vignette|Louis Germain Lévy au séminaire en 1891, 3e en partant de la gauche debout Louis Germain Lévy, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un rabbin français, créateur de la première synagogue libérale en France, l'Union libérale israélite de France à Paris.
Biographie
Famille Louis Germain Lévy est fils de Isaac Lévy, négociant, et de Rosalie née Weill. Il se marie avec Alice Jacob le dans le premier arrondissement de Paris.
Études Louis Germain Lévy fait ses études à l’École Halphen, rue Lafayette, la plus ancienne école juive de France. Il fréquente le Talmud Torah du Séminaire israélite de France. avant d’y entrer, devenant rabbin en 1895. Zadoc Kahn en fait son secrétaire particulier. Ses sujets de prédilection sont Maïmonide et l’histoire du judaïsme à l’époque du second Temple. Il est titulaire d’un Doctorat ès lettres soutenu à la Sorbonne , sur la famille dans l’Antiquité israélite, avec une thèse secondaire, la métaphysique de Maïmonide. Il est diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales en 1893 en hébreu et de l’École pratique des hautes études de la 5e section (Sciences religieuse) en 1893 et de la 4e section (Sciences historiques et philologiques) en 1894.
Il effectue son service militaire au régiment d’infanterie du au .
Grande synagogue de Paris En 1895, préoccupé par l’abandon de la pratique religieuse, le grand-rabbin de France Zadoc Kahn, organise dans la grande synagogue de Paris des conférences le dimanche matin pour la jeunesse, avec une partie liturgique. Louis Germain Lévy y fait des exposés sur travail et travailleurs dans la Bible et le Talmud, dignité et humanité dans le judaïsme. Il conduit l'office du dimanche matin dans un oratoire de la Grande synagogue de Paris.
L'Union libérale israélite (ULI) en , propose de créer :[…] soit en l’un des temples consistoriaux, soit dans un oratoire privé, un vrai office avec chants et prédications, au jour qui est à leurs yeux simplement plus propice, en se défendant de vouloir transférer au dimanche, le caractère sacré du samedi.
Dijon Le il devient rabbin de Dijon et aumônier militaire .
Le fondateur du judaïsme libéral français
En , Louis Germain Lévy publie une brochure intitulée Une religion rationnelle et laïque [sic]. La religion du XXe siècle. Inspiré par Auguste Comte, Ernest Renan et le catholicisme moderniste, il note : le judaïsme, éminent, doit s'adapter à la pensée contemporaine ; dépouillé de pratiques, institutions et coutumes obsolètes, de « tout résidu dogmatique » il peut devenir la religion du XXe siècle. Il s’inspire de Hyacinthe Loyson, prêtre excommunié.
Opposition Indésirable rue de la Victoire après la mort de Zadoc Kahn en , et avec la récente Séparation des Églises et de l’État, l’Union libérale israélite se constitue, indépendante du Consistoire de Paris.
Le Consistoire de Paris argue auprès du Consistoire central israélite de France que les réformes envisagées sont ”radicales”. Toutefois le préfet l’autorise.
En , la revue Archives israélites fustige « la singulière prétention de l’Union libérale » dans laquelle elle ne veut voir qu’une velléité féministe, car l’Union « a pour patronne les dames appartenant à la meilleure société de Paris », qui se fourvoient en jouant les intellectuelles.
Le noyau directeur publie une lettre avec ses objectifs : sauf pour les (Chema Israël et Kedoucha), les prières conservées, sont récitées en français ; les offices sont courts ; la prédication devient centrale ; le service du samedi est complété par un office avec prédication le dimanche matin ; l’instruction religieuse est donnée aux enfants dans un « esprit moderne » ; la bar-mitsvah, simple formalité ; des conférences sont données sur le judaïsme.
Parmi les membres du premier bureau, Clarisse Eugène Simon et Marguerite Brandon-Salvador, initiatrices du projet restent dans l’ombre, leurs collègues masculins, Salvador Lévi, président, Alphonse Pereyra, vice- président, Gaston Bach, secrétaire, signent des articles dans la presse.
