vignette|300 px|Atelier de fabrication de gants à Grenoble (carte postale de 1904) La « ganterie grenobloise » (également connue sous le nom de « Gant de Grenoble ») évoque l'activité de fabrication de gants dans cette ville et dans sa proche agglomération, donnant ainsi à cette ville, chef-lieu de l'Isère, le titre officieux de « capitale du gant de luxe » durant la révolution industrielle.
Réputé dès l'époque moderne, l'artisanat de la ganterie grenobloise est passée à un stade supérieur dès la fin du et au début du , lorsque de nombreux magasins à l'enseigne « Au gant de Grenoble » s'installèrent sur les avenues et places les plus élégantes de Lyon, de Paris mais aussi New York, de Moscou, de Londres et d'autres grandes villes mondiales, se référant ainsi au savoir-faire et à la qualité de la production des artisans et industriels gantiers de la villeSite culture.isere.fr, site culture.isere.fr, page "Le gant de Grenoble Six siècles et cinq doigts", consulté le 7 mai 2022]..
Histoire vignette|redresse|gauche|Statue de Xavier Jouvin à Grenoble. Le gant de Grenoble qui gagna progressivement sa renommée auprès de l'aristocratie européenne puis la grande bourgeoisie mondiale, est devenu célèbre en 1606 lorsque le gantier Mathieu Robert reçut le titre de gantier-parfumeur du roi de France Henri IV. Quelques années plus tard, à la cour du roi Louis XIV, à Versailles, les courtisans répétaient à qui voulait les entendre qu'Google Livre "Grenoble: Centre de tourisme" de Robert Avezou, Pierre Bruneaux et André Corbier..
Après la révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV en 1685, la ganterie grenobloise put profiter de l'émigration des protestants, malgré le départ de certains artisans, en parvenant à prendre l'ascendant sur la ganterie de Grasse car celle-ci était aux mains des protestantsSite grenoble-cularo.over-blog.com, page "Grenoble sous l'Ancien Régime".. Vers 1776, l'usage des gants s'était répandu peu à peu dans toute l'Europe et ceux de Grenoble, réputés pour leur finesseselon la page d'accueil du musée de la ganterie de Grenoble, ceux-ci travaillait sur de la peau de chevreau, ont réussi à se faire une réputation dans la cour des rois..
Avant la Révolution française, la profession des artisans de la ganterie était réglementée par la corporation des maitres-gantiers qui la contrôlait et régulait ainsi l’entrée dans la profession mais, avec la loi Le Chapelier qui dissout les corporations, celle-ci disparait à la fin du . Le , les ouvriers gantiers se réunissent avec l’autorisation du maire et adoptent le premier règlement du bureau de bienfaisance en faveur des gantiers, dont André Chevalier devient l’infirmier général. Cette mutuelle d'entraide et d'assistance aux ouvriers gantiers est considérée parmi les historiens et les spécialistes du mouvement mutualiste comme la première mutuelle connue de FranceSite cairn.info, document "Aux origines de l’économie sociale et solidaire à Grenoble au " de Simon Lambersens, éditions Campus ouvert, 2017, 128 pages dans RECMA 2018/2 (N° 348), pages 132 à 134.Site alpesolidaires.org, page "Grenoble, à l'origine du mouvement mutualiste en France".Site clio-cr.clionautes.org, page "Aux origines de l’économie sociale et solidaire à Grenoble au "..
Le nouvel essor de la profession est dû à l’invention de Xavier Jouvin, cadet d'une dynastie de maîtres gantiers grenoblois, qui introduit en 1834 des tailles et une main de fer après avoir étudié « de très près » à la morgue l'hôpital de Grenoble les mains des morts. Son appareil de calibrage basé sur différentes tailles de mains, qu'il améliore ensuite, permet de décupler la productivité et la qualité des gantsSite arcoma.fr, page "Histoire de la ganterie.. vignette|redresse|Le bouton pression. En 1886, l'ingénieur grenoblois Albert Raymond (future entreprise ARaymond) dépose un brevet pour un procédé de fermeture à pression (ou « bouton-fermoir à ressort », plus connu sous le nom de bouton-pression) qui intéresse rapidement l’industrie gantière, et dès lors de nombreux modèles de gants fermés à l’aide de ce procédé inondent le marché, créant un effet de modeSite gfc-conference.eu, texte d'Audrey Colonel de l'Université grenoble-Alpes : "Le gant : un héritage des siècles passés"..
Réorganisés au sein de la chambre syndicale des fabricants de gants de Grenoble en 1888, les patrons gantiers tentent de prendre le contrôle de la production dans un contexte de transformation de secteur d’activité. La fin du siècle marque ainsi un tournant dans l’histoire de l’activité gantière locale. Le modèle de l’atelier artisanal perdure mais certaines maisons de ganterie acquièrent un rayonnement international faisant naitre de nouveaux besoins en matière de personnels. Dès lors les premiers projets de mise en école de la formation masculine à la ganterie voient le jourSite hal.archives-ouvertes.fr, texte d'Audrey Colonel , "Histoire de l’«école» de ganterie de Grenoble (vers 1890‑vers 1920). Des tentatives de mise en école de la formation masculine au métier de gantier"..
Dès la fin du jusqu’aux années folles, les grandes entreprises grenobloises conquièrent le monde, donnant ainsi renom au fameux « gant de Grenoble », conférant le titre autant honorifique qu'officieux de « capitale du gant de luxe » à la ville françaiseSite presences-grenoble.fr, page "Patrimoine urbain de la ganterie grenobloise".Site atlasobscura.com, page "Musée de la Ganterie (Museum of Glove-Making).francebleu.fr, émission de radio "Partez à la découverte du patrimoine industriel de Grenoble et sa ganterie"..
