Cet article traite du christianisme en Chine.
Dénominations a été traduit par () et (présent essentiellement sous ses versions anglo-saxonnes) par () ou (). Le christianisme en général est traduit par (). Il est fréquent que les Chinois, en majorité peu familiers du christianisme, considèrent que ces deux confessions adorent des dieux différents..
Sources de recensement Le Pew Research Center a produit en 2010 une comparaison approfondie des différentes sources de statistiques : l'Académie des Sciences sociales chinoise publie dans son Blue Book on Religion un chiffre de 29 millions de chrétiens, soit 2,1 % de la population, tandis qu'à l'autre extrême, la World Christian DatabaseSite web : https://www.worldchristiandatabase.org/ arrive à un total de 108 millions, soit 8 %.. Le Pew Research Center arrive dans cette étude à une estimation de 67 millions de chrétiens en Chine en 2010 (5 % de la population), dont 58 millions de protestants et 9 millions de catholiques.. De son côté, la CIA retient le pourcentage de 5,1 % de chrétiens en Chine, soit, en raison de l'augmentation de la population générale, 71 millions de personnes en 2020D'après le CIA World Facts Book, 5,1% de la population chinoise est chrétienne, sur une population totale estimée pour 2020 à , d'où un nombre total de chrétiens de . Voir ..
Les statistiques officielles chinoises annoncent pour 2014, 2,53 % de chrétiensD'après le sondage de 2014 du (), qui a interrogé un échantillon de ), pour le résultat voir publication n°1 (archive) et publication n°2. Les tables contiennent également les résultats de 2012 (échantillon de ) et les résultats du Sondage social général chinois de 2006, 2008 et 2010 (échantillons /). Voir également, pour la comparaison, (CFPS, 2012) (rapport CFPS 2012), The World Religious Cultures, publication de 2014. p. 13, rapportant les résultats des CGSS 2006, 2008, 2010 et 2011, et leur moyenne (cinquième colonne de la première table). Une analyse des religions des provinces à majorité chinoise Han réalisée par ce même institut pour l'an 2012 a trouvé 1,8 % de protestants et 0,4 % de catholiques dans cette populationThe World Religious Cultures 2014: ..
Les statistiques du « Chinese Spiritual Life Survey », lié à la Fondation John Templeton, de l'investisseur et fondamentalisme protestant américain John Templeton., pour l'an 2010 donnent 33 millions de chrétiens sur 1,3 milliard d'habitants (2,4 %), 30 millions protestants et 3 millions catholiques2010 Chinese Spiritual Life Survey conducted by the Purdue University’s Center on Religion and Chinese Society. Statistics published in: Katharina Wenzel-Teuber, David Strait. People’s Republic of China: Religions and Churches Statistical Overview 2011. Religions & Christianity in Today's China, Vol. II, 2012, No. 3, , .. Ces chrétiens se divisent entre les églises officiellement reconnues par l'État et des églises non enregistrées.
La difficulté d'arriver à des chiffres cohérents est lié aux difficultés suivantes : Les chiffres officiels communiqués par le gouvernement chinois ne comptabilisent que les membres adultes baptisés des églises officielles ; ils excluent donc les personnes non baptisées fréquentant des groupes chrétiens, les enfants non adultes de croyants chrétiens et les autres personnes de moins de 18 ans, et ils ne tiennent généralement pas compte des groupes chrétiens non enregistrés dits « églises de maison » qui forment la majorité des chrétiens. ; Comme il y a souvent un chevauchement important entre les membres des organismes chrétiens enregistrés et non enregistrés, car un grand nombre de personnes fréquentent à la fois des églises enregistrées et non enregistrées, l'addition des chiffres recueillis auprès des groupes religieux eux-mêmes peut conduire à une surévaluation des chiffres. ; La méthode des sondages comporte un biais significatif dans le sens de la minoration car, pour des raisons de sécurité, de nombreux Chinois n'admettront pas leur adhésion au christianisme face à un interrogateur inconnu.
Histoire
Dynastie Tang
Le christianisme fut introduit en 635, par le biais du prêtre Alopen, moine perse de l'Eglise syriaque et qui fait construire une église à Chang'an, capitale de la dynastie Tang (618 – 690 puis 705 – 907) en 638, événement transmis par la Stèle dite nestorienne de 781. Près d'une dizaine de textes chrétiens chinois de cette période nous sont parvenus, tous édités et traduits en français en 2025.