En , Louis-Germain Lévy dépose, au congrès rabbinique, une « motion réformatrice » rejetée.
En , les Archives israélites décrivent le scandale : « Avoir installé un culte modern-style dans une salle appartenant au Consistoire ! » Les fidèles orthodoxes de la Victoire font pression sur le nouveau grand rabbin de France, Alfred Lévy, qui cède. Les libéraux doivent partir.
Rue Copernic vignette|Liste des Fondateurs de l’Union libérale israélite de France En 1902, Louis Germain Lévy soutenu par Alphonse Pereyra ouvre chez lui, 17 rue Greuze, un oratoire se voulant du “sinaïsme où judaïsme réformé”, “un rite”, “le rajeunissement de notre vieux culte”.
La nouvelle communauté loue au 24 rue Copernic, un atelier de peintre transformé pour accueillir environ 200 personnes.
Louis-Germain Lévy en devient le rabbin et loge à cette adresse. Marguerite Brandon-Salvador offre l’harmonium.
Le service inaugural est célébré le . Le pasteur protestant Jules-Émile Roberty, présent, note la méconnaissance des prières, de l’hébreu, du rituel, ainsi lorsque Louis-Germain Lévy prononce, en français, la prière de Salomon pour la dédicace du Temple de Jérusalem, les fidèles, émus et étonnés, croient qu’il s’agit d’un texte écrit pour l’occasion
Une thèse de doctorat protestante décrit la synagogueLa synagogue est ornée d’inscriptions hébraïques et françaises. Une tribune servant de chaire est au centre, entre les deux chandeliers à sept branches. Le rabbin porte la soutane, le rabat en dentelle, le taleth traditionnel. Il a la tête découverte comme les assistants. Les sexes ne sont pas séparés. Les prières essentielles se disent en hébreu, les autres en français ; le principal culte est devenu, par la force des choses, celui du dimanche matin et il est marqué par une conférence. Les fêtes ne sont solennisées qu’un jour au lieu de deux ; leur culte ne dépasse guère une heure.
Le rabbin veut bâtir « le temple de l’union universelle en Dieu », concilier science et pratique, culte et modernité. Actif dans le mouvement de réforme religieuse mondiale et œcuménique, il établit les rites de l’Union libérale israélite de France.
Les offices de Shabbat le vendredi soir (à 18 h) et du samedi matin (à 10 h 30) sont maintenus. Celui du dimanche, accompagné d’une prédication, attire aussi des libéraux d'autres religions, des francs-maçons et des adeptes de l’ésotérisme, des théosophes.
Un office, le premier dimanche du mois, est consacré à l’instruction religieuse des garçons. Jusqu’à la bar mitsvah, ils doivent suivre le jeudi des cours d’hébreu, d’histoire juive, de littérature et de « doctrines juives ». Le dimanche , Louis Germain Lévy invite Abdu'l-Baha Abbas, chef persan de la foi baha'ie et promoteur d'une religion universelle .
Première Guerre mondiale Durant la Première Guerre mondiale, il sert comme aumônier du Grand Quartier général.
Salvador Lévi le remplace. L'office du dimanche est plus fréquenté, il supprime celui du samedi. Louis Germain Lévy, en reprenant ses fonctions, ne le rétablit pas.
De l’Oratoire à la Synagogue
En 1921, Louis Germain Lévy négocie l’acquisition de l’immeuble pour le compte de l’ULI.
Il charge l’architecte Marcel Lemarié (1864-1941) de créer une synagogue, inaugurée en 1924 pour les fêtes de Tishri.
Les mariages mixtes sont célébrés sans réticence. De réforme en réforme, de suppression en suppression, l’ULI finit par accepter des conversions au judaïsme sans circoncision, objet de scandale.
En , L’Univers israélite fait dire au rabbin de Copernic : « Je remplace le sabbat, je me passe de la circoncision et j’autorise le mariage mixte ».
