thumb|Oasis de Skoura Les oasis au Maroc se situent dans des régions présahariennes irriguées par des cours d'eau qui prennent leur source dans le Haut et l'Anti-Atlas. Ces vallées verdoyantes doivent leur pérennité dans des milieux arides à des techniques d'irrigation mises au service d'une agriculture vivrière. Elles abritent traditionnellement des ksour, villages fortifiés, aujourd'hui abandonnés par leurs habitants. Une civilisation oasienne a rayonné grâce à des villes au bord de fleuves comme Sijilmassa, métropole florissante du Tafilalet aux . Les oasis ont connu une dégradatation accélérée de leur écosystème au cours du vingtième siècle et font l'objet actuellement de programmes de réhabilitation. Le Maroc a obtenu en 2000 le label réserve mondiale de biosphère de l’Unesco pour l’essentiel de ses oasis présahariennes, soit plus de 7 millions d’hectares, sous la dénomination de Réserve de biosphère des oasis du Sud marocain.
Localisation thumb|Oasis de Figuig Les oasis marocaines se situent dans les régions en bordure du Sahara. Elles sont alimentées par les eaux des rivières qui débouchent des montagnes, à la différence des oasis du Grand Sahara, qui sont liées à la présence d'eaux fossiles, dans des nappes profondesLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.14, _essai_pour_letablissement_dune_strategie_damenagement_du_systeme_oasien_du_maroc.pdf lire en ligne . Ces cours d'eau apportent des éléments détritiques qui forment le sol des oasis, dit « limon gris des palmeraies »Le système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.79, lire en ligne. La végétation se nourrit principalement de ces apports alluviaux.
Au sud-ouest du Maroc s'étend le Sahara Atlantique, quasiment sans oasis ; ce désert côtier est un espace pastoral où le nomadisme est très actifLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.75, lire en ligne».
Présahara au sud et sud-est des Atlas Il s'agit du pays de Figuig, du Tafilalet, et du Drâa moyen. Le bassin du Drâa et les hauts bassins du Ziz et du Guir forment au sud et au sud-est des Atlas une amorce de désert continentalLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.12, lire en ligne. La région de Tafilalet abrite la plus grande oasis au monde, d'une superficie de près de 65 000 ha..
Les oasis se suivent le long des cours d'eau descendus du Haut Atlas. Elles présentent des formes longilignes, de largeurs variables, allant de la centaine de mètres, à plus de 6 km dans le DrâaLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.16, lire en ligne.
Présahara au sud-ouest des Atlas, ou Présahara du Bas Drâa Arrosé par les rivières de l'Anti-Atlas, le Présahara du sud-ouest des Atlas couvre la basse vallée du Drâa qui fonctionne « comme une longue gouttière s'étendant d'est en ouest au pied de l’Anti-AtlasLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.19, lire en ligne», en aval de Mhamid, jusqu’au Foum Draa sur l’Atlantique.
Agriculture et irrigation thumb|Une seguia Par leur travail, les agriculteurs, mettant à profit les maigres ressources en eau, aménagent des oasisÉric Roose, Abdellah Laouina, Mohamed Sabir, Gestion durable des eaux et des sols au Maroc: Valorisation des techniques traditionnelles méditerranéennes, IRD éd., 2010, p.287, lire en ligne. Les parcelles comportent de grands arbres (palmiers dattiers), des arbustes (oliviers, grenadiers, abricotiers) ainsi que des légumes, des céréales, des fourrages. Les arbres sont entourés de cuvettes ; quant aux cultures, elles poussent sur de petites élévations de terre séparées par des sillons (culture sur billons). « L'agriculture oasienne s'inscrit dans une économie de subsistance fondée sur la polyculture ».
La distribution de l'eau est assurée par un réseau de canaux d'irrigation à ciel ouvert, appelés seguia ou saqiya, ainsi que par des bassins de stockageTariq Madani, « Le partage de l’eau dans l’oasis de Figuig (Maroc oriental) », Mélanges de la Casa de Velázquez [Online], 36-2 | 2006, Online since 11 October 2010, connection on 22 November 2019. URL : http://journals.openedition.org/mcv/2016 ; DOI : 10.4000/mcv.2016.
Le captage de l'eau puise dans les nappes phréatiques qui sont en réalité, dans le cas de ces oasis, des nappes artificielles, liées aux pratiques de l'agriculture intensive : l’infiltration locale des eaux d’épandage de crue a constitué ces réservoirs liquides du sous-sol. Les eaux de nappes phréatiques et de sources sont captées par forage ou traditionnellement grâce aux Khattara, « tunnels creusés dans les alluvions ou les piedmonts jusqu'aux nappes » souterraines (équivalents des qanat d'Iran et des foggara d'Algérie). Aujourd'hui les Khattara sont pour la plupart abandonnées, remplacées par des drains en plastique ou en terre cuite ; certaines d'entre elles toutefois, considérées comme une part du patrimoine hydraulique marocain, font l'objet de travaux de restauration.
