Kristine TissierÀ l'état civil, Christiane Michelle Tissier. Si elle signe d'emblée « Christine », la forme définitive de son prénom intervient dans les années 60., née le à Segré et morte le à ParisRelevé des fichiers de l'Insee, est une artiste peintre et sculptrice française à tendance non-figurative, dont l'œuvre relève de l'art informel, de l'abstraction lyrique et du paysagisme abstrait.

Biographie Formée à l'École nationale supérieure des arts décoratifs en 1947, puis à l'École nationale des Beaux-Arts où elle étudie la peinture, mais aussi la sculpture dans l'atelier de Marcel Gimond (un ancien élève de Maillol), d'Alfred Janniot et de Louis LeygueCf. concernant Louis Leygue, non mentionné dans le catalogue d'exposition du musée de Niort, les archives numérisées de l'ENBA. , Kristine Tissier expose pour la première fois en 1951, à Paris.

En 1954, elle obtient une bourse des Affaires Culturelles pour aller étudier l'art de la fresque en Italie. À Paris, elle collabore à la réalisation de décors avec le Théâtre du Vieux Colombier et, en 1960, dessine des tissus pour Christian Dior, Jeanne Lanvin ou Guy Laroche tout en répondant à une commande du casino de Baden-Baden. Elle est aussi l'auteur de médailles commémoratives pour la Monnaie de Paris (notamment en hommage à Jean Marais et à Sonia Delaunay). Entre 1968 et 1970, Kristine Tissier séjourne en Espagne ; elle y collabore avec des architectes et expose à plusieurs reprises, les années suivantes, galerie Seiquer à MadridComme pour la plupart des éléments de cette biographie, cf. Kristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, pp. 45-47..

De nombreuses expositions, personnelles et collectives, jalonnent sa carrière de femme artiste peintre évoluant au sein des avant-gardesKristine Tissier est citée par Marie-Jo Bonnet, Les femmes artistes dans les avant-gardes, Éditions Odile Jacob, 2006, p. 253. de l'après Seconde guerre mondiale : des galeries parisiennes comme celles de Suzanne de Coninck, Jeanne Castel, Iris Clert, Bernheim-Jeune, Henri Bénézit ou Pierre Larock-Granoff, jusqu'à celle de Mireille Batut d'Haussy en 2001, présentent son travail ainsi que des galeries en Suisse ou au Japon et le musée de Prilep en Yougoslavie. Elle est aussi une habituée des manifestations artistiques parisiennes (Salon d'automne, Salon d'art sacré, Salon des artistes français, Salon Comparaisons, Salon des femmes peintres et sculpteurs, Salon des grands & jeunes d'aujourd'hui, Salon des indépendants, Salon de mai, etc.)cf. La liste des expositions établie à partir des catalogues du musée Pierre Noël de Saint-Dié-des-Vosges (1995) et du musée du Donjon de Niort (2000)..

Durant les années 1970, Kristine Tissier est professeur d'arts plastiques dans les lycées parisiensKristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, p. 45.. La naissance de son fils, Alexandre (qui déclarera un jour : « D'aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu la peinture…»Site d'Alexandre Tissier (1968-2019), première phrase de sa page d'accueil. ), s'accompagne de son installation dans un atelier-appartement au 49 rue de la Procession, Paris XVe. Ce bâtiment abritant un ensemble de résidences d'artistesCe bâtiment existe toujours en 2023 et continue d'abriter des résidences d'artistes., Kristine Tissier participe à l'exposition Les Douze de la rue de la Procession organisée par la Ville de Paris, où elle figure aux côtés de Peter Klasen. En 1989, elle sera invitée à présenter une exposition personnelle, Entre murs et ciels, à l’Unesco. Durant les années 1980, par ailleurs, elle décide d’entreprendre une psychanalyseAlain Cophignon, notice « Kristine Tissier », galerie du Chemin, Juigné-sur-Sarthe, 2022. qui s'inscrit dans la continuité de son itinéraire esthétique où résonne toujours « l'intériorité »Pierre Larock-Granoff, galeriste et critique d'art, présentation de l'exposition au Centre culturel coréen, 1996..

