Louis Graves est un géologue, botaniste, archéologue et ethnologue français, né le à Bordeaux et mort le à Paris. Bien que ses études à l'université de Bordeaux le prédisposent à une carrière scientifique, il n'exercera ses passions qu'à titre privé, les circonstances de sa vie lui faisant accepter un poste de fonctionnaire à la préfecture de Beauvais en 1817. Il y restera pendant vingt-cinq ans et publiera des monographies minutieuses sur les cantons du département, qui lui donnent une grande popularité mais aussi une grande influence sur la marche intellectuelle du département. Graves popularise l'archéologie et parvient à susciter de l'intérêt pour les monuments de l'architecture médiévale jusque-là perçue comme barbare. Louis Graves reste également connu pour avoir été l'un des membres fondateurs de la Société géologique de France (1830) et pour avoir cofondé la Société botanique de France (1842). De 1842 jusqu'à sa mort, il habite Paris, travaillant d'abord comme chef de bureau au ministère des Finances, puis devient directeur des Eaux et forêts en 1854.

Biographie Jeunesse Colon à Saint-Domingue, le père de Louis Graves fait fortune dans le commerce des colonies, mais la Révolution française le ruine et le pousse à rentrer en France. Il a toujours assez de moyens pour acquérir le château des Loges près de Jonzac (Charente-Maritime), où il se retire, vivant de ses rentes. Son épouse est Zoé Journu, sœur du comte Bernard Journu-Auber qui fait partie de la haute bourgeoisie bordelaise. Louis est le fils aîné du couple. Son frère et sa sœur (qui épousera un membre de la famille de SèzeIl faudrait lire Delezé, ainsi que cela est expliqué sur le site Généanet sous la référence "rlatapy".), meurent avant lui. La famille transmet à Louis le dévouement à la France et l'amour pour les sciences. L'oncle maternel Bernard Journu-Auber est en effet l'un des fondateurs du muséum d'histoire naturelle de Bordeaux. Un autre membre de sa famille qui influencera sans doute ses orientations est le colonel Bory de Saint-Vincent, avec qui Louis conservera des rapports amicaux toute sa vie durant. Sinon, dans son entourage, la famille de M. et Mme Paul-Victor de Sèze considère le jeune Louis comme leur propre enfant. Étant donné que Victor de Sèze est recteur de l'Académie de Bordeaux, c'est donc naturellement à Bordeaux que Louis effectuera ses études, guidé par son mentor. Il étudiera les sciences, les lettres et les arts, semblant posséder d'heureuses prédispositions pour tous ces domaines où il réussit également. Sans se prétendre dessinateur, Louis maîtrise bien le dessin, et pousse son amour pour la musique jusqu'à acquérir des connaissances suffisantes pour diriger un orchestre. Graves suit également des cours de médecine, mais finalement, ce seront les sciences naturelles qui le passionneront le plus, de sorte qu'il se réclamera naturaliste en 1810 et 1811. De quelque discipline qu'il s'agisse, Graves montre une merveilleuse aptitude qu'il conservera toute sa vie, le faisant toujours arriver au premier rang129-131..

Carrière professionnelle

Victor de Sèze ne tarde pas à engager Louis Graves comme son secrétaire particulier à l'Académie de Bordeaux. Ce modeste poste permet au jeune homme de faire connaissance avec nombre de personnalités importantes de la ville, telles que Jean-Baptiste Lynch, maire de Bordeaux ; le baron Pierre-Barthélémy Portal d'Albarèdes, ministre de la Marine ; ou l'économiste et journaliste Henri Fonfrède131-132 et 135..

