David Raison est un architecte naval, ingénieur designer et skipper français, né en 1972 à Saint-Nazaire. En 2010, il introduit dans l'architecture de la course au large le principe du scow, une carène large à l'avant, avec une étrave ronde. Il apporte ainsi un gain de puissance qui révolutionne tout d'abord la classe Mini. À la barre du scow Magnum (TeamWork Evolution de son premier nom de course), qu'il a lui-même dessiné et construit, Raison frappe les esprits en gagnant la Mini Transat 2011. Le bateau gagne toutes les courses de la saison 2014.
Raison améliore son concept avec le scow Maximum, qui gagne toutes les courses du circuit Mini en 2017 et 2018.
En 2019, il introduit le scow dans la Class40, avec Crédit mutuel. Cette année-là, deux bateaux dessinés par Raison remportent le même jour deux courses transatlantiques : la Mini Transat et, en Class40, la Transat Jacques-Vabre.
Biographie
David Raison naît le , à Saint-NazairePatrice Carpentier, « David Raison, inventeur de carène », Bateaux, octobre 2011., en Loire-Atlantique. Il suit des études d'ingénieur en hydrodynamique et ingénierie navale à l'École centrale de NantesChloé Torterat, « David Raison, l'architecte naval qui a remis les scows au goût du jour », sur bateaux.com, 27 mai 2021 (consulté le 10 avril 2022).. Il en sort diplômé en 1995. De 1997 à 1999, il est expert dans une société de classification parisienne, qui contrôle navires et plateformes offshore.
À la barre d'un prototype qu'il a lui-même conçu en collaboration avec François LucasDominic Bourgeois, « Bateaux à nez ronds : les raisons du succès des scows par leur architecte, David Raison », sur voilesetvoiliers.ouest-france.fr, 15 novembre 2019 (consulté le 25 avril 2022)., Savoy Truffle 232 (Leclerc-Saint-Nicolas de son nom de course)« 232 Savoy Truffle K2 », sur histoiredeshalfs.com, 2021 (consulté le 9 nov 2023)., il participe à la Mini Transat 1999 (abandon)« Mini Transat 1999 - Classement - Prototype », sur classemini.com (consulté le 12 avril 2022)., puis à l'édition 2001 ()« Mini Transat 2001 - Classement - Prototype », sur classemini.com (consulté le 12 avril 2022)..
En 2002, il ouvre un cabinet d'ingénierie navale qui sous-traite principalement pour son ancien employeur et pour des chantiers navals. Il court la Mini Transat 2003, en bateau de série cette fois, et termine « Transat 6,50 Charente-Maritime-Bahia 2003 - Classement - Série », sur classemini.com (consulté le 12 avril 2022)..
Mini Magnum 747, premier scow de course au large vignette|alt=Vu de trois quarts avant, progressant à la voile, bateau à l'avant très large, très arrondi et très plat.|gauche|redresse=1|Scow de lac, classe E.
Dès 2004, il songe à construire son nouveau Mini. Son premier axe d'étude est de concevoir un bateau dépassant les et de . Ensuite, il veut de la puissance : Il pense aux Optimist et aux planches à voile, . Il lit avec intérêt un article sur les scows, bateaux de course des Grands Lacs américains qui furent très populaires au début du , à l'étrave arrondie. L'ingénieur ne compte pas ses heures de calcul :
En 2005 et 2006, il court sur le circuit Figaro, mais ne peut s'aligner dans la Solitaire, faute de budget.
De 2006 à 2008, Raison, teste numériquement une dizaine de carènes, : le Mini 6.50 Magnum, premier scow de course au large au monde.
En , Raison entreprend de construire lui-même le bateau, à Frossay, en Loire-Atlantique. Le chantier dure deux ans.
Magnum est mis à l'eau le François Chevalier, « TeamWork Evolution 747 : une nouvelle esthétique de course », sur voilesetvoiliers.ouest-france.fr, 22 août 2011 (consulté le 22 avril 2022).. ScepticismePhilippe Eliès, « David Raison. « Le concept du scow est meilleur que les autres ! » sur letelegramme.fr, 17 novembre 2019 (consulté le 12 avril 2022)., moqueries, mépris, voire indignation outrée sont au rendez-vous. D'autant que la mise au point va prendre plusieurs mois. La première année se solde par des abandons et une décevante . Mais les tests de vitesse contre des Mini récents sont encourageants : aux allures de bon plein, le bateau de Raison .
