vignette|250x250px| Célébration de l'anniversaire de Bouddha à Séoul. La religion en Corée du Sud est diversifiée. Une légère majorité de Sud-Coréens n'ont pas de religion.

Parmi les personnes affiliées à une religion organisée, le bouddhisme et le christianisme sont majoritaires. Le bouddhisme et le confucianisme sont les religions les plus influentes dans la vie des Sud-coréens. Le bouddhisme, arrivé en Corée en 372 après J.-C., compte des dizaines de milliers de temples construits à travers le pays.

Selon le Pew Research Center (2010), environ 46 % de la population n'a aucune appartenance religieuse, 23 % sont bouddhistes et 29 % sont chrétiens. Selon le recensement national de 2015, 56,1% des Sud-Coréens sont irréligieux, le protestantisme représente (19,7%) de la population totale, le bouddhisme coréen (15,5%) et le catholicisme (7,9%). Un petit pourcentage de Sud-Coréens (0,8 % au total) sont membres d'autres religions, notamment le bouddhisme Won, le confucianisme, le cheondoïsme, le Daesun Jinrihoe, l'islam, le daejongisme, le jeungsanisme et le christianisme orthodoxe.

Le bouddhisme a été influent voire prédominant dans les temps anciens. Et le christianisme a influencé de larges segments de la population aux et s. Mais le nombre de leurs fidèles n'a augmenté rapidement qu'au milieu du , dans le contexte des profondes transformations traversées par la société sud-coréennePyong Gap Min, 2014.. Ces deux religions ont cependant connu un certain déclin au . Les religions chamaniques locales demeurent populaires et pourraient représenter une grande partie des personnes non affiliées. En effet, selon un sondage de 2012, seulement 15 % de la population se déclaraient non religieux au sens de « l'athéisme ». Selon le recensement de 2015, la proportion de non-affiliés est plus élevée chez les jeunes, avec environ 69 % chez les personnes âgées de 20 ansKim Han-soo, Shon Jin-seok. 신자 수, 개신교 1위… "종교 없다" 56%. The Chosunilbo, 20/12/2016. Retrieved 02/07/2017..

Au début du , le christianisme avait déjà une présence importante, et la grande majorité de la population pratiquait la religion locale du chamanisme coréen, ou muisme. Cette dernière n'a jamais acquis le statut prestigieux de religion nationale comparable à la religion traditionnelle chinoise, à la religion traditionnelle vietnamienne ou au shintoïsme japonais. Cette faiblesse du chamanisme coréen est une des raisons qui a permis au christianisme de s'implanter rapidement et de manière durable. La population pratiquait aussi des rites influencés par le confucianisme, ainsi que le culte des ancêtres. Les philosophies et les religions organisées étaient l'apanage des élites dirigeantes, et le patronage exercé pendant longtemps par l'Empire chinois a amené ces élites à pratiquer une forme particulièrement stricte de confucianisme (c'est-à-dire le confucianisme coréen. Le bouddhisme coréen, malgré une riche et ancienne tradition, était virtuellement éteint en tant qu'institution religieuse au début du après cinq cents ans de répression sous la dynastie Joseon. Le christianisme est présent dans la péninsule coréenne dès le , quand l'école philosophique Seohak soutenait cette religion. Avec la chute de la dynastie Joseon dans les dernières décennies du , les Coréens ont adopté le christianisme en grand nombre, dans la mesure où la monarchie elle-même ainsi que les intellectuels s'inspiraient de modèles occidentaux afin de moderniser le pays, et approuvaient le travail des missionnaires catholiques et protestants. Pendant la colonisation japonaise au cours de la première moitié du , entre 1905/1910 et 1945, l'identification entre le christianisme et l'identité nationale coréenne s'est renforcée, dans la mesure où les Japonais se sont efforcés de combiner le chamanisme local avec leur propre shintoïsme d'État.

