L'ordre du Carmel est un ordre religieux catholique. Ses membres sont appelés les carmes (pour les hommes) et les carmélites (pour les femmes), quand on les désigne collectivement pour nommer l'ordre dans son ensemble ; individuellement ou en petits groupes, on parle de carmes ou de carmélites.

Les Grands Carmes, ou Carmes mitigés, ou Carmes chaussés, ou Carmes de l'antique observance représentent l'une des deux branches de l'ordre qui suivent la règle des Carmes, adoucie par le pape Eugène IV en 1435. Cette mitigation a entraîné des contestations dans l'ordre, certains carmes refusant la mitigation et souhaitant rester strictement observant (carmes observants). Les réformes se succèdent avec tantôt des assouplissements de la règle (en 1459 par le pape Pie II, en 1476 par le pape Sixte IV), tantôt un renforcement de l'observance de la règle initiale (réforme par Jean Soreth et réforme de Touraine). La réforme du Carmel par Thérèse d'Avila et Jean de la Croix (qui ramène à plus de rigueur) entraine finalement la scission de l'ordre en ordre des Carmes déchaux (réforme thérésienne) et Grands Carmes (ou Carmes chaussés) qui conservent la mitigation. En 1783, le pape Pie VI incorpore définitivement la mitigation dans la règle de l'ordre des Grands Carmes.

Les carmes (religieux), contrairement aux carmélites (religieuses), ne vivent pas cloîtrés, mais exercent un apostolat à l'extérieur de leur couvent ; ce qui fait qu'ils ne sont pas considérés comme contemplatifs au sens strict, ni comme moines (au sens strict). Mais ils ont conservé quelques aspects de la vie monastique : ils observent un certain silence et se livrent au jeûne et à la prière. Au Moyen Âge, ils portaient une robe brune et une chape blanche avec des barres de couleur brune, d'où le nom de barrés qu'on leur donnait aussi.

Les carmélites, religieuses qui suivent la règle du Carmel, sont par contre pour leur grande majorité des contemplatives, dont la vie est intégralement orientée vers la prière, sans apostolat extérieur. Les premières religieuses carmélites sont apparues en France dès 1452.

Histoire

Origine spirituelle de l'Ordre vignette|upright|gauche|150px|Élie sur le mont Horeb, icône grecque orthodoxe. L'ordre du Carmel est l'un des rares, sinon le seul, ordre monastique à ne pas se référer à un fondateur charismatique, mais à un prophète de l'Ancien Testament : Élie. Le prophète Élie, et son disciple Élisée sont considérés par les Carmes comme les pères spirituels de l'ordre.

La tradition indique la présence sur le mont Carmel d'une série d’ermites juifs puis chrétiens ayant vécu, prié et enseigné dans ces grottes utilisées par Élie et ÉliséeTradition orale, non attestée par des écrits ou des fouilles archéologiques. Ces grottes du mont Carmel ont néanmoins, les données archéologiques en attestent, servi de lieu d'habitat et de culte en de multiples époques, sans garantir de continuité historique, surtout dans un culte précis.. C'est ainsi que les premiers ermites chrétiens (à l'origine de la fondation de l'ordre), s'installent dans les grottes du mont Carmel pour prier Dieu à la fin du Chapitre La "Vitae Formula" de saint Albert. La première chapelle construite au sein des ermitages et regroupant cette communauté est consacrée à la Vierge Marie. Très vite, la spiritualité de l'ordre s'oriente vers Marie qui devient la reine et maitresse du Carmel..

Vie érémitique et monastique sur le mont Carmel Avant la présence des Carmes, au des moines byzantins édifient un monastère dédié à saint Élie dans une vallée à quelques kilomètres au sud du monastère actuel. Celui-ci est détruit en 614 par les Perses de Khosro IIÀ ne pas confondre avec l'autre monastère "Sainte-Catherine" construit par ces mêmes byzantins (et à la même époque), au sommet du plateau, sur le lieu de l'actuel monastère Stella Maris.. Vers 1150, un moine grec, originaire de Calabre, établit une communauté, composée d'une dizaine de membres, parmi les ruines de l'ancien monastère byzantin qu'il reconstruit et renomme Saint-ÉlieChapitre Plans annotés du mont Carmel / L’École des prophètes ou grotte d'Elie .

