Shireen Abu Akleh (en arabe : ), née le à Jérusalem et tuée par des tirs provenant de l'armée israélienne le à Jénine, est une journaliste palestino-américaine.
Elle est reporter pour la chaîne d'information Al Jazeera depuis et est alors l'un des noms les plus importants du journalisme au Moyen-Orient, lorsqu'elle est tuée sur le terrain d'une balle dans la tête, par un tir de l'armée israélienne... L’intentionnalité du tir, qui pourrait être un assassinat ciblé, est débattue et une enquête du département de la Justice des États-Unis est lancée en 2022.
L’événement, puis les réactions des autorités israéliennes et palestiniennes, ont des échos importants à l'international. De nombreuses instances, comme l'Union européenne ou la Maison-Blanche, réclament une enquête sérieuse pour faire la lumière sur les circonstances de la mort de la journaliste.
Des tensions importantes entre les autorités palestiniennes et les forces israéliennes se manifestent dans les jours qui suivent le décès, particulièrement lors des funérailles, quand ces dernières ont chargé la foule qui transportait le cercueil de la défunte, provocant à nouveau des réactions des diplomaties internationales.
Biographie Enfance et études Shireen Abu Akleh est la fille de Louli et Nasri Abu Aqleh. Elle naît en 1971 à Jérusalem dans une famille de chrétiens arabes de Bethléem, de rite grec-melkite-catholique..
Elle fréquente l'école secondaire de Beit Hanina, puis passe quelque temps aux États-Unis, obtenant la citoyenneté américaine par l'intermédiaire de membres de la famille de sa mère qui vivaient dans le New Jersey.
Elle s'inscrit à l'Université jordanienne des sciences et technologies pour étudier l'architecture mais elle ne poursuit pas dans cette voie. Elle étudie ensuite dans le cadre d'un échange à l'Université de Yarmouk en Jordanie, où elle obtient un master en journalisme de presse écrite. Après avoir obtenu son diplôme, Shireen Abu Akleh retourne en Palestine.
Carrière Shireen Abu Akleh a travaillé comme journaliste pour RMC et Voice of Palestine.. Elle a également travaillé pour l'UNRWA, Amman Satellite Channel et MIFTAH (Initiative palestinienne pour la promotion du dialogue mondial et de la démocratie) fondé par Hanan Achrawi. En 1997, elle commence à travailler pour Al Jazeera, acquérant une certaine notoriété sur la version de la chaîne en langue arabe.
Elle vit et travaille à Jérusalem-Est, réalisant des reportages sur les événements majeurs liés au conflit israélo-palestinien, y compris la deuxième Intifada, et couvrant en outre la politique israélienne. Elle a souvent couvert des funérailles de Palestiniens tués par les forces israéliennes et fait partie des rares journalistes à couvrir la bataille de Jénine en 2002. Elle est considérée comme une figure du journalisme en Palestine. Le journaliste George Malbrunot la décrit comme la .. En raison de son travail elle avait fait l’objet d’intimidations, de harcèlement et de tentatives d’arrestation de la part de l’armée israélienne.
Au moment de sa mort, elle étudiait l'hébreu afin de mieux comprendre les récits dans les médias israéliens et avait récemment obtenu un diplôme en médias numériques.
Mort Le , le ministère palestinien de la Santé annonce que Shireen Abu Akleh a été tuée d'une balle dans la tête par les Forces de défense israéliennes (FDI) alors qu'elle couvrait une offensive de Tsahal à Jénine dans le cadre de son opération « Rupture de vague ». Shireen Abu Akleh était présente lors d'un raid qui, selon l'armée israélienne, visait à capturer des personnes suspectées de terrorisme et où des échanges de tirs ont eu lieu entre des soldats israéliens et des hommes armés palestiniens.
Elle est transportée à l'hôpital Ibn Sina de Jénine, où elle est déclarée morte, à l'âge de 51 ans.. Un autre journaliste, Ali Samoadi du journal Al-Quds, a reçu une balle dans le dos mais a survécu.
