Marie-Odile Soyer-Gobillard, née le à Sézanne, dans le département de la Marne, est une biologiste française, docteur ès Sciences, directeur de recherche émérite honoraire au CNRS et présidente d’une association destinée à la recherche scientifique.

Au Laboratoire Arago, ses travaux scientifiques, mondialement reconnus, ont porté sur l’étude cellulaire et moléculaire des protistes, en particulier des dinoflagellés. Elle y a créé une équipe de biologie cellulaire et moléculaire, qui a soutenu son activité scientifique. Elle y a progressivement introduit les techniques les plus pointues pour l’étude de la biologie cellulaire marine.

Lors des dix dernières années, elle s’est notamment fait connaître du grand public pour ses études sur la mise en évidence de troubles psychiatriques chez les enfants exposés in utero à des hormones de synthèse, en particulier le Diéthylstilbestrol (DES) ainsi que sur la démonstration de leur effet multigénérationnel. Ces travaux sont effectués en lien étroit avec l'association Hhorages-France dont elle assure la présidence.

Biographie

Jeunesse et formation Marie-Odile Soyer-Gobillard est née à Sézanne, en Champagne, en 1939, dans une famille bourgeoise de petits industriels. Elle est l’aînée d’une fratrie de cinq enfants. Elle fait ses études secondaires au Collège de Sézanne où elle obtient son premier baccalauréat. Après l’obtention de ce dernier, elle s’inscrit dans une classe de terminale nouvelle à l’issue de laquelle elle obtient un second baccalauréat en sciences expérimentales. Elle effectue ensuite un cursus scientifique à la Faculté des Sciences de Paris Sorbonne et obtient un doctorat d’État ès Sciences à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI).

Carrière En , à seulement 22 ans, après un Diplôme d’Études Supérieures, elle entre au CNRS à l’Observatoire océanologique de Banyuls-sur-Mer (OOB), un laboratoire maritime mondialement réputé connu sous le nom de « Laboratoire Arago », où elle fait toute sa carrière.

Elle y fonde en 1974 le département de biologie cellulaire et moléculaire, destiné à l’étude des mécanismes qui régissent le fonctionnement de certains organismes marins qui servent de modèles aux chercheurs entre autres sur la structure des chromosomes, les protéines de l’appareil mitotique et le déroulement du cycle cellulaire.

De 1980 à 1989, elle est membre élue au Conseil d’Administration du Laboratoire Arago, de 1987 à 1991 elle est membre nommé au Comité National du C.N.R.S. (section 28, Biologie des Organismes) dont elle assure la vice-présidence et de 1975 jusqu’à sa retraite en 2000, elle est responsable d’un groupe de recherche, du Service de Microscopie Electronique ainsi que du Département de Biologie Cellulaire et Moléculaire jusqu’en 1995.

Vie privée En arrivant au Laboratoire Arago, elle rencontre son futur mari, Jacques Soyer (1938-2019), Chef de Travaux à cette époque, ultérieurement Directeur du Laboratoire Arago (1976-1989), qu’elle épouse deux ans plus tard. Deux ans après son mariage, Marie-Odile Soyer-Gobillard tombe enceinte mais sa grossesse se solde par une fausse-couche. S’il est désormais acquis que c’est l’arrêt de grossesse qui entraîne une chute du taux de certaines hormones, l’on pensait à l’époque que c’était l’exact contraire, et que la cause des avortements spontanés était imputable à un déficit hormonal. C’est ainsi que, lorsqu’elle tombe à nouveau enceinte, en 1966, elle reçoit un traitement alors très en vogue : du Distilbène® (nom commercial du diéthylstilbestrol aussi appelé DES) et de l’éthinylestradiol – deux œstrogènes de synthèse, ainsi qu’un progestatif synthétique-retard, pour chacune de ses deux grossesses.

Ses enfants naissent et demeurent apparemment en bonne santé jusqu’à ce que, jeunes adultes, ils développent chacun des troubles psychiques. Pour sa fille, ce sont des troubles du comportement alimentaire qui se manifestent, avec des dépressions récurrentes (appelées maintenant trouble bipolaire) accompagnées de nombreuses tentatives de suicide ; pour son fils, c’est un état borderline de type schizophrénique qui est diagnostiqué. Ils se suicident tous les deux, à trois ans d'intervalle, respectivement âgés de 28 et 27 ans.

