thumb|Frontispice de l'édition de 1682. Les Précieuses ridicules est une comédie en un acte et en prose de Molière, représentée pour la première fois le au théâtre du Petit-Bourbon, à Paris, en seconde partie de spectacle. Elle connut un succès considérable, qui se traduisit par l'apparition d'une mode littéraire nouvelle, la satire des « précieuses » et de la « préciosité », termes popularisés par la pièce de Molière.
Pour éviter que la pièce ne fût imprimée sans son approbation, Molière accepta de la laisser publier par des libraires de son choix, et elle fut ainsi la première de son auteur à connaître les honneurs de l’imprimé.
Résumé Deux jeunes gens, La Grange et Du Croisy, sortent de chez Gorgibus, un bourgeois de province récemment arrivé à Paris. Ils sont très mécontents de l'accueil méprisant que leur ont réservé Magdelon et Cathos, respectivement fille et nièce du vieillard. La Grange explique à son ami la manière dont il entend se venger des trop fières jeunes filles : en leur faisant rencontrer Mascarille, son valet, « un extravagant qui s'est mis dans la tête de vouloir faire l'homme de condition ». (scène 1)
Découvrant que les deux jeunes gens sont mécontents de leur visite, Gorgibus, afin d'en comprendre la raison, fait appeler Magdelon et Cathos, qui sont occupées à se mettre « de la pommade pour les lèvres ». (scènes 2 et 3)
Alors que Gorgibus leur demande des explications sur leur comportement envers La Grange et Du Croisy, qu'il leur destinait pour maris, Magdelon et Cathos lui affirment qu'il est hors de question pour elles de se marier à des gens « incongrus en galanterie », et qu'elles veulent vivre une aventure galante et romanesque ressemblant aux romans de de Scudéry. Ne comprenant rien à leur discours, Gorgibus s'entête : il veut les marier le plus vite possible, ou sinon elles seront envoyées au couvent. (scène 4)
Une fois Gorgibus parti, Magdelon et Cathos s'entêtent dans leur rêverie en s'imaginant qu'elles ne sont pas réellement sa fille et sa nièce, et qu'« une naissance plus illustre » leur sera un jour révélée. Marotte, leur servante, annonce alors l'arrivée du « marquis de Mascarille », que les deux précieuses s'empressent de recevoir. (scènes 5 et 6)
Arrivée de Mascarille en chaise à porteurs. Refusant de payer les porteurs sous prétexte qu'on ne demande pas de l'argent à une personne de sa qualité, il accepte cependant très vite quand l'un d'entre eux le menace d'un bâton. Il attend Magdelon et Cathos qui se recoiffent. (scènes 7 et 8)
Mascarille rencontre Magdelon et Cathos et leur fait des compliments. Il leur promet de les présenter à « une académie de beaux esprits » ; il leur fait également part de ses propres talents en récitant et chantant un impromptu qu'il a composé, et qui est très admiré par les deux précieuses. Il leur fait également admirer ses habits, avant de se plaindre que son cœur est « écorché » par leurs regards. (scène 9)
Entre en scène Jodelet, présenté comme étant le « vicomte de Jodelet » par son ami Mascarille. Tous deux se complimentent sur leurs exploits à la guerre en montrant à Magdelon et Cathos leurs cicatrices. Ils décident alors de donner un petit bal à leurs hôtesses et leurs voisines. (scènes 10 et 11)
Entrent en scène les voisines et les violons pour le bal. Mascarille danse avec Magdelon et Jodelet avec Cathos. (scène 12)
La Grange et Du Croisy font irruption dans la pièce et frappent Mascarille et Jodelet, avant de repartir. Magdelon et Cathos sont choquées, mais Mascarille et Jodelet ne semblent pas vouloir se venger de l'affront. (scènes 13 et 14)
Retour de La Grange et Du Croisy, qui révèlent que Mascarille et Jodelet sont leurs valets, et leur font retirer leurs atours. Se rendant compte de leur erreur, les deux précieuses laissent éclater leur dépit. (scène 15)
Magdelon et Cathos se plaignent à Gorgibus de la « pièce sanglante » qu'on leur a jouée, mais Gorgibus réplique que c'est à cause de leur extravagance qu'une telle chose a pu se produire. Mascarille et Jodelet, ainsi que les violons, sont jetés à la porte, puis Gorgibus, en colère, voue les romans, vers, chansons, sonnets et sonnettes « à tous les diables ». (scènes 16 et 17).
Contexte Distribution originale Acteurs ayant créé les rôlesD'après Personnage Acteur La Grange, amant rebuté La Grange Du Croisy, amant rebuté Du Croisy Gorgibus, bon bourgeois L'Espy Magdelon, fille de Gorgibus, précieuse ridicule Madeleine Béjart Cathos, nièce de Gorgibus, précieuse ridicule Catherine De Brie Marotte, servante des précieuses ridicules Marie Du Croisy Almanzor, laquais des précieuses ridicules De BrieAttribution probable (cf. ) Le marquis de Mascarille, valet de La Grange Molière Le vicomte de Jodelet, valet de Du Croisy Jodelet Deux porteurs de chaise Du Croisy et La GrangeAttribution probable, les deux comédiens ayant largement le temps de changer de costume (cf. ) Voisines Violons
La liste des interprètes de la plupart des personnages est facile à établir, ces derniers étant désignés par les noms de scène des comédiens les incarnant : ainsi, c'est sous le nom de Jodelet qu'était connu l'acteur Julien Bedeau, sous ceux de du Croisy et de La Grange que se faisaient appeler au théâtre Philibert Gassot et Charles Varlet, tandis que Mascarille était le nom de scène de Molière (il était celui des personnages qu'il avait interprétés dans L'Étourdi et dans Le Dépit amoureux.) Quant à Magdelon (équivalent du français contemporain Madelon et prononcé comme tel), Cathos (prononcé « Catau », équivalent du français contemporain Cathy) et Marotte, ce sont les diminutifs de Madeleine (Béjart), Catherine (De Brie) et Marie (Du Croisy). Le personnage de Gorgibus était tenu par le frère de Jodelet, L'Espy, qui s'était spécialisé dans les rôles de vieillards. Enfin, les figurants étaient vraisemblablement interprétés par le personnel du Petit-Bourbon (moucheurs de chandelles, portier, etc.)