Avec la partition de la Corée en deux États après 1945, le Nord communiste et le Sud capitaliste, la majorité de la population coréenne chrétienne qui vivait jusque-là dans la partie nord de la péninsule a fui en Corée du Sud. Il a été estimé que plus d'un million de chrétiens ont migré vers le SudLankov, Andrei. The Real North Korea: Life and Politics in the Failed Stalinist Utopia. Oxford University Press, 2014. . p. 9.. Tout au long de la seconde moitié du , l'État sud-coréen a mis en place des mesures visant à marginaliser le chamanisme local, entraînant par là même un renforcement du christianisme et un renouveau du bouddhisme. Des chercheurs estiment que les recensements sud-coréens ne prennent pas en compte les adhérents au chamanisme et sous-estiment leur nombre. D'après les statistiques de l'ARDA, en 2010, 14,7% des Sud-Coréens pratiquent la religion traditionnelle, 14.2% adhèrent à de nouveaux mouvements religieux, et 10,9% pratiquent le confucianisme.

D'après certains observateurs, le déclin du catholicisme et du bouddhisme remarqué entre les recensements de 2005 et de 2015 peut être attribué à un changement dans la méthodologie de sondage entre les deux recensements. Alors que le recensement de 2005 était une analyse de toute la population effectuée grâce à des fiches de renseignement remplies par chaque famille, le recensement de 2015 fut en grande partie mené sur internet et était limité à un échantillon de 20 % de la population sud-coréenne. Les résultats du recensement de 2015 ont été critiqués pour avoir pénalisé la population rurale, qui pratique davantage le bouddhisme et le catholicisme et est moins familière avec internet, tout en avantageant la population protestante, qui est davantage urbaine et a plus facilement accès à internet.

Démographie

Appartenance religieuse par année (1950-2015) Année bouddhisme catholicisme protestantisme Autres religions Aucune affiliation Pourcentage Personnes Pourcentage Personnes Pourcentage Personnes Pourcentage Personnes Pourcentage Personnes 1950 — — 1% — 3% — — — — — 1960 3% — 2% — 5% — — — — — 1970 15% — 3% — 7% — — — — — 1985 19,2 % 8 059 624 4,6 % 1 865 397 16% 6 489 282 2,1 % 788 993 57,4 % 23 216 356 1995 23,2 % 10 321 012 6,6 % 2 950 730 19,7 % 8 760 336 1,2 % 565 746 49,3 % 21 953 315 2005 22,8 % 10 726 463 10,9 % 5 146 147 18,3 % 8 616 438 1% 481 718 46,9 % 21 865 160 2015 15,5 % 7 619 332 7,9 % 3 890 311 19,7 % 9 675 761 0,8 % 368 270 56,1 % 27 498 715 "-" indique qu'aucune donnée n'est disponible. Les autres religions comprennent le bouddhisme Won, le confucianisme, le cheondoisme, le Daesun Jinrihoe, le Daejongisme et le Jeungsanisme.

Appartenance religieuse selon la tranche d'âge (2015) Âge bouddhisme catholicisme protestantisme Autres religions Aucune affiliation 20-29 10% 7% 18% 1% 65% 30-39 12% 8% 19% 1% 62% 40-49 16% 7% 20% 1% 57% 50-59 22% 9% 19% 1% 49% 60-69 26% 10% 21% 1% 42% 70-79 27% 10% 21% 1% 41% 80-85 24% 10% 22% 2% 42% au-dessus de 85 21% 11% 23% 2% 43% Les autres religions comprennent le bouddhisme Won, le confucianisme, le cheondoisme, le Daesun Jinrihoe, le Daejongisme et le Jeungsanisme.

Appartenance religieuse selon le sexe (2015) Sexe bouddhisme catholicisme protestantisme Autres religions Aucune affiliation Homme 14% 7% 18% 1% 61% Femme 17% 9% 22% 1% 52% Les autres religions comprennent le bouddhisme Won, le confucianisme, le cheondoisme, le Daesun Jinrihoe, le Daejongisme et le Jeungsanisme.

Histoire

Avant 1945 Avant l'arrivée du bouddhisme, l'ensemble des Coréens pratiquait leur religion locale sous l'égide des mu (les shamans). Le bouddhisme fut introduit en Corée par l'intermédiaire de l'État chinois du Qin antérieur en 372 dans le royaume de Koguryo, avant de développer des formes typiquement coréennes. La péninsule était alors divisée en trois royaume : Koguryo au Nord, Baekje au Sud-Ouest et Silla au Sud-Est. Le bouddhisme ne s'est répandu à Silla qu'au siècle, mais est devenu religion d'État du royaume en 552. Le bouddhisme est devenu très populaire à Silla et même à Baekje (dont le territoire fait maintenant partie de la Corée du Sud contemporaine), alors qu'à Koguryo la religion indigène demeure dominante. Au sein du royaume de Goryeo (918–1392), qui unifie la péninsule, le bouddhisme s'épanouit et devient même une force politique.

