Jacobo Fitz-James Stuart y Falcó (Madrid, 1878 - Lausanne, Suisse, 1953), ci-après désigné par « le duc d’Albe », était un homme politique, diplomate, auteur et mécène espagnol.

D’origine aristocratique , le duc d’Albe fit ses études secondaires en Grande-Bretagne, puis des études de droit à l’université centrale de Madrid. Son engagement en politique se traduisit par plusieurs mandats de député (à titre indépendant, c’est-à-dire sans affiliation à aucun parti) dans les décennies 1900 et 1910, par un siège à l’Assemblée nationale consultative sous la dictature de primorivériste, par deux portefeuilles ministériels au sein du gouvernement de Dámaso Berenguer dans la dernière phase de la monarchie alphonsine, et plus tard, par un bref mandat de procurateur aux Cortes franquistes.

Après le soulèvement militaire de , il rallia le camp national et fut envoyé par Franco à Londres en 1937, d’abord en tant que représentant officieux, puis à partir de 1938 comme ambassadeur d’Espagne attitré. Dans cette fonction, il s’employa durant la Guerre civile à obtenir la bienveillance du gouvernement Chamberlain à l’égard du camp national, en s’aidant de ses nombreuses accointances dans l’aristocratie anglaise, tout en imputant ses difficultés et revers sur ce plan aux influences « judéo-maçonniques » et à une presse britannique majoritairement dominée par les juifs ; pourtant, s’il restait certes imprégné de certaines idées du conservatisme autoritaire, le duc d’Albe récusait le fascisme et faisait figure avant tout de monarchiste indéfectible. Du reste, tout au long de la Seconde Guerre mondiale, il s’appliqua à éviter, par ses dépêches diplomatiques expédiées à Madrid, l’entrée en guerre de l’Espagne franquiste aux côtés de l’Axe, et plaida à la fin du conflit pour une reconfiguration institutionnelle de l’Espagne dans un sens démocratique. Signataire en 1947 d’un manifeste demandant la restauration de la monarchie, il s’attira les foudres du Caudillo et fut dépouillé de toutes ses fonctions politiques.

D’esprit et d’allure aristocratiques, le duc d’Albe eut à cœur de préserver et d’étendre le riche patrimoine (immobilier, œuvres d’art, archives, bibliothèques) dont il avait hérité. Il publia de nombreux ouvrages et articles — monographies sur ses ancêtres ou livres de portée plus générale, catalogue raisonné de ses fonds, publication de correspondances — et aida d’autres auteurs en subsidiant leurs travaux ou par des bourses.

Biographie Origines familiales et premières années vignette|Le duc d’Albe en 1919. Jacobo Fitz-James Stuart y FalcóNom complet : Jacobo María del Pilar Carlos Manuel Fitz-James Stuart Falcó Palafox-Portocarrero y Osorio., duc d’Albe, souvent désigné par le raccourci Jimmy Alba., ou plus souvent encore simplement par le duc d’Albe, était le fils aîné de Carlos María Fitz-James Stuart y Palafox, duc de Huéscar et pour lors héritier de la maison d’Albe, et de l’épouse de celui-ci, María del Rosario Falcó y Osorio, comtesse de Siruela. Il vint au monde dans le palais de Liria à Madrid le et fut baptisé quelques jours plus tard du prénom Santiago (variante de Jacobo), en ayant pour parrains son grand-père paternel, Jacobo Fitz-James Stuart y Ventimiglia, duc d’Albe, et sa grand-mère maternelle, la duchesse de Fernán NúñezVoir fac-similé du certificat de baptême, sur le site du Sénat espagnol..

Il fit ses premières études sous la direction de précepteurs privés, puis fut inscrit à Beaumont College, collège de Jésuites sis à Old Windsor, en Grande-Bretagne, pour entrer ensuite à Eton College. Dans ces établissements, il noua un ensemble d’amitiés qui lui seront fort utiles quarante ans plus tard, dans l’accomplissement de sa mission diplomatique à Londres.. Il suivit ensuite une formation supérieure à l’université centrale de Madrid, où il obtint une licence en droit.

