Titan est le nom d'épave d'un navire de commerce romain. Le naufrage a lieu au milieu du à l’est de l'île du Levant . Son nom tient à la proximité de l'île, qui, dès le , se nomme aussi île du Titan.

L'épave est inventée en 1952 par Jacques Piroux alors qu'il pêche au narguilé. En 1954, il est décidé de mener sur cette épave la seconde fouille archéologique sous-marine sur les côtes françaises. Celle-ci est conduite en 1957 en soixante-deux jours par Philippe Tailliez. Alors que la discipline est balbutiante, la campagne est préparée avec une approche scientifique encore reconnue au . Ce capitaine de frégate, commandant du Groupe d'étude et de recherches sous-marines (GERS), forme son équipe avec des marins militaires et parmi eux des plongeurs qui utilisent des scaphandres autonomes. Le soutien logistique, dont un chaland base équipé, lui est fourni par la Marine nationale. Ainsi, l'ensemble, supervisé à terre par le directeur des antiquités de Provence Fernand Benoit, relève de militaires. Cette campagne est particulièrement novatrice avec notamment un croquis et une couverture photographique du site, un système de localisation des vestiges, des films et ultérieurement une étude de l'architecture du bateau d'après des dessins. À terme, l'ensemble est entreposé à la Tour royale à Toulon.

Individuellement, aucune pièce ne semble particulière, mais l'ensemble parait spectaculaire et sert encore de référence. Les éléments relevés sont initialement classés selon les connaissances de l'archéologie classique terrestre, puis ils suivent au fil du temps l'évolution de celle-ci pour être encore répertoriés au début du . Les dessins du matériel de bord permettent de situer d'autres épaves puisque le naufrage est daté. Les amphores, qui forment la cargaison, appartiennent aux types et provenant d'un atelier de production de Bétique toujours inconnu au début du . Elles contiennent des salaisons et sauces de poissons. Quant à l'architecture de ce navire dont la carène est à fond pincé, elle demeure l'une des références en matière de construction bordé premier.

La première difficulté est la lutte contre le pillage, notamment de la cargaison d'amphores, alors que la législation de l'époque s'avère balbutiante. Puis lors de la fouille se pose le problème de la conservation du bois gorgé d'eau, qui n'est toujours pas résolu de façon définitive au début du . Quant au caractère scientifique de l'archéologie sous-marine, avec ou sans la présence d'un archéologue sur le lieu de fouille, il fait débat. Ainsi à une date où la plongée en est à ses débuts, il semble difficile d'être un archéologue-plongeur.

Naissance de l'archéologie sous-marine

Certaines découvertes archéologiques sous-marines, faites par des pêcheurs grecs ou plus généralement méditerranéens, sont dues au hasard, mais elles ne sont pas suivies de campagnes de fouilles systématiques. Ainsi en 1925, un bras en bronze est ramené par les filets d'un pêcheur en Grèce en baie de Marathon. Ayant organisé une expédition, les antiquaires d'Athènes reconstituent l’éphèbe de Marathon... En 1926, il s’agit au cap Artémision, à la pointe septentrionale de l'île d'Eubée, toujours en Grèce, de pêcheurs d'éponges qui découvrent à de profondeur un bras gauche en bronze. En 1928, le dieu de l'Artémision est complété.