Son biographe relate que partout où Louis Graves participe à une œuvre commune, il exerce une haute influence grâce à la supériorité incontestée de la forte culture qu'il a reçue. Doué au double point de vue de l'intelligence et du caractère, il avait acquis dès le jeune âge des connaissances théoriques solides très complètes, liées à une rare facilité d'application pratique. Avec un coup d'œil sûr et une sagacité sans prétention, il est toujours à la hauteur de ses interlocuteurs quelle que soit leur spécialité, les dépassant en même temps par l'universalité et la précision de ses connaissances. Louis Graves sait ainsi conquérir la confiance des hommes pratiques et des savants théoriciens à la fois. Sous ces auspices, chaque décision de ses supérieurs hiérarchiques pour lui confier un poste plus important fait l'unanimité, et son avancement rapide est ainsi perçu comme un acte de justice et de bonne administration, favorable pour le bien public133..

En octobre 1814, Louis Graves est donc promu secrétaire d'Académie quand le titulaire est nommé à un poste supérieur. En février 1817, quand le comte Henri-Charles Le Bègue de Germiny est nommé préfet de l'Oise, il s'attache les services de Graves comme secrétaire particulier. L'entourage du préfet ne tarde pas à remarquer la capacité administrative incontestable et le fort potentiel de ce jeune homme de vingt-cinq ans. Par ailleurs, le comte de Germiny associe son collaborateur à tous les travaux de l'administration, et ce dernier se montre digne de cette confiance. Le préfet lui donne tous les moyens de se faire apprécier en servant bien le département. En 1818, un commissaire du gouvernement est envoyé dans l'Oise pour y propager l'école mutuelle ou à la Lancaster. Graves se propose de l'accompagner sur sa tournée afin de vaincre la méfiance de la population. Mais il profite surtout de cette occasion pour étudier l'esprit des habitants, les besoins et ressources des communes, les capacités propres à l'administration, mais aussi la géologie, la faune et la flore133-134..

En tant qu'administrateur, Graves tient la main ferme sur les affaires de son ressort. Il laisse derrière lui dans tous les services dans lesquels il a travaillé, la tradition d'une gestion rigoureuse, qui sait respecter les droits individuels, mais exécute toujours promptement et complètement les décisions prises par le gouvernement. En effet, Graves est persuadé de la nécessité du principe d'autorité dans les sociétés humaines, et reconnait la légitimité des gouvernements qui se succèdent. La Révolution de juillet ne marquera donc point une interruption de sa carrière ou de ses travaux. Au contraire, comme elle renverse presque entièrement l'administration en place, elle lui apporte une promotion. En effet, le baron Alexandre-Jean Feutrier, nouveau préfet de l'Oise, suggère au ministre François Guizot de nommer Graves comme secrétaire général de la préfecture. Il est écouté, et les hommes politiques de tous les partis accueillent la nouvelle nomination de Louis Graves avec satisfaction. Lorsque le poste de secrétaire général de préfecture est supprimé dans la plupart des départements, Graves est nommé conseiller de préfecture par ordonnance du , ainsi que secrétaire général par arrêté ministériel du 18 du même mois136 et 146..

À partir de 1832, Graves prend une part plus active et plus officielle dans l'administration de l'Oise. Il a la confiance de tous les préfets qui se succèdent (non moins de onze jusqu'en 1842), et ils le chargent de leur remplacement lors de leurs absences de Beauvais. En 1839, pendant la vacance du poste de préfet, Graves doit représenter l'administration au Conseil général de l'Oise. Grâce à son indépendance d'opinion, son goût pour la discussion et son habileté coutumière, il maîtrise cette difficile épreuve, qui devient pour lui un véritable triomphe. Sous la proposition de Léon-Victorin Legrand, conseiller général de l'Oise et directeur des contributions au ministère des Finances, et à la faveur des circonstances politiques, Louis Graves obtient un poste de chef de bureau à l'administration centrale des contributions directes en 1842. Il quitte l'Oise pour Paris, persuadé de ne plus revenir. Legrand est bientôt muté vers l'administration des Eaux et forêts (dépendant également du ministère des Finances), et comme il ne veut pas renoncer aux services de Graves, ce dernier le suit. C'est ainsi qu'il devient chef de bureau à l'administration centrale des forêts. Il continue de jouir d'une considération bien supérieure à la position de son poste, qui lui convient parfaitement car elle lui laisse le temps de poursuivre ses recherches146-149..

