vignette|Un cadavre gît sur une table dans le célèbre tableau de Rembrandt, La Leçon d'anatomie du docteur Tulp. Le cadavre est ce qui reste du corps d'un organisme vivant humain ou animal dans la période qui suit la mort. On parle aussi de dépouille mortelle pour le corps humain, et de charogne pour le cadavre d'un animal sauvage.
Processus
Dans la nature thumb|Cadavre de rat (mort empoisonné), partiellement momifié. thumb|Des chercheurs étudient à quelle vitesse et comment les cadavres sont naturellement recyclés dans la nature. Des sites spécialisés existent pour les corps humains, afin notamment de faire progresser la médecine légale et mieux renseigner les polices scientifiques.
Sur ou dans les sols, dans le milieu naturel et les cycles du vivant, les cadavres de petits animaux (jusqu'à la taille d'un canard) sont très rapidement transportés (nécrophorèse), éliminés par des organismes décomposeurs (bactéries, champignons) ou mangés par des organismes nécrophages.
Les cadavres de gros animaux tels que les baleines (plusieurs dizaines de tonnes pour les plus grandes), immergés à grande profondeur dans un habitat tout à fait particulier peuvent mettre des années (2 à 3 ans) pour être entièrement décomposés (hors squelette) Expédition dans les Abysses Documentaire nature animalier, diffusé sur Arte, disponible sur YouTube. Des robots subaquatiques (ROV) ont été envoyés dans les grands fonds pour examiner des cadavres de baleines (la plupart du temps volontairement immergés par des scientifiques afin de connaitre leur position, ou découvertes par hasard). Après plus d'un demi-siècle, le squelette des grandes baleines, en partie enfouis dans la vase, est encore couvert d'animaux (clams notamment, de 4 cm environ, à sang très rouge car riche en hémoglobine, résistants au sulfure d'hydrogène, proches de ceux d'oasis hydrothermale vivant en symbiose avec des bactéries chimiosynthétiques). Les cadavres de baleines (500 000 environ sur le fond marin) pourraient être des étapes dans le réseau écologique permettant aux décomposeurs et à certains animaux des sources hydrothermales de se déplacer. Des fossiles de clams associés à des restes de baleines primitives ont aussi été découverts par les géologues. Un premier stade est celui des « nécrophages mobiles » (requins des grands fonds, myxines et certains crustacés), puis vient le stade des micro-organismes colonisant les restes et les os, et le sédiment périphérique, enrichi en matière organique et hydrogène sulfuré. L’effondrement des populations de grands cétacés entre la fin du siècle et les années 1970 a probablement causé la disparition de 65 à 90 % des habitats et écosystèmes dépendant des cadavres de baleines. Certaines espèces de grands fonds ont probablement disparu à cause de la chasse à la baleine, car incapables de se déplacer assez loin pour trouver de nouveaux cadavres à coloniser.
Vautours, corvidés et de nombreux mammifères carnivores ou omnivores participent à l'élimination des cadavres, plus ou moins rapidement selon la température et le contexte environnemental. Certains prédateurs enterrent les cadavres ou les cachent pour revenir les manger plus tard.
