L'Abbaye de Ravensberghe ou de Ravensberg, encore appelée Houthove, située en Flandre maritime à Merckeghem, dans l'arrondissement de Dunkerque est une abbaye cistercienne fondée au . Soutenue par les papes successifs, l'établissement prospère rapidement. L'abbaye disparait au moment de la Révolution française.
Histoire
Création Vers 1191, à la fin du , Christine de Sinneghem (Seninghem), dame de la seigneurie de Ravensberghe, membre de la famille de Seninghem, est la veuve de Willaume Brohon , fils naturel présumé du comte de Flandre Thierry d'AlsaceE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 224., lequel fut inhumé à proximité dans l'abbaye de Watten. La famille de Seninghem et les seigneurs de Ravensberghe possèdent la majorité des territoires des actuelles communes de Merckeghem, Millam, partie sud de Cappelle-Brouck, le reste des terres ayant été accordé au clergé aux , à charge pour celui-ci d'assainir cette zone de maraisGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, p. 70.. Quelques religieuses sont déjà regroupées sur un manoir (grande ferme) dénommé Outhof ou Outhove, situé sur Merckeghem dans la seigneurie de RavensbergheH. de Laplane, cité dans la bibliographie, p. 220., qui appartient à Christine de Sinneghem. Christine leur fait don vers 1191 du bâtiment, de terres attenantes, d'un moulin, de l'ordre de trente- huit mesures (environ dix-sept hectares) de terres et de marais à tourbe, afin qu'elles puissent y construire un monastère.
En 1194, la donation de Christine est approuvée par l'archevêque de Reims Guillaume aux Blanches Mains et par l'évêque de Thérouanne ou évêque des Morins, Lambert de Bruges. Le fils de Christine, Guillaume Brohon II, donne également son accord par écritGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, p. 71..
En 1196, le pape Célestin III confirme la donation, annonce la protection du Saint-Siège au couvent, accorde aux religieuses le droit d'élire leur chapelain. Cette intervention pontificale va se répéter à maintes reprises assurant à l'abbaye une protection qui lui permet de se développer.
Le couvent est reçu dans l'ordre de Citeaux. L'abbé de l'abbaye de Clairvaux déclare qu'à la suite de la demande de l'abbé de l'abbaye des Dunes, Ravensberghe est reçu dans cet ordre. L'établissement est placé sous la direction immédiate de l'abbaye de ClairmaraisE de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 225.. L'abbaye accepte les novices à partir de l'âge de 16 ans. Toutefois toute nouvelle venue doit apporter une dotGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, p. 74.. De ce fait, les religieuses appartiennent à des familles aisées
Le monastère bénéficie rapidement de dons ou d'exemptions de taxes cédées par les notables locaux, en particulier les seigneurs de Ravensberghe, les seigneurs de Zinneghem, et la famille détenant la terre de Seninghem, lesquels s'instituent soutiens et protecteurs du nouvel établissement. Les comtes de Flandre successifs la prennent également sous leur protection et lui accordent régulièrement des biensE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 225-226..
En 1200, le comte de Flandre Baudouin VI de Hainaut confirme à l'abbaye de Ravensberghe ses biensA. Wauters, cité dans la bibliographie, tome VII, année 1200..
En 1205, la comtesse de Flandre Mathilde de Portugal, veuve de Philippe d'Alsace, confirme les différentes donations.
Le pape Innocent IV va réitérer quelque temps plus tard la protection accordée à l'abbaye : il menace d'excommunication ceux commettant des violences ou usurpant les biens de l'établissement.
Le prévôt de l'abbaye de Watten contribue à compléter ces différents droits en déclarant que l'abbesse et les religieuses de Ravensberghe ont le droit de nommer et d'instituer leur propre chapelain, sans avoir donc à dépendre d'une quelconque autorité extérieure.
Évolution Au début du , l'abbaye continue d'être favorisée par de nombreux seigneurs, ainsi les seigneurs de Boiscure (Buysscheure) : Aélis de Tenremonde, dame de Boiscure, accorde plusieurs biens situés en Flandre en 1209 et Wautier de Boiscure cède une partie de la dîme de Volckerinckhove et d'autres possessions en 1213Georges Dupas, cité dans la bibliographie, p. 72..
