Alexander von Humboldt, parfois aussi nommé Alexandre de Humboldt ou Friedrich Karl Wilhelm Heinrich Alexander, baron von Humboldt, est un naturaliste, géographe et explorateur prussien né le à Berlin et mort le dans cette même ville..
Il était membre associé de l’Académie des sciences française et président de la Société de géographie de Paris. Par la qualité des relevés topographiques et des prélèvements de faune et de flore effectués lors de ses expéditions, il a fondé les bases des explorations scientifiques.
Biographie Alexander est né à Berlin le d'un père militaire prussien, le chambellan et major général , et d'une mère Marie-Elisabeth von Humboldt, d'origine française huguenote par son grand-père et écossaise par sa grand-mère. Sa mère se charge d'organiser l'instruction de ses enfants en faisant appel à un très grand nombre de professeurs philosophes, écrivains et artiste.
Alexander est le frère cadet de Wilhelm von Humboldt (Guillaume de Humboldt), linguiste, fonctionnaire, diplomate, ministre de Prusse et philosophe allemand. Celui-ci, visionnaire pour la recherche et la pédagogie, fonda l'université Humboldt de Berlin en 1810.
Formation
thumb|Château de Tegel.|alt=|gauche
Son père, Alexander Georg von Humboldt, était issu d'une famille de l'aristocratie poméranienne et officier de l'armée prussienne. Proche de la famille royale et de la franc-maçonnerie, il a voulu transmettre à ses fils la meilleure éducation dans l'esprit des Lumières. De même, Marie-Elisabeth est très cultivée et souhaite que ses enfants soient instruits. Ainsi, ils organisent une instruction faisant appel à des précepteurs : Joachim Heinrich Campe, lequel suit les principes pédagogiques de Jean-Jacques Rousseau, puis . Ils enseignent aux enfants l'histoire, les mathématiques, le latin, le grec, le français et l'allemand.
À 9 ans, à la mort de son père, Alexander est élevé par sa mère, au château de Tegel, près de Berlin. Elle continue d'attacher la plus grande importance à l'éducation des enfants en vue de leur permettre d'accéder à de hautes fonctions politiques.
Alexander montre un intérêt prononcé pour l'histoire naturelle. Alors que Wilhelm, d'une robuste constitution, a une belle aisance dans l'apprentissage et s'oriente vers la haute fonction publique, Alexander est frêle et apprend laborieusement..
À 16 ans, Alexander est présenté par Kunth à Marcus Herz, médecin et membre de l'Académie des sciences de Berlin, l'un des principaux représentants des Lumières en Allemagne, et il est fortement impressionné par les cours et les discussions se déroulant chez lui.
En 1787, les deux frères vont étudier à l'université de Francfort-sur-l'Oder. Alexander y étudie l'administration publique et l'économie politique pendant un semestre. Il suit des cours d'archéologie, de médecine, de physique et de mathématiques. Il contracte une « amitié éternelle » avec le théologien Wilhelm Gabriel Wegener.
À 18 ans, il est initié à la botanique par son ami Carl Ludwig Willdenow.
En 1788, Alexander revient étudier dans le château familial les techniques de la manufacture et le grec ancien.
En 1789, les deux frères s'inscrivent à l’université de Göttingen, qui est un centre de la pensée éclairée à cette époque. Alexander étudie la physique avec Georg Christoph Lichtenberg, l'anatomie et la zoologie avec Johann Friedrich Blumenbach.
Après un voyage géologique, il rédige en 1790 sa première publication scientifique d'observations minéralogiques sur les basaltes du Rhin.
thumb|upright|Alexander de Humboldt peint par Friedrich Georg Weitsch, 1806.
C'est à Göttingen qu'il rencontre le naturaliste Georg Forster, dont il devient le disciple et avec lequel il voyage pendant quatre mois au printemps 1790 aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et en France pendant la période révolutionnaire. Alexander est pour la première fois à Paris en 1790 et s'enthousiasme pour les idéaux de la Révolution française et pour les Droits de l'homme:
De retour en Allemagne à la fin de l'été 1790, Humboldt poursuit des cours d'économie et de gestion à l'École de commerce de Hambourg, malgré son peu d'intérêt pour ces domaines. Il consacre ses loisirs à la géologie, la botanique, et l'étude du suédois. En , Humboldt entame une formation à l'École des mines de Freiberg, qui dure huit mois et à l’issue de laquelle il est directement nommé assesseur au département des mines sans avoir à servir en tant que cadet.
De Freiberg à Paris En 1792, Humboldt rédige un important rapport sur la géologie et l'état des mines en Prusse. Ce rapport le fait promouvoir inspecteur général des mines. Face à l'ignorance des mineurs qui ne savent pas distinguer un minerai d'une roche sans valeur, Humboldt ouvre clandestinement une école de formation des mineurs qu'il finance de ses propres deniers. Il refusera l'argent que le ministre von Heinitz lui enverra pour le défrayer de ses dépenses.
