de la population de la ville. La quasi-totalité des Juifs de la ville, hommes, femmes et enfants sont massacrés par les nazis en deux jours les 25 et dans la forêt de Łopuchowo,
Histoire des juifs à Tykocin : Les débuts de la communauté juive Tykocin est un des plus importants centres juifs dans la république des Deux Nations. Au , la communauté est considérée comme la seconde en importance après celle de Cracovie: Wojciech Roszkowski: Tykocin – miasteczko-bajeczka (Tykocin - une ville de conte de fées); éditeur: Instytut Wydawniczy Kreator; 2003; page: 14; .
Les premiers Juifs se sont installés à Tykocin en 1522, quand la ville, sous le gouvernement lituanien, est la propriété héréditaire de la famille Gasztołd: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie (La grande synagogue de Tykocin); éditeur: AZ Media; 2004; page: 5; . Ils s'installent dans la plus vieille ville de Podlasie, en vertu d'un privilège accordé par Olbracht Gasztołd, un grand chancelier de Lituanie et futur gouverneur provincial des provinces de Wilno et de Trakai. 10 Juifs de Grodno vont s'installer dans le district de Kaczorowo, situé à l'ouest du marché de la ville et au-delà du pont sur la rivière Motława. Selon l'historien Wojciech Roszkowski, ils ont l'autorisation d'installer des boutiques et de développer leur commerce selon leur volonté: Wojciech Roszkowski: Tykocin – miasteczko-bajeczka; page: 78. Gasztołd octroie aux Juifs un terrain situé sur une ile entourée d'un étang, facile à défendre, pour y construire une synagogue et aménager un cimetière sur une butte voisine: Wojciech Roszkowski: Tykocin – miasteczko-bajeczka; page: 79.
Le premier rabbin, Dawid est décrit comme un docteur, c'est-à-dire une personne cultivée: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… pages 5 et 6.
En raison d'autres privilèges accordés en 1536 par Gosztołd, aux Juifs de Tykocin, les membres de la communauté juive ne dépendent pas des autorités de la ville mais restent sous la juridiction exclusive du propriétaire de la ville. Ces privilèges sont confirmés en 1576 par le roi Étienne Báthory, qui accorde en plus la permission aux Juifs de Tykocin de commercer dans toutes les villes et villages royaux ainsi que sur les terres privées appartenant à des nobles ou au clergé: Hanna Wegrzynek: Tykocin; in: Alina Cala; Hanna Wegrzynek et Gabriela Zalewska: Historia i kultura Żydów polskich - Słownik (Histoire et culture des Juifs polonais - Dictionnaire); éditeur: Wydawnictwa Szkolne i Pedagogiczne; 2000; page: 357 : Shimshon Leib Kirshenboim: Tykocin; in: Encyclopaedia Judaica; rédacteurs: Fred Skolnik et Michael Berenbaum; éditeur: McMillan; volume: 20; 2007; page: 211; .
La situation de Tykocin à la croisée de routes commerciales et l'importance de la rivière Narew comme artère de communication reliant le grand-duché de Lituanie à Dantzig et aux marchés de l'ouest, contribue au développement du négoce: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… page: 6. Les Juifs locaux qui habitent le quartier de Kaczorowo, se sont spécialisés dans le commerce du sel, des épices et des textiles aussi bien à l'échelle locale, nationale qu'internationale, ainsi que dans les opérations financières. À titre d'exemple: en 1537, le représentant des marchands de Tykocin à Moguilev achète du suif et le transporte à Varsovie; en 1541, Ilja Mosiejewicz Doktorowicz effectue des transactions avec les négociants de Nuremberg; Aron Bosko est actif sur les marchés de Wilno, Kowno, Poznań et Lublin. À cette époque les Juifs de Tykocin deviennent impliqués dans la collecte des taxes douanières ainsi que des impôts pour le duc et le trésor royal, une entreprise très lucrative.
Quand la Podlachie est incorporée à la couronne, Tykocin devient la propriété royale héréditaire de Sigismond II Auguste. Celui-ci fait bâtir un château défensif. On considère cette période comme l'âge d'or du développement de Tykocin. La ville est alors habitée par plusieurs douzaines de familles juives, représentant près de 15 % de la population totale de la ville. Le quartier habité par les Juifs s'étend progressivement vers le centre de la ville. La communauté juive s'agrandit de façon significative et devient le centre administratif et religieux (Galil Tiktin) d'un territoire s'étendant jusqu'aux villes de Siemiatycze, Orlej, Boćki, Zabłudow, Choroszcz et Gródek, qui acceptent d'être sous sa juridiction: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… page: 7. La communauté locale envoie ses représentants au Conseil des Quatre Pays, réunissant les Juifs de la couronne, ce qui donne une indication de l'importance de la communauté.
Tykocin est reconnu comme un centre important culturel et d'étude talmudique. De nombreux rabbins et experts en Torah renommés vivent à Tykocin, comme Mordechaj Tiktiner, Szmuel Eliezer Eidels connu sous le nom de Maharsha et Aron Chari: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… pages 7 et 8. C'est aussi le lieu de naissance de Rebecca bat Meir Tiktiner, une des filles du rabbin Meir Tiktiner, une érudite juive écrivant en hébreu et en yiddish et l'autrice d'un livre intitulé Meneket Rivke (La nourrice de Rebecca) sur le rôle de la femme juive et sa place dans le système social de l'époque, ainsi que sur l'éducation des enfants. Le livre est publié après sa mort, en 1609 à Prague, puis en 1618 à Cracovie, et se diffuse dans l'Europe de l'Ouest grâce à Konrad Luft de Nuremberg, l'auteur de la thèse intitulée De Rebecca Polona eruditorum in gente Judaica Foeminarum rariori exemplo publiée en 1719; le chant de Rebeka pour la fête de Sim'hat Torah a été conservée jusqu'à nos jours: Wojciech Roszkowski: Tykocin – miasteczko-bajeczka; page: 24. Rebecca Tiktiner est une personne exceptionnelle car à son époque les femmes n'apprennent pas la Torah et ne sont pas impliquée dans l'éducation des enfants.