En 1227, l'abbé de l'abbaye des Dunes énumère les dons (redevances, cens) faits par le comte de Flandre Ferrand de Flandre et sa femme, Jeanne de Constantinople. Il déclare qu'en retour, les religieuses doivent faire célébrer un anniversaire pour les âmes de leurs bienfaiteurs, ce que les dames de Ravensberghe vont confirmer par une proclamation faite la même annéeA. Wauters, cité dans la bibliographie, tome IV, année 1227.
Dès cette époque, l'abbaye dispose de suffisamment de moyens pour consentir des prêts : Wautier, fils d'Aélis de Drincham engage la moitié de la dîme d'Eringhem contre un prêt de cent livres accordé par l'abbaye, sa mère accorde aux moines une rente sur la dite dîmeGeorges Dupas, cité dans la bibliographie, p. 73..
En 1230, Grégoire IX confirme l'abbaye dans ses possessions, l'exempte de toute dîme, lui donne le droit de recevoir des biens hérités de ses religieuses, lui accorde l'indépendance par rapport à toute juridiction séculière pour ses biens, octroie aux religieuses l'autorisation d'élire leur abbesse et de célébrer le service divin dans leur monastèreE de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 226..
En 1249, la comtesse de Flandre Marguerite de Constantinople attribue à son tour cent dix mesures (environ 50 hectares) de terre à l'abbaye.
Tous ces dons favorables au couvent ne le préservent pas de toute contestation ou procès : ainsi, en 1273, le curé de Merckeghem, Jean de Rexpoëde, est en conflit avec lui au sujet de certaines dîmes. En 1298, en litige avec le chapitre de Tournai et l'abbaye Saint-Martin de Tournai, à propos de la perception de dîmes (à Mouscron, Reckem, Aelbeke), les parties conviennent de s'en remettre à un arbitrage. Le , l'arbitrage est rendu et le , l'abbé de l'abbaye des Dunes approuve l'accord au nom de l'abbé de ClairvauxA. Wauters, cité dans la bibliographie, Tome XI, volume, années 1298-1299..
Un évènement particulier marque la vie de l'abbaye : en 1383, l'évêque de Norwich Henri le Despenser mène une expédition militaire en Flandre (Croisade d'Henri le Despenser) et porte atteinte aux intérêts du comte de Flandre Louis de Male. Le roi de France Charles VI vient au secours du comte et lors de cette campagne loge une nuit à l'abbayeE de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 227..
Alors que les seigneurs de Ravensberghe s'attachent généralement à favoriser l'établissement, certains se distinguent en lui causant des ennuis : en 1466, Nicolas de Mailly, dit Payen, a des relations orageuses avec l'abbaye : lui et son serviteur Willem Rabat font l'objet d'une condamnation pour violences et outrages envers l'abbesse et les religieuses de Ravensberghe. En 1466, Nicolas de Mailly obtient du duc de Bourgogne comte de Flandre Philippe le Bon des lettres de rémission, entérinées par le conseil de Flandre à GandE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 279..
À partir du , les chartes portent au dos une analyse sommaire de l'objet et du contenu ainsi que le numéro occupé par le document dans le cartulaire élaboré à cette époque, il s'agit d'une amorce d'un système archivistique dans la région.
En 1517, Charles Quint délivre à l'abbaye des lettres d'amortissement, contenant le démembrement de toutes les terres et rentes acquises par l'établissement pendant les quarante ans précédentsE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 281..
En 1525, l'abbé de Clairmarais, Jacques Dupont, malade, se retire en l'abbaye d'Outhove où il décède le H. de Laplane, cité dans la bibliographie, p. 224.. Il est ramené à Clairmarais pour y être inhumé
Le , l'abbesse Jacqueline de la Tour, vend du consentement de sa communauté, à l'évêque de Saint-Omer, des propriétés et un refuge détenus dans la ville de Saint-Omer, aux fins de création du collège Saint-Bertin, lequel existe encore de nos jours.
