vignette|321x321px| Ordre de mobilisation générale, 2 août 1914. L'entrée de la France dans la Première Guerre mondiale a lieu le lorsque l'Allemagne lui déclare la guerre.
La Première Guerre mondiale est née d'un conflit entre deux alliances : la Triple Alliance d'une part, regroupant l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie et la Triple-Entente d'autre part, composée quant à elle de la France, de la Russie et de la Grande-Bretagne.
Le , à Sarajevo, Gavrilo Princip, un jeune nationaliste serbe originaire de Bosnie, assassine le couple héritier du trône austro-hongrois, le prince François-Ferdinand d'Autriche et son épouse Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg. L'Autriche-Hongrie réagit à l'attentat en formulant un ultimatum à l'encontre du royaume de Serbie en accord avec son allié allemand. Les exigences austro-hongroises sont jugées inacceptables par les Serbes, ceux-ci rejettent l'ultimatum, ce qui conduit l'Autriche-Hongrie à déclarer la guerre à la Serbie. Ce conflit local provoque l'activation d'un jeu d'alliances entre les grandes puissances européennes qui les entraîne sur la voie de la guerre.
La Russie décide d'intervenir pour protéger la Serbie, bien qu'il n'y ait aucun traité l'obligeant à le faire ; le tsar avait le soutien du président français, qui autrement n'était guère impliquée. La Russie mobilise son armée contre l'Autriche-Hongrie, la France en fait de même. L'Allemagne déclare ensuite la guerre à la Russie et à la France, et envahit la France par la Belgique. La Grande-Bretagne, qui avait un accord de coopération militaire et navale avec la France, mais aucune obligation conventionnelle formelle, estime que l'intérêt britannique exige une défense de la France. En revanche, la Grande-Bretagne avait une obligation conventionnelle envers la Belgique, argument utilisé comme raison officielle pour la déclaration de guerre britannique envers l'Allemagne. Le Japon, allié de la Grande-Bretagne, entre à son tour en guerre par pur opportunisme. Quant à l'Empire ottoman, il rejoint les puissances centralesFor a short overview see David Fromkin, Europe's Last Summer: Who Started the Great War in 1914? (2004)..
Plan diplomatique À la fin des années 1880, la Ligue des trois empereurs de Bismarck est en plein désarroi ; bien que l'Allemagne reste étroitement alliée à l'Autriche-Hongrie, il y a des tensions croissantes entre la Russie et l'Autriche-Hongrie au sujet des Balkans. Irrité par le rôle de l'Autriche dans le traité de Berlin de 1878, qui force la Russie à se retirer de la Bulgarie, le tsar Alexandre III refuse de renouveler le traité en 1887. Bismarck, dans l'espoir de rendre le tsar plus docile à ses souhaits, interdit aux banques allemandes de prêter de l'argent à la Russie. Les banquiers français remplacent rapidement les Allemands dans le financement de la Russie et contribuent à accélérer l'industrialisation russe. Bismarck a signe un traité de réassurance avec la Russie en 1887, mais après la chute de Bismarck du pouvoir en 1890, Kaiser William refuse la demande de la Russie de le renouveler.
L'avantage d'une alliance franco-russe était clair pour tous les Français : la France ne serait pas seule contre l'Allemagne, car elle promettait une guerre sur deux fronts. Des visites officielles ont été échangées entre les deux puissances en 1890 et 1891, et le tsar russe a salué l'hymne national français, La Marseillaise. L'alliance franco-russe est annoncée en 1894. Ce coup d'État diplomatique a été suivi d'un accord secret avec l'Italie, laissant les mains libres aux Italiens pour s'étendre à Tripoli (la Libye moderne, alors encore sous domination turque). En retour, l'Italie promet de rester non belligérante contre la France dans toute guerre future.
