Introduction
Les réformes de l'armée prussienne font référence à la réorganisation ainsi qu'à la modernisation de l'armée prussienne entre 1808 et 1811. Elles s'intègrent plus largement dans les réformes prussiennes trouvant leurs origines dans la défaite contre la France de Napoléon Ier lors de la Guerre de la Quatrième Coalition. Le Royaume de Prusse a trouvé ses limites face à la Grande Armée plus moderne, notamment parce qu'ils se sont reposés sur une armée très réputée de par ses succès lors de la Guerre de Sept Ans mais trop ancienne au moment des Guerres de la Révolution et de l'Empire. Des réformes se sont donc imposées avec plusieurs buts, comme remettre le pays au même rang que les grandes puissances européennes, rembourser la grande indemnité de guerre imposée par la France tout en se conservant une place au sein de l'Europe sous domination française. Les réformes militaires sont organisées par la commission de réorganisation de l'armée composée d'officiers prussiens avec Wilhelm von Scharnhorst à leur tête dès janvier 1808.
Situation initiale Après la défaite contre Napoléon Bonaparte dans la guerre de la Quatrième Coalition et les traités de Tilsit en 1807 contenant de durs sanctions pour les vaincus, de vastes réformes commencent en Prusse. Une partie d'entre elles sont les réformes de l'armée.
La commission de réorganisation de l'armée est créée le 25 juillet 1807. A l'origine un "plan de démobilisation et de redistribution des forces" exigé sur la demande du roi Frédéric-Guillaume III à son aide de camp . Il y est adjoint trois autres officiers pour constituer la commission de réorganisation avec Scharnhorst à sa tête. Ce dernier parvient à faire compter la commission de 5 officiers réformateurs et 2 conservateurs.
Cette même commission céda sa place au ministère de la guerre divisée en deux départements : le département général de la guerre mené par Scharnhorst constitué de ses principaux amis, un grand nombre d'officiers réformateurs tels que Gneisenau, Boyen, Grolman. Ses principaux collaborateurs sont Carl von Clausewitz et Friedrich zu Dohna-Schlobitten. Le second département est celui dit "économique" dirigé par Lottum, avec Kalckreuth en son sein notamment. Certains généraux comme Yorck, Rüchel ou Borstell ont accepté les réformes malgré quelques réticences à l'initiale. Au final, ils n'ont discuté que de quelques détails.
Les réformes prennent place dans la ville de Königsberg, le gouvernement royal ayant rejoint la ville le 14 janvier 1808. La ville n'était pas occupée par les Français contrairement à Berlin. C'est aussi un lieu très symbolique dans l'histoire du royaume car il s'agit de la ville où est née la Prusse.
Programme des réformes L'objectif des réformes au long therme est de bien sûr de rendre possible une victoire sur Napoléon. A ce titre le roi Frédéric-Guillaume III autorise le 12 décembre 1806 que dorénavant tout soldat qui s'illustrera au combat pourra être promu officier, ne faisant pas de distinction pour ses origines sociales, un premier pas a été franchi. Les réformes vont dans l'idée qu'il faut mettre en place une armée plus fondée sur la mobilisation de la population, de rapprochée le peuple et l'armée. Et d'instaurer une armée plus mobile en s'inspirant des innovations Napoléonienne tel que le système de corps d'armée. Les réformes poussent aussi l'Etat à supprimer l'ancien collège supérieur de la guerre ("Oberkriegcollegium") pour le remplacer par la création de la "Kriegsschule fur Offizière" afin de faire dispenser d'un haut niveau d'étude sur l'art de la guerre pour former des officiers d'état-major. Elle a été peu après nommée "Allgemeine Kriegsschule". Scharnhorst en a été le premier directeur.vignette|250x250px| Commission de réorganisation militaire, Königsberg 1807 Système corporel En plus d'améliorer la qualité, les réformateurs tentent de contourner les limitations de la taille de l'armée à 42 000 hommes (auparavant environ 200 000) imposées par la paix de Tilsit. Pour ce faire, Scharnhorst utilise le . Des procédures introduites le dotent chaque compagnie de personnel excédentaire qui est formé pour devenir des troupes de réserve. Lors de la formation de base, seuls certains de ces soldats appartient aux troupes régulières et comptent pour la taille de l'armée. Peu de temps après, ce personnel est remplacé par de nouveaux réservistes et libéré dans la vie civile. En tant que civils, les réservistes continuent de s'entraîner. Ces exercices se déroulent en public afin de renforcer la cohésion entre la population et les militaires. De plus, les nouvelles dispositions de la loi disciplinaire sans flagellation sont appliquées de manière particulièrement cohérente aux réservistes afin de motiver les citoyens armés. Cependant, le système Krümper ne conduit jamais à un large armement du peuple et est également en deçà des attentes des réformateurs. En incluant les soldats Krümper, la Prusse ne compte que 65 000 soldats en 1813.
Conversion du corps des officiers De plus, il s'agit de composer avec la défaite subie par le nettoyage du corps des officiers. Le comportement de tous les commandants jusqu'au niveau du bataillon fait l'objet d'une enquête par la . La commission se réunit à partir du et travaille jusqu'en 1812. Aux niveaux inférieurs, les officiers individuels sont jugés par des tribunaux régimentaires. Les jugements de ces instances entraînent de nombreux licenciements déshonorants et honorables ainsi que des rétrogradations. Cependant, dès 1808, la réintégration des officiers est facilitée par les certificats de bonne conduite du roi. Cette procédure permet d'évaluer et de critiquer les supérieurs pour la première fois au sein du corps des officiers.
