Clavette type A montée sur un arbre.|thumb Une clavette est une pièce de matière rigide, souvent une simple barre, autrefois souvent en bois dur, aujourd'hui généralement métallique, qui sert à fixer un montage ou à permettre la réalisation d'un assemblage stable ; elle peut être une petite cheville qui, passée au travers d'une autre pièce (boulon, cheville plus grosse) l'immobiliseCette dernière définition restrictive est celle proposée par le dictionnaire de l'Académie française en 1935. Il s'agit étymologiquement, d'une petite . Le mot et le verbe clavette et claveter sont définis par le TLF ou Trésor de la Langue française. Mentionnons les clavettes en bois qui fixent les barreaux sur les longerons des ailes des moulin à vents. Au "moulin du Tertre" du Mont Dol, il s'agit d'un lot de 136 clavettes de 7 cm, en bois dur. Ouest France, Bretagne, Le moulin du Tertre, « la vitrine du Mont-Dol », 13 septembre 2022.. Le verbe "claveter" signifie fixer ou assembler au moyen d'une clavette ou de plusieurs clavettes, voire trivialement "poser des clavettes"Selon le TLF, le participe passé du verbe, claveté, signifiant fixé (par une ou des clavettes) s'est imposé dans la littérature technique vers 1861. Eugène Armengaud aîné, Traité théorique et pratique des moteurs à vapeurs, édition chez l'auteur, Paris, 1862, Tome 1, Tome 2 et Atlas. En particulier, page 9, sur les détails de construction de machine à balancier et à basse pression.. Le clavetage désigne une opération technique qui consiste à rendre solidaire ou bloquer deux pièces mécaniques par une clavette, ainsi que son résultatLe terme clavetage est généralisé par l'ouvrage de l'ingénieur des constructions navales, Alphonse Croneau, Construction pratique des navires de guerre, Collection Encyclopédie industrielle : architecture navale, Imprimerie Gauthiers-Villars et fils, Paris, 1894, Tome 1, Tome 2 et Atlas. En particulier, dans le Tome 2, paragraphe 234, page 116 (clavetage entre les plaques - de cuirasses - de certains croiseurs). Première parution du texte en 1892 selon le TLF..
En mécanique, une clavette désigne communément une pièce en acier qui, insérée dans l'alésage de deux pièces concentriques, les rend solidaires par rotation. Elle a pour fonction d'assurer la liaison en rotation de deux pièces, telle une liaison entre un arbre de transmission et des moyeux. En complément, cette cheville mécanique de liaison peut être conçue et dimensionnée pour se rompre par cisaillement lorsque le couple transmis est trop important.
Les principales sortes de clavettes, aujourd'hui usinées préalablement mais souvent adaptables à un montage précis, se trouvent en vente dans le commerce de produits finis au même titre que des pièces détachées, à commencer sous la forme prosaïque de barre métallique à découper ou à mettre en forme convenableElles étaient autrefois fabriqués au cas par cas, par l'artisan constructeur, voire sur le chantier par un forgeron.. Cette remarque est caduque, en ce qui concerne les chantiers de construction ou de génie civil, par exemple les ponts et autres ouvrages d'art, où les clavettes sont des pièces en acier servant à bloquer un fil ou un câble de précontrainte après sa mise en tension.
Anciennes clavettes Le mot féminin clavette écrit clavete, au sens de petite clef, diminutif dérivé du latin clavis, clavem au cas régime, est attesté en ancien français vers 1160 dans le roman de Troie, de Benoît de Sainte-Maure. Dans cette langue ancienne, il existe une assimilation précoce de l'autre diminutif clavele, attesté en 1220 avec le substantif masculin clavel, dérivé du latin clavellum, diminutif de clavus, au sens de clou : on pourrait justifier ce rapprochement lexical par une proximité de forme de la pièce techniqueDictionnaire d'ancien français Greimas. La clavele, petite clef, se retrouve dans le roman du Saint-Graal en 1220. Le mot masculin clavel, présent dans le Roman d'Alexandre vers 1180, est ainsi devenu polysémique : il ne désigne pas seulement un clou, mais aussi un verrou, une clavette ou encore l'anneau du haubert. On retrouve d'ailleurs une variante de genre féminin plus ancienne, clavele, dans Fierabras en 1170, signifiant l'anneau du haubert.. Le dictionnaire universel de Furetière le décrit sommairement comme un petit morceau de fer pointu et plat, qui permet, par exemple la fixation d'un boulon ou d'une chevilleDictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts, éditeur A et R Leers, La Haye, 1690, non paginé. L'auteur définit ainsi "un petit morceau de fer pointu & plat, qui sert à entrer dans le trou d'un boulon ou d'une cheville pour la tenir ferme. Le bruit des carrosses vient souvent des clavettes qui ne joignent pas bien. Les clavettes d'un tour servent à l'affermir à une certaine fixation.". L'auteur dissident de l'Académie, après avoir mentionné les clavettes qui servent à régler le tour de potier, ajoute l'emploi de clavettes par les imprimeurs, pour faire monter et descendre, en le fixant, le grand sommier de leur presse. Les pressoirs à clavettes, permettant de visser sans retour et de démultiplier le serrage, sont déjà communs dans le monde rural et se caractérisent en action par un cliquetis sonore. Les clavettes qui fixent le jeu de poulies et celles qui maintiennent les panneaux ne semblent point l'intéresser pour compléter sa définition sommaire. Il aurait pu mentionner de manière explicite les clavettes qui, une fois rivées, maintiennent les roues sur l'essieu en illustration de l'art des charrons, mais peut-être souffrait-il trop le bruit causé par le jeu des clavettes au passage des carrosses. vignette|droite|Deux clavettes de roue de char antique, à embout portant un hérisson protecteur, bronze moulé du second millénaire avant notre ère, artefact de Suse, musée du Louvre. La clavette des charpentiers, par exemple autrefois constructeurs de bâtisse ou de pont, de bateau, de moulin, de machine de levage etc. est un morceau de bois dur. Elle fait partie d'un dispositif de fixation, en général pour un montage statique, mais aussi pour y assurer des mouvements internes. Les scieries vosgiennes autrefois étant construites localement et exclusivement pour exploiter un canton restreint de bois dans un cadre légal, le sagard ou scieur retirait une ou plusieurs clavettes aux formes spécifiques pour que, pendant ses longues absences, des passants intrus non autorisés ne puissent se servir de l'installation, ou dérober quelques grosses pièces facilement.
