alt=Photographie couleur du Jugement de Salomon exposé au Louvre.|vignette|Le Jugement de Salomon de Nicolas Poussin (quatrième tableau à partir de la gauche), tel qu'exposé en novembre 2021 dans la salle 826 du second niveau de l'aile Richelieu, au musée du Louvre.

Le Jugement de SalomonNicolas Poussin, Le Jugement de Salomon, 1649, huile sur toile, sans accessoire, avec accessoire, Département des peintures du musée du Louvre, Paris, France. est une peinture à l'huile sur toile réalisée par Nicolas Poussin en 1649 à Rome, dans les États pontificaux (aujourd'hui en Italie), et conservée au musée du Louvre à Paris, en France.

Commandité par le banquier lyonnais Jean Pointel, un ami proche et mécène loyal de l'artiste français, lors d'un voyage à Rome entre 1647 et 1649, Le Jugement de Salomon est achevé d'être peint par Nicolas Poussin, premier peintre du Roi, en 1649 et est envoyé à son commanditaire installé à Paris au cours des mois suivants. Après la mort de Pointel, l'œuvre passe successivement entre les mains du financier Nicolas du Plessis-Rambouillet, du procureur général au Parlement de Paris de Harlay, et du peintre académicien Charles-Antoine Hérault, qui accepte de vendre le tableau au roi de France en 1685 pour la somme de . Entré dans le domaine de la Couronne, Le Jugement de Salomon est d'abord affiché au cabinet des Tableaux du château de Versailles, ensuite brièvement dans un cabinet de la surintendance des Bâtiments, revient à nouveau au château de Versailles vers 1710, puis est aperçu dans le salon du directeur des Bâtiments du roi en 1784. En 1792-1793, en concordance avec les principes du décret du , Le Jugement de Salomon devient un bien national de l'État français et l'œuvre d'art est transférée au musée du Louvre pour y figurer lors de l'inauguration de l'institution muséale le , où elle est encore exposée à ce jour.

Aux dimensions de , cette peinture d'histoire (en termes de genre) illustre un jugement de Salomon, un épisode biblique tiré du Premier Livre des Rois où le jeune Salomon, troisième roi d'Israël, est confronté à deux femmes réclamant la maternité d'un poupon vivant et s'accusant mutuellement d'être la mère d'un bébé mort. Salomon ordonne que le bébé vivant soit coupé en deux pour satisfaire les deux mères mais, confronté à la réaction passionnée de l'une d'elles et à l'indifférence de l'autre, Salomon ordonne que le bébé soit remis à sa véritable mère, celle qui n'aurait pas toléré qu'il lui soit fait du mal, ce qui inspire les Israélites à admirer leur roi pour sa sagesse et son sens de la justice. La scène d'art sacré telle que représentée par Poussin met en majesté le roi Salomon sur son trône, centré en hauteur et agissant à titre de juge impartial et impérieux. Les deux mères se démènent devant le roi tandis qu'un soldat s'apprête à sectionner en deux l'enfant à la source du contentieux, devant le désarroi et l'incrédulité des membres de la cour.

Le Jugement de Salomon de Nicolas Poussin est largement considéré par les critiques et historiens de l'art comme un chef-d'œuvre personnel de l'artiste, mais aussi comme un ouvrage important de l'art pictural du et des principes prônés par l'École de France, davantage connue sous le nom de classicisme, courant artistique majeur du Grand Siècle français. Le tableau est apprécié pour son ordonnance rigoureuse, sa structure pyramidale, la théâtralité de sa mise en scène, son coloris soigné, le traitement des lignes droites et diagonales, la finesse des expressions des visages, la symétrie et l'équilibre optique du sujet, la précision de la perspective, la maîtrise du point de vue et son esprit académique et érudit. La solennité et la gravité du style de Poussin, dit , sont couplées à une tonalité sage et savante, agrémentée de couleurs chaudes, en harmonie avec les divers éléments de l'œuvre. À travers le drame dépeint par l'artiste français se dégagent les thématiques de la justice, des passions humaines et de l'amour maternel, bien que des réserves aient été émises en ce qui concerne l'attribution des rôles de la bonne et de la mauvaise mère. La production et la diffusion de nombreuses gravures et la réception critique soutenue à travers les siècles suivant la création du tableau installent Le Jugement de Salomon comme l'une des grandes œuvres de la peinture française.