Fondation de l'Ordre sur le mont Carmel vignette|droite|Plan du mont Carmel par Jean Doubdan, Le voyage de la Terre Sainte, Paris, 1667. vignette|gauche|Ruines de la première église Notre-Dame du Mont-Carmel () sur les pentes du mont Carmel. La tradition indique qu'en 1185Cette tradition est basée sur le récit d'un pèlerin en Terre Sainte, dont l'interprétation reste sujette à caution. Les témoignages écrits les plus anciens (et les plus fiables) concernant la présence d'ermites latins sur le mont Carmel remontent à 1220 et un autre texte de 1263. Voir ., pendant la Troisième croisade, un groupe d'ermites mené par saint Berthold a commencé à habiter les grottes du mont Carmel à la suite du prophète ÉlieCe premier monastère était situé dans la vallée orientée Est-Ouest située à à vol d'oiseau au sud du monastère actuel, et à l'ouest du "Haifa Sde Yehoshua Cemetery".. Au début du , leur supérieur (qui est supposé être saint Brocard, bien que les preuves écrites manquent, la seule trace écrite étant « frère B. »Dans la règle du Carmel, il n'est fait référence qu'au "frère B." (dans la phrase d'introduction de la règle) ayant demandé au patriarche une règle de vie pour les ermites. La tradition a établi qu'il s'agissait de saint Brocard, second supérieur de l'ordre. Voir Regula Ordinis Carmelitarum des Carmes O.Carm et OCD) a demandé au Patriarche latin de Jérusalem, Albert Avogadro, de fournir au groupe d'ermites une règle de la vie écriteChapitre Plans annotés du mont Carmel / Le couvent de Saint-Brocard à Wadi Siach (on le date de 1263). Cette règle datée de 1209, constituée de quelques thèmes majeurs empruntés à la Bible, est centrée sur la prière. Elle définit le mode de vie des ermites, mais elle n'est pas en tant que telle une "règle de vie monastique".

Ce fut l'acte originaire de l'ordre, qui a pris le nom de ou Carmes. Une chapelle est consacrée à la Vierge Marie sous le titre de Marie, Étoile de la mer (en latin : Stella Maris). Elisabeth Steinmann estime probable que les ermites du mont Carmel se soient également installés dans certaines villes de Palestine (Saint-Jean-d'Acre, Tyr, Tripoli, Beaulieu au Liban).. Mais après quelques décennies, ces ermites commencent à quitter la Terre sainte par suite de l'insécurité liée aux reconquêtes musulmanes qui marqueront la fin des Croisades. Ils rentrent alors en Europe où ils diffusent ce nouvel ordre monastique.

La règle de saint Albert ne sera officiellement approuvée (par le pape) que le dans la bulle Ut vivendi normam du pape Honorius III. Elle prend alors le statut de "formula vitae". En 1229 le pape Grégoire IX confirme à nouveau cette règle et lui donne le statut de "regula bullata"Chapitre Les Carmes au . thumb|Saint Louis visitant le Mont Carmel, lettrine historiée de Cornelia van Wulfschkercke dans un Graduel à l'usage du couvent de Sion, 1505. À la fin de la première croisade menée par Saint Louis en Terre Sainte en 1254 (la Septième croisade), ce dernier ramène six carmes en France qui rejoignent ceux qui, depuis 1238 avaient commencé à chercher et fonder des maisons dans toute l'Europe. La chute de Saint-Jean-d'Acre en 1291, et la chute de l'état latin de Palestine entraine la destruction des derniers couvents de carmes en Terre Sainte. Les carmes qui avaient choisi de rester sur place sont massacrés par les Mamelouks.Jörg Ratgeb (1480? - †1526) a peint une fresque retraçant la vie des carmes au début du , sur les murs du réfectoire du monastère des carmélites de Francfort-sur-le-Main. Sur cette fresque, la scène "Le massacre des derniers Carmes" montre la mise à mort des carmes sur le mont Carmel.. Cet épisode marque la fin de la vie érémitique des carmes sur le mont Carmel.

