Les guerres de Yougoslavie sont une série de conflits violents dans les territoires de l'ancienne république fédérative socialiste de Yougoslavie, qui ont eu lieu entre 1991 et 2001. Deux séries de guerres se succèdent, affectant les six républiques de la défunte république fédérative socialiste de Yougoslavie. On parle aussi de « guerre des Balkans », « guerre d’ex-Yougoslavie », ou plus rarement de « troisième guerre balkanique ». thumb|270px|La Yougoslavie unie en 1990… thumb|270px|…et les 7 états « séparément libres » issus des guerres de Yougoslavie. La plupart des guerres se terminèrent par des accords de paix, impliquant la pleine reconnaissance internationale des nouveaux États, mais avec un coût humain énorme et des dommages économiques pour la région. Au départ, l'Armée populaire yougoslave (JNA) essayait de préserver l'unité de l'ensemble de la Yougoslavie en écrasant les gouvernements sécessionnistes, mais elle fut de plus en plus sous l'influence du gouvernement serbe de Slobodan Milošević, qui évoquait la rhétorique nationaliste serbe et souhaitait utiliser la cause yougoslave afin de préserver l'unité des Serbes dans un seul État. En conséquence, la JNA commença à perdre les Slovènes, les Croates, les Albanais du Kosovo, les Bosniaques et les Macédoniens ethniques, et devint effectivement une armée serbe. Selon un rapport de l’ONU de 1994, la partie serbe ne visait pas la restauration de la Yougoslavie, mais la création d'une « Grande Serbie » à partir de certaines parties de la Croatie et de la Bosnie. D'autres mouvements irrédentistes furent également associés aux guerres, comme la « Grande Albanie » (du Kosovo, bien qu'elle ait été abandonnée à la suite de l'intervention de la diplomatie internationale) et la « Grande Croatie » (de certaines parties de l'Herzégovine, jusqu'en 1994, lorsque l'accord de Washington le conclut).

Souvent décrites comme les conflits les plus meurtriers d'Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, les guerres furent marquées par de nombreux crimes de guerre, notamment le génocide, les crimes contre l'humanité et le viol. Le génocide bosniaque fut le premier crime européen à être officiellement jugé de nature génocidaire depuis la Seconde Guerre mondiale, et de nombreux participants individuels clés furent par la suite accusés de crimes de guerre. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) fut créé par l'ONU pour poursuivre les auteurs de ces crimes.

Selon l', les guerres de Yougoslavie causèrent la mort d’au moins .

Appellation La ou les guerres ont également pour noms :

« Guerres des Balkans » ; « Guerres / conflits de l'ex-Yougoslavie » ; « Guerres de sécession / succession yougoslave » ; « Troisième guerre balkanique » : terme suggéré par le journaliste britannique Misha Glenny dans le titre de son livre, faisant allusion aux deux guerres des Balkans précédentes qui eurent lieu de 1912 à 1913. En fait, ce terme fut appliqué par certains historiens contemporains à la Première Guerre mondiale, car ils la voient comme une suite directe aux guerres balkaniques de 1912-1913 ; « Guerre civile yougoslave ».

Contexte

Des conflits ethniques clairs entre les peuples yougoslaves ne devinrent importants qu'au , à commencer par des tensions au sujet de la constitution du royaume des Serbes, Croates et Slovènes au début des années 1920. Cette tension a ensuite dégénéré en violence entre Serbes et Croates à la fin des années 1920, après l'assassinat de l'homme politique croate Stjepan Radić en 1928 puis celui du roi serbe de Yougoslavie Alexandre Ier en 1934. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Oustachis, régime ultranationaliste croate fondé en 1929 et allié des Nazis, commirent un génocide contre les populations serbes de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et de Voïvodine. Toutefois, le mouvement des Partisans yougoslaves, groupe de résistants mené par le communiste croate Josip Broz Tito put faire appel à tous les groupes ethniques, y compris les Serbes (majoritaires), les Croates et les Bosniaques pour libérer le pays de l’occupation nazie par leurs propres moyens.

La nation de Yougoslavie fut créée en 1918, soit au lendemain de la Première Guerre mondiale. Principalement composée de chrétiens slaves du Sud, la nation incluait une importante minorité musulmane. Elle prit fin en 1941, lorsqu'elle fut envahie par les puissances de l'Axe de la Seconde Guerre mondiale qui fournit un soutien aux Oustachis dans leur campagne de génocide contre les Serbes, les Juifs et les Roms à l'intérieur du territoire yougoslave, ainsi qu'aux Tchetniks dans leur propre campagne de nettoyage ethnique contre les Croates et les Bosniaques, tout en soutenant également la réintégration de la famille royale serbe. En 1945, la république fédérative socialiste de Yougoslavie (RSFY) fut établie sous Josip Broz Tito, qui maintint une direction fortement autoritaire qui réprima le nationalisme. Après la mort de Tito en 1980, les relations entre les six républiques de la RSFY se détériorèrent. La Slovénie et la Croatie souhaitaient une plus grande autonomie au sein de la confédération yougoslave, tandis que la Serbie cherchait à renforcer l'autorité fédérale. Comme il devint clair qu'il n'y avait pas de solution acceptable par toutes les parties, la Slovénie et la Croatie se dirigèrent vers la sécession. Bien que les tensions en Yougoslavie s'intensifiaient depuis le début des années 1980, les événements de 1990 se révélèrent décisifs. Au milieu de difficultés économiques, la Yougoslavie faisait face à une montée du nationalisme parmi ses divers groupes ethniques. Au début des années 1990, il n'y avait aucune autorité effective au niveau fédéral. La présidence fédérale était composée des représentants des six républiques, de deux provinces et de l'armée populaire yougoslave, et la direction communiste était divisée selon les lignes nationalesBassiouni, Annex IV – Prelude to the breakup.