En 1568, l'abbaye et l'église voisine de Merckeghem sont pillées lors de la crise iconoclaste liée à la révolte des Gueux.
En 1653, l'établissement d'Outhove cède un terrain, d'environ deux hectares, détenu à Dunkerque au profit de l'installation d'un couvent de Carmes déchaussés, pour un montant de six mille florins. Cette terre provenait d'un don de la comtesse de Flandre Jeanne de Constantinople, confirmé par sa sœur Marguerite par lettres données à Bruges en novembre 1249. Le paiement pris en charge par un protecteur de l'ordre des Carmes s'effectue par un versement comptant, des traites à échéance et un tableau d'une valeur de cent livres destiné au maître-autel de l'abbaye. En 1670, l'affaire suscite un litige entre les deux instances religieuses, différend réglé par la passation d'un compromis le .
Aux , à l'instar de la majorité des établissements religieux au cours de leur histoire, l'abbaye mène plusieurs procès contre des possesseurs, laïcs ou religieux, de terres ou de dîmes lui devant des rentes ou autres sommes d'argent ou contestant avoir à le faire.
Au , le couvent s'oppose à l'évêque de Saint-Omer Joseph-Alphonse de Valbelle-Tourves lequel revendique le droit de visiter les novices des abbayes liées à Clairvaux. Il rencontre l'opposition de l'abbesse de Ravensberghe, de l'Abbaye Sainte-Colombe de Blendecques et de l'abbé de l'abbaye de Clairvaux. Le roi tranche en faveur de l'évêque en 1733.
Selon une enquête de 1750, l'abbaye est un des établissements religieux les plus riches de la châtellenie de Bourbourg : elle détient 665 mesures soit environ 300 hectares et bénéficie de 4105 livres de revenus venant de propriétés disséminées à travers la régionG. Dupas, cité dans la bibliographie, p. 85-87.. Ces biens vont encore augmenter jusqu'en 1792 comme l'indiquent les registres au moment de la disparition de l'établissement. L'abbaye possédait un refuge (habitation destinée à servir de lieu de repli en cas de menaces lors d'une guerre) à Saint-Omer.
Disparition En vue des États généraux de 1789, se tient à Bailleul le la réunion des membres du clergé de la Flandre maritime présidée par l'évêque d'Ypres Charles Alexander d'Arberg. L'abbaye est représentée par un dénommé Bertrandi, archidiacre et vicaire général à Saint-OmerE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 246..
Le , en application d'un décret de l'Assemblée nationale en date du , l'abbaye déclare la liste de ses biens et les charges dont le couvent est grevéBulletin du Comité flamand de France, tome IV, cité dans la bibliographie, p. 249..
En 1790, la commune de Merckeghem somme les religieuses de faire disparaître les armoiries qui sont dans leur église et les invite à ne plus rentrer dans l'église paroissiale avec des chiens pendant le service divinBulletin du Comité flamand de France, tome V, cité dans la bibliographie, p. 13..
Le est dressé l'état des meubles, effets et bibliothèque de l'abbaye.
Dès avril 1791, on commence à vendre au profit de la Nation des biens ou les avêties (récoltes sur pieds) venant de l'abbayeBulletin du Comité flamand de France, tome V, cité dans la bibliographie, p. 12..
Le , les religieuses demandent au directoire du district de Bergues de leur abandonner un terrain adjacent à leur enclos afin que celles préférant mener la vie en communauté puissent s'y retirer. La municipalité de Merckeghem émet un avis défavorable sur cette demande le . La même année, une novice de l'abbaye réclame la somme qu'elle a versé en entrant dans le couvent , celui-ci ne pouvant plus remplir son office. La suite donnée à ces demandes n'est pas connue.
La dissolution de l'abbaye est notifiée aux religieuses le . Elle compte à cette date 28 religieuses. Celles-ci en sortent le mois même. Elles disposent à cette date d'un revenu de 23334 francsE. de Coussemaker, Ravensberg, cité dans la bibliographie, p. 228..