De nombreux animaux se cachent soigneusement pour mourir. Il est maintenant démontré (hormis peut-être pour les très gros oiseaux) qu'un observateur - même expérimenté et sur un terrain qui lui est familier - a peu de chances de retrouver les cadavres d'oiseaux et de mammifères de petite taille ou de taille moyenne, de la taille d'un canard colvert par ex.) avant ou après leur mort par saturnismePain, D.J., 1991. Why are lead-poisoned waterfowl rarely seen? The disappearance of waterfowl carcasses in the Camargue, France. Wildfowl 42, 118–122, même quand plusieurs dizaines d'oiseaux meurent chaque jour par hectare. Les nécrophages et/ou les insectes nécrophores éliminent rapidement leurs cadavres (en s'empoisonnant eux-mêmes, et en contaminant le réseau trophique). Les petits oiseaux morts échappent quasiment tous aux observateurs ; Par exemple, 250 cadavres de poussins ont été dispersés au hasard (sans être cachés comme le seraient de vrais oiseaux sauvages) dans un paysage agricole (incluant des pâtures), à raison de 50 poussins/ha, chaque jour durant 5 jours. Puis chaque jour, une surface (correspondant à 10 % du total, aléatoirement choisie) était fouillée, ceci durant 10 jours : 95,2 % des carcasses étaient encore présentes le jour même, mais il n'en restait en moyenne que 20,8 % après 24 h. Puis environ 70 % des carcasses restantes du jour disparaissent à nouveau dans les 24 h. Sur les 250 carcasses, seules deux ont été retrouvées intactes après 5 jours. Les estimations par extrapolation à partir d'une zone échantillonnée de cette manière sous-estiment donc très fortement la mortalité cumulative d'un territoire. Elles ne reflètent pas du tout le cours de l'épidémie simulée par cette expérience. De plus, la répétition de l'échantillonnage d'un même secteur n'améliorait pas la précision des données recueilliesWobester, G., Wobester, A.G., 1992. Carcass disappearance and estimation of mortality in a simulated die-off of small birds. J. Wildlife Dis. 28, 548–554. De même pour les oiseaux de taille moyenne ; Deborah Pain a démontré en 1991 qu'en zone fréquemment chassée (Camargue dans ce cas), les charognards et divers prédateurs carnivores ou omnivores (dont autres oiseaux et mammifères, en plus des invertébrés nécrophages) éliminent rapidement (en quelques dizaines d'heures le plus souvent) les cadavres de la taille d'un colvert.
- Plus récemment (2001), Peterson et ses collègues ont montré que 77,8 % des cadavres de canards étaient trouvées par les charognards dans les 24 h suivant la mortPeterson, C.A., Lee, S.L., Elliott, J.E., 2001. Scavenging of waterfowl carcasses by birds in agricultural fields of British Columbia. J. Field Ornithol. 72, 150–159.. Lors de l'étude de Peterson, un seul canard mort attirait en moyenne 16,6 charognards. Un seul cadavre empoisonné par le plomb peut donc à son tour empoisonner plusieurs charognards (« saturnisme secondaire »), qui eux-mêmes en empoisonneront d'autres après leur mort.
- Les modèles et simulations, comme les expériences de terrain concluent à une élimination rapide des cadavres de petite taille et de taille moyenne par les charognards et/ou les invertébrés nécrophages. Aucune étude ne semble avoir évalué le pourcentage de gros oiseaux (grues, cygnes, cigognes, vautours…) susceptibles d'être retrouvés parmi le nombre total de ceux qui meurent de saturnisme, mais il semble qu'un grand nombre des oiseaux qui meurent chaque année de ce type d'intoxication ne soit jamais retrouvé. Dans les aires protégées et certaines réserves naturelles, on laisse les cadavres être naturellement éliminés, ce qui permet la survie de certains nécrophores et espèces nécrophages. Un suivi vétérinaire est parfois mis en place, avec élimination du cadavre en cas de suspicion de risque d'épidémie. Les vautours ou condors sont parfois volontairement nourris avec des cadavres d'animaux morts à la ferme ou en élevage (moutons, bovins), ce qui limite un peu le risque qu'ils meurent de saturnisme après avoir mangé des animaux tués par balle (c'est par exemple encore la première cause de mortalité du Condor de Californie, le second plus grand oiseau du monde). En Europe cette pratique a été limitée ou interdite au moment où des maladies à prion (vache folle) sont apparues chez les vaches et moutons, pour ne pas risquer d'infecter les vautours. Ces derniers ont alors dû chercher leur nourriture bien plus loin, ce qui selon certains aurait poussé des groupes de vautours fauves du sud de la France à explorer de nouveaux territoires, jusqu'en BelgiqueUne centaine de vautours fauves ont survolé la Belgique au cours de ce week-end . En réalité des mouvements annuels vers le nord existaient avant l'interdiction de les nourrirVoir l'avis de Michel Terrasse (ornithologue). Les vautours laissent les os, que les gypaètes barbus pourront digérer, grâce à des sécrétions stomacales particulièrement acides, et après les avoir cassés en les emportant en l'air et en les laissant tomber de haut au sol.