René Alexandre, un ingénieur-agronome caennais père de trois enfants exposés in utero aux hormones sexuelles synthétiques et touchés par des troubles psychiques et somatiques, alors convaincu du lien de causalité, commence à contacter des familles. C’est ainsi qu'en , il lance un appel aux familles dans la Revue de l’UNAFAM « Un autre Regard »Un autre regard, UNAFAM, N°2, 1998., auquel Marie-Odile Soyer-Gobillard répond en le contactant.

À la suite du décès de ses enfants et des travaux d’investigation de la littérature scientifique initiés par René Alexandre, Marie-Odile Soyer-Gobillard relie à son tour les troubles de ses enfants aux traitements hormonaux de synthèse reçus lors de ses grossesses. L’appel de René Alexandre avait déjà permis de rassembler 28 familles dans le même cas.

C’est avec d’autres parents mobilisés qu’elle fonde par la suite l’association Hhorages-France (Halte aux HORmones Artificielles pour les GrossessES) en 2002.

Engagement bénévole associatif À la suite des travaux américains de Herbst , en 1971, sur la présence chez les filles DES exposées in utero d'adénocarcinome vaginal à cellules claires, le Diéthylstilbestrol est contre-indiqué chez la femme enceinte aux USA par la Food and Drug AdministrationSelected item from the FDA drug bulletin-november 1971: diethylstilbestrol contraindicated in pregnancy. Calif Med. 1972;116(2):85-86., mais il est toujours prescrit en France jusqu’en 1977 au moins. En France, depuis 1974 avec les travaux du Dr Henry-Suchet, 1975 avec ceux du Pr Barrat, et depuis 1983, avec la parution d’un article du journal Le MondeDr Escoffier-Lambiotte, « Une monumentale erreur médicale ; les enfants du distilbène », Le Monde, 16 février 1983 basé sur les travaux du Dr Anne CabauDr Anne Cabau. « Malformations utérines chez les filles exposées au distilbène pendant leur vie embryonnaire. Conséquences sur leur fécondité » Contracept Fertil Sex, 1982 ; 10: 477-87, l’on sait déjà que le Distilbène® est à l’origine de malformations génitales chez les « filles DES » (exposées in utero au diéthylstilbestrol). Ce que l’on ignore en revanche, c’est que les conséquences de l’exposition ne se limitent pas aux filles DES, ni à la sphère génitale, et que d’autres hormones sexuelles de synthèse sont susceptibles de produire les mêmes effets.

À la suite de sa rencontre avec René Alexandre, Marie-Odile Soyer-Gobillard, ainsi que les familles précédemment rassemblées, mettent en commun leurs observations. René Alexandre présente alors le résultat de ses recherches lors de l’Assemblée Générale d’une association de patients active, Réseau D.E.S. France, fondée en par des membres de l’association précédente INFO-DES, elle-même succédant à l’association DANE 45 (D.E.S-France). A cette assemblée se trouvent le Pr Tournaire, gynécologue, ainsi que la présidente Anne Levadou, qui n’accordent aucun crédit aux observations et au travail présentés par René Alexandre. Pour eux, et pour les médecins présents, il n’existe aucun lien entre la prise de Distilbène® et l’apparition de troubles psychiatriques. René Alexandre est très affecté par ce rejet. Il meurt 6 mois plus tard des suites d’un AVCDr Marie Odile SOYER-GOBILLARD PH.D. Complications psychiatriques des hormones de synthèse in utero et des perturbateurs endocriniens. 4ème congrès de médecine environnementale Martinique, 2020..

