María del Rosario Ibarra de la Garza (née le à Saltillo, Mexique et morte le à Monterrey), également connue sous son nom de femme mariée Rosario Ibarra de Piedra, est une militante mexicaine pour les disparus et une figure éminente de la politique de ce pays.

Elle est la première femme candidate à l'élection présidentielle, à laquelle elle se présente deux fois. Elle est élue député fédérale et sénatrice.

Son fils disparaît en 1975. Elle fonde et préside le , une organisation de mères et de proches de disparus, à la suite de la persécution et de la détention illégale de militants de mouvements politiques, armés et sociaux opposés au gouvernement mexicain dans les années 1970 et 1980. Elle organise des manifestations dont une grève de la faim historique le dans la cathédrale métropolitaine de Mexico, conduisant José Lopez Portillo a adopter la loi d'amnistie, approuvée au Congrès.

Biographie Rosario Ibarra naît le à Saltillo au Mexique dans l'État de Coahuila. Elle vient d'une famille très engagée politiquement. Ses parents sont Baldemar Ibarra et Concepción de la Garza. Sa grand-mère était une anarchiste ; elle a monté une boulangerie. Son père, ingénieur agronome franc-maçon, diplômé de l'école Hermanos Escobar de Ciudad Juárez, Chihuahua, et militaire pendant la révolution mexicaine, lui apprend à lire à l'âge de quatre ans et « a convaincu sa mère de l'inscrire dans une école mixte, afin qu'elle ne se marie pas avec « le premier venu ». Son mari, Jesús Piedra Rosales, est médecin, athée, et membre du Parti communiste mexicain. Il est président de la Société des étudiants socialistes de l'université autonome de Nuevo León qui s'occupe des ouvriers de la Fundidora de Acero de Monterrey. Le , son gendre, Germán Segovia Escobedo, est l'un des quatre hommes qui dirige , vers La Havane.

Elle a deux enfants : Rosario Piedra Ibarra née en 1951, présidente depuis 2019 de la Commission nationale des droits de l'Homme (Mexique) et , né en 1954.

Disparition de son fils en 1978 vignette|alt=Copie noir et blanc d'un tract politique comportant la photo d'un jeune homme |Tract demandant l'amnistie générale pour les prisonniers politiques et la présentation en vie de .|gauche Le , son fils Jesús Piedra Ibarra, ciblé en raison de son appartenance à la Ligue communiste 23 Septembre, disparait.

Rosario Ibarra commence par le rechercher auprès des services de police de Monterrey. Elle se rend alors au bureau du procureur général de la République pour porter plainte pour disparition forcée. Ibarra de Piedra interpelle à plusieurs reprises en vain Luis Echeverría, avec l'aide du personnel de sécurité, afin de lui demander de lui présenter son fils vivant.

En 1982, elle devient la première femme au Mexique à se présenter à l'élection présidentielle, sous l'étiquette du (PRT) , un parti trotskiste. Elle se présente une deuxième fois à l'élection présidentielle, toujours sous l'étiquette du PRT, lors des .

Ibarra de Piedra exerce deux mandats en tant que députée fédérale, avec le PRT en 1985 et avec le Parti de la révolution démocratique (PRD) en 1994. Lors de ces deux mandats, elle est élue au Congrès fédéral grâce au système de représentation proportionnelle (plurinominal).

En , le Parti de la révolution démocratique (PRD) la désigne comme candidate au Sénat, via la représentation proportionnelle, pour siéger pendant les législatures LX (2006-2009) et LXI (2009-2012) ; elle remporte l'élection.

Militantisme pour les personnes disparues Comité Eureka En 1977, elle fonde le Comité pour la défense des prisonniers persécutés, disparus et exilés politiques du Mexique, devenu le pour la défense des personnes détenues et disparues. Au cours de ses recherches, elle rencontre d'autres mère de victimes de disparition forcée au cours de la guerre sale des années 1970.

Grève de la faim de 1978 Ibarra initie une grève de la faim historique le dans la cathédrale métropolitaine de Mexico avec de disparus, pour donner une plus grande visibilité à la problématique des disparitions forcées. L'objectif est aussi de pousser José López Portillo, le président du Mexique d'alors, à agir pour obtenir des réponses sur le sort des personnes disparues comme son fils Jesús. La loi d'amnistie de 1978, réclamée par le comité Eureka pour les détenus politiques, entre en vigueur peu après.

plus tard, au cours de la commémoration de cette grève de la faim de 1978 , l'évêque de Saltillo, Raúl Vera demande pardon au cours de la messe, au nom du haut clergé qui, le , avait ordonné de fermer les portes du maître-autel à un groupe de victimes disparues par la suite. Il reconnaît dans son homélie le rôle essentiel joué par les femmes du comité Eureka :

vignette|gauche|alt=Photographie couleurs montrant un drap blanc immense sur lequel sont collés les photos de disparus, au cours d'une manifestation |Les mères d'enfants disparus manifestent le 10 mai (fête des mères au Mexique) pour exiger que leurs enfants soient retrouvés vivants, 2019. D'autres femmes sont présentes durant la manifestation : Lichita Vargas, mère d'Eduardo Hernández, Acela, mère d'Hilda Austreberta, Esperanza Galós, mère de Daniel Mendoza, Priscila Chávez, sœur de Juan Chávez, disparu à Puebla ; Matilde González, mère de Jesús Avila ; Elisa Gutiérrez, mère de quatre garçons d'Oaxaca, les Cortés Gutiérre, Doña Celia Piedra, la femme de Jacobo Nájera, Ofelia Maldonado, sœur de Benjamín Maldonado, Luz Pineda Henestrosa, sœur du professeur juchiteco Víctor Pineda, Inti Martínez, neveu de Javier Gaytán, originaire de Chihuahua, Sara Hernández et Pavel Ramírez, épouse et fils de Rafael Ramírez Duarte, et Mario Cartagena, un ancien disparu.

Suite à cette manifestation, le président José Lopez Portillo a adopté la loi d'amnistie en 1978, approuvée au Congrès. Son application a permis de libérer , autorisé le retour au pays de et évité l'exécution de plus de .

Refus de la médaille Belisario Dominguez Le mercredi , Rosario Ibarra de Piedra refuse la , indiquant ne pas accepter cette distinction tant que le gouvernement mexicain ne lui aura pas présenté son fils vivant. La sénatrice Ifigenia Martínez Hernández déclare à cette occasion :

.

Rosario Ibarra de Piedra meurt le à Monterrey.

Héritage vignette|gauche|alt=Photographie couleurs d'une grande affiche montrant une femme aux cheveux frisés, portant autour du cou un grand médaillon avec la photo d'un jeune garçon |Photo de Rosario Ibarra au Musée Casa de la Memoria Indómita vignette|alt=Photographie couleurs d'un bâtiment de deux étages en pierre |Musée Casa de la memoria indómita, Mexico Le Musée , situé à Mexico, inauguré le , est dédié aux victimes de disparitions forcées au Mexique, en particulier celles survenues pendant la période de terrorisme d'État au Mexique. Il est situé dans un bâtiment de la rue Regina, dans le centre historique de Mexico, et est géré par le Comité Eureka !.

Références

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