La France était en concurrence avec la Grande-Bretagne, et dans une moindre mesure avec l'Italie, pour le contrôle de l'Afrique. Il y avait des tensions constantes entre la Grande-Bretagne et la France sur les frontières entre leurs colonies africaines respectives comme la crise de Fachoda. Le ministre français des Affaires étrangères Théophile Delcassé était conscient que la France ne pouvait pas progresser si elle était en conflit avec l'Allemagne en Europe et la Grande-Bretagne en Afrique, et a ainsi rappelé le corps expéditionnaire du capitaine Marchand de Fashoda, malgré les protestations populaires. Cela a ouvert la voie à la Grande-Bretagne rejoignant la France dans la Première Guerre mondiale.
La visite d'Edouard VII à Paris en 1903 calme le sentiment anti-britannique en France et prépare la voie à l'Entente Cordiale. Au départ cependant, un accord colonial contre la politique étrangère agressive du Kaiser a approfondi plutôt que détruit le lien entre les deux pays. Les crises marocaines de 1905 et 1911 ont encouragé les deux pays à se lancer dans une série de négociations militaires secrètes en cas de guerre avec l'Allemagne. Cependant, le ministre britannique des Affaires étrangères, Edward Gray, se rend compte du risque que des petits conflits entre Paris et Berlin ne deviennent incontrôlables. Travaillant avec peu de supervision du Premier ministre ou du Cabinet britannique, Gray joue délibérément un rôle de médiateur, essayant de calmer les deux parties et de maintenir ainsi un équilibre pacifique des pouvoirs. Il refuse de prendre des engagements permanents envers la France. Il approuva les pourparlers d'état-major avec la France en 1905, suggérant ainsi, mais sans promettre, que si la guerre éclatait, la Grande-Bretagne favoriserait la France par rapport à l'Allemagne. En 1911, lors d'un deuxième affrontement franco-allemand au sujet du Maroc, Gray tente de modérer les Français tout en soutenant l'Allemagne dans sa demande d'indemnisation. Il y avait peu de risque que la Grande-Bretagne ait des conflits avec quiconque menant à la guerre. La Royal Navy est restée dominante dans les affaires mondiales et est restée une priorité de dépenses élevée pour le gouvernement britannique. L'armée britannique était petite, bien que des projets d'envoi d'un corps expéditionnaire en France aient été élaborés depuis les réformes Haldane. De 1907 à 1914, les armées française et britannique collaborent à des plans très détaillés pour mobiliser un corps expéditionnaire britannique de 100 000 combattants qui sera très rapidement déplacé en France et envoyé au front en moins de deux semainesSamuel R. Williamson, Jr., The Politics of Grand Strategy: France and Britain Prepare for War, 1904-1914. (1969) pp 313-17... Gray a insisté sur le fait que la paix mondiale était dans le meilleur intérêt de la Grande-Bretagne et de l'Empire britanniqueThomas G. Otte, "'Almost a law of nature'? Sir Edward Grey, the foreign office, and the balance of power in Europe, 1905-12." Diplomacy and Statecraft 14.2 (2003): 77-118..
La France peut renforcer sa position en cas de guerre en formant de nouvelles alliances ou en enrôlant plus de jeunes hommes. Il a utilisé les deux méthodesJames D. Morrow, "Arms versus Allies: Trade-offs in the Search for Security." International Organization 47.2 (1993): 207-233. online. La Russie était fermement dans le même camp et la Grande-Bretagne était presque prête à la rejoindre. En 1913, la controversée "loi de trois ans" a prolongé la durée de la conscription pour les conscrits français de deux à trois ans. Auparavant, les jeunes hommes étaient en formation à 21 et 22 ans puis rejoignaient les réserves; à la suite de cette loi, ils furent en formation de 20 à 22 ansGerd Krumeich, Armaments and Politics in France on the Eve of the First World War: The Introduction of Three-Year Conscription, 1913-1914 (1985)..
