Le couronnement de comme empereur de Centrafrique se déroule le à Bangui, capitale de l'Empire centrafricain. Il s'agit du seul couronnement de l'histoire de l'Empire, éphémère monarchie autocratique proclamée en 1976 par Jean-Bedel Bokassa, dictateur militaire et président à vie de la République centrafricaine.
Le couronnement, qui copie le sacre de comme empereur des Français en 1804, et les événements connexes sont célébrés dans le luxe et le faste. Malgré le soutien matériel substantiel de la France, les dépenses s'élèvent à plus de de dollars et causent de graves dommages à l'État centrafricain, suscitant un énorme tollé en Afrique et dans le reste du monde. Après le couronnement, Bokassa reste moins de deux ans au pouvoir. Deux opérations militaires, menées en , provoquent le renversement de la monarchie, et le pays redevient une république.
Contexte Soutien de la France au projet de Bokassa vignette|Jean-Bedel Bokassa en 1970. Au printemps 1976, lors d'une visite du président Valéry Giscard d'Estaing en République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa lui fait part de son projet de proclamer l'Empire centrafricain et de célébrer l'événement. Selon lui, l'instauration d'une monarchie aiderait la Centrafrique à améliorer sa position vis-à-vis du reste du continent africain et à accroître son autorité sur la scène internationale.
Valéry Giscard d'Estaing lui suggère d'organiser une cérémonie de couronnement modeste, dans le style traditionnel africain, en évitant les dépenses élevées, car la République centrafricaine est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, et une cérémonie opulente pourrait avoir des conséquences économiques et sociales négatives.
Bokassa s'obstine néanmoins à demander à Valéry Giscard d'Estaing l'aide de la France pour organiser l'événement. Le président français est contraint d'accepter pour plusieurs raisons : d'une part, son refus pourrait compromettre la poursuite du rôle rentable de la France dans l'industrie minière du pays et d'autre part, la France souhaite maintenir son influence dans le pays, qui, avec le Gabon et le Zaïre, fait partie du triangle sur lequel repose la politique française dans la région. L'inquiétude de la France s'accroît après que Bokassa a tenté de se rapprocher du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui avait des relations tendues avec la France et le Tchad pro-français en raison d'un différend territorial. Cela oblige Giscard à promettre une aide matérielle au président centrafricain en échange de la rupture des liens avec Kadhafi.
Proclamation de l'Empire centrafricain Le , lors d'un congrès extraordinaire du Mouvement d'évolution sociale de l'Afrique noire (MESAN), Bokassa annonce le changement de nom de la République centrafricaine en Empire centrafricain et se proclame empereur.. Lors du congrès, une Constitution préétablie est adoptée, selon laquelle l'empereur est le chef du pouvoir exécutif, et la monarchie est déclarée héréditaire, transmise en ligne masculine au cas où l'empereur lui-même ne désignerait pas un successeur. Son titre complet est . Peu après la proclamation de l'empire, Bokassa, qui avait adopté l'islam et changé son nom en Salah Eddine Ahmed Bokassa après une visite à Kadhafi en , se reconvertit au catholicisme.
Le premier dirigeant étranger à féliciter Bokassa pour son accession au titre impérial est Valéry Giscard d'Estaing, qui entretient par ailleurs depuis plusieurs années des relations amicales avec Bokassa.. Le chef de l'État centrafricain appelle ainsi le président français . En outre, Giscard s'est rendu plusieurs fois en République centrafricaine pour chasser dans les domaines privés de Bokassa, d'où lui et ses frères ont rapporté des défenses d'éléphant, des têtes de lions montées et des diamants qui leur ont été offerts par Bokassa lui-même. Le futur dictateur de la République centrafricaine connaissait également le premier président de la Cinquième République française, le général de Gaulle, qu'il vénérait et appelait ..
Préparatifs Aménagement de la capitale vignette|gauche|Le centre de Bangui en 2014. Bokassa prévoit de procéder à son couronnement le , un an jour pour jour après la proclamation de l'Empire centrafricain, à l'instar de , sacré empereur des Français le à Notre-Dame de Paris, qu'il considère comme son modèle.
Pour préparer le couronnement, plusieurs comités spéciaux sont formés, chacun d'entre eux étant responsable d'un domaine spécifique des festivités. Ainsi, le comité responsable de l'hébergement est chargé de trouver des locaux adaptés pour étrangers. À cette fin, après avoir reçu l'autorisation de Bokassa, les membres du comité réquisitionnent des appartements, des maisons et des hôtels auprès des habitants de Bangui pour les célébrations, et rénovent les chambres destinées aux invités. Un autre comité a pour mission de changer complètement l'aspect de la capitale, et notamment les espaces qui seront utilisés lors du couronnement. Il supervise ainsi le nettoyage des rues, la remise en peinture des bâtiments, ainsi que le déplacement des mendiants et vagabonds en dehors du centre de Bangui.
Construction du trône et décoration du carrosse De nombreux objets utilisés lors du couronnement sont réalisés par des maîtres français. Dès , le représentant de l'ambassade de Centrafrique en France informe confidentiellement le sculpteur Olivier Brice que le président Bokassa souhaite l'associer aux travaux de décoration de la cathédrale Notre-Dame de Bangui. En outre, Olivier Brice est chargé d'élaborer le trône et le carrosse impériaux.
