Elizabeth Stuart Phelps nom d'auteure sous lequel s'est fait connaitre Elizabeth Stuart Phelps Ward, née le à Boston dans l'État du Massachusetts et morte le à Newton également dans l'État du Massachusetts, est une romancière, nouvelliste, poète, mémorialiste, essayiste, dramaturge, réformatrice sociale, pacifiste et féministe américaine.
Elizabeth Stuart Phelps a écrit , une vingtaine de romans aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes, des recueils de poèmes, des pièces de théâtre, une autobiographie, des biographies, celle de son père et celle de Jésus Christ puis divers essais sur des sujets variés.
Elle fut une auteure populaire de son époque, après un temps d'oubli, elle est redécouverte pour ses écrits féministes prônant l'émancipation des femmes vis-à-vis du patriarcat, et leur propre autodétermination notamment par ses critiques de l'orthodoxie calviniste.
Elizabeth Stuart Phelps est, dès son premier roman The Gates Ajar, aussi bien reconnue par le public que par les grandes figures littéraires de son l'époque John Greenleaf Whittier ou Thomas Wentworth Higginson qui l'ont mise sur le même pied que Louise May Alcott ou Harriet Beecher Stowe.
Biographie
Jeunesse et Formation
Une famille religieuse gauche|vignette|Elizabeth Wooster Stuart Phelps. vignette|Austin Phelps. Elizabeth Stuart Phelps, baptisée Mary Gray Phelps, est l'enfant aînée des trois enfants et la fille unique du révérend pasteur d'une église congrégationaliste de Boston et de l'écrivaine d'inspiration religieuse . Austin Phelps descend d'une famille originaire de l’Angleterre qui s'est implantée dans la Nouvelle Angleterre en 1630. Elizabeth Wooster Stuart Phelps est la fille du pasteur et théologien congrégationaliste , un théologien réputé. En 1848, la famille Phelps emménage à Andover, dans l'État du Massachusetts, avec son épouse et sa fille où Austin Phelps entre à l'Andover Theological Seminary, institution congrégationaliste, où il tient la chaire de rhétorique sacrée, poste qu'il tiendra durant . Après leur arrivée à Andover, le couple donne naissance à deux fils : Moses Stuart né en 1849, et Amos Lawrence, né en 1852. La résidence d'Andover, restera la maison de famille, lieu où viendra régulièrement se ressourcer Elizabeth Stuart Phelps.
Un entourage religieux et valorisant Elizabeth Stuart Phelps grandit dans une atmosphère religieuse, ses parents l'élèvent dans la transmission de la piété, l'amour du travail, et le gout de la littérature. Elle est également marquée par son grand-père paternel Eliakim Phelps, un prédicateur revivaliste, qui s'est fait remarquer, entre autres, pour ses actions au sein du « chemin de fer clandestin » pour aider les esclaves afro-américains fugitifs à rejoindre les États du nord non esclavagistes ou le Canada et pour sa curiosité vis-à-vis de phénomènes paranormaux dont il aurait été témoin. Abigail Clark Stuart, sa grand-mère maternelle lui a transmis l'amour des autres et la dévotion.
Sa mère la soutient dans sa passion de l'écriture qui se révèle dès son enfance, elle lui dit . Elle est également impressionnée la capacité de sa mère à équilibrer son rôle public en tant que romancière à succès avec son rôle d'épouse et de mère, lui montrant qu'il est possible pour une femme de ne pas être restreinte à ses seules responsabilités domestiques, qu'elle peut mener une vie d'écrivaine en dehors. Mais Elizabeth Wooster Stuart Phelps est victime d'un accident vasculaire cérébral qui la diminue, elle décède des suites en 1852, peu de temps après avoir accouché de son troisième enfant Amos Lawrence.
Un changement de prénoms En 1852, après la mort de sa mère et de son jeune frère Moses Stuart, Mary Gray Phelps est dans un état d'affliction qu'elle ne dépassera jamais, expérience qui lui donne une conscience précoce de la nécessité se prémunir des dangers, même quand tout semble aller pour le mieux. Toute sa vie elle montrera un visage empreint de mélancolie. En mémoire de sa mère disparue, elle change ses prénoms en Elizabeth Stuart Phelps.