Dans les sociétés humaines, aspects socio-culturels Toutes les sociétés semblent avoir éprouvé le besoin de rituels après la mort. Selon, les lieux, les époques, les circonstances et la position sociale du mort, le cadavre est lavé, décoré, peint, embaumé, enterré (parfois dans une position particulière), incinéré, jeté à la mer… Dans le jaïnisme, en Inde, il est interdit de toucher les cadavres. Dans les sociétés occidentales, quand il n'y a pas dépôt du corps dans des cimetières souterrains de type catacombe, ou incinération (on parle plutôt de crémation pour les cadavres), c'est la tâche du fossoyeur de creuser une tombe pour ensevelir le corps des défunts dans un cimetière. (voir aussi : Catacombes de Rome). Certaines sociétés laissaient ou offraient les cadavres des membres de la tribu aux vautours (ou à d'autres nécrophages). Cette pratique a toujours cours au sein de la communauté parsie en Inde (voir : tour du silence)Zoroastrian funerals. BBC. 2 octobre 2009..
Aspect psychologique
La vue ou la proximité d'un cadavre humain génère des émotions complexes, notamment probablement parce qu'elle ramène l'individu à l'idée de sa propre mort.
Dans certains troubles psychiques, les personnes arrivent à une identification à un cadavre.
Guerre En temps de guerre, le nombre de cadavres issus d'une mort violente augmente considérablement, ce qui participe aux « horreurs de la guerre » et séquelles de guerre.
C'est une source d'épidémies et de contamination de l'eau.
La présence de cadavres en grande quantité, de charniers, est criante à tout soldat sur un théâtre de guerre. C'est une des sources de troubles et séquelles psychologiques que connaissent les anciens combattants.
Les progrès des médias font que les sociétés civiles, maintenant via la télévision ou les images satellites ont également connaissance de la présence des cadavres sur les lieux de guerre ou guerre civile. Durant la guerre de Corée, l'effet des combats sur les troupes nord-coréennes contre l'United Nations Partisan Infantry Korea a été avéré par des photos aériennes.
L'emploi de cadavres de pestiférés fut l'une des premières utilisations de l'arme biologique, employée par les Chinois contre des villes assiégées.
À Verdun, le procédé de la verdunisation de désinfection de l'eau a été mis au point du fait de grande quantité de cadavres de chevaux et de soldats pouvant contaminer les points d'eau.
Aspects juridiques Le statut du corps du défunt et les modalités de respect de la dignité humaineDuguet, A. M. (2010). Le statut du corps après la mort et le respect de sa dignité. La Revue de Médecine Légale, 1(3), 79-80 varient considérablement avec les époques, les civilisations et selon les couches sociales. Tantôt la coutume ou la religion momifient le cadavre (humain ou animaux) et cherchent à conserver l'apparence d'un corps intact (thanatopraxie…), tantôt le démembrement du corps était une punition posthume ou au contraire un état souhaité par la personne avant sa mortBagliani, A. P. (1992) Démembrement et intégrité du corps au XIIIe siècle. Terrain. Revue d’ethnologie de l’Europe, (18), 26-32..
Parfois, l'absence de cadavre ne permet pas de conclure avec certitude au décès d'une personne (cas de Henry Wilde, second sur le Titanic).
L'identification des cadavres est un aspect des enquêtes policières ; en France, les cadavres non identifiés sont enregistrés, depuis 2005, au fichier des personnes recherchées (FPR).
Lors de l'affaire du massacre de la Saint-Valentin (1929), lors de la guerre des gangs de Chicago, une erreur d'identification a été commise au début de l'enquête, laissant à croire qu'un des patrons du crime était parmi les individus tombés.