Le ksar, structure d'habitation oasienne traditionnelle Le ksar est un village fortifié semblable à une petite médina, construit sur des terres non cultivables au bord des oasisLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.152, lire en ligne. Il utilise un minimum d’espace, et se contente de services collectifs, pour éviter les dépenses d'eau inutiles.
Les maisons sont en terre. La construction en hauteur des ksour, la présence de murs d'enceinte et de tours de guet répondent à des besoins défensifs dans un contexte où les conflits entre tribus n'étaient pas raresB. El Fasskaoui, « La mise en tourisme du patrimoine architectural en terre dans le Sud-Est marocain », Patrimoine, tourisme, environnement et développement durable, Karthala, 2010, p.246, lire en ligne. La construction en structure massive évite d'empiéter sur les parcelles de culture et protège du fort ensoleillement ; l'espace du ksar est marqué en effet par « une dominance de l'ombre ».
Le ksar est également une unité sociale et économique dans laquelle la question du partage des eaux occupe une place centrale. À l'exception des puits, qui sont des propriétés individuelles, les aménagements hydrauliques tels que les canaux souterrains ou les barrages de dérivation constituent des propriétés collectives, et supposent une gestion communautaire. Les ayants-droit à l'eau participent ainsi aux frais occasionnés par l'entretien des infrastructures techniquesToufik Ftaïta, « Patrimoine hydraulique et préservation de la diversité en milieu aride : le cas des oasis marocaines », dans Tarik Dahou et alii, Pouvoirs, sociétés et nature au sud de la Méditerranée, Karthala, 2011, p.185-206 lire en ligne.. Parmi les mesures de l'eau d'irrigation anciennes, on trouve la clepsydre (« tassa » ou « tighira »), qui décompte le temps de chaque ayant-droit.
Civilisation oasienne Les oasis ont été un espace prospère avant que le centre de gravité économique du pays ne se déplace vers les côtes atlantique et méditerranéenne..
thumb|Vestiges de Sijilmassa (sur le site de l'actuelle Rissani).
La principauté de Sijilmassa, établie au milieu du siècle au bord du ZizChloé Capel, « Une grande hydraulique saharienne à l’époque médiévale : L’oued Ziz et Sijilmassa (Maroc) », Mélanges de la Casa de Velázquez [Online], 46-1 | 2016, Online since 01 January 2018, connection on 22 November 2019. URL : http://journals.openedition.org/mcv/6918 ; DOI : 10.4000/mcv.6918, rayonnant à partir du Tafilalet, était une véritable capitale oasienneAvant même le siècle, les villes de Todgha et de Ziz ont constitué des centres urbains, dominant, comme Sijilmassa, leurs campagnes, et ayant eu des fonctions comparables à celles de Sijilmassa dans la même région, Le système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.49, lire en ligne. Son épanouissement a précédé l'existence des deux grandes métropoles historiques que sont Marrakech et Fès. « Sijilmassa n’est rien moins que la première structure urbaine du Maroc musulman, et la seconde du Maghreb après KairouanLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.49, lire en ligne». Sa prospérité était liée à sa fonction agricole, dont témoigne l’étalement de ses vestiges sur , au long de la rive gauche du ZizLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.50, lire en ligne. La fortune de Sijilmassa provenait également du commerce, plus précisément du commerce caravanier de l’or avec le Soudan Occidental. Cette métropole du Tafilalet a pu ainsi maintenir son autonomie pendant trois siècles ; « après une période d’indépendance hégémonique, elle a été reléguée au statut de simple province, dans le cadre d’États centralisés, tels que ceux des Almoravides, Almohades et MérinidesLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.51, lire en ligne».
Les Almoravides se sont inspirés du modèle des oasis dans leur aménagement de Marrakech, où ils ont planté une palmeraie, pour y tempérer le caractère aride de l'environnement et y former un « microclimat oasienLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.52, lire en ligne » plus agréable. Cet îlot de verdure permettait de couper les vents et de mitiger leurs effets desséchants. Les Almoravides ont introduit aussi dans la plaine aride le système d'irrigation par les Khattara.
Au siècle, les chérifs de la dynastie saadienne sont originaires du Drâa moyen dans le Présahara. Au siècle, les sultans de la dynastie alaouite, originaires du Tafilalet, œuvrent à rendre à cette région de l’éclat qu'elle avait perdu depuis la disparition de Sijilmassa, trois siècles plus tôt. « Moulay Rachid et Moulay Ismaïl ont exécuté un ambitieux programme de construction de barrages sur le Ziz et le Ghriss, ainsi que l’élaboration d’un réseau de canaux et de routesLe système oasien du Maroc : essai pour l’établissement d’une stratégie d’aménagement du système oasien du Maroc, Institut royal des Études stratégiques (IRES), 2011, p.57, lire en ligne ».
Dégradation des oasis au cours du vingtième siècle