Historique de l'œuvre Contexte de création

vignette|alt=Peinture d'un homme tenant un livre et un crayon.|Autoportrait, Nicolas Poussin (1649)Nicolas Poussin, Autoportrait, huile sur toile, , , Berlin, Allemagne.. Premier autoportrait peint par Poussin, dédié à Jean Pointel, son mécène« » Traduction : « Nicolas Poussin, de Les Andelys. Membre de l'Académie romaine. Premier peintre ordinaire de Louis le Juste, roi de France. En l'an du Seigneur 1649. Rome. À l'âge de 55 ans. ». Il tient dans ses mains un livre intitulé , dont l'attribution est incertaine.« » Traduction : « Sur la lumière et la couleur. ».|282x282px

Après un séjour de deux ans à Paris, de à , où il est victime d'intrigues de peintres parisiens rivaux mais est tout de même nommé premier peintre du Roi, Nicolas Poussin décide de retourner à Rome, la ville où il a passé la majeure partie de sa vie professionnelle.. Cette période de la vie de Poussin, soit de jusqu'à son décès survenu en , constitue à la fois la maturité et le déclin concernant la production artistique du peintre. Vers la fin des années 1640, deux figures particulières émergent en ce qui a trait à leur mécénat auprès du peintre classique. La première est Paul Fréart de Chantelou, un ami de l'artiste, secrétaire de François Sublet de Noyers et collectionneur d'art français, qui commande entre autres à Poussin sa seconde série de peintures portant sur les sacrements de l'église catholique, intitulée Les Sept Sacrements, ainsi qu'un autoportrait de l'artiste, aujourd'hui exposé au Louvre....

Le second mécène, Jean Pointel, est quant à lui un marchand de soie et banquier lyonnais installé à Paris, rue Saint-Germain, et un grand admirateur de Poussin, en plus d'être son ami.... Vers les années et , il est en voyage à Rome et se lie d'amitié avec Nicolas Poussin, duquel il fera la commande de nombreux tableaux.. Parmi ceux-ci, on peut retrouver Moïse sauvé des eaux, Éliézer et Rébecca, Paysage avec Polyphème, Paysage avec Orphée et Eurydice ainsi qu'un autre autoportrait, moins connu que celui envoyé à Chantelou.. Se trouvent également en possession du riche banquier les tableaux Sainte Famille aux dix figures, Noli me tangere, Paysage par temps calme et L'Orage.

C'est lors d'un autre séjour de Pointel à Rome s'échelonnant de à que Poussin reçoit de lui une commande pour ce qui deviendra Le Jugement de Salomon, qu'il achève de peindre en ... Parallèlement à cette période productive, Poussin doit composer avec la jalousie de Chantelou, qui lui signale par écrit qu'il considère que les œuvres envoyées à Pointel sont en général plus belles et mieux réussies que celles qui lui sont destinées, ce qui lui vaut une remontrance de la part du peintre...

L'année s'avère laborieuse pour le peintre : outre Le Jugement de Salomon, le natif de Les Andelys peint pour Pointel L'Assomption de la Vierge, Éliézer et Rébecca ainsi que son premier autoportrait. Contemporaine à cette production effrénée de peintures, la Fronde en France agit comme élément perturbateur entre Poussin et ses mécènes..

Lorsqu'il lui envoie le tableau vers -, Poussin prend le temps de mentionner à Pointel qu'il considère Le Jugement de Salomon comme sa meilleure toile.. La confiance grandissante entre les deux hommes amène Poussin à placer des sommes d'argent importantes dans la banque de Pointel et il le désigne même en tant qu'exécuteur testamentaire, ce qui finalement n'aura pas lieu puisque ce dernier meurt en ... À la fin de sa vie, Pointel dispose de vingt-et-un tableaux et quatre-vingt dessins produits de la main de Poussin.

