François Gèze, né le à Casablanca et mort le à VannesÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un éditeur français.

Il dirige les éditions La Découverte de 1982 à 2014, maison pour laquelle il exerce ensuite une activité d’éditeur. Il est à partir de 2005 le président de la société Cairn.info, portail de revues et livres de sciences humaines et sociales.

Engagé très jeune dans des actions de solidarité internationale avec l'Amérique latine, il s'implique ensuite fortement dans l'interprofession du livre, contribuant à plusieurs de ses instances. À partir des années 1990, il se mobilise particulièrement contre les violations des droits humains en Algérie, au temps de la colonisation comme depuis son indépendance.

Biographie Famille François Gèze est le fils de Louis Gèze (1922-1968), officier issu d’une lignée paysanne du Gers, et de Thérèse d’Aviau de Ternay (1925-2014), engagée notamment au Planning familial. Il a cinq frères et sœurs.

Formation et début de carrière Après une enfance ballottée entre l’Allemagne et la France au fil des affectations de son père, François Gèze entre en classe préparatoire aux grandes écoles. Au lycée Pierre de Fermat de Toulouse, il est en « math spé » en , moment pour lui décisif comme il en témoigne cinquante ans plus tard :

Parallèlement à ses études à l’École des Mines de Paris (1969-1972), il suit un cursus d'économie du développement à l’Institut d'Études du Développement Économique et Social (IEDES) et rédige en (avec Bruno Parmentier), sous la direction du professeur Ignacy Sachs, un mémoire de la section de l’École pratique des hautes études (EPHE)« Pollution et compétitivité dans l’industrie du cuivre au Pérou. Contribution à une méthodologie d’évaluation des projets industriels prenant en compte la protection de l’environnement ». sur l’industrie péruvienne du cuivre.

De à , il est volontaire du service national actif (VSNA) à l’ambassade de France à Buenos Aires (Argentine). De 1975 à 1979, il est ingénieur économiste à la Société d’études pour le développement économique et social (SEDES), puis au Bureau d'information et de prévision économique (BIPE), où il se spécialise notamment sur l’économie des métaux non ferreuxFrançois Gèze, « La bataille des matières premières minérales : multinationales contre pays producteurs. Le cas du cuivre et de l’aluminium », Tiers Monde, vol. 17, , 1976. et les échanges économiques Est-OuestFrançois Gèze et Patrick Gutman, « Les liens économiques entre l’Est et l’Ouest sont-ils irréversibles ? », Le Monde diplomatique, .. Il est ensuite consultant, jusqu’en 1981, au bureau d’études ACT-Consultants.

Premiers engagements : le Chili et l’Argentine En 1969, François Gèze s’engage à Paris au Parti socialiste unifié (PSU), puis dans son émanation chargée de la solidarité internationaliste, le Centre d’études anti-impérialistes (Cedetim), animé notamment par Manuel Bridier, l’un des fondateurs du Parti socialiste unifié (PSU), et l’économiste Gustave Massiah.. Il s’implique ensuite, en 1972 et 1973, aux côtés des militants maoïstes de la Gauche prolétarienne (dont il ne faisait pas partie) qui créent en le quotidien Libération (il y contribuera aux pages « Économie » et au suivi de l’actualité du Chili de l’Unité populaire). En , après deux voyages au Chili et au Pérou, il fonde à Paris avec d’autres militants du Cedetim, dont Alain Joxe et Michel Vigier, le Comité de soutien à la lutte révolutionnaire du peuple chilien, lequel jouera un rôle important dans le vaste mouvement de solidarité qui s’est manifesté en France en faveur des exilés chiliens à la suite du coup d’État du général Augusto Pinochet, le ..