Mais tout cela représente beaucoup de temps, de travail et de dépense. Les soucis financiers s'accumulent. Raison doit quitter son appartement. Il s'installe à Lorient pour s'entraîner. Il reçoit alors un soutien décisif, celui de la société suisse TeamWorkJérôme Védrenne, « Les nouvelles nouvelles », sur davidraison.com, 29 octobre 2011 (consulté le 18 avril 2022).. Le , Magnum prend pour nom de course TeamWork Evolution. Les bons résultats s'enchaînent : du Grand Prix d'Italie, de la Pornichet Select« FRA 747, Magnum K4 », sur histoiredeshalfs.com, janvier 2021 (consulté le 12 avril 2022).. Le , Raison remporte en solitaire la Transgascogne.
La grande surface plate à l'avant de TeamWork . Certes, il est léger, doté d'une quille pendulaire télescopique et d'un mât-aile. Mais d'autres prototypes ont tout cela.
vignette|alt=Voilier bleu et blanc dont on remarque l'avant arrondi, lancé sur l'océan, suivi par deux vedettes. À l'arrière-plan, une ville et ses gratte-ciel.|droite|redresse=1|David Raison, à bord de TeamWork Evolution, termine en vainqueur à Salvador de Bahia la Mini Transat 2011.
Le , à la barre de TeamWork, Raison est au départ de la Mini Transat, sa quatrième course transatlantique en solitaire. Il termine de la première étape, La Rochelle-Funchal. Dans la seconde, peu avant les îles du Cap-Vert, il prend la tête de la course. Après le Pot au noir, il n'est quasiment plus inquiété. Ayant touché l'alizé du sud-est, il ne cesse de creuser l'écart. TeamWork Evolution se montre particulièrement performant au bon plein (entre 60 et 90° du lit du vent) : dans ces conditions, il marche un nœud plus vite que ses poursuivants. Le , Raison arrive à Salvador de Bahia en vainqueur de la seconde étape et vainqueur de la course. Il a d'avance sur le , Thomas Normand« David Raison remporte la Transat 6,50 sur TemWork Evolution », sur teamworkvoileetmontagne.com, 30 octobre 2011 (consulté le 12 avril 2022)..
Le , la Fédération des industries nautiques remet à David Raison le prix de la Haute Technologie, décerné à une . La domination de TeamWork Evolution, bateau , fait grosse impression. Et le concept du scow, ou « nez rond », va s'étendre, et dominer la classe Mini. Raison a . Le bateau fait si bien parler de lui que l'activité professionnelle de Raison s'oriente bientôt de l'ingénierie navale à l'architecture navale.
En 2012, TeamWork Evolution 747 est vendu à Giancarlo Pedote. Il devient Prysmian 747. Il obtient de bons résultats en 2012, des places de et de en 2013, et gagne toutes les courses auxquelles il participe en 2014.
Mini Maximum 865, évolution de Magnum vignette|alt=Portrait, souriant, barbu, lunettes de soleil sur ses cheveux en bataille, collés par le sel.|droite|redresse=1|Ian Lipinski, à son arrivée en vainqueur de la Mini Transat 2017, à bord de Maximum.
En 2013, Raison dessine Maximum, une évolution de Magnum. Barré par Davy Beaudart« Le Class40 Crédit Mutuel », sur skippercreditmutuel.fr, 2020 (consulté le 12 avril 2022)., il domine la saison 2015 : de la Lorient Bretagne Sud Mini en double avec Yves Le Blevec, de la Pornichet Select, du Trophée Marie-Agnès Péron, de la Mini-Fastnet en double avec David Raison, de la première étape de la Mini Transat (spi déchiré et abandon dans la seconde)« FRA 865, Maximum K5 », sur histoiredeshalfs.com, janvier 2022 (consulté le 12 avril 2022)..
L'année suivante, Maximum passe aux mains de Ian Lipinski, qui gagne toutes les courses des saisons 2016 et 2017, y compris la Mini Transat (Lipinski est en double avec Raison dans la Mini-Fastnet 2017). Durant une décennie, dit Charly Fernbach, les protos Mini 6.50 de David Raison, Raison estime que Maximum est son bateau
En 2016, la société lorientaise SEAir rachète Magnum à Giancarlo Pedote. David Raison intègre cette entreprise. Il participe à la conception de bateaux volants et de semi-rigides à foils. Magnum est doté de foils. Il effectue, le , le premier vol stable et équilibré d'un monocoque de course au largeBriag Merlet, « Foils : Premier vol pour un monocoque de course au large ! » sur bateaux.com, 26 janvier 2017 (consulté le 17 avril 2022). — « Et vole le 747 ! » sur voilesetvoiliers.ouest-france.fr, 31 janvier 2017 (consulté le 18 avril 2022). — Briag Merlet, « Mini SEAir à foils : première vidéo du voilier en vol », sur bateaux.com, 7 février 2017 (consulté le 17 avril 2022)..