Une communauté indépendante
thumb|right|Synagogue de l’Union libérale israélite de France
Le , l’ULI fait « désormais partie de la communauté de Paris » association cultuelle non affiliée administrativement à l’association consistoriale.
L’office de shabbat est célébré à nouveau, en hébreu, le samedi matin. Les mariages mixtes sont supprimés, l’office du dimanche matin (sans lecture du Sefer Torah et avec une prière en français) est maintenu, les fidèles se couvrant la tête à leur gré, à l’exception des officiants ; le mélange des sexes est facultatif. Selon une correspondance de 1937 entre Maurice Liber et Julien Weill, Louis Germain Lévy continue de célébrer des mariages mixtes.
Avec la ligue du shabbat (1921), il encourage l'observation du shabbat, la présence aux offices, la récitation de l'havdalah, de la prière Hagomel, des prières pour les malades et les personnes en deuil et la Bénédiction sacerdotale.
Une structure pour la jeunesse Louis Germain Lévy crée en 1924, la Jeunesse libérale israélite, qui publie un journal Le Petit Rayon. Pour ce public il organise des conférences avec Léo Baeck, Edmond Fleg,Gershon Sholem, Martin Buber, Julius Guttmann, Naftali Herz Tur-Sinai, Hanoch Albeck, Joachim Prinz, Siegfried Silberstein des cours d’hébreu, d’histoire du judaïsme, des groupes d’études,des soirées dansantes, sorties, camps de vacances et crée une bibliothèque. Il encourage les jeunes à cotiser au KKL .
En 1927 et 1928, un Séder de Pessa'h se tient dans un restaurant, afin d’initier la jeunesse. En , est inaugurée une « cérémonie d’initiation religieuse »: les jeunes au premier rang, le rabbin lit l’Amidah, suivie d’une profession de foi publique. Chaque « initié » récite un passage en montant à la tribune (bimah), puis passe devant le Sefer Torah et le rabbin lui impose les mains. La cérémonie, réglée minutieusement par Aimé Pallière, comprend des chœurs, les orgues, et une prière à la France. Sionisme et scoutisme allant pour lui de pair, il annonce en la création d’une meute de louveteaux. En 1932, cette troupe se transforme en Éclaireurs de la Jeunesse libérale israélite, composée de deux patrouilles. Il annonce un programme de visite de musées et des activités sportives. La jeunesse participe aux réunions de la WUPJ.
Enseignement Louis Germain Lévy est professeur d'histoire (1895-1905), professeur de philosophie (1895-1940) et directeur du Talmud Torah (1895-1940) à l’École Halphen qui deviendra en 1901 l'École Lucien-de-Hirsch. Il est professeur invité à l'Hochschule für die Wissenschaft des Judentums où il enseigne la littérature juive (1905-1914 et 1919-1939), l'Homilétique (1905-1914 et 1919-1939), et l'histoire de la civilisation juive (1919-1939). Il est professeur invité au Séminaire théologique juif de Breslau où il enseigne le judaïsme talmudique et rabbinique, la littérature juive (1905 -1914 et 1919-1938) et l'histoire de la civilisation juive (1919-1938). Il est professeur invité à l’Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion où il enseigne la littérature juive (1905-1914-1919-1939), le judaïsme talmudique et rabbinique (1905-1914 et 1919-1938), et l'histoire de la civilisation juive (1919-1938). Il se porte candidat, sans succès, à la chaire d’histoire et civilisation juive créée par l’université de Paris en 1930. Il est secrétaire de la rédaction de la Revue des études juives entre 1907 et 1932, sauf pendant sa mobilisation, puis son directeur (1932-1940). Il est secrétaire général (1919-1932) puis président de la Société des études juives (1932-1940). Il est président de la Société asiatique(1944-1946).
World Union for Progressive Judaism En 1926, Louis-Germain Lévy participe à Londres â la fondation de la World Union for Progressive Judaism (WUPJ), dirigée par Claude Montefiore, et . Il devient le vice-président.
Une correspondance entre le rabbin de Copernic et Lily Montagu permet de suivre l’évolution de l’association de 1925 à 1941