L’illustration de la naissance de l’archéologie sous-marine est bien donnée par la découverte suivie de fouilles de deux épaves au début du . En 1900, l’épave d'Anticythère est repérée par des pêcheurs d'éponges du Dodécanèse revenant d'une campagne en Tunisie à l'îlot d'Anticythère, entre le Péloponnèse et la Crète, à de profondeur. Dans l'année, des scaphandriers pieds lourds, sous l'égide du gouvernement grec, élinguent des statues en marbre et en bronze au cours de neuf mois de plongées. Puis, en 1953, Jacques-Yves Cousteau, à l'occasion de l'essai d'un nouveau flash sous-marin, ne consacre que trois jours au site avant de l'exploiter en 1976, ce qui se poursuit de nos jours.. De même en 1907, c’est l'épave de Mahdia qui est repérée en Tunisie par des pêcheurs d'éponges vers de profondeur. De 1908 à 1913, son exploitation est annuelle avec des scaphandriers pieds lourds à l'initiative d'Alfred Merlin. Puis, elle est abandonnée jusqu'en , date à laquelle Jean-Yves Cousteau et Philippe Tailliez montent la première expédition qui utilise des scaphandres autonomes. Après six longs jours recherche du site pourtant connu à près, cinq jours de fouille effective s'ensuivent. Une autre campagne reprend en 1954.. Ces deux exemples indiquent qu'au début du les moyens sont presque inexistants : ils apparaissent avec le scaphandre autonome vers les années 1940, date retenue pour la naissance de l’archéologie sous-marine...

Puis, cette discipline devient peu à peu plus rigoureuse. Si son caractère scientifique fait toujours débat au début des années 1960, débat persistant dix ans plus tard alors que les premiers écrits sont accessibles., les progrès indéniables permettent à Michel L'Hour et Luc Long d'écrire en 1985 : En 2012, tout en rappelant la fouille du Grand-Congloué, à propos de celle du Titan, la rigueur de Phillippe Tailliez fait écrire à Chuck Meide :

Invention du Titan et publicité

L’épave du Titan est inventée à la fin de l' par le docteur Jacques Piroux, plongeur du Club de la mer à Antibes.. et l'un des fondateurs du Club alpin sous-marin à Cannes.. Alors qu'il est accompagné de son épouse Éliane et de sa fille Ondine âgée de sept ans, il fait une découverte fortuite lors d'une pêche sous-marine au narguilé à la poursuite d'un cernier . Alors qu’il plonge lui apparait . Le plongeur soupçonne l'intérêt de ce qui parait Il fait surface et demande à son épouse, demeurée sur La Provençale, de prendre approximativement des enseignures. Quelques jours plus tard, ayant retrouvé l'endroit, il y replonge. Ceci lui permet de remonter une amphore avec un filin et de prendre des enseignures exactes. L'épave git à plat et par de fond, dans une cuvette rocheuse, ce qui évite qu'elle soit disloquée le long de pentes ou dispersée sur un fond strictement plat. Elle se situe à environ à l'est–sud-est de la tourelle de l'Esquillade qui, avec ses bandes horizontales rouges et noires, balise un danger isolé. Ainsi, initialement, il est fait référence à lépave de l'Esquillade.

Au printemps suivant, en 1953, malgré le mauvais temps, Piroux , accompagné de son épouse sur La Provençale, conduit Dimitri Rebikoff et son épouse Ada sur leur pointu, le Louis-Boutan, jusqu'au lieu du naufrage pour réaliser des vues stéréoscopiques en couleur.. Ils sont alors équipés de scaphandres autonomes. Éliane Piroux repère un endroit malgré l'état de la mer. Ils larguent un petit flotteur et s'abritent trois jours à l'île de Port-Cros en attendant que le vent tombe. À leur retour, la marque est en place, mais les points de la côte ne sont plus visibles en raison de la brume. Piroux et Rebikoff fouillent le fond pendant deux jours puis rectifient la place du flotteur lorsque la visibilité s'améliore. Enfin, Rebikoff voit , qui s'avèrent être Après avoir marqué le lieu d'une balise, il refait surface puis replonge avec son épouse et Piroux pour faire des clichés et des films. Une amphore est remontée en vue d'expertise par Fernand Benoit, intéressé par l'archéologie sous-marine naissante. et directeur de la des antiquités historiques (Provence littorale et Corse).. En tant qu'inventeur, Jacques Piroux souhaite que l'épave soit préservée des pillages. À cet effet, Dimitri Rebikoff précise : De surcroit, Piroux déclare son existence à Fernand Benoit. Ultérieurement, bien que des camarades de plongée trouvent l'attitude inamicale, l'un et l'autre ne révèlent jamais la position exacte du naufrage.