Le Maxi 650, scow de série vignette|alt=Bateau blanc à l'avant très large et très arrondi, amarré au ponton. Il porte en rouge le numéro 1028.|droite|redresse=1|Le Maxi 650 Mingulay de Felix Oberle, mis à l'eau en 2021.
En 2017, Raison dessine un Mini scow de série, le Maxi 650, construit par le chantier IDB Marine, de Trégunc, dans le Finistère. Le premier exemplaire sort début « Maxi 650, le nouveau mini de série d'IDB Marine », sur bretagne-info-nautisme.fr, 5 juin 2018 (consulté le 17 avril 2022).. Le Maxi 650 est un bateau , dit Raison. En concevant la carène, il a
En , le est mis à l'eauCécile Hoynant, « Essai voilier : Maxi 650 – Tout rond et à fond ! », sur voileetmoteur.com, 15 mai 2023 (consulté le 8 novembre 2023).. Cette année-là, le , Hugues de Prémare, à la barre de son Maxi 650 Technip Energies-International Coatings 1033, parcourt en , établissant le nouveau record des Mini de série. Quelques heures plus tard, il fait mieux : en parcourant en , il bat le record absolu des Mini (qui était de ), détenu jusque-là par un autre plan Raison, mais un prototype, un bateau en carbone, plus léger« Mini Transat. Nouveau record de distance sur 24 heures en Mini 6.50 de série ! », sur voilesetvoiliers.ouest-france.fr, 2 novembre 2023 (consulté le 4 novembre 2023). — « Mini Transat. Record des 24 heures en Mini 6.50 Proto battu par un… Série », sur voileset voiliers.ouest-france.fr, 2 novembre 2023 (consulté le 4 novembre 2023)..
Adaptation du concept scow au Class40 vignette|alt=Vu de l'avant, le bateau amarré au ponton.|gauche|redresse=1|Le scow Class40 Crédit mutuel 158.
En 2018, Ian Lipinski sollicite Raison pour le dessin d'un Class40. Raison se remet à son compte, à Plouhinec, dans le Morbihan, et revient à la voile de compétition. Devant la révolution opérée par le scow dans la classe Mini, les autres classes, et notamment la Class40 et la classe Imoca, ont vite réagi. Elles ont mis en place des règles de jauge . Ceci pour éviter que les bateaux anciens ne soient trop rapidement dépassés. Pour dessiner Crédit mutuel, le Class40 de Lipinski, Raison s'adapte. Selon lui, les contraintes concernent surtout le dessin : il est possible d'obtenir un effet « scow » en respectant les contraintes de jauge. Le Class40 de Lipinski n'aura pas un avant aussi arrondi que les scows Mini. L'avant est large, mais la ligne d'étrave est toujours marquée.
Mis à l'eau le « Le Class40 Crédit mutuel mis à l’eau », sur ouest-france.fr, 13 août 2019 (consulté le 17 avril 2022)., le Crédit mutuel 158 est particulièrement à l'aise au large, dans la mer formée et le vent fort. Il devient à partir de de vent, décélérant moins que les autres Class40 quand il heurte les vaguesJacques Guyader, « Transat Jacques Vabre. Ian Lipinski : « À partir de 25 nœuds, on est les rois du pétrole ! » sur ouest-france.fr, 5 novembre 2019 (consulté le 6 novembre 2019)..
Il confirme ses qualités dans la Transat Jacques-Vabre 2019. Mené par Ian Lipinski et Adrien Hardy, il bat le record de distance parcourue en en Class40« Record battu ! Crédit mutuel améliore le record de distance parcourue en 24 heures en Class40 », sur class40.com, 2019 (consulté le 18 novembre 2019).. Et, le , deux bateaux dessinés par Raison remportent le même jour deux courses transatlantiques : la Mini Transat (avec Maximum 865, barré par François Jambou) et la Transat Jacques-Vabre (avec Crédit mutuel 158, mené par Lipinski et Hardy).