Tang Wuzong (règne 840 — 846) écrit, en 845, un édit contre les chrétiens, ainsi que les manichéens (alors religion principale du Khaganat ouïgour situé sur l'actuelle Mongolie) et les bouddhistes (religion importante de la dynastie Tang). Il considérait ces religions comme des religions étrangères. C'est le début de la Grande persécution. Il meurt le , empoisonné par un élixir de longévité que lui donne un moine taoïste《鉴诫录》卷一《九转验》条载:“武宗皇帝酷求长生之道,访九转之丹。茅山道士杜元阳制药既成,白日轻举。弟子马全真得残药,诣京。表进,上因饵之,遍体生疮,髭发俱脱,十日而崩。此唐《实录》隐而不书。”. Peu après, son successeur, Tang Xuanzong proclame une amnistie générale, ce qui provoque la fin de la persécution.
À l'époque de la dynastie Tang, les Chinois avaient pleine souveraineté sur Kachgar, situé dans le protectorat des Régions de l'Ouest (aujourd'hui Xinjiang), et y installèrent une garnison. On y trouve encore un évêché nestorien au * De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine par Joseph Yacoub, Professeur de sciences politiques à l’université catholique de Lyon..
Dynastie Song
Dynastie Yuan Christianisme d'origine syriaque
Toghril (ou Ong Khan), de la tribu chrétienne nestorienne des Kéraït est le frère de sang de Yesügei ba'atour, père de Gengis Khan, il joue un rôle important dans l’ascension de ce dernier. Au , parmi les descendants de Gengis Khan, fondateur de l'Empire mongol, Tuluy, son fils préféré, épouse la princesse Soyughaqtani et conserve auprès d'elle une église nestorienne. Leurs fils Möngke et Kubilai succèdent tous deux au titre de Khagan et sont élevés avec leurs frères Houlagou et Ariq Boqa dans l'esprit de la foi chrétienne, mais la yassa mongole leur interdit d'être baptisés. Sous les règnes de Ögödei, Güyük et Möngke, le christianisme continue à se développer suivant les rites de l'église nestorienne.. Les nestoriens étaient toujours actifs durant la dynastie Yuan (dynastie mongole, gouvernant la Chine à partir de Kubilai Khan), en Mongolie-Intérieure, notamment à Wulan-Chabu.
Sorgaqtani, khatoun (impératrice) et épouse de Tolui, mère de Möngke, Kubilaï, et Houlagou était issue de la tribu kéraït, principalement de confession nestorienne. Doqouz Khatoun, épouse d'Houlagou l'était également.
Missionnaires catholiques Au , sous la dynastie Yuan, mongole, des ambassades européennes sont envoyées en Mongolie pour évaluer le danger que représente l'Empire mongol en pleine expansion, qui occupera bientôt l'ensemble de l'Asie du Nord, depuis une partie du Proche-Orient, l'Ukraine et la Lituanie, jusqu'à la Chine. C'est d'abord le pape Innocent IV qui envoie en Chine le franciscain Jean de Plan Carpin (1182-1252) en 1245-1247, puis le roi Louis IX dit Saint-Louis, qui dépêche un autre franciscain, Guillaume de Rubrouck en 1253-1254, mais s'ils ramènent de précieuses observations et récits, aucun ne parvient à évangéliser sérieusement en Chine, où les Nestoriens restent alors la seule présence chrétienne. La dynastie Yuan va être en revanche fortement influencée par l'Islam, qui prend pied à différents endroits en Chine, des conversions massives se produisant même au Xinjiang.