Au milieu du , une clavette ordinaire est une barre de fer à laquelle le forgeron a donné une forme de coin, pour l'introduire, au besoin avec force, dans une mortaise préalablement préparée dans des pièces que le constructeur veut assemblerLe mécanicien constructeur, Texte, Première partie, chapitre II (assemblage mécanique), Section troisième : clavette et contre-clavette, p. 19-20.. Le serrage de ce morceau de fer plat, plus étroit d'un bout que de l'autre, apportée par pression latérale est bien différent de celui d'un boulon qui agit dans le sens de la longueur. L'usage de contre-clavette s'impose parfois pour renforcer l'assemblage. La contre-clavette est une clavette supplémentaire empêchant la clavette principale de bouger. Un usage trivial de clavette, véritable chevillette ou petite cheville de fer, est l'arrêt d'un boulon dépourvu de pas de vis et ne pouvant recevoir un écrou, en l'enfonçant progressivement dans la mortaise placée dans le bout du boulon opposé à la têteLouis Benjamin Francœur rédacteur en chef, Dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers, et de l'économie industrielle et commerciale, 22 volumes, Thomine et Fortic, Paris, 1822-1835, Entrée "Clavette", p. 347-348.. Pour favoriser son enlèvement, la partie supérieure de la clavette peut former un crochet, ainsi les clavettes de boulons employées autrefois quotidiennement dans les fermetures à volets des boutiquesLa Grande Encyclopédie, Tome onzième, entrée clavette rédigée par l'architecte Charles Lucas, page 600.. Pour au contraire la retenir, l'extrémité inférieure de la clavette peut comporter deux branches, qui une fois écartées et recourbées la fixe solidement dans la mortaise, d'où elle ne peut ressortir facilement. Autrefois, le maintien des panneaux composant les grands vitraux des cathédrales gothiques, placés entre des barres de fer garnies de pitons, s'effectuait à l'aide de clavettes à tête et à queue recourbées qui passaient au travers des pitons des barresIbidem. Les vitraux sont des assemblages composites de morceaux de verres diversement colorés enchâssés dans du plomb.. En mécanique, l'immobilisation d'une pièce dans sa position, c'est-à-dire son calage, peut s'effectuer à l'aide d'une clé, d'une clavette ou d'un coinHenry Graffigny, Dictionnaire des termes techniques, , p. 133..
Jacques Buchetti, spécialiste de la construction mécanique à la fin du , nous invite à distinguer diverses clavettes selon leur fonction ou emplois mécaniques : calage, assemblage ou serrageJacques Buchetti, La construction mécanique, éléments. , p.99, Clavette et goupilles (planche XVI).. Et il précise trois exemples : Les clavettes de calage fixent les roues, ou moyeux de pièces quelconques sur les arbres, les clavettes d'assemblage servent à retenir d'une façon rigide une tige ronde dans la douille d'une pièce quelconque, les clavettes de serrage sont employés dans les têtes de bielle pour serrer leurs coussinets. Les clavettes d'assemblage peuvent être retenues en place, soit par une goupille, soit en étant fendue et ouverte en place.
La Grande Encyclopédie dirigée par Marcellin Berthelot comporte une trentaine d'entrées différentes, qui mentionne le rôle de diverses clavettes, dans les domaines parfois conjugués de l'industrie ou de la construction, des mines ou de l'agriculture, de la mécanique ou de la carrosserie, de la marine ou de l'armurerieLa Grande Encyclopédie, , infra. Ces articles sont : Ancre et Jas (marine), Arbre (mécanique), Armature métallique (industrie), bielle, Bitume, Bobine (mines), Boîte d'essieu, Boulon et Bouton (construction mécanique), Courroie, Croc, Cuve (technologie), Douille (technologie), Echarpe (construction), Epée et Epieu (archéologie), Extincteur, Extirpateur (agriculture), Herse et Houe (agriculture), Lambourde, Manchon (mécanique), Manille, Mortaise (travaux mécaniques), Perçage, Presse, Rabotage. L'épée de chasse portait une croisette passée dans la lame et fixée par une clavette, ce qui empêchait le bourrage du sanglier tout en maintenant la bête noire. L'épieu de chasse, plus ancien, disposait pour effectuer l'arrêt, d'une clavette carrée mobile, retenue à la crampe par une chaine. La lambourde, pièce de bois indispensable pour assembler les solives des planchers à l'époque médiévale, est une poutre appliquée à une poutre maîtresse, fixée par des ferrures diverses : chevilles, boulons à clavettes ou étriers.