Les entreprises se multiplient jusqu’à atteindre , plus une dizaine de mégisseries et une vingtaine de teintureries en peau à la fin du Second Empire. La ville compte alors et brodeuses, tandis que les coupeurs culminent un peu plus tard à en 1893 avec une production d'environ de douzaines de paires de gantsSite grenoble-patrimoine.fr, page Grenoble, une ville de pouvoirs 1830-1880..
La production est alors recommandée et distribuée par des agents commerciaux situés aux États-Unis, au Canada, en Australie et d'autres grandes nations occidentales. Le déclin s'est amorcé dès le début de la Seconde Guerre mondiale avec la perte des marchés anglo-saxons, même si une petite reprise de courte durée s'est amorcée après la Libération en l'absence de la concurrence allemande et tchèque, mais la concurrence italienne restée vive accentue la régression au cours des années 1950Site persee.fr, article "La crise de la ganterie grenobloise en 1952" dans la revue de Géographie Alpine Année 1952 40-4 pp. 677-680..
Depuis cette époque, l’industrie du gant grenoblois a très largement périclité avant de disparaitre presque totalement, l’évolution de la mode et la concurrence internationale, notamment asiatique, ayant eu raison de cette production localeSite musees.isere.fr, page sur l'exposition "Fait main. Quand Grenoble gantait le Monde".. Toutefois il existe encore quelques établissements en 2022Site echosciences-grenoble.fr, article de Maryline D. "La ganterie de luxe grenobloise entre tradition et innovation"..
Principales entreprises Au Avant le , présenté comme le siècle d'or de la ganterie grenobloise, il existait déjà d'autres maisons de ganterie et au début du la ville, déjà réputée pour sa production, comptait déjà une douzaine de maîtres-gantiers.
De nombreux membres de famille de Jacques Vaucanson, inventeur d'automates, né en 1709, exerçait la profession de gantiers. Claude Bovier, consul de Grenoble, qui accueillit le philosophe Jean-Jacques Rousseau lors de sa visite à Grenoble durant l'été 1768 était également maitre-gantier. Claude Romans, marchand gantier, exerça, lui aussi les fonctions de consul de Grenoble entre 1784 et 1787, indiquant là encore que les membres de cette corporation étaient estimés dignes de confiance par des citoyens de la villeGoogle "Livre Bulletin de la Société scientifique du Dauphiné, Volume 5" - 1851, page 302 de la Société scientifique du Dauphiné..
Les Avenier sont maîtres gantiers au 18ème siècle, rue Saint-Laurent, montée de Chalemont, rue Très-Cloître, Grande Rue et rue Bayard puis rue Saint-Denis à Paris en face des Jouvin en 1841, à Madrid et au Caire. Ils participent à la fondation des Petits frères de l’Ecole chrétienne, rue Saint-Laurent pour les enfants de gantiers, en 1792. Pierre, Jules et François Avenier prêtent serment pour les gantiers lors de la création du Conseil des Prud’hommes en 1845Arch. Met. Mun. Grenoble : 7F2. Jules Claude Avenier dépose un brevet de coupe en 1869 et Pierre-François Avenier (1816-1874), créé une pension pour la Mutuelle d'entraide des gantiers en 1875 et devient Bienfaiteur de la Ville de GrenobleArch. Met. Mun. Grenoble : 5Q44 (Livret des bienfaiteurs de Grenoble).
La ganterie Francoz, présentée comme la plus ancienne ganterie de France, a été fondée en 1789 et celle-ci fut primée lors de diverses expositions universelles au cours du siècle suivantsCatalogue des produits de l'Empire français - Exposition universelle de Londres 1862, section objet d'habillement, page 171, artisan n°2543Site viadeo.journaldunet.com, page sur Christophe Domingues..
Aux et Société des Gants Jouvin Les Jouvin sont maîtres gantiers à Grenoble au 18e siècle. Xavier Jouvin, après le dépôt de ses brevets en 1834 et 1838, s'associe avec son frère Claude Jouvin pour exploiter le système de "coupe Jouvin". La société s'installe au Prieuré de Saint-Laurent, à Grenoble (actuel musée de la ganterie), en 1840 et créé plusieurs comptoirs. Xavier Jouvin décède 1844 et la société est gérée par Claude Jouvin et un associé Pierre-Noël Doyon. En 1849, les brevets tombent dans le domaine public et en 1850, Julie Rey, veuve de Xavier Jouvin, crée la Société Veuve Xavier Jouvin et Cie, seule propriétaire de la marque Gants Jouvin qui dirigera plus de 100 ouvriers et 1 200 couseuses, et deviendra célèbre, citée par Balzac, Gautier ou Dostoïeski dans Le joueur.
Maison Reynier Cette fabrique de ganterie a été fondée en 1821 par Séverin Reynier, ancien associé de la maison Badier. Sa production partait en grande partie à l'étranger. Une usine, très fonctionnelle, fut bâtie rue Maréchal Dode entre la gare et le centre-ville en 1888, à proximité de l’ancienne chambre de commerce et de l’industrie. Elle devient ainsi une des plus grosses de la ville qui prépare des peaux avec une vente au détail avec des magasins réparti dans toute la France et lance le gant de cuir lavableSite grenoble-patrimoine.fr, article sur l'ancienne ganterie Reynier..
Alphonse Terray, Chaix et Cie