Création des Précieuses ridicules au théâtre thumb|Madeleine Béjart dans le rôle de Magdelon en 1659. La Première des Précieuses ridicules eut lieu le mardi , en complément du Cinna de Pierre Corneille. En décidant d'accompagner d'une petite comédie une pièce en cinq actes, Molière renouait avec une pratique qui avait disparu des théâtres parisiens au début de la décennie précédente. Toutefois, cette innovation ne bénéficia pas d'un traitement particulier : le prix des places était le même que pour une représentation normale (au lieu d'être doublé comme c'était le cas pour les Premières), et le lancement des Précieuses ridicules ne fut pas programmé le vendredi, comme il était d'usage pour les nouvelles pièces. La pièce disparut ensuite de la scène pendant une quinzaine de jours, remplacée par la reprise de La Mort de Chrispe, tragédie de Tristan L'Hermite, puis par la création d'une autre tragédie, Oreste et Pylade, du dramaturge rouennais Coqueteau de La Clairière (ami et protégé des frères Corneille.)
Cette nouvelle tragédie n'obtint qu'un succès médiocre, et elle ne fut jouée que trois fois, avant d'être remplacée par Alcionée, tragédie de Du Ryer. C'est en complément de cette dernière pièce que Les Précieuses ridicules firent leur retour sur la scène. La comédie fut représentée ensuite en complément de Rodogune, du Cid et d'Horace, toutes trois de Pierre Corneille. Malgré un succès spectaculaire de cette petite comédie, ses représentations furent à nouveau interrompues afin de permettre la création de Zénobie, une tragédie de Jean Magnon qui n'obtint aucun succès, sauf à partir du moment où elle fut accompagnée des Précieuses ridicules. Pourtant, malgré le succès évident de cette dernière, elle ne fut représentée qu'irrégulièrement jusqu'à la traditionnelle relâche de Pâques (le vendredi ), peut-être parce que l'acteur Jodelet était déjà malade (il mourut le ).
À la réouverture des théâtres, au début du mois d'avril, l'acteur Gros-René reprit le rôle de Jodelet, mais là encore Les Précieuses ridicules ne connurent que quelques représentations, avant d'être définitivement abandonnées vers la fin de l'année 1661 (en dehors de trois reprises en 1666.) La première pièce imprimée de Molière ne fut ainsi représentée que cinquante-cinq fois du vivant de son auteur. Le site CESAR donne un chiffre très légèrement supérieur (cinquante-sept représentations.).
Un succès considérable et embarrassant Le nombre des représentations des Précieuses ridicules, relativement peu élevé70 représentations au total (55 en public, 15 chez des particuliers), soit davantage que pour L'Amour médecin (67), Le Misanthrope (63), Le Médecin malgré lui (63), Amphitryon (56), Le Bourgeois gentilhomme (52), L'Avare (50), George Dandin (43), La Critique de l'École des femmes (43), Le Mariage forcé (42), La Princesse d'Élide (34), L'Impromptu de Versailles (29), Les Fourberies de Scapin (18), Le Festin de Pierre (15)., ne saurait pourtant rendre compte de l'énorme succès que rencontra cette pièce, qui apportait un souffle nouveau à la comédie : en effet, aux côtés des procédés traditionnels du burlesque (ainsi par exemple du valet déguisé en seigneur qui agit de manière ridicule), les personnages ne répondaient pas aux canons du genre comique, et ils apparurent aux spectateurs comme des caricatures de figures de la société galante. Cette dimension parodique des personnages était une nouveauté, et elle montrait au public que la société contemporaine pouvait donner matière à une pièce bouffonne. Par ailleurs, le succès des Précieuses ridicules donna naissance à une mode littéraire, et de nombreux ouvrages parurent qui évoquèrent ces « précieuses » dont parlait la pièce, au point de donner une apparence de réalité socio-historique à cette « préciosité » qui, en fait, n'a jamais existé en tant que telle.
Le succès des Précieuses ridicules présenta toutefois plusieurs inconvénients pour Molière : tout d'abord, l'aspect parodique de la pièce fit que ses adversaires y virent une satire dirigée contre des personnes réelles, accusation contre laquelle il se défendit en expliquant dans la préface des Précieuses ridicules qu'il ne s'en prenait pas à des personnes réelles, mais à des types sociaux, type de défense qu'il devait réutiliser dans La Critique de l'École des femmes trois ans plus tard. D'autre part, le succès de cette petite comédie, associé aux échecs répétés rencontrés par Molière dans l'interprétation et la mise en scène de tragédies, engendrèrent l'idée selon laquelle il n'était bon qu'à représenter des farces, mais était incapable de s'élever à un genre plus noble.. Reste que Les Précieuses ridicules apportent à la troupe un certain confort financier, d’après la comptabilité de La Grange. Alors que la représentation de Jodelet ou le Maître Valet, sur un texte de Scarron, avait rapporté 155 livres de recettes le , celle des Précieuses ridicules entraîne un encaissement de 1400 livres.
Publication de la pièce