À partir du milieu des années 1990, « les musées français et centres culturels étrangers institutionnalisent définitivement son travail » : ce sont d'abord les musées d'art et d'histoire de Chaumont (1995), de l'Ardenne et Arthur-Rimbaud à Charleville-Mézières (1996) ; puis le musée Pierre-Noël et la Tour de la liberté de Saint-Dié-des-Vosges (Lumière et Ombre, 2000) où l'œuvre de Kristine Tissier est associée à des créations de Georges Braque et Jean BazaineLa Tour de la Liberté abrite, en effet, une prestigieuse collection de bijoux issus de la rencontre du peintre Georges Braque et d'un maître lapidaire, Henri-Edouard Heger de Loewenfeld, ainsi qu'une mosaïque de Jean Bazaine. ; et enfin le musée du Donjon de Niort (Territoire du silence, 2001), ainsi que les centre culturels de Corée (1996) ou d'Égypte (2004) à Paris, « qui voient leurs cimaises recouvertes des toiles de l'artiste »Gazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021..

L'œuvre Kristine Tissier ne se revendique d'aucun groupe ou courant artistique. Néanmoins, admiratrice de Jean Fautrier, Raoul Ubac et Zao Wou-Ki, sa démarche évolue peu à peu d'une peinture informelle ou stylisée à l'extrême, vers un paysagisme abstrait singulier qui n'est pas, non plus, sans rapport avec un Wols ou un RiopelleFrancis Barat, notice « Kristine Tissier », galerie Mine d'art, Hagueneau, 2021.. Fruit d'un travail assidu sur soi-même, de recherches techniques et esthétiques permanentes et d'un effort soutenu sur la matière et la couleur, « son œuvre sans concession, élaborée avec un courage et une persévérance admirables », s'étend sur près de soixante années.

Matiériste, sa peinture s'oriente, dès le milieu des années 1960, vers les effets de matière brute et fragmentée où la sculpture n'est pas très loin. À une linéarité où dominent des empilements de motifs verticaux (Cité enfouieGazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°104.) ou horizontauxGazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, par exemple lots n°39 et 236., l'artiste oppose des motifs organiques, parfois d'allure marineGazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, par exemple lot n°170.. Une synthèse s'élabore à la fin années 1970 et au début des années 1980 : « un mélange d’enduits et de sables, dont la composition exacte demeure secrète, lui permet désormais de texturer et structurer sa peinture » en véritables tableaux à reliefs. Alors, en toute liberté, « Kristine Tissier appose, gratte, sculpte d'immenses espaces baignés de lumière » et parfois d'ombre qui font les déserts (OuralKristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, pp. 22-23 — Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°144.), les montagnes (Aguedal de montagneKristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, pp. 8-9 — Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°79.), les falaisesCf. Alain Tourneux, « De la matière », Tissier. Passeport 94-95, pp.14-15. et où une abstraction inspirée du tachismeGazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, par exemple lot n°222. flirte avec l'évocation « de contrées inexplorées pour aventuriers Vénusiens »Christian Gendron, « Les assises géologiques du monde », catalogue du musée de Niort, 2000, p. 7..

Les rares sculptures de Kristine Tissier sont réalisées notamment en terre noire chamottée comme son Couple enlacé patiné façon bronzeGazette de Drouot, Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°408., tandis que ses peintures, qui constituent l'essentiel de l'œuvre, s'inscrivent sur « un fond pigmenté de couleurs pures, délicates, déposées en couches successives, chatoyantes et transparentes »Claude Dorval, « Kristine Tissier », article de presse en référence ci-dessus., parfois comme des éclaboussures. Durant les années 1990, ce sont des figures d'empreintes préhistoriques fossilisées suggérant les formes végétales ou animalesCf. Alain Tourneux, « De la matière », Tissier. Passeport 94-95, éditions Fragments, 1995, p. 26. énigmatiques de l'art pariétalLe Delarge, dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, article « Christine Tissier »., tel son Minotaure sacréKristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, pp. 30-31 — Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°123., qui s'imposent au peintre. Celles-ci sont coulées sur le fond « dans un matériau rugueux, puissant, résistant à l'usure des âges ». Rigoureusement structurées, lyriques et intensément personnelles, déployant « ses variations en brun, gris et noir avec de larges plages blanches » en des formats souvent majestueuxComme les catalogues en attestent, les formats allant du 50 F au 100 F sont courants à cette époque du travail de Kristine Tissier., « ses toiles reflètent force et tendresse, évoquent la mémoire et la subtilité de l'empreinte du temps ».