Son père se remarie en 1854 avec la tante maternelle d'Elizabeth Stuart Phelps, mais atteinte par la tuberculose, elle meurt , plus tard. En 1858, il se marie avec Marie Ann Johnson qui lui donne deux fils. Ces deux décès ne sont pas exceptionnels en cette période, mais ils viennent amplifier chez Elizabeth Stuart Phelps, les deuils liés à mort de sa mère et de son frère cadet, amplification qui va donner une tonalité lugubre à son destin.
La scolarité et une personnalité qui s'affirme vignette|Ralph Waldo Emerson. gauche|vignette|William Wordsworth. Elizabeth Stuart Phelps a fait ses études secondaires au séminaire féminin, l' d'Andover, puis à la fondée par . Elle a pu ainsi recevoir un enseignement de la même qualité que celui dispensé dans les établissements pour jeunes hommes, à l'exception de la trigonométrie et du grec. Elle suit également des cours de théologie auprès d'un collègue de son père, . La rigueur austère du Calvinisme, qui prône la prédestination, l'infaillibilité de la Bible, l'Enfer promis aux personnes qui ne sont élues et la soumission de la femme au patriarcat. Calvinisme adouci par son père, qui s'il était ferme en tant qu'enseignant montrait une grande tendresse sa fille. C'est ainsi qu'Elizabeth Stuart Phelps grandit dans l'amour de Dieu, des études et de l'indifférence envers les mondanités.
Elle se perçoit comme un garçon manqué qui aime à être une fille qui s'épanouit dans la nature.
Par ailleurs, Elizabeth Stuart Phelps refuse les opinions reçues, elle affirme ses convictions même si celles-ci vont à l'encontre de celles exprimées par son entourage. Quand Ralph Waldo Emerson est de visite, elle se présente à lui comme pour partager à ses camarades d'école son amour de Geoffrey Chaucer comme , remarque qui choque Emerson qui la réprimande, ce qui ne la désarme pas et continue à soutenir sa conviction. Grande lectrice de poésies, elle apprécie plus particulièrement la poète britannique Elizabeth Barrett Brownings, et les poètes Thomas de Quincey et William Wordsworth.
Carrière
Tragédies, premiers écrits et succès gauche|vignette|Elizabeth Barrett Browning. vignette|William Wordsworth. Elizabeth Stuart Phelps écrit sa première nouvelle à l'âge de , elle est publiée par et reçoit une rémunération de .
La catastrophe de la minoterie de Pimberton Elizabeth Stuart Phelps est horrifiée par l'incendie de la dans la ville voisine de Lawrence (Massachusetts) qui éclate dans la soirée du , où plus de ont trouvé la mort, brûlés vifs, en plus des nombreux blessés par brûlure. C'est le pire des accidents industriels de l'histoire de la Nouvelle Angleterre.
Un père diminué En 1861, un an après la fin de ses études, son père d'une santé fragile devient invalide, elle doit l'assister, pour subvenir aux besoins de la famille, mais ayant en horreur les tâches domestiques, elle décide de devenir écrivaine.
La Guerre de Sécession La Guerre de Sécession éclate en 1861 , Elizabeth Stuart Phelps assiste au défilé des soldats qui se rendent sur le front pour participer à la Première bataille de Bull Run et à la Bataille d'Antietam. Puis c'est la tragédie, son fiancé, Samuel Hopkins Thomson, est tué sur le front en , cette perte la plonge dans un profond chagrin, elle décide qu'elle ne mariera pas et vit comme une recluse.