Dès lors, Marie-Odile Soyer-Gobillard ainsi que quatre autres parents concernés décident de reprendre le flambeau et de créer une association. C’est ainsi qu’en 2002 naît Hhorages-France. Le but de l’association est « d'établir la relation de cause à effet entre la prise d'hormones sexuelles de synthèse lors des grossesses et tous les troubles générés, à plus ou moins long terme, chez les enfants issus de ces grossesses » – et plus récemment chez les petits-enfants, avec un accent mis sur les troubles psychiatriques associés ou non à des troubles somatiques, et d’apporter conseils et soutien aux familles lourdement touchées. Hhorages promeut également une action judiciaire, avec des dossiers confiés à un avocat pénalisteEmmanuelle Fillion, Didier Torny. Des malades rendus visibles par le droit ? L’expérience judiciaire individuelle et collective des victimes du Distilbène. Anastasia Meidani, Emilie Legrand, Béatrice Jacques. La santé : du public à l’intime, Presses de l’EHESP, pp.19-36, 2015, 978-2-8109-0336-8. ffhalshs-01425897.

Hhorages continue à fédérer des familles puis, en vue de constituer une cohorte, élabore un questionnaire détaillé avec des chercheurs et des médecins. La base de données ainsi produite est le point de départ d’une partie de ses travaux et découvertes scientifiques futures.

D’abord vice-présidente de Hhorages-France et présidente de son conseil scientifique de 2002 à 2010, Marie-Odile Soyer-Gobillard devient présidente et chargée de la recherche en 2010, postes qu’elle assure actuellement. Dans le cadre de la recherche, elle collecte les témoignages des familles adhérentes et met ses compétences scientifiques au service de cette recherche et de ce combat qui s’inscrit, plus largement, dans celui de la reconnaissance de la toxicité des perturbateurs endocriniens.

De 2002 à 2012, elle est présidente départementale déléguée de l’UNAFAM 66, correspondante Recherche et déléguée régionale Languedoc-Roussillon.

Depuis 2007 elle est membre nommé au Collège des Relecteurs de Projets Cliniques de l’INSERM (Paris) et membre du Comité Éditorial.

De 2019 à 2023, elle est marraine du groupe d’entraide mutuelle « L’Escale » de Perpignan, qui accueille des personnes adultes en situation de fragilité psychique ou psychologique.

Domaines de compétences Biologie cellulaire marine, protistologie, endocrinologie, écotoxicologie, perturbateurs endocriniens.

Travaux et principales découvertes

Au sein du Laboratoire Arago Le Laboratoire Arago, fondé en 1882 par le biologiste, anatomiste et zoologiste Henri de Lacaze-Duthiers, se situe à Banyuls-sur-mer, au sud de la France, sur la côte méditerranéenne. C’est un laboratoire consacré à la biologie marine et à l'océanographie. En 1967, il devient un laboratoire du CNRS, et en 1985, une école interne de Sorbonne Université (Paris) dont il est l'une des trois stations marines. Il est reconnu comme Observatoire National puis, en , comme Observatoire Océanologique de Banyuls-sur-Mer (OBB).

Depuis les années 1950, c’est un centre d’étude très innovant, adapté à l’expérimentation. Des cours y sont dispensés, de nombreux étudiants viennent faire des stages pratiques pour s’initier à l’Océanographie. Entre 1951 et 2008, un stage de phycologie est ouvert aux étudiants de l’Europe entière. En 1954, un DEA d’océanographie est mis en place, transformé en 2003 en Master Sciences de la MerUne histoire de l’enseignement au laboratoire Arago : du rôle pionnier d’Henri de Lacaze-Duthiers aux innovations pédagogiques modernes Conférence donnée par Raphaël Lami, Maître de Conférences HDR de Sorbonne Université - OOB..

Fin 1961, Marie-Odile Soyer-Gobillard, alors jeune doctorante venant d’entrer au CNRS, se rend au Laboratoire Arago pour un stage d’une durée d’un mois afin d’y récolter du matériel biologique issu du plancton marin dans le cadre de sa thèse de Doctorat dirigée par le biologiste, évolutionniste et protistologue reconnu Pierre-Paul GrasséSoyer [-Gobillard] MO (1970) La cytologie et la division chez 597 deux types de Dinoflagellés: Noctiluca Suriray (genre libre) et 598 Blastodinium Chatton (genre parasite). Thèse Doc. Etat Fac Sci 599 Paris, 240 p 80 pl  . Elle reste au Laboratoire Arago et y accomplit toute sa carrière scientifique.