Lors de son séjour en Argentine de fin 1973 à début 1975, François Gèze mène un travail d’enquête sur les luttes sociales et politiques dans le pays, signant (sous le pseudonyme de Juan Carlos Russo) des correspondances pour l’hebdomadaire Politique Hebdo, puis un livre écrit avec le journaliste Alain Labrousse, Argentine, révolution et contre-révolutions. À son retour en France, il crée en , avec d’autres français bon connaisseurs de l’Argentine, le Comité de soutien aux luttes du peuple argentin (CSPLA), pour dénoncer la répression des mouvements populaires qui conduira au Coup d'État de 1976 en Argentine. Avec les animateurs de la revue Quel Corps ?., le CSPLA sera à l’origine, en , du Comité pour le boycott de l'organisation par l'Argentine de la Coupe du monde de football (COBA)Fonds personnel de François Gèze, Marina Franco, Archives COBA et CSLPA, La Contemporaine, Nanterre, 2004.. À l’occasion de ce « Mundial » qui s’est déroulé en Daniel Denis et François Gèze, « L’exploitation politique des grandes rencontres. Une géographie sportive trop méconnue », Le Monde diplomatique, ., le COBA, fort de deux cents comités locaux dans toute la France, fera largement connaître les violations des droits humains perpétrées par la dictature militaire, avec le slogan : François Gèze, « Argentine : l’Esma, centre de torture devenu lieu de mémoire », Rue89, .. Au début des années 1980, François Gèze est l’un des animateurs, avec notamment le politologue Jean-Paul Hébert et l’amiral Antoine Sanguinetti, de l’Association française de recherches sur la paix (ARESPA), fondée par Alain Joxe..

Carrière éditoriale

En 1977, François Gèze assure la direction de la collection du Cedetim, que François Maspero (1932-2015) a accepté d’accueillir dans sa maison, qu’il a créée en 1959. Début 1980, les Éditions Maspero connaissant des difficultés économiques, François Maspero demande à François Gèze – mandaté par le CedetimColloque Les mobilisations altermondialistes, Eric Agrikoliansky 3-, Association Française de Science Politique. – de lui prêter main-forte, ce qui permet à ce dernier de se former auprès d’une personne ayant la connaissance du milieu de l'édition. En , sans que François Gèze s’y attende, François Maspero lui demande d’assurer la présidence de la sociétéFrançois Maspero, cet homme libre à qui je dois tant, Bibliobs, .. Et en , Maspero démissionne sans indemnités et cède à François Gèze pour un franc symboliqueFrançois Maspero, anticolonialiste humaniste, Histoire coloniale et postcoloniale, . ses parts de l’entreprise, dont il demande seulement qu’elle change de raison sociale : elles deviendront en les Éditions La Découverte, conservant le fonds de la maisonFrançois Gèze : Être éditeur pour diffuser des idées auxquelles nous tenons, Libération, .. Avec le concours de Bruno Parmentier pendant les premières années, puis de Jean-Guy Boin de 1985 à 1992, il se consacre au développement et au renouvellement éditorial de la maison. Après avoir repris les éditions Syros en 1995, La Découverte est elle-même reprise en 1998 par le groupe Havas, devenu ensuite Editis. En , François Gèze prend sa retraite – tout en conservant une activité de directeur de collection – et confie, avec l’accord de l’actionnaire, la direction de la maison à Hugues JallonHugues Jallon succèdera à François Gèze à La Découverte, Livres Hebdo, .Éditions La Découverte, troisième génération, Nouvel Obs, ., 43 ans, ancien directeur littéraire et directeur éditorial entre 1997 et 2010. Quand ce dernier quitte La Découverte en pour prendre la direction des Éditions du Seuil, il est remplacé par Stéphanie ChevrierÉdition : Stéphanie Chevrier remplace Hugues Jallon à La Découverte, Bibliobs, ., 49 ans, toujours avec l’accord de François Gèze et de l’actionnaire.

Choix éditoriaux à La Découverte À partir de 1983, François Gèze entend inscrire le développement éditorial de La Découverte dans la fidélité aux engagements qui ont été ceux des Éditions Maspero, dans un contexte intellectuel et politique qu’il estime toutefois « très différent »« Penser le monde à nouveaux frais. Entretien avec François Gèze », Mouvements, 2019., comme il le précise en 2013.