Des témoins palestiniens accusent les forces israéliennes d'avoir tiré. Selon la journaliste Shatha Hanaysha, qui était présente aux côtés de la victime, les forces israéliennes « ont continué à faire feu bien qu’elle gisait au sol. Je ne pouvais même pas tendre le bras pour la saisir et la ramener vers moi car les balles fusaient. Il ne fait aucun doute que l’armée [israélienne] tirait pour tuer ». Une vidéo tournée par un habitant de la ville montre un jeune homme, qui tente de lui porter secours, être la cible de tirs intentionnels.
Enquêtes et réactions Dès l'annonce de la mort de la journaliste palestino-américaine, un grand nombre d'enquêtes sont réclamées et plusieurs débutent, notamment celles du site d'investigation Bellingcat, de l'ONG B'Tselemhttps://www.btselem.org/firearms/20220721_killing_of_shireen_abu_akleh, de l'Autorité palestinienne, du Conseil de sécurité des Nations unies, une enquête américano-israélienne., une enquête de Tsahal, du FBI. et une série d'enquêtes journalistiques du réseau Al-Jazeera, du journal Haaretz, du New York Times, du Washington Post ou de la chaîne CNN..
L'armée israélienne, soutenue par une grande partie de la presse et de la classe politique du pays, impute la mort de Shirine Abou Akleh à des tirs palestiniens. Le premier ministre Naftali Bennett assure dans un communiqué officiel que « manifestement, les Palestiniens armés (…) sont responsables » de la mort de la journaliste , ajoutant que les accusations émises contre ses troupes sont « sans fondement ». Le porte-parole de Tsahal soutient toutefois que la journaliste « filmait et travaillait pour un média au beau milieu de Palestiniens en armes (...) Ils sont “armés de caméras”, si vous me permettez l’expression », laissant entendre que les journalistes constituent une menace au même titre que les combattants palestiniens.
L'enquête de Bellingcat conclut que les sources ouvertes disponibles tendent à corroborer le récit des témoins palestiniens et à incriminer Tsahal, sans toutefois être déterminantes.. L’association israélienne B’Tselem établit pour sa part que les tirs attribués au combattant palestinien embusqué « ne peuvent pas être [ceux] qui ont atteint Shirine Abou Akleh et son collègue ». La chaine américaine CNN mène une enquête qui indique que la journaliste a bien été prise pour cible par les forces israéliennes.
Le Premier ministre israélien Naphtali Bennett a déclaré « nous soutenons nos combattants » mais a réitéré un appel à une enquête conjointe avec l'Autorité palestinienne, qui est refusée.
Le , l'ONU accuse officiellement Israël d’être responsable de la mort de la journaliste. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme annonce par l'intermédiaire de sa porte-parole Ravina Shamdasani : . Elle estime également La mort de la journaliste due à un tir des forces israéliennes, 24 heures, 24 juin 2022.
La Palestine ayant terminé son enquête, elle transmet ses conclusions à l'administration américaine, concluant que Tsahal avait « directement et délibérément » ciblé Abu Akleh, accusation qu'Israël nie. À la suite de différentes enquêtes qu'Israël qualifie de « biaisées » dont le rapport publié par Al-Jazeera, Tsahal conclut provisoirement qu'Abu Akleh n'a pas été « intentionnellement abattue par un soldat de Tsahal » et qu'« il n'est pas possible de déterminer si elle a été tuée par un tireur palestinien tirant sans discernement dans sa zone ou par inadvertance par un soldat de Tsahal ». Le communiqué conclut que « Tsahal regrette les dommages causés aux non-combattants, y compris lors d'échanges de tirs et de situations de combat actif, et s'investit fortement dans le maintien de la circulation et de la liberté de la presse ».
Dans une déclaration intitulée « Où est la balle ? », l'armée israélienne a à nouveau exhorté l’Autorité palestinienne à remettre la balle ayant tué la journaliste. À la mi-juin, Al Jazeera publie une photographie de la balle qui aurait été utilisée pour tuer la journaliste, où on l'y voit particulièrement abîmée. Pour l'armée israélienne, . Après plusieurs mois, les Palestiniens acceptent de remettre la balle à une enquête israélienne sous supervision américaine.