Carrière politique Aux élections de 1903, le duc d’Albe fut élu député aux Cortes pour la circonscription de Lalín (dans la province de Pontevedra, en Galice) ; ensuite, pour la circonscription d'Illescas (dans la province de Tolède), aux élections de 1905, de 1907, de 1910 et de 1914.

En 1916, se prévalant de sa qualité de grand d’Espagne de première classe, il sollicita son admission au Sénat, où son premier discours à la tribune portait sur la réforme fiscale, et où il allait faire partie en 1922 de la commission chargée d’instruire une procédure contre le général Dámaso Berenguer.

vignette|Le duc d’Albe (à droite), en 1929. Entre 1927 et 1930, sous la dictature de Primo de Rivera, il fut membre de l’Assemblée nationale consultative.

Son patriotisme et sa loyauté absolue à la monarchie portèrent le duc d’Albe à participer activement à la politique pendant la phase finale du règne d’Alphonse XIII et à exercer comme député et sénateur. S’il s’était toujours gardé d’accepter une fonction gouvernementale, il consentit en 1930, à la chute de Primo de Rivera, de faire partie du cabinet ministériel du général Dámaso Berenguer, constitué dans une tentative de préserver la monarchie, laquelle avait été fortement fragilisée par la dictature primorivériste. Il fut ainsi nommé d’abord ministre de l’Instruction publique, puis ministre d’État (c’est-à-dire ministre des Affaires étrangères).

Lorsque se produisit le soulèvement militaire de , le duc d’Albe, qui se trouvait alors à Londres, où il avait coutume de se rendre en été, se mit sans tarder au service des insurgés.. Le , le général Francisco Franco le nomma représentant du régime franquiste dans la capitale britannique, puis ambassadeur le , après la démission forcée (voulue par le régime franquiste) de l’ambassadeur de la République, Pablo de Azcárate. Revenu en Espagne en 1945, il fut désigné procureur (« procurador », c’est-à-dire membre) des Cortes franquistes.

Agent diplomatique et ambassadeur d’Espagne à Londres (1937-1945) Nomination À Londres, le duc d’Albe exerça dans un premier temps comme agent diplomatique officieux du gouvernement de l’Espagne « nationale », puis, par un décret pris à Burgos le , fut nommé ambassadeur d’Espagne. Quoique ne pouvant pas se prévaloir d’une quelconque expérience diplomatique antérieure, il avait des compétences politiques et une solide connaissance de la Grande-Bretagne, de par ses liens familiaux historiques avec ce pays.

Henry Chilton, l’ambassadeur de Grande-Bretagne en Espagne et ami du duc d’Albe, fit observer que le général Franco devait l’avoir envoyé à Londres plutôt en raison de ses connexions britanniques qu’eu égard à ses capacités, vu qu’il était douteux qu’il fût au courant de ce que l’on pensait et de ce qui se tramait réellement au quartier-général de Franco à Salamanque..

Devant le vicomte Cranborne, sous-secrétaire parlementaire au Foreign Office, le duc d’Albe affirma que le général Franco ne souhaitait rien tant que d’entretenir de bonnes relations avec la Grande-Bretagne, que l’influence italienne et allemande n’avait rien de préoccupant, que l’Espagne ne serait jamais fasciste, et que dans le cas d’une guerre européenne, elle se maintiendrait neutre, mais amicale, ajoutant, en guise de preuve ultime de la bonne volonté espagnole, que pas un seul des prisonniers britanniques des Brigades internationales n’avait été fusillé.