De plus, les réformes changent la façon dont les officiers sont formés et promus. Premièrement, le principe d'ancienneté est aboli dans les généraux. La promotion ne dépend plus uniquement de l'ancienneté et des origines nobles, mais aussi des réalisations personnelles. Les qualifications personnelles reçoivent une priorité encore plus élevée dans la promotion des officiers d'état-major avec un décret du . Le , les critères de recrutement des enseignes sont les aptitudes professionnelles et morales, qui doivent être prouvées lors d'un examen.
En principe, les grades d'officiers supérieurs sont également ouverts aux roturiers pour la première fois.
Des écoles de guerre sont nouvellement créées en 1810, dans lesquelles des officiers de toutes les branches des forces armées sont formés ensemble. L'élection de certains des officiers par le corps des officiers lui-même (), telle que proposée par certains des réformateurs, n'est jamais introduite. On espérait ainsi une plus grande homogénéité du corps des officiers et de meilleures chances pour les candidats talentueux à la fonction d'officier.
La gestion de compagnie est également supprimée, dans laquelle les commandants de compagnie, après avoir reçu une somme forfaitaire, gèrent pour leur propre compte la nourriture, la solde et l'équipement de leurs compagnies. Cela élimine d'importants conflits d'intérêts; par exemple, un commandant de compagnie ne peut plus s'enrichir en envoyant un maximum de soldats en congé et en « économisant » leur solde.
Création du Ministère de la Guerre Le changement structurel le plus important est la création du ministère de la Guerre, qui regroupe à partir du l'administration militaire auparavant dispersée entre différentes autorités. Le ministre de la Guerre doit être à la fois le commandant militaire directement sous le roi et le chef de l'administration militaire. Ce poste n'est toutefois pourvu qu'en 1814. Outre le ministère de la Guerre, un état-major moderne est créé sur la base de l'état-major de l'intendant général, qui remplit plusieurs tâches : il est destiné à améliorer la coopération entre les parties de l'armée et, en temps de paix, à servir de centre de formation des officiers supérieurs en cas de guerre. Les officiers de l'état-major doivent se considérer comme des scientifiques militaires.
Réforme de la justice militaire Une étape importante sur la voie du soldat volontaire et donc enthousiaste au combat est la refonte des articles de guerre, c'est-à-dire de la jurisprudence militaire. À partir du , le droit militaire ne s'applique plus que pendant le service et non plus, par exemple, aux soldats en congé. La bastonnade est abolie et remplacée par l'emprisonnement. C'est ainsi que s'exprime la nouvelle image du soldat : Seuls ceux qui disposent d'un honneur personnel et de droits à la liberté peuvent être effectivement punis par des peines de prison.
Innovations techniques Des innovations techniques complètent les réformes. Les troupes de tirailleurs et de chasseurs à pied reçoivent une plus grande importance, l'armée est organisée en brigades et la brigade légère est introduite comme une nouvelle formation, l'artillerie est rendue plus mobile, le concept de manœuvre à grande échelle est adapté aux conditions réelles de combat, une gendarmerie est créée, les forces du génie regroupées dans le , les services de santé et le système de conscription sont modernisés.
Armement populaire Un système en quatre étapes doit permettre la mobilisation d'une grande partie de la population pour une « guerre populaire » d'abord contre Napoléon, mais aussi pour des guerres ultérieures. Au début de 1813, la conscription générale est proclamée et inscrite dans la loi de 1814, par laquelle tous les Prussiens doivent être impliqués dans la défense nationale. La conscription peut être décrite comme le projet central des réformateurs. Ils l'ont demandé dès 1808, mais échouent lorsqu'ils tentent de l'introduire pour la première fois en 1810 en raison de la résistance des conservateurs.
À cela s'ajoutent, à partir du , les détachements de chasseurs volontaires. Les citoyens qui le souhaitent peuvent effectuer leur service militaire obligatoire dans ces formations. Les citoyens combattant dans la tactique des chasseurs doivent former le noyau d'une future nouvelle armée basée sur l'enthousiasme, la liberté et le partenariat. Cette approche est abandonnée dès 1814, lorsque les détachements de chasseurs volontaires sont intégrés aux troupes de ligne.
Le , la Landwehr est venue s'y ajouter. Toutes les personnes aptes au service militaire du pays doivent y être intégrées. La Landwehr ne doit recevoir qu'une formation minimale, peu formelle et axée sur l'aptitude au combat. La Landwehr ne doit être utilisée que dans le cas où un ennemi attaquerait directement le territoire prussien. Pendant les guerres, les unités de la Landwehr sont également appelées à participer à des opérations en dehors de la Prusse. La Landwehr est la nouvelle arme la plus populaire auprès de la population et compte environ 120 000 hommes. À partir de 1815, elle fait l'objet de critiques particulièrement virulentes de la part de la Restauration, qui craint le potentiel de révolte des civils ayant reçu une formation militaire.
La dernière formation mise en place le est le Landsturm. Cette formation, composée presque exclusivement de vieillards inaptes à la guerre, doit agir en tant que "soulèvement populaire institutionnalisé" avec des tactiques partisanes contre un ennemi qui aurait pu pénétrer dans le pays. La Landsturm n'est mise sur pied que formellement et n'a jamais été utilisée.
La Restauration