Par ses travaux et publications, Grave attire sur lui l'attention du ministère de l'Instruction publique. Les ministres Abel-François Villemain et Narcisse-Achille de Salvandy lui adressent leurs félicitations, et le ministre de l'Intérieur, Tanneguy Duchâtel, le nomme membre de la commission des archives départementales par décision du . Mais viendra bientôt la révolution de 1848, dont Legrand n'attend pas l'issue pour démissionner. Une décision ministérielle du prive Graves de son poste moyennant une indemnité temporaire. Dans l'Oise, cette décision est accueillie avec beaucoup de stupéfaction et d'émotion, et le conseil général, par délibération du , exprime le vœu que Graves revienne pour terminer la rédaction de ses Précis statistique..., dont sept ne sont pas encore publiés. Alors que ce travail de recherche et de rédaction était auparavant une activité extraprofessionnelle, le conseil général vote pour la première fois un crédit de pour subvenir aux frais de travail de 1849. C'est un acte plutôt symbolique, seul moyen pour le conseil général de manifester sa sympathie envers Graves dans un contexte politique chaotique149-150..

La réaction depuis Paris ne se fait pas attendre, d'autant plus qu'Hippolyte Passy est devenu le nouveau ministre des Finances. Par lettre du , il réintègre Graves dans son poste en le nommant chef de première classe du bureau des travaux d'art à l'administration des forêts. Au mois de janvier 1851, le fils du comte de Germiny, vieil ami de Louis Graves, devient le nouveau ministre des Finances. Ayant les mêmes sentiments amicaux pour lui que son père, il veut le promouvoir au poste de secrétaire général du ministère des Finances. Or, Graves estime que cette fonction serait trop supérieure à son ancien poste, et n'accepte la mission qu'à condition qu'elle soit provisoire et n'entraine pas une nomination officielle. Le comte de Germiny quittant sa fonction au bout de quelques mois, Graves retourne dans son bureau avec satisfaction. Mais le successeur de Germiny n'est autre que son ami Jean-Martial Bineau (depuis 1830), qui nomme Graves sous-directeur par intérim du contrôle des régies financières au secrétariat général des finances. Par décision du , le poste est définitivement attribué à Graves. Bineau trouve en lui le collaborateur qu'il a toujours souhaité. Cependant, au bout de deux ans, le directeur général de l'administration des forêts, Antoine Blondel, est nommé au Conseil d'Etat, et Louis Graves est appelé à lui succéder par décret du . Il lui tient à cœur d'utiliser ses pouvoirs pour la préservation de la richesse nationale que constituent les forêts151-153..

Activités et travaux

Le cabinet d'histoire naturelle de son oncle, à la base du futur muséum d'histoire naturelle, livre à Louis Graves d'intéressants sujets d'étude. En 1820, soit trois ans après avoir quitté Bordeaux, Graves publie encore dans les Annales générales de sciences physiques une notice sur deux espèces de crocodiles non représentées parmi les douze espèces décrites par Frédéric Cuvier144..

En 1824, Louis Graves encourage la création de la Société philharmonique de Beauvais, composée de quelques musiciens professionnels mais essentiellement d'amateurs. Sous sa direction, et avec un succès jusqu'alors sans exemple, elle exécutera un grand nombre de symphonies et d'ouvertures. Graves fait ainsi connaître au public des compositeurs encore peu connus ou mal compris, tels que Ludwig van Beethoven et Carl Maria von Weber. Il sait donner confiance aux musiciens et leur expliquer les intentions des auteurs, si bien qu'ils arrivent à des résultats qu'ils étaient loin d'espérer eux-mêmes131-132.. Le , Graves devient l'un des tout premiers membres de la Société géologique de France et officiera à deux reprises comme son vice-président148-149..