L'épave devient connue en France, en 1953, du fait de la publication en noir et blanc de photographies sous-marines stéréoscopiques de belle qualité dans un article de Dimitri Rebikoff. D'une part, les clichés subaquatiques en sont à leur début ; d'autre part, ils paraissent dans la presse grand public. Ainsi Ondine, fille du âgée de huit ans, en maillot et debout sur un pointu , fait la couverture couleur de Point de vue, Images du monde en soutenant une amphore aussi grande qu'elle.. Ailleurs, toujours soutenant une amphore dans une posture légèrement différente, elle se trouve en couverture noir et blanc du numéro d’ d’Île du levant : revue de l’île du Levant.. Ces reportages sont une nouveauté pour l'époque.

Expertise archéologique du site vignette|alt=Cliché noir et blanc. Un plongeur au-dessus d'un amas d'amphores.|Plongeur lors de l'expertise du site du Titan en 1954. vignette|gauche|alt=Cliché noir et blanc. Quatre hommes examinent des amphores. L'un debout est en trois pièces, cravaté avec chapeau.|Sur le pont de l’Ingénieur Élie Monnier, , , , examinent les amphores. 1954. De même que l'intérêt du site et la possibilité de son exploitation sont évaluées pour le Grand-Congloué., il est nécessaire d'apprécier ceux de lépave de l'Esquillade. Le , l'expertise archéologique est menée, avec l'accord de Piroux, en présence de Fernand Benoit, sous la direction du capitaine de frégate Philippe Tailliez par le Groupe d'étude et de recherches sous-marines (GERS) à partir du bâtiment de recherches sous-marines de Ingénieur Élie Monnier (), aviso de la Marine nationale. Après une localisation de l’épave , cinq plongeurs, Pierre Cabarrou, Jean-Pierre Charvoz, Félix Ortolan, René Perrimond-Trouchet et Philippe Tailliez, luttent contre un fort courant et atteignent . Au centre apparait un tas d'amphores de . Au moins cinq cents d'entre elles affleurent. Durant l'après-midi, quatre d'entre elles, choisies au sommet du gisement, sont hissées par le bossoir à l'aide d'un filin. À bord, elles sont identifiées par Fernand Benoit comme appartenant à l'époque d'Auguste, soit , de type . Elles n'ont pas de marque. Elles sont revues, dans le cadre du premier congrès international d'archéologie sous-marine, le à la salle des amphores du musée Borély** ..

vignette|alt=Cliché noir et blanc. Plusieurs photographies juxtaposées forment une image « aérienne ».|Couverture photographique de l'épave du Titan avant la fouille. 1954. L'intéressant site archéologique est accessible puisqu'il est horizontal et à moins vingt-sept mètres. Afin de mettre au point des moyens adaptés à un relevage, Tailliez, ayant attendu le beau temps, est de retour le et prend le maximum d'informations sur site. Un relevé topographique, en plan et en coupe, de la cuvette et de l'épave est dessiné au fond par Gilbert Agnès aidé d'un autre plongeur. Par ailleurs, Tailliez photographie l'épave à la verticale, de champ en champ, à dix mètres de profondeur, ce que lui indique une sonde. Les clichés assemblés assurent une couverture complète et unique, comme pour la photographie aérienne, réalisant ainsi une Enfin, la suceuse mise au point par le GERS en 1946, est testée pour savoir si elle s'avère capable de dégager les quelque trois cents mètres cubes de sable contenus dans la cuvette. En deux heures, elle désensable une tranchée du bord rocheux de la cuvette au bord du tas d'amphores. À cette occasion, un jas d'ancre en plomb de forme romaine est mis en évidence. Hormis le sable, la suceuse aspire aussi des clous en bronze, des bouchons d'amphores, des coquillages Néanmoins, il s'avère que la plage arrière de lIngénieur Élie Monnier est trop étroite et instable pour recevoir une suceuse en raison des courants, bien que le navire soit ancré en proue et en poupe.

Préparatifs de la fouille