: l'âge d'or de la communauté thumb|250px|right|La grande synagogue- photo prise entre-les-deux-guerres Au , les considérables privilèges et libertés des Juifs de Tykocin sont confirmés par Sigismond Vasa en 1601, par Ladislas IV Vasa en 1633 et en 1639, et par Jean II Casimir Vasa en 1650: Bronislaw Chlebowski: Tykocin; in: Słownik geograficzny Królestwa Polskiego i innych krajów słowiańskich (Dictionnaire du Royaume de Pologne et des autres pays slaves); volume: 12; 1883; page: 695; . En 1642, une nouvelle synagogue de style baroque est construite à la place d'une ancienne synagogue en bois, au centre de Kaczorowo, édifiée probablement sur le modèle de la synagogue défensive de Pinsk. La synagogue toujours debout, abrite actuellement un musée juif. Au , la synagogue de Tykocin est la synagogue la plus grande et la plus imposante de Pologne après celle de Cracovie. En 1522, un cimetière est fondé, qui est actuellement un des plus vieux cimetières préservés de Pologne: Wojciech Roszkowski: Tykocin – miasteczko-bajeczka; page: 21.
Lors du Déluge suédois en 1660, la ville y compris le quartier juif, est très largement détruite, mais la synagogue en brique survit.
Quand Tykocin devient une ville privée en 1661, tout d'abord comme propriété de l'hetman de la cour Stefan Czarnecki, puis de la famille Branicki, elle reste une des communautés les plus riches de Podlachie et de la Mazovie du nord-est: Hanna Wegrzynek: Tykocin… Pages: 357 et 358. Les Juifs de Tykocin vivent principalement du commerce et de l'artisanat, ainsi que du prêt sur gage. Des confréries juives existent sur le modèle des guildes chrétiennes. La confrérie des tailleurs est particulièrement puissante et possède sa propre synagogue et cour. Comme écrit Wroczyńska i Lechowski: Le rôle dominant des Juifs de Tykocin parmi les communautés juives de Podlachie, et d'une partie de la Mazovie et de la Lituanie, est relié à l'expansion économique à l'intérieur et à l'extérieur de la ville. Les commerçants juifs monopolisent l'ensemble du commerce local et étranger. Ils maintiennent des contacts avec Dantzig, Königsberg et Breslau. Ils importent différentes marchandises, comme des habits, du textile, des céréales, des produits coloniaux, du métal et des produits chimiques, du poisson principalement des harengs de la Baltique, du vin et de la vodka. Les marchands les plus riches dans la seconde moitié du sont: Gołdowie, Choroszuchowie, Siemiatyccy et Surascy. Les mêmes familles sont aussi impliquées dans le prêt sur gage, le crédit, les transactions monétaires, qui sont des opérations très lucratives. Les représentants de ces familles occupent aussi des postes au sein de la direction de la communauté juive (kehilla), ce qui leur assure une position élevée dans la ville: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… pages 8 et 9. La communauté juive de Tykocin contrôle des secteurs économiques définis par le propriétaire, comme la production et la vente de bière et de vodka, la vente de viande, le tannage, les auberges et la location de terres et parfois de villages entiers: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… page: 9.
Au , de nombreux talmudistes renommés habitent Tykocin, comme Menachem Dawid ben Icchak, Joshua Höschel ben Joseph, Elijahu Szapira et Szalom Eliezer Rokeach. Dans la première moitié du , de nombreuses querelles éclatent entre polonais et Juifs lituaniens. En 1739, une fausse accusation met en cause des Juifs lituaniens qui auraient converti des chrétiens de force. Après un long interrogatoire, les accusations sont rejetées.
Vers la fin du , la population juive représente la moitié de la population totale de la ville. Lors des partages de la Pologne, en raison de la politique des occupants, Tykocin perd sa position dominante en faveur de Białystok, et la ville commence à décliner. Les routes commerciales sont modifiées. Pendant l'occupation prussienne (1795-1807), les taxes sont considérablement augmentées et il devient interdit de changer de profession. Les Juifs ont l'obligation de prendre un nom de famille. Quand Tykocin passe sous domination russe, l'autonomie de la communauté juive est significativement réduite.
Le et l'entre-deux-guerres: problèmes économiques et antisémitisme Le négoce du bois est alors le secteur d'activité le plus important de la communauté juive. Au tournant du , Tykocin devient aussi le centre de la production de talit. Lewi Lejb, dénommé le roi du talit, s'installe en ville et ouvre une usine de tissage. Un de ses tisserand, Icchak Zvi Świeczkowski, lui vole son secret de fabrication et s'installe aux États-Unis où il commence à commercialiser les fameux talits de Tykocin: Andrzej Lechowski et Ewa Wroczyńska: Wielka synagoga w Tykocinie… page: 11.