Humboldt mène des recherches pour augmenter la sécurité dans les mines.
En 1794, il obtient une promotion dans un bureau de Berlin, puis participe à des missions diplomatiques entre les états alliés allemands et l'armée révolutionnaire française. Cette même année, il fait la connaissance de l'écrivain Johann Wolfgang von Goethe, avec qui il partage sa passion pour les sciences.
En 1795, von Heinitz lui propose le poste convoité de directeur des mines de Silésie, dans le sud-est de la Prusse. Humboldt refuse et abandonne le service public.
Humboldt fait des expériences sur l'effet de l'électricité, qu'il pense être contenue dans les nerfs, et mise en évidence par l'application de deux métaux différents. Il utilise même son propre corps pour ses expériences. En 1797, il publie ses Expériences sur le muscle et la fibre nerveuse excités, avec des conjectures sur le processus chimique de la vie dans le monde animal et végétal. Alessandro Volta montre en 1795 que ce sont les métaux qui créent l'électricité et invente la pile électrique en 1800. Humboldt gardera toute sa vie l'amertume de ne pas avoir fait la distinction entre les effets physiologiques et électriques, et de ne pas en avoir déduit les principes de la pile.
En , sa mère, Marie-Élisabeth Colomb, décède d'un cancer. Moins d'un mois après sa disparition, il démissionne de son poste de conseiller aux mines. Avec son ami von Buch, il va faire des observations scientifiques dans le Tyrol. C'est là qu'il mettra au point la méthode de relevés météorologiques qui sera utilisée dans le monde entier. Il avait, en effet, bien compris le rôle de redistribution des températures joué par les grands courants marins.
Une expédition en Égypte avec Lord Bristol, que Humboldt devait joindre, est annulée par l'invasion de Bonaparte.
En , Humboldt s'installe à Paris — à cette époque la capitale intellectuelle de la planète —, où vivent son frère Wilhelm et sa belle-sœur Caroline. Il loge à l'Hôtel Boston, rue Jacob, près de Saint-Germain-des-Prés. Il étudie au Jardin des plantes, à l'Observatoire de Paris, à l'Institut de France. Il fréquente Cuvier, les botanistes Jussieu, René Desfontaines, Lamarck, André Michaux, les chimistes Chaptal, Thénard, Fourcroy, Louis-Nicolas Vauquelin, les mathématiciens Delambre, Laplace, Lalande et Jean-Charles de BordaDuviols et Minguet, ..
Expédition en Amérique (1799-1804) thumb|upright=1.6|L'expédition américaine d'Alexander von Humboldt.
L'amiral Louis Antoine de Bougainville, célèbre navigateur et explorateur, et héros de son enfance, lui propose de participer à une expédition en Amérique du Sud, au Mexique, en Californie, à travers le Pacifique, puis au pôle Sud. Bougainville sera remplacé par Baudin. Une guerre avec l'Autriche amène le Directoire à annuler l'expédition.
Humboldt fait alors la connaissance d'Aimé Bonpland, chirurgien de marine et naturaliste amateur qui devait, comme lui, participer à l'expédition de Baudin. Ils deviennent amis et décident de rejoindre l'expédition savante qui suit les troupes napoléoniennes en Égypte. Le bateau qu'ils devaient prendre ne parvient jamais à Marseille, où ils sont venus l'attendre. Ils décident alors d'aller à pied en Espagne pour prendre un bateau pour Smyrne. Pendant les six semaines de trajet, Humboldt fait de méticuleux relevés géographiques.
Humboldt est présenté au roi , à Madrid, en . Il obtient de lui des passeports avec le sceau royal qui garantit aux voyageurs l'assistance des autorités qu'ils rencontrent, dans les colonies espagnoles d'Amérique du Sud et dans les Philippines. Bonpland devient officiellement compagnon et secrétaire de Humboldt. Ils sont les premiers à effectuer une exploration scientifique digne de ce nom. L'ambition majeure de Humboldt pendant son voyage aux Amériques est de découvrir l'interaction des forces de la nature et les influences qu'exerce l'environnement géographique sur la vie végétale et animale.
Le , ils embarquent, avec une grande quantité d'instruments de mesure, à La Corogne, à bord de la corvette Le Pizarro à destination du Venezuela. Après deux semaines en mer, ils font escale quelques jours aux Canaries, où ils escaladent le pic de Teide, la première montagne gravie par Humboldt hors du continent européen. Ils arrivent le à Cumaná au Venezuela, à l'est de Caracas. Pendant la navigation, Humboldt fait des mesures astronomiques, météorologiques, de magnétisme, de température et de composition chimique de la mer.
À Cumaná, il assiste au marché aux esclaves de la ville. Éprouvant un profond dégoût pour la façon dont se vendent et s'évaluent les esclaves, il devient pour toute sa vie un « abolitionniste convaincu ». À la mi-novembre de l'année 1799, accompagnés d'un domestique nommé José de la Cruz, Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland partent en