vignette|Les usines (ici, la filature de coton McConnel & Company de Manchester) font partie des principaux acteurs du Capitalocène. Le Capitalocène est un concept qui, désignant sensiblement la même réalité phénoménologique que le concept d’Anthropocène, sous-entend cependant que c'est le capitalisme en tant que système économique et organisation sociale du monde qui est principalement responsable des dérèglements environnementaux actuels, et non l'humanité dans son ensemble. Selon Andréas Malm, inventeur de ce concept, il faut donc parler de « Capitalocène » plutôt que d'Anthropocène pour décrire la crise écologique en cours. Plus particulièrement, c'est le capitalisme industriel défini par « la production de valeur d'échange et la maximisation des profits au moyen de l'énergie fossile » qui selon Malm est responsable de l'artificialisation du monde et de la surexploitation de ses ressources.
Définition Les partisans du Capitalocène considèrent que l'Anthropocène est un paradigme erroné en ce qui concerne les débats publics sur l'environnement. Sa faiblesse fondamentale, selon eux, est d'attribuer la crise environnementale à l'ensemble de l'humanité ou à une nature humaine enracinée. Ils affirment que le capitalisme n'est qu'une des nombreuses façons d'organiser la société humaine, et que le capitalisme seul a produit des perturbations environnementales qui atteignent le niveau d'un désastre planétaire. La solution à ce désastre, selon eux, consiste à mettre fin au capitalisme et à créer un ordre social différent.
Bien que ces penseurs apprécient le rôle joué par le concept d'Anthropocène pour faire avancer le débat environnemental dans la sphère publique, ils estiment qu'elle sert en fin de compte à réifier et à mystifier les causes réelles de la crise environnementale, et même à empêcher l'action nécessaire pour l'atténuer, puisqu'il s'agirait dans ce paradigme d'une vaine tentative de contrecarrer les tendances de la "nature humaine". Le terme Capitalocène quant à lui replace la racine du problème dans le choix des priorités sociales, historiquement contingentes, qui peuvent être remises en question et refaites par ceux qui ont la volonté et l'organisation collective nécessaires pour le faire.
Histoire Le cadre du "Capitalocène" est né au début du d'un dialogue entre les partisans de l'Anthropocène" et les penseurs des traditions écomarxiste et écoféministe. Le concept d'Anthropocène a été proposé pour la première fois par le chimiste atmosphérique Paul J. Crutzen en 2000, qui l'a décrit comme une nouvelle ère post-Holocène dans laquelle l'atmosphère mondiale subit une transformation majeure et à long terme en raison de l'activité humaine, en particulier du réchauffement climatique. Crutzen a suggéré que cette ère a commencé à la fin du avec la conception de la machine à vapeur par James Watt. Depuis la publication de l'essai de Crutzen, l'Anthropocène a fait l'objet d'un large débat dans la littérature académique et populaire.
Le marxisme écologique trouve ses racines dans les écrits de Karl Marx et de Friedrich Engels. Bien que le réchauffement climatique anthropogénique n'ait pas été connu des deux hommes, tous deux s'intéressaient aux conséquences naturelles involontaires de l'activité humaine. Le sujet a été un thème occasionnel dans leurs écrits ultérieurs, notamment dans l'exploration par Marx du "métabolisme social" et dans le passage d'Engels sur la "revanche de la nature". "Bien que cette facette de leur travail ait été longtemps négligée, l'essor du mouvement écologiste à la fin du a suscité un nouvel intérêt pour ces passages et pour les questions environnementales en général parmi les chercheurs marxistes de l'époque, comme en témoignent la théorie de James O'Connor sur la " seconde contradiction du capitalisme " et l'exégèse de John Bellamy Foster sur la " faille métabolique " de Marx. Au fur et à mesure que le cadre de Crutzen s'est répandu parmi les spécialistes des sciences naturelles et qu'il a atteint le grand public, il a attiré l'attention des spécialistes des sciences sociales de cette école et de l'école écoféministe qui lui est apparentée.
Appuyant son raisonnement sur la dynamique interne, financière, expansionniste, extractiviste, consommatrice et de croissance infinie, du capitalisme davantage que sur celle d’un « mauvais » Anthropos, Andreas Malm, doctorant en écologie humaine à l’Université de Lund en Suède, propose en 2009 le concept alternatif de capitalocène. Donna Haraway et Jason W. Moore ont ensuite contribué à diffuser le concept et le terme de capitalocène dans la sphère publique.
Depuis ses débuts, la notion de Capitalocène a été appliquée par des chercheurs dans des domaines aussi divers que l'architecture, l'analyse littéraire, les études numériques et la pédagogie. Elle a été invoquée par le philosophe Frédéric Lordon qui l'approuve, et le comité éditorial de Scientific American, et a été discutée dans diverses publications grand public.
Origine et motivations Selon Victor Court , on ne peut attribuer la crise environnementale actuelle à toute l'humanité considérée comme un seul bloc. Cela revient à naturaliser, « déshistoriciser » et dépolitiser un mode de production spécifique à un contexte sociohistorique :Malcom Ferdinand, dans L’Écologie décoloniale (2019), défend également le terme de « Capitalocène », qui selon lui, .
Critique ou nuancement Pour nommer le quatrième étage de l’Holocène, qui succèderait aux de l’actuel Méghalayen, Thierry Sallantin propose plutôt le mot et concept d' Exterminacien :
En 2022, Victor Court estime que le terme Capitalocène décrit mal les 200 dernières années du capitalisme fossile, car, selon lui, . Victor Court ajoute que le a aussi été marqué par des régimes dits .
Dans le même ordre d'idées, selon Serge Audier (philosophe) dans le journal Le Monde : .
Notes et références
Bibliographie Anthropocene or Capitalocene ? Nature, History, and the Crisis of Capitalism. ed. Jason W. Moore, (PM Press/Kairos, 2016) Jason W. Moore (2017): The Capitalocene, Part I: on the nature and origins of our ecological crisis, The Journal of Peasant Studies, http://dx.doi.org/10.1080/03066150.2016.1235036, lire en ligne
Fabien Colombo, «Vers un Capitalocène de plateforme ? Éléments pour une articulation théorique», Études digitales, 2020. Capitalocène et plateformes. Hommage à Bernard Stiegler, Études digitales, 2020 – 1,
Helena Pedersen, Sally Windsor, Beniamin Knutsson, Dawn Sanders, Arjen Wals & Olof Franck (2022) « Education for sustainable development in the ‘Capitalocene', », Educational Philosophy and Theory, 54:3, 224-227, DOI: 10.1080/00131857.2021.1987880
Corwin, J.E. and Gidwani, V. (2023), « Repair Work as Care: On Maintaining the Planet in the Capitalocene ». Antipode. https://doi.org/10.1111/anti.12791 Diana Stuart & Ryan Gunderson (2020) « Human-animal relations in the capitalocene: environmental impacts and alternatives », Environmental Sociology, 6:1, 68-81, DOI: 10.1080/23251042.2019.1666784
Le capitalisme dans la toile de la vie, éditions L'Asymétrie, 2015 Donna Haraway, Vivre avec le trouble, 2016 Malcom Ferdinand, L'Écologie décoloniale, 2019, page 83
Voir aussi
Articles connexes
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