Pendant la Guerre civile Pendant la Guerre civile, l’une des principales missions du duc d’Albe consistait à convaincre le gouvernement de Londres et les Britanniques en général que le camp national n’était pas constitué de quelques fascistes soucieux de mettre l’Espagne sous la coupe de Rome et de Berlin, mais de patriotes dont les idées conservatrices n’étaient somme toute pas très éloignées de celles de bon nombre de tories, et que l’éventuelle victoire des troupes franquistes ne représentait pas une menace pour les intérêts du Royaume-Uni ; toutefois, ce serait sans doute surestimer l’influence du duc d’Albe que de croire que son action ait contribué de manière déterminante à orienter la politique britannique envers l’Espagne. Certes, en vue de ses efforts de persuasion, les avantages découlant de ses accointances aristocratiques allaient se faire ressentir rapidement ; en effet, sitôt qu’arrivé à Londres en qualité de délégué officieux, il put, au logis du marquis de Londonderry, s’entretenir avec le roi George VI, à qui il eut le loisir d’exposer en privé, durant près de trois quarts d’heure, sa version des événements en Espagne..

En outre, le duc d’Albe eut à cœur de mettre au grand jour auprès du Foreign Office l’aide subreptice mais relativement importante que le gouvernement français apportait au printemps 1938 à la République espagnole, et que la pression de Londres sur Paris contribua à réduire efficacement. C’est vers la même époque aussi que le duc d’Albe eut à gérer la grave crise provoquée par les attaques des forces navales et aériennes du camp national contre des navires marchands battant pavillon britannique et chargés d’acheminer des approvisionnements non-militaires vers le territoire tenu par les républicains, attaques qui suscitèrent l’indignation en Grande-Bretagne et pouvaient par là mettre en péril la majorité parlementaire de Neville Chamberlain..

Le duc d’Albe, qui, à l’instar d’une grande partie de la droite autoritaire espagnole, était convaincu que la franc-maçonnerie était un pouvoir occulte et maléfique, faisait remonter à une origine maçonnique les initiatives en faveur d’une médiation dans la crise espagnole, telles que le Comité pour la paix civile et religieuse en Espagne de Jacques Maritain. Pour lui, Chamberlain incarnait ce qui restait de sain en Angleterre, face aux « éléments judéo-maçonniques continentaux », dont Anthony Eden était le représentant en Grande-Bretagne ; l’évincement de celui-ci comme secrétaire du Foreign Office et son remplacement par lord Halifax en était considéré (non à tort) par le duc d’Albe comme un changement bénéfique pour l’Espagne nationaliste. Lors d’un débat parlementaire tenu fin à la suite de l’envoi par le fond de deux vaisseaux anglais par des forces au service du général Franco, quelques députés conservateurs votèrent contre le gouvernement en place, se prêtant ainsi, selon le duc d’Albe, à « une manœuvre internationale d’origine maçonnico-judaïque » et faisant fi des intérêts de la Grande-Bretagne. Les attitudes contraires à l’Espagne nationale manifestées par quelques évêques anglicans étaient imputées par lui à une hostilité envers le catholicisme..

Le , il incomba au duc d’Albe de remplir une mission de grande importance, à savoir : faire part au Foreign Office qu’en cas de guerre européenne, l’Espagne observerait la neutralité. Si cette déclaration n’était alors pas encore d’actualité, elle correspondait aux convictions du duc d’Albe, et de l’avoir faite remplissait de satisfaction Jordana, le ministre de tutelle du duc, qui, à l’égal de celui-ci, était d’opinions conservatrices autoritaires, sans pour autant être fasciste, et appréciait Chamberlain pour avoir observé une neutralité bienveillante à l'égard de l'Espagne nationale.. Toutefois, après les accords de Munich, les préoccupations du duc d’Albe s’accrurent au vu de la propension du gouvernement britannique à prôner la médiation dans la Guerre civile espagnole au moindre signe de ralentissement de l’avancée des troupes nationalistes. Selon le duc d’Albe, Chamberlain souhaitait toujours la victoire du camp national, mais devait tenir compte de son opinion publique, façonnée par une presse britannique majoritairement dominée par les juifs, comme l’attestaient les campagnes contre les pogroms commis en Allemagne et aussi les réactions d’hostilité chaque fois que le gouvernement britannique exerçait des pressions sur celui de Paris pour qu’il abandonne à son sort la République espagnole..