Lorsque la guerre commence en 1914, la France ne peux gagner que si la Grande-Bretagne se joint à la France et à la Russie pour arrêter l'Allemagne. Il n'y a aucun traité contraignant entre la Grande-Bretagne et la France, et aucun engagement moral de la part des Britanniques à entrer en guerre au nom de la France. Le gouvernement libéral de Grande-Bretagne était pacifiste et également extrêmement légaliste, de sorte que la violation allemande de la neutralité belge - la traitant comme un bout de papier - a aidé à mobiliser les membres du parti pour soutenir l'effort de guerre. Les facteurs décisifs étaient doubles, la Grande-Bretagne se sent$ obligée de défendre la France et le gouvernement libéral réalise que s'il ne le fait pas, il s'effond soit dans une coalition, soit cède le contrôle au Parti conservateur plus militariste. L'une ou l'autre option ruinerait probablement le Parti libéral. Lorsque l'armée allemande a envahi la Belgique, non seulement la neutralité a été violée, mais la France a été menacée de défaite, de sorte que le gouvernement britannique est entré en guerreTrevor Wilson, "Britain's ‘Moral Commitment’ to France in August 1914." History 64.212 (1979): 380-390. online.
La montée des tensions internationales et la course aux armements ont conduit à la nécessité d'augmenter la conscription de deux à trois ans. Les socialistes, menés par Jean Jaurès, croyaient profondément que la guerre était un complot capitaliste et ne pourrait jamais être bénéfique au travailleur. Ils ont travaillé dur pour faire échouer la proposition de conscription, souvent en coopération avec des pacifistes de la classe moyenne et des groupes de femmes, mais ont été mis en minoritéDavid M. Rowe, "Globalization, conscription, and anti-militarism in pre-World War I Europe." in Lars Mjoset and Stephen Van Holde, eds. The Comparative Study of Conscription in the Armed Forces (Emerald Group, 2002) pp. 145-170..
Attitudes envers l'Allemagne vignette| Les troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées à Paris après leur victoire dans la guerre franco-prussienne La question pour la France est sa relation avec l'Allemagne. Paris est relativement peu impliqué dans la crise des Balkans qui déclenche la guerre, accordant peu d'attention à la Serbie, à l'Autriche ou à l'Empire ottoman. Cependant, une série de confrontations diplomatiques désagréables avec l'Allemagne tendent les relations. La défaite de 1870-71 tourmente le pays, en particulier du fait de la perte de l'Alsace-Lorraine. Le revanchisme français n'est pas une cause majeure de guerre en 1914 car il s'estompe après 1880.
Dans les années 1890, les relations sont restées bonnes puisque l'Allemagne a soutenu la France lors de ses difficultés avec la Grande-Bretagne au sujet des colonies africaines. Toute harmonie persistante, cependant, s'est effondrée en 1905 lorsque l'Allemagne a adopté une position agressivement hostile aux revendications françaises sur le Maroc. On parlait de guerre et la France renforçait ses liens avec la Grande-Bretagne et la RussieJ.F.V. Keiger, France and the World since 1870 (2001) pp 112-17.. Même les critiques de l'impérialisme français, comme Georges Clemenceau, étaient devenus impatients avec Berlin. Les discours de Raymond Poincaré en tant que Premier ministre en 1912, puis en tant que président en 1913-14, étaient tout aussi fermes et ont suscité un large soutien dans tout le spectre politique.
Seuls les socialistes étaient résistants, avertissant que la guerre était un stratagème capitaliste et devait être évitée par la classe ouvrière. En , le dirigeant socialiste Jean Jaurès obtient un vote contre la guerre du Congrès du Parti socialiste français. 1 690 délégués ont soutenu une grève générale contre la guerre si les socialistes allemands emboîtaient le pas, avec 1 174 oppositions. Cependant Jaurès a été assassiné le et les partis socialistes en France et en Allemagne - ainsi que dans la plupart des autres pays - ont fortement soutenu leur effort de guerre national la première annéeBarbara W. Tuchman, "The Death of Jaurès", chapter 8 of The Proud Tower - A portrait of the world before the War: 1890-1914 (1966) pp. 451-515.
Principaux acteurs gauche|vignette| Poincaré élu président en 1913.