Après des œuvres peintes à la fin de la décennie « d'une grande présence aux couleurs ocre, brunes, rouges, aux ciels bleus » qui peuvent apparaitre comme autant de « souvenirs fragmentaires d'un sud, de Marrakech à Tunis »Jacqueline Delaunay-Hologne, « Lettre à Kristine », contribution au catalogue de l'exposition au musée Pierre Noël de Saint-Dié-des-Vosges., les années 2000, enfin, voient Kristine Tissier prendre de la distance avec cette quête spirituelle sur les traces archaïques du vivant. Un vaste triptyque d'allure glaciaire, Cape de perles d'eauKristine Tissier, Territoire du silence, catalogue de l'exposition au musée du Donjon de Niort, pp. 34-36 — Présentation du fonds d'atelier, Magnin Wedry, 2021, lot n°121., témoigne de cette évolution. Tout en conservant à sa peinture ses liens avec les forces du cosmosDominique Gontier, « L'éternelle naissance du monde », catalogue du musée de Niort, 2000, p. 9. qui en fait aussi « une géographie de l'âme »Daniel Grandidier, « Géographie de l'âme », catalogue du Musée Pierre Noël, Saint-Dié-les-Vosges, 2000, p. 7., l'artiste (avec laquelle, en 2005, collabore Yvon TaillandierCf. le site officiel d'Yvon Tallandier, série « Encadreurs / Encadrés ». ) renoue avec le paysagisme abstrait dans une palette aux tonalités sourdes où les formes, fussent-elles minérales, se fondent irréversiblement entre elles.

Principales expositions 1951 : Première exposition galerie des Capucines, Paris IIe. 1964 : Exposition galerie Hoche, Paris VIIIe. 1967 : Expositions de dessins au Japon et en Suisse. Présentée par la galerie Iris Clert au Marché expérimental d’art, Paris. 1969 : Exposition galerie de l'hôtel Melia, Madrid. 1970 : Exposition galerie Seiquer, Madrid. 1970-72 : Cité internationale des arts : exposition des 27 nations (à trois reprises). 1971 : Exposition galerie Can Pablo, Santa Eulalia, Espagne. Participe à la Colonie des arts, musée de Prilep, Yougoslavie. 1972 : Exposition galerie Suzanne de Coninck, Paris VIIe. 1973 : Participe à la Biennale de la tapisserie à Lausanne. 1974 : Salon des indépendants, Grand Palais, Paris. Micro-Salon, Iris Clert, Paris. 1975 : Exposition galerie Seiquer, Madrid - Exposition Les Douze de la rue de la Procession, Paris XVe. 1976 : Salon de mai, La Défense, Paris - Galerie Maître-Albert - Micro-Salon, Iris Clert, Paris. 1977 : Biennale internationale d’Ibiza, Baléares. American center (exposition de groupe), Paris. 1978-79 : Salon des Femmes peintres et sculpteurs, musée du Luxembourg, Paris. 1978-81 : Participe chaque année aux Salons d’art sacré, musée du Luxembourg, Paris. 1979 : Exposition galerie Maître-Albert. 1981 : Exposition galerie Seiquer, Madrid - Exposition Fondation Boris Vian, Eus, Pyrénées-Orientales. 1982 : Le Petit bronze, galerie Bernheim-Jeune, Paris VIIIe. 1982-86 : Salons de mai, Grand Palais, Paris.