Le , le procureur palestinien Akram Al-Khatib affirme que la balle fatale à la journaliste tuée le a été remise aux États-Unis en vue d’une expertise par des experts américains. Le lendemain, le porte-parole militaire israélien Ran Kochav déclare que des experts israéliens vont examiner, avec une présence américaine cette balle afin de déterminer les circonstances de sa mort. Il ajoute : . Plus tard, le porte-parole du département d'État américain déclare dans un communiqué que « les experts en balistique ont déterminé que la balle était gravement endommagée, ce qui a empêché une conclusion claire ». En effet, cette cartouche est une balle à « pointe verte » SS109 / M855 couramment utilisée dans la plupart des fusils en service avec Tsahal mais également par les factions armées palestiniennes, tout comme l'arme utilisée, le M4 de la famille AR-15, selon Al Jazeera. Aussi, les rapports antérieurs de l'Autorité palestinienne affirmaient-ils que l'arme à feu meurtrière était un Mini-14 et non pas un M4, utilisée par un tireur d'élite sur Abu Akleh mais les M4 ne sont pas des armes de tireur d'élite.
Selon une déclaration du département d'État américain du , Shireen Abu Akleh, citoyenne américaine et accréditée depuis des années par les autorités israéliennes, a « vraisemblablement » été victime d’un tir depuis une position israélienne, les experts américains n’ayant « aucune raison » de croire qu’il s’agissait d’un tir intentionnel.
Le FBI annonce avoir ouvert une enquête réclamée par l'Autorité palestinienne sur la mort d'Abu Akleh, en , et Israël refuse d'y participer, en la désignant comme une « erreur »..
Un examen médico-légal mené par le Département d'État américain en juillet sur la balle qui a tué Abu Akleh n'a pas été concluant, mais a révélé qu'il était très probable qu'elle ait été tuée par des tirs israéliens involontaires.
Quatre mois après la mort de la journaliste, l'enquête finale de Tsahal est publiée selon laquelle il est en effet hautement probable qu'elle ait été tuée par un soldat de l'unité Dovdvan, qui pensait à tort qu'elle était un tireur palestinien mais qu'il n'y avait aucun soupçon de tir délibéré.
Autopsie L'autopsie pratiquée à l'Université nationale An-Najah de Naplouse n'a pas non plus permis de déterminer qui a tiré sur Abu Akleh ; le pathologiste Dr Ryan Al-Ali n'a trouvé aucune preuve non plus qu'elle ait été abattue à bout portant. L'autopsie a confirmé qu'Abu Akleh a été tuée par une balle perforante qui l'a frappée à l'arrière de la tête et, sortant de son front, a ricoché sur son casque, provoquant des fractures du crâne et lésions cérébrales..
La balle a été récupérée et envoyée pour un examen plus approfondi en laboratoire.
Réactions vignette|Graffiti en hommage à la « journaliste martyr », à Nazareth. La mort d'Abou Akleh a suscité une indignation généralisée. La campagne lancée par l’Autorité palestinienne autour de la mort de la journaliste et sa couverture médiatique internationale n’ont quasiment aucun précédent dans l'histoire du journalismeSelon le Comité pour la protection des journalistes, au moins 80 journalistes dans le monde ont été tués par des responsables gouvernementaux, des militaires et des groupes politiques, depuis 2016..
Al Jazeera décrit le meurtre de Shireen Abou Akleh, qui travaillait pour leur branche arabe, comme un « crime horrible qui enfreint les normes internationales » et a été commis « de sang-froid » et exhorte la communauté internationale à tenir les forces d'occupation israéliennes responsables de leur « ciblage et meurtre intentionnels » d'Abu Akleh. Le directeur général du réseau Al Jazeera, Giles Trendle, se déclare « choqué et attristé » par sa mort et appelle à une enquête transparente.