C'est finalement à partir de 1294 qu'une véritable activité missionnaire catholique se développe auprès des Mongols et en Chine sous la conduite du franciscain Jean de Montecorvino (1247-1328), envoyé par le pape Nicolas IV. Celui-ci échoue à convertir le grand khan Kubilai Khan (qui règne sur la Chine de 1279 à 1294), car Kubilai Khan est déjà trop engagé dans le bouddhisme : il avait favorisé l'école Sakyapa du bouddhisme tibétain et avait choisi Drogön Chögyal Phagpa comme dishi (enseignant impérial), et il lui avait fait construire le Temple Zhenjue à Cambaluc (Pékin) et d'autres temples dans tout l'Empire chinoisGilles Béguin, L'art bouddhique, 2009, : . Toutefois, il convertit un certain nombre de nobles, dont certains nestoriens, ouvre une première église à Pékin en 1299, puis une deuxième, face au Palais impérial, en 1305. Averti de ces progrès en 1307, soit 8 ans après le départ en mission de Jean de Montecorvino, le pape crée pour lui l'archevêché de Cambaluc et lui envoie de nouveaux missionnaires. Un autre franciscain Odoric de Pordenone, qui accomplit un périple de près de 15 ans à travers l'Asie entre 1316 et 1330, réside à Pékin pendant 3 ans, probablement de 1324 à 1327, desservant l'une des églises fondées par l'archevêque Jean de Montecorvino, à cette époque extrêmement âgé. Toutefois après la mort de ce dernier en 1328, son œuvre dépérit et finit par disparaître, si bien que les missionnaires jésuites du n'en auront même pas connaissance. À partir de 1368, la dynastie Ming, aussi xénophobe que la dynastie Yuan avait été tolérante, mit fin à toute évangélisation et expulsa les chrétiens étrangers.
Dynastie Ming thumb|200px|haut : Matteo Ricci, Adam Schaal, Ferdinand Verbiest ; bas : les deux premiers convertis (au catholicisme) : un ministre et sa petite-fille, d'après « Description de la Chine », édition de 1735. Saint François Xavier fut à l'origine de la première mission jésuite vers la Chine en 1552. Il mourut cependant cette année-là sur l'île de Sancian, sans avoir atteint le continent.
En 1555, le Dominicain Gaspar de la Croix, originaire d’Évora et religieux du couvent d'AzeitaoApologie des Dominicains missionnaires de la Chine ou response au livre du Pere Le Tellier Jesuite, 1700, et l’un des douze dominicains qui passèrent les premiers du Portugal aux Indes, réussit à pénétrer dans l’empire chinois...
En 1582, la Compagnie de Jésus tenta de nouveau de gagner la Chine, avec succès cette fois. Elle introduisit la science occidentale, les mathématiques et l'astronomie. En 1601, l'un des jésuites installés en Asie, Matteo Ricci, se rendit à Pékin. Les jésuites entreprirent une évangélisation par le haut en s’intégrant au groupe des lettrés. Ils y obtinrent des conversions, mais donnèrent l’impression d’avoir des objectifs cachés, et le christianisme fut bientôt déclaré .
Le missionnaire jésuite allemand Johann Adam Schall von Bell, atteint Macao en 1619.
Premiers missionnaires protestants Des missionnaires protestants néerlandais furent également envoyés en mission, d'abord à Xiamen, dans la province du Fujian, et la ville voisine de Quanzhou, puis sur l'île de Taïwan, de l'autre côté du détroit, entre 1626 et 1662. Parmi eux George Candidius instruit de 1627 à 1639 quelques milliers de convertis. Les chinois font cependant attention à ne pas froisser leurs partenaires commerciaux japonais qui eux, persécutent les chrétiens..
Dynastie Qing Johannes-Adam Schall von Bell devient le dishi (précepteur impérial) de l'empereur Shunzhi de la dynastie Qing.
A la demande de Schall le missionnaire Ferdinand Verbiest atteint Macao en 1658 et rejoint Pékin (capitale, depuis 1644, de la nouvelle Dynastie Qing). Ils deviennent tous deux précepteurs impériaux de l'empereur Kangxi.
La Querelle des Rites et l'interdiction en 1744 des rites non-chrétiens par la bulle Omnium sollicitudinum du pape Benoît XIV leur porta le coup de grâce ; en 1773 le pape ordonna la clôture de leurs missions.
Dès les années 1830, les missionnaires lazaristes, à partir de leur base de Macao, implantèrent des communautés chrétiennes dans une semi-clandestinité. En 1844, dans un acte additionnel au traité de Whampoa, la France obtint du gouvernement impérial un semblant de légalisationEvariste Huc, L'empire chinois, chapitre 2, 1854, réédition Omnibus 2001.