D’où des évolutions éditoriales marquées notamment par la publication, chaque année depuis 1981 (jusqu’en 2021), de l’annuaire économique et géopolitique mondial L’État du monde, créé sur une idée du géographe Yves Lacoste et de plusieurs dizaines de titres conçus sur le même modèle de « mini-encyclopédie » grand public – un choix en rupture assumée avec les impasses du du tiers-mondisme de la période précédente.. Ou encore par la création, en 1983, de la collection de poche « Repères », initialement dirigée par l’économiste Olivier Pastré et le sociologue Michel Freyssenet (1941-2020), fruit d’une réflexion collective menée autour de la publication en économie.. Cette collection est devenue depuis l’une des principales collections universitaires dans le domaine des sciences sociales. Pour faire face à la situation difficile du secteur dans la période., François Gèze a également fait des essais et documents un axe fort de la maison. Parallèlement, il a poursuivi ou engagé un important travail d’exploration des voies nouvelles de la recherche en sciences humaines et sociales dans diverses disciplines, avec de nombreux universitaires et directeurs de collection« Penser le monde à nouveaux frais. Entretien avec François Gèze » (Mouvements, 2019).. Il a approfondi un autre axe important avec l’histoire coloniale française, orientation fondatrice des Éditions Maspero. Ce qui le conduira en 2017 à participer, avec les historiens Gilles Manceron, Fabrice Riceputi et Alain Ruscio à la création puis à l’animation du site « Histoire coloniale et postcoloniale ». Ainsi qu’à la Fondation Frantz Fanon, présidée par Mireille Fanon-Mendès-France. François Gèze a enfin régulièrement accueilli à La Découverte des revues de sciences humaines et sociales, dont il a souvent souligné l’importance, comme Hérodote, la Revue du Mauss ou Mouvements (créée en 1998.).

L’édition numérique C’est d’ailleurs cet attachement à l’avenir des revues, qu’il voit comme un , qui a contribué, avec d’autres facteurs, à le mobiliser pour le développement de l’édition numérique. Au début des années 2000, constatant le déclin régulier de la diffusion des revues imprimées, il a ainsi été partie prenante de l’initiative des Éditions De Boeck, qui ont lancé en 2005 avec La Découverte, les Éditions Érès et Belin le portail de revues Cairn.info (société dont François Gèze est depuis le président). Son succès, largement confirmé au fil des années, .

Cette orientation, selon François Gèze, est le résultat d’une expérience antérieure :

Cette expérience l’a conduit à s’investir à partir des années 2000 dans les instances interprofessionnelles mobilisées par le Syndicat national de l’édition (SNE) pour accompagner la « mutation numérique » du secteur. Il sera notamment l’un des promoteurs du programme ReLire de numérisation des livres indisponibles du (dont il a été membre du comité scientifique de 2013 à 2016), géré à partir de 2012 par la Bibliothèque nationale de France (BnF), puis mis en œuvre par la société FeniXX, filiale du Cercle de la librairie créée en 2014. Et depuis 2021, il préside pour trois ans la Commission numérique du Centre national du livre.

Fonctions interprofessionnelles dans l’édition

Dès le début des années 1980, François Gèze s’est investi dans les instances de l’interprofession du livre, en premier lieu le Syndicat national de l'édition (SNE) et, à partir de 2000, le Cercle de la librairie. Il estimait en effet essentiel pour sa maison de participer aux évolutions de l’écosystème du livre pour mieux assurer l’audience des livres qu’elle publiait, à un moment où sa situation économique était très fragile, comme l’a souligné dans sa thèse consacrée à La Découverte la sociologue Camille Joseph : Camille Joseph, Les Éditions La Découverte : la gestion d’un héritage éditorial thèse EHESS, 2010, p. 186..