Les représentants de la Voïvodine, du Kosovo et du Monténégro furent remplacés par des loyalistes du président de la Serbie, Slobodan Milošević. La Serbie obtint quatre des huit voix de la présidence fédérale et put influencer fortement la prise de décision au niveau fédéral, car toutes les autres républiques yougoslaves n'avaient qu'une seule voix. Alors que la Slovénie et la Croatie voulaient autoriser un système multipartite, la Serbie, dirigée par Milošević, exigeait une fédération encore plus centralisée et le rôle dominant de la Serbie dans celle-ci. Lors du Congrès extraordinaire de la Ligue des communistes de Yougoslavie, en , l'assemblée à majorité serbe décida d'abolir le système du parti unique ; cependant, Slobodan Milošević, le chef de la branche du Parti serbe (Ligue des communistes de Serbie) utilisa son influence pour bloquer et voter contre toutes les autres propositions des délégués des partis croates et slovènes. Cela incita les délégations croate et slovène à se retirer et, en partant, l'éclatement du parti, événement symbolique représentant la fin de la « fraternité et de l'unité ».

Après la déclaration d'indépendance de la Croatie et de la Slovénie en 1991, le gouvernement fédéral yougoslave tenta d'arrêter de force l'éclatement imminent du pays, le Premier ministre yougoslave Ante Marković déclarant les sécessions de la Slovénie et de la Croatie illégales et contraires à la constitution de la Yougoslavie, ainsi que son soutien à l'Armée populaire yougoslave pour garantir l'unité intégrale de la Yougoslavie.

Selon Stephen A. Hart, auteur de Partisans: War in the Balkans 1941–1945, la région ethniquement mixte de la Dalmatie entretenait des relations étroites et amicales entre les Croates et les Serbes qui y vivaient à la fin du et au début du . De nombreux premiers partisans d'une Yougoslavie unie venaient de cette région, comme Ante Trumbić, un Croate de Dalmatie. Cependant, au moment du déclenchement des guerres yougoslaves, toute relation hospitalière entre Croates et Serbes en Dalmatie s'était rompue, les Serbes dalmates se battant du côté de la république serbe de Krajina.

Même si les politiques pendant toute la période socialiste de la Yougoslavie semblaient avoir été les mêmes (à savoir que tous les Serbes devraient vivre dans un seul État), Dejan Guzina soutient que « les contextes différents dans chacune des sous-périodes de la Serbie socialiste et de la Yougoslavie donnèrent des résultats entièrement différents (par exemple, en faveur de la Yougoslavie ou en faveur d'une Grande Serbie) ». Il suppose que la politique serbe est passée de conservatrice-socialiste au début à nationaliste xénophobe à la fin des années 1980 et 1990.

Guerres

Guerre des Dix Jours (1991)

Le premier des conflits, connu sous le nom de guerre des Dix Jours, est lancé par la JNA (armée populaire yougoslave) le après la sécession de la Slovénie de la fédération le .

Initialement, le gouvernement fédéral a ordonné à l'armée populaire yougoslave de sécuriser les passages frontaliers en Slovénie. La police slovène et la défense territoriale slovène bloquent les casernes et les routes, ce qui provoque des affrontements et des escarmouches limitées dans la république. Après plusieurs dizaines de victimes, le conflit limité s’arrête par la négociation à Brioni, le , lorsque la Slovénie et la Croatie conviennent d'un moratoire de trois mois sur la sécession. L'armée fédérale se retire complètement de Slovénie le .

Guerre d'indépendance de la Croatie (1991-1995)

Les combats en Croatie ont commencé des semaines avant la guerre des Dix Jours en Slovénie. La guerre d'indépendance croate commence lorsque les Serbes de Croatie, opposés à l'indépendance croate, annoncent leur sécession de la Croatie.

Lors des élections législatives de 1990 en Croatie, Franjo Tuđman devient le premier président de la Croatie. Il promeut des politiques nationalistes et a pour objectif principal la création d'une Croatie indépendante. Le nouveau gouvernement propose des modifications constitutionnelles, rétablit le drapeau et les armoiries croates traditionnels et supprime le terme « socialiste » du nom officiel de la république. Pour tenter de contrer les modifications apportées à la constitution, des politiciens serbes locaux organisent un référendum sur la « souveraineté et l'autonomie des Serbes » en . Leur boycott se transforme en insurrection dans les zones peuplées d'ethnies serbes, principalement autour de Knin, connue sous le nom de révolution des Rondins. La police locale de Knin fait face à l'insurrection serbe croissante, tandis que de nombreux employés du gouvernement, principalement des policiers où les postes de commandement sont principalement occupés par des Serbes et des communistes, perdent leur emploi. La nouvelle constitution croate est ratifiée en et le Conseil national serbe forme l’oblast autonome serbe de Krajina, une région autonome serbe autoproclamée.

Les tensions ethniques augmentent, alimentées par la propagande en Croatie et en Serbie. Le , l'un des premiers affrontements armés entre des paramilitaires serbes et la police croate se produit lors de la bataille de Borovo Selo. Le , un référendum sur l'indépendance est organisé, largement boycotté par les Serbes de Croatie ; la majorité vote en faveur de l'indépendance de la Croatie. La Croatie déclare son indépendance et dissout son association avec la Yougoslavie le . En raison de l'accord de Brioni, un moratoire de trois mois est imposé sur la mise en œuvre de la décision qui a pris fin le .