Pendant la période Joseon (1392-1910), l'État a adopté une version particulièrement stricte du néoconfucianisme (c'est-à-dire le confucianisme coréen) et a mené une politique de répression du bouddhisme coréenGrayson, 2002. pp. 120-138Tudor, 2012. et du chamanisme coréenJoon-sik Choi, 2006. p. 15. Les monastères bouddhistes furent détruits et leur nombre passa de plusieurs centaines à seulement trente-six. Le bouddhisme fut éradiqué des villes car les moines et les nonnes n'avaient pas le droit d'y entrer et étaient relégués dans les montagnes. Ces restrictions ont duré jusqu'au siècleGrayson, 2002. p. 137.

À la fin du siècle, l'État de Joseon connaissait une situation d'effondrement politique et culturel. Les intellectuels cherchaient des solutions afin de renforcer et de transformer la nation. C'est durant cette période critique qu'ils sont entrés en contact avec des missionnaires chrétiens occidentaux qui ont offert une solution aux difficultés des Coréens. Des communautés chrétiennes existaient déjà en Corée depuis le siècle, mais ce n'est qu'à partir des années 1880 que le gouvernement a autorisé un grand nombre de missionnaires occidentaux à entrer dans le pays. Les missionnaires chrétiens ont alors mis en place des écoles, des hôpitaux ainsi que des maisons d'édition. La famille royale soutenait le christianisme.

Les liens entre le christianisme et le nationalisme coréen se sont renforcés lors de la colonisation japonaise (1910-1945)Grayson, 2002. pp. 158-161, dans la mesure où les Japonais ont essayé d'imposer en Corée leur shintoïsme d'État en y intégrant des éléments du chamanisme coréen, et que les chrétiens refusaient de participer aux rituels shintos. Dans le même temps, de nombreux mouvements religieux qui tentaient de réformer le chamanisme coréen depuis le siècle fleurissaient, notamment le cheondoïsmeCarl Young. Into the Sunset: Ch’ŏndogyo in North Korea, 1945–1950. On: Journal of Korean Religions, Volume 4, Number 2, October 2013. pp. 51-66 / 10.1353/jkr.2013.0010.

1945–2015 vignette|150x150px| Un mudang pratiquant le kut pour apaiser les esprits en colère des morts. Avec la partition de la Corée en deux États en 1945, le nord communiste et le sud anticommuniste, la majorité de la population chrétienne coréenne qui se trouvait jusque-là dans la moitié nord de la péninsuleGrayson, 2002. p. 158, p. 162 s'enfuit en Corée du SudGrayson, 2002. p. 163. Plus d'un million de chrétiens se sont installés au sud. Les chendoïstes, qui étaient concentrés dans le nord comme les chrétiens, y sont restés après la partition et la Corée du Sud ne compte aujourd'hui plus que quelques milliers de chendoïstes.

Le "mouvement pour renverser la superstition" promu par les gouvernements de Corée du Sud dans les années 1970 et 1980 a interdit les cultes locaux et anéanti presque tous les sanctuaires traditionnels (sadang 사당) dédiés au culte des ancêtresKendall, 2010. p. 10. Ce mouvement fut particulièrement rude sous le règne du bouddhiste Park Chung-heeJoon-sik Choi, 2006. p. 17. Dans le contexte des transformations sociales rapides de la période, ces mesures ont favorisé un accroissement rapide du bouddhisme, dans la mesure où il se mélangeait de manière traditionnelle à la religion populaire et permettait aux adhérents de celle-ci d'exercer leurs pratiques religieuses dans le cadre d'une religion officiellement acceptée. Un accroissement du nombre d'adhérents à une des Églises chrétiennes a aussi eu lieu durant cette période, dans le cadre d'une tendance plus générale au fait de s'identifier officiellement comme membre d'une religion organisée.