Après Pointel vignette|alt=Peinture d'une grande galerie d'art avec plusieurs tableaux accrochés aux murs.|250x250px|Projet pour la Transformation de la Grande Galerie, Hubert Robert (1796)Hubert Robert, Projet pour la Transformation de la Grande Galerie, huile sur toile, , Département des peintures du musée du Louvre, Paris, France.. En 1793, Le Jugement de Salomon est déplacé à la Grande Galerie du Muséum central des arts de la République, aujourd'hui le musée du Louvre. Depuis cette date, Le Jugement n'a plus jamais quitté l'enceinte de ce musée, hormis pour des expositions itinérantes, et y est exposé de manière permanente.

Peu de temps après la mort de Jean Pointel, une vente aux enchères est mise en place afin de distribuer ses nombreux avoirs. Selon Timothy James Clark, un historien de l'art britannique, les exécuteurs testamentaires de Pointel ont bien vite réalisé que l'évaluation des biens artistiques détenus par leur client dépassait de loin leur propre connaissance en la matière et c'est l'académicien Philippe de Champaigne qui est engagé pour cataloguer et apposer une valeur aux œuvres possédées par le défunt banquier lyonnais avant leurs mises sur le marché.. Des vingt-et-un Poussin ayant appartenu à Jean Pointel, seul Paysage par temps calme est confirmé être resté en possession de sa famille au moins jusqu'en alors que l'essentiel du reste de la collection est vendu au plus offrant. La description sobre que fait Philippe de Champaigne du Jugement de Salomon se lit : (sic).

Entre et , c'est Nicolas Du Plessis-Rambouillet, financier, fermier général et secrétaire du roi, qui acquiert Le Jugement de Salomon à la hauteur de , et il débourse du même coup de plus pour prendre possession d'une autre toile de Poussin, Paysage au serpent, également en lice dans la succession Pointel..

Entre et , l'œuvre entre en possession d'Achille III de Harlay, procureur général au Parlement de Paris de à et premier président du Parlement de Paris de à , qui l'affiche dans son cabinet..

En , c'est Charles-Antoine Hérault, peintre, marchand de tableaux et académicien, qui est répertorié être le propriétaire du Jugement...

Le roi de France, , débourse la somme de auprès du peintre académicien pour obtenir l'œuvre, qui est naturellement transférée au domaine de la Couronne. La même année, le souverain français en profite aussi pour faire l'acquisition auprès de Hérault d'un autre tableau de Poussin, La Mort de Saphire, au prix de Ce sont cinq tableaux que Charles-Antoine Hérault vend à Louix XIV : Le Jugement de Salomon, La Vierge à l'Enfant avec saint Jean Baptiste, Sainte Famille avec saint Jean et sainte Élisabeth dans un paysage dite aussi La Sainte Famille en largeur, Les Bergers d'Arcadie et La Mort de Saphire... En , Le Jugement de Salomon est mentionné comme bien royal dans un inventaire compilé par Charles Le Brun (), puis est affiché d'environ à au moins au cabinet des Tableaux dans le Petit appartement du roi au château de Versailles. Vers , le tableau est installé au cabinet des Tableaux de la surintendance des Bâtiments, puis en est de retour dans le cabinet des Tableaux de Versailles.

En , l'œuvre est signalée comme étant affichée dans la bibliothèque de l'hôtel de la Surintendance tandis qu'en , elle est aperçue dans le salon du directeur des Bâtiments du roi, accompagnée d'une note : .

En , Martin de la Porte est employé pour restaurer L'Enlèvement des Sabines de Poussin (la version de -), et il en va de même pour Le Jugement de Salomon, avec comme mention la preuve de son travail et le montant d'argent qui lui a été versé pour ses services : .