José Larraz López (Cariñena, province de Saragosse, 1904 - Madrid, 1973) était un juriste, économiste, sociologue, philosophe de l’histoire et homme politique espagnol.
Après des études de droit à Madrid, complétées d’une formation en économie à Bruxelles, il trouva à s’employer dans la haute administration financière sous la dictature de Primo de Rivera, tout en menant parallèlement, comme intellectuel catholique adepte de la démocratie chrétienne et du catholicisme social, une carrière d’éditeur et de chroniqueur économique dans la presse et l’édition catholiques. En 1930, il fut engagé au Service d’études de la Banque d'Espagne, et à l’avènement du second biennat (conservateur) de la République devint politiquement actif en tant que collaborateur de Gil-Robles, alors chef de la CEDA.
Ayant rejoint le camp nationaliste au début de la Guerre civile, il fut appelé à faire partie de l’équipe d’économistes chargés de la reconstruction et réussit, comme responsable des questions monétaires, à faire rapatrier l’or de la Banque d’Espagne déposé en France. Sa carrière politique culmina en avec sa nomination au poste de ministre des Finances dans le deuxième gouvernement de Franco, où ses conceptions orthodoxes en matière budgétaire et financière — rigueur budgétaire, maîtrise de l’inflation, instauration d’une politique économique prudente de reconstruction, opportunité d’attirer des capitaux étrangers — devaient fatalement se heurter à l’idéologie sous-tendant la phase autarcique du régime franquiste : expansion monétaire, financement de vastes travaux publics pour relancer l’activité, dirigisme, protectionnisme, accent mis sur l’industrialisation Larraz parvint néanmoins à imposer une profonde réforme fiscale et à restaurer l’unité monétaire de l’Espagne, mais, échouant à faire accepter un minimum de discipline budgétaire, finit au bout d’un an et demi par remettre sa démission et faire ses adieux définitifs à la politique. Membre de plusieurs académies savantes, il se voua désormais d’une part à l’avocature, d’autre part à l’activité intellectuelle (histoire, sociologie, pensée économique…), comme auteur, conférencier et enseignant, tout en professant un humanisme chrétien et ses convictions européennes.
Biographie Jeunes années et formation Fils aîné d’une famille modeste et nombreuse, José Larraz López suivit l’enseignement primaire au collège des Frères maristes de Saragosse, puis, après que sa famille se fut fixée à Madrid quand il avait dix ans, l’enseignement secondaire à l’institut Cardenal Cisneros, d’où il sortit avec le prix d’excellence (publié sous la direction de Manuel Juan Peláez Albendea)...
Il entreprit ensuite, à titre d’étudiant libre, des études de droit à l’université Centrale de Madrid et, sorti major de sa promotion, s’immatricula en , à l’âge de , dans le Corps supérieur des avocats de l'État. Dès 1922, avant d’avoir achevé sa formation en droit, il s’était engagé dans le militantisme catholique, notamment en participant à l’assemblée fondatrice du (Partido Social Popular, PSP), le premier en date des partis démocrates-chrétiens d’Espagne. Détenteur d’une licence en droit depuis 1924, il séjourna dans les années suivantes en Belgique (1927-1928), à la faveur d’une bourse attribuée par la Commission d’extension des études (Junta de Ampliación de Estudios), bourse devant en l’occurrence servir à fréquenter l’Institut de sociologie Solvay de Bruxelles, où il se consacra aux études d’économie, s’appliquant à analyser les causes historiques de la prospérité économique et à mettre au point un modèle réaliste apte à identifier les facteurs du développement économique. Le résultat de ses recherches parut sous forme d’ouvrage en 1930, sous le titre La evolución económica de Bélgica.
Sous la dictature de Primo de Rivera En sa qualité d’avocat de l’État, Larraz López trouva d’abord à s’employer dans les Délégations financières de Barcelone et de Madrid et à la Direction générale du contentieux. Adepte du catholicisme social, lequel était disposé à collaborer avec la dictature de Primo de Rivera, il fut nommé en 1929, grâce à l’intercession de José Calvo Sotelo, assesseur juridique à la Présidence du Conseil des ministres.
En 1930, il fut engagé au Service d’études de la Banque d'Espagne, service au moyen duquel les autorités espagnoles voulaient se doter d’un observatoire de ce qui se passait dans le monde en matière financière. Si Larraz López ne travailla que pendant une année à la Banque d’Espagne, il y déploya toutefois une activité notable, se concrétisant en particulier par un mémoire sur la politique monétaire espagnole, première tentative d’étudier l’évolution de la masse monétaire et de cerner les causes qui en déterminent les fluctuations. En , il publia une monographie fort débattue intitulée La Hacienda pública y el Estatuto catalán (littér. Les Finances publiques et le statut de la Catalogne), à propos des aspects fiscaux de l’unité nationale espagnole.
Larraz López fut par ailleurs un membre actif de l’Association catholique nationale de propagandistes (ACdP), au conseil de direction de laquelle il figura à partir de 1935. En 1931, Ángel Herrera Oria, fondateur de la maison d'édition Editorial Católica (Edica) et éditeur du journal catholique El Debate, l’accueillit dans son équipe de rédaction comme chroniqueur économique ; à ce titre, Larraz López rédigea jusqu’en 1935 plus de trois centaines d’articles, par le biais desquels il se proposait de forger en Espagne une opinion et une conscience économiques responsables. En , il fut désigné conseiller-président au conseil d'administration de la maison d’édition Edica.
La victoire des droites aux élections de 1933, inaugurant le dénommé second biennat républicain, allait lui ouvrir, en tant que collaborateur de Gil-Robles, les portes d’une carrière dans le domaine de la politique économique. Ainsi contribua-t-il à réorganiser le Conseil national de l’économie, dont il occupa la vice-présidence à partir de 1934, et présida-t-il la Commission chargée d’établir les fondements d’un Patrimoine forestier (en espagnol Comisión Redactora de las Bases para el Patrimonio Forestal), fondements qui prendront corps en sous les espèces d’une loi incitant les propriétaires de forêts à œuvrer pour la conservation de celles-ci. Enfin, en 1935, il fut placé par Joaquín Chapaprieta, conquis par ses « capacité et compétence indubitables », à la tête du Commissariat national des céréales (Comisaría Nacional del Trigo) nouvellement créé. À ce poste, il eut le loisir de mettre en pratique ses idées en la matière, telles qu’exposées dans son ouvrage Ordenación del mercado triguero en España (littér. Régulation du marché céréalier en Espagne), paru la même année, et comportant notamment, pour faire face aux problèmes qui affligeaient l’agriculture traditionnelle espagnole, la conception et mise en place d’une institution propre à structurer ledit marché, à savoir la Corporación Nacional del Trigo, comprise comme instance unique d’achat et de vente, qui dans l’après-guerre civile concourut effectivement à résoudre le problème céréalier en Espagne (thèse de doctorat, sous la direction de José Javier Rodríguez González)..
Guerre civile Au déclenchement de la Guerre civile, Larraz López se trouvait à Madrid, mais il réussit, après avoir trouvé refuge à l’ambassade du Chili jusqu’au , à s’échapper de la capitale et à quitter au bout de la zone républicaine via Valence pour aller rejoindre la zone nationaliste.
Une fois en territoire insurgé, il s’intégra dans le groupe d’économistes qui s’efforçaient alors de résoudre les graves problèmes économiques auxquels devait faire face le Comité technique de l’État (en espagnol Junta Técnica del Estado, embryon de gouvernement nationaliste qui, siégeant à Burgos, assura les tâches gouvernementales d’ à ). La première mission de Larraz López consista à travailler au sein de la Commission de reconstruction établi à Oviedo. Ensuite, toujours en 1937, il fut appelé à diriger à nouveau le Service d’études de la Banque d'Espagne, avant d’être nommé en 1938 chef de la Direction générale de la banque, de la monnaie et du change (en espagnol Dirección general de Banca, Moneda y Cambio), à la tête de laquelle il parvint à rapatrier l’or physique espagnol déposé à la Banque de France, et où, entre autres travaux, il rédigea deux rapports sur les aspects bancaires et de crédit de la reconstruction nationale. Dans ces deux textes, il mettait en garde contre les périls d’une politique de crédit généreuse et à bas taux d'intérêt, et invitait à se pencher sur les moyens de suppléer à l’insuffisance de capitaux pour la reconstruction. Parallèlement, il occupait le poste de président du Conseil national du crédit et en 1938 de président du Comité de la monnaie étrangère (Comité de Moneda Extranjera), s’imposant ainsi comme une figure clef de la gestion financière de l’Espagne nationaliste. Il s'employa à restaurer l’unité monétaire espagnole, brisée par la scission en deux monnaies consécutivement à la Guerre civile.
Après-guerre civile : à la tête du ministère des Finances (août 1939-mai 1941) La trajectoire politique de Larraz López atteignit son point culminant le , lorsque, à l’occasion du premier remaniement ministériel de l’après-guerre civile, il se vit confier le portefeuille des Finances. Il adopta, au sein du gouvernement de Franco, un positionnement adverse à la Phalange et à Serrano Súñer, ce qui allait finalement provoquer sa chute en , au terme de moins de deux années (thèse de doctorat, sous la direction de Lucas Beltrán Flores)..
Nomination Le , un nouveau gouvernement franquiste entra en fonction, deuxième du rang, mais le premier à entamer son mandat après la fin de la Guerre civile, et par là aussi le premier à exercer sa tutelle sur la totalité du territoire espagnol. La formation de ce gouvernement s’accompagna du renvoi de presque tous les ministres qui depuis avaient secondé le Caudillo, ne laissant au sommet de l’exécutif que le titulaire des Travaux publics Peña Boeuf.. L’atmosphère au sein du gouvernement avait été fort tendue depuis un an, essentiellement en raison de l’activité éprouvante de Serrano Suñer, caractérisée par sa propension à se mêler de matières n’entrant pas dans ses attributions.. Le remaniement se révéla être une manœuvre tactique décisive qui, conduisant à former un gouvernement de militaires et de phalangistes, eut globalement pour effet de renforcer le pouvoir de Franco et, indirectement, celui de Serrano Suñer..