The Gates Ajar vignette|Emily Dickinson. Cette blessure et ce retrait sont une période, qui confirme sa décision de devenir une écrivaine. Elle tire son inspiration de la poète britannique Elizabeth Barrett Brownings, dont le poème Aurora Leigh l'a profondément marquée comme appel à l'extase poétique sans s'égarer dans l'imaginaire. Emily Dickinson est son autre source d'inspiration, notamment pour ses poèmes sur le mariage spirituel et sa révolte contre Dieu-le-Père tout puissant de l'orthodoxie protestante. Entre 1863 et 1868, elle publie quelques nouvelles comme A sacrifice Consume, The Bend, My Refugees, A New Year pour le Harper's Magazine, ou The Tenth of January, Kentucky's Ghost pour l'Atlantic Monthly, nouvelles qui narrent les blessures et traumatismes de la guerre au sein des familles, plus spécialement les femmes auxquelles on n'a rien demandé, ces , qui n'ont pas sacrifié leur vie, mais leur bonheur. Pendant cette période, mûrit son premier roman The Gates Ajar, dont elle commence à écrire les premières lignes en 1864 et qu'elle finalisera en 1868 et qui sera publié en 1869. Le succès est immédiat ! le livre connait dès sa première année, atteignant les vendus sur le territoire des États-Unis ; c'est un best-seller aussi bien aux États-Unis qu'au Royaume-Uni, il est réédité dans une imprimerie écossaise et est traduit dans quatre langues, l'allemand, le français, le néerlandais et l'italien. gauche|vignette|Jean Calvin. vignette|Emmanuel Swedenborg. Le livre suscite des discussions, des critiques, des controverses plus ou moins passionnées, notamment de type théologique, tellement Elizabeth Stuart Phelps se montre loin de l'orthodoxie calviniste. L'un des facteurs de succès est probablement, dans cette période d'après-guerre, le thème de son récit, celui d'une femme qui raconte la douleur de la perte de l'aimé, de son deuil et les méditations autour de la mort, de la vie à venir. Deuil qui raisonne dans toutes les familles américaines qui ont perdu l'un des leurs lors de la Guerre de Sécession. Deuil qui pose le problème d'une vie après la vie où pourrait rencontrer celui qui a été arraché trop tôt par le sort des armes. Certains reprochent au livre des éléments proches de la mystique d'Emanuel Swedenborg. Malgré les critiques le ventes ne cessent et Elizabeth Stuart Phelps reçoit des lettres de lecteurs qui la remercient pour le réconfort apporté. Son livre est également une critique du calvinisme austère et rigoriste, à la lecture littéraliste de la Bible, le Dieu d'Elizabeth Stuart Phelps est un Dieu de compassion qui ouvre les bras à tous les hommes quels que soient leurs péchés du moment qu'ils se repentent sincèrement. Son héroïne, Marie Cabot, reprend les thèmes d'Emily Dickinson de rébellion envers un plan immuable décrété une fois pour toutes par un Dieu impassible et implacable .
Au-delà de ces débats, le succès imprévu lui permet d’accéder à l'indépendance financière et confirme les aptitudes littéraires et la pousse pour continuer et s'améliorer, pour cela, sa famille lui met à disposition le pavillon d'été familial pour qu'elle puisse pleinement et sereinement se consacrer à l'écriture.
Transformer l'essai vignette|Woman's Journal du 8 mars 1913. Forte de son succès, Elizabeth Stuart Phelps écrit des articles défendant les droits des femmes et sa vision théologique dans l'hebdomadaire congrégationaliste libéral et hebdomadaire féministe Woman’s Journal. Elle continue son exposition des problèmes rencontrés par les femmes, comme Hedged In, publié en 1870, qui a pour thème la lutte d'une femme de la classe ouvrière pour gagner une dignité face à l'opprobre sociale envers la classe ouvrière, suivi de The Silent Partner, publié en 1871 qui développe les conditions de vie et de travail des ouvrières dans le cadre industriel. Tous ces textes mettent l'accent sur le mariage comme un enfermement contrariant l'indépendance et la réalisation des aspirations des femmes.
The Silent Partner (1871) Avant d'écrire The Silent Partner, Elizabeth Stuart Phelps se rend au pour consulter leurs rapports sur , enquête nécessaire pour ancrer son roman dans un cadre réaliste et historique. Son roman est une série de dialogues entre Perley Kelso, une riche héritière d'une minoterie, et Sip Garth une ouvrière qui vont tisser peu à peu une amitié. Dialogues qui révèlent les conditions de vie misérables des ouvrières. Les deux femmes vont faire l'expérience du modèle victorien des rôles sociaux des femmes.