Des ermites aux moines

vignette|upright|Pietro Novelli, Notre-Dame du Mont-Carmel remettant le scapulaire à Simon Stock. De retour en Europe, les ermites du Carmel rencontrent de nombreuses difficultés. Leur mode de vie érémitique s'adapte mal à leurs nouveaux lieux d'installation, ils sont éparpillés dans différents pays, et sont en « concurrence » avec d'autres ordres monastiques mendiants.. Le pape qui a décidé une vaste restructuration des ordres monastiques mendiants souhaite tous les regrouper sous la direction de deux ordres majeurs les Franciscains et les Dominicains. En effet en 1215, le de Latran décide de stopper la prolifération des nouveaux ordres nouveaux mendiants et de les regrouper sous les deux ordres mendiant principaux. Ainsi, en 1274, lors du second concile de Lyon, tous les Ordres monastiques fondés après 1215 sont supprimés, il ne reste plus que 4 ordres monastiques : les Franciscains, les Dominicains, les Carmes et les Augustins. Les Carmes, épargnés de justesse doivent se convertir en passant du statut d'ermites à celui d'Ordre mendiant.

Progressivement, au cours du , des ermites carmes de retour du mont Carmel se réinstallent un peu partout en Europe (Chypre, Sicile, Italie, Angleterre, Sud de la France). Quelques dates et lieux sont connus : en 1235, Pierre de Corbie et son compagnon s'installent dans le duché d'Hainaut (Valenciennes) en 1242, des carmes s'installent à Aylesford dans le Kent (Grande-Bretagne) en 1244, des carmes débarqués à Marseille s'installent dans des grottes aux Aygalades. en 1259, les Carmes s'installent à Paris Mais les nouvelles implantations des Carmes, dans les villes d'Europe, sont très différentes de leur mode de vie érémitique sur le mont Carmel. De plus, ils sont en butte à l'hostilité du clergé séculier, voire des autres ordres mendiants qui voient en eux des concurrents.

Selon la tradition, le supérieur général des Carmes, saint Simon Stock, très inquiet sur la situation très difficile de l'ordre (toujours menacé de dissolution par les autorités de l’Église), prie intensément la Vierge Marie de venir en aide à son ordre. En 1251, Notre-Dame du Mont-Carmel lui apparaît alors accompagnée d'une multitude d'anges, et tenant en sa main le scapulaire. Dans son songe, Marie lui dit . À la suite de cette vision, et à la diffusion du scapulaire, l'ordre du Carmel fut sauvé et se répandit rapidement. L'historicité de ces événements est aujourd'hui contestéeLa contestation historique du fait vient du manque de sources écrites pour la période en question (les sources écrites sont postérieures d'un siècle et demi). Certains documents sont même en contradiction avec ce récit.Se reporter à la petite étude critique des sources bibliographiques sur le site du carmel anglais dans l'article ..

Dans la bulle Paganorum incursus, le , le pape Innocent IV donne aux Carmes l'appellation officielle de Frères de Notre-Dame du Mont-Carmel et demande aux évêques de . Mais l'hostilité du clergé imposera que cette recommandation soit renouvelée le de la même année.

En 1247, les carmes demandent au pape Innocent IV de faire évoluer leur règle (règle de saint Albert de 1209) afin de l'adapter à leur nouveau mode de vie dans les villes. Dans cette nouvelle règle, la dimension de vie « communautaire » est nettement accentuée. Le pape Innocent IV précise et corrige quelques points douteux et mitige quelques sévérités contenues dans la règle précédemment en vigueur, et le il fixe le texte dans la bulle Quae honorem Conditoris omnium. À partir de cette date, en effet, les carmes ne prennent plus leur repas « en cellule » comme à l’origine, mais dans un réfectoire commun. À cette époque, on peut parler véritablement de « règle » monastique au sens strict. Ce sera cette règle qui servira de référence, lors des réformes successives de l'ordre, en tant que « règle primitive ».