Le trône, fait de bronze doré, est conçu comme un aigle assis aux ailes déployées. Il mesure sur et pèse environ deux tonnes. Pour sa fabrication, Olivier Brice construit un atelier spécial près de sa maison à Gisors en Normandie, où il emploie environ . Le siège du trône en velours rouge, qui occupe la cavité dans le ventre de l'aigle doré, est fabriqué par le drapier local Michel Cousin. Au total, le coût du trône s'élève à environ . Le carrosse est acquis en France, auprès de Debut de Rozeville, un artisan spécialisé dans la fourniture d'articles aux sociétés de production cinématographiques ; il a été utilisé dans le film Caroline chérie. Il est peint en vert sombre, décoré de motifs dorés : aigles, couronnes, initiales B, feuilles de laurier, et le sculpteur Olivier Brice fixe sur son toit cinq aigles dorés. Huit chevaux blancs, qui doivent être attelés au carrosse, sont achetés en Belgique. En outre, plusieurs dizaines de chevaux gris normands sont acquis pour l'escorte de l'empereur, dont les membres passent tout l'été 1977 à Lisieux pour suivre des cours d'équitation spéciaux.
Fabrication des attributs impériaux La couronne impériale est réalisée par la maison de joaillerie française Arthus Bertrand. Il s'agit d'une couronne fermée, à bordure d'hermine, comportant un bandeau constellé de diamants et de pierres de couleur plus grosses. Au milieu du bandeau est un diamant de bleu pâle sur lequel s'élève un aigle aux ailes déployées. De cet aigle et de feuilles fixées sur le bandeau partent huit branches couvertes de diamants, qui se rejoignent au sommet pour soutenir un globe, symbole de la Terre, sur lequel l'Afrique figure en léger relief. À l'intérieur est une coiffe en velours rouge foncé. La couronne est estimée à . Une autre couronne, ornée de pierres précieuses et d'un diamant de , est destinée à l'impératrice. Le sceptre impérial en or, orné de diamants, porte les armoiries et la devise de l'empire et, à son sommet, une couronne surmontée d'un aigle aux ailes déployées dans un soleil rayonnant constellé de diamants. En outre, une épée et plusieurs bijoux sont fabriqués pour le couronnement. Le tout, y compris les couronnes, est estimé à environ cinq millions de dollars américains.
Les costumes impériaux sont fabriqués en France par la maison de couture Michel Tellin, appartenant à Olivier Brice. La tenue impériale comporte : Les chaussures sont également brodées de perles. Le manteau de plusieurs mètres en velours cramoisi est orné d'emblèmes dorés en forme d'aigles et bordé de fourrure d'hermine. L'ensemble coûte au Trésor centrafricain. La robe confectionnée par Lanvin pour l'impératrice Catherine, ornée de métalliques, coûte . Outre la robe, un manteau est confectionné pour l'impératrice, semblable à celui de l'empereur, mais de taille plus modeste.
Bokassa commande une grosse bague en diamant à l'entrepreneur américain , qui accepte la commande bien que ne disposant pas des fonds nécessaires pour acheter une pierre assez grosse. Albert Jolis s'arrange pour traiter un diamant noir de faible qualité, ressemblant aux contours de l'Afrique sur la carte, et l'insérer dans une grande bague. L'emplacement qui, sur le diamant noir, correspond approximativement à la position de l'Empire centrafricain en Afrique est décoré d'un diamant incolore. L'objet plut à Bokassa, qui estima que ce diamant dont la valeur était de , valait plus de . Après son renversement, Bokassa emporta avec lui en exil ce . L'apprenant, Albert Jolis aurait dit :
Préparatifs divers Les entreprises textiles de l'Empire s'attèlent à confectionner des centaines de costumes de cérémonie pour les habitants de Bangui. Les autorités imposent un code vestimentaire : les enfants doivent porter des vêtements blancs, les fonctionnaires de niveau intermédiaire des vêtements bleu foncé et les hauts fonctionnaires et ministres des vêtements noirs. Pendant les préparatifs de l'événement, Bokassa cherche à établir des contacts avec des artistes étrangers et à les inviter à Bangui. L'artiste ouest-allemand Hans Linus Murnau réalise deux grands portraits de l'empereur. Sur l'un, Bokassa est représenté tête nue, et sur l'autre, il porte une couronne. Ce dernier portrait est ensuite utilisé pour un timbre commémoratif. En outre, une Marche impériale et une Valse impériale sont écrites en France, de même que l'ode du couronnement, qui se compose de .
Plus de de nourriture et de boissons devant être servies lors du banquet de couronnement sont acheminées en Centrafrique par des avions en provenance d'Europe. Une cave de Bangui reçoit jusqu'à , dont la production des domaines Château Lafite Rothschild et Château Mouton Rothschild, récolte 1971. Chaque bouteille est estimée à environ américains. Outre le vin, Bokassa commande de champagne Moët & Chandon et son whisky écossais préféré, le Chivas Regal, ainsi que d'argenterie.
Enfin, pour que les dignitaires étrangers soient convenablement reçus à Bangui, Bokassa ordonne l'achat de soixante voitures Mercedes-Benz neuves. Le pays étant enclavé, les véhicules sont d'abord transportés dans un port au Cameroun, puis livrés par avion à Bangui, pour un coût de .
Lorsque tout ce qui a été conçu pour la cérémonie de couronnement est enfin livré à Bangui, le montant total, comprenant à la fois les acquisitions à l'étranger et les coûts intérieurs, s'élève à environ . Pour l'économie d'un État appauvri tel que l'Empire centrafricain, ce montant extrêmement élevé équivaut à un quart du budget annuel du pays. La plupart des dépenses sont payées par la France, en échange de la rupture promise avec la Libye. L'Empire centrafricain doit pourtant payer une somme importante.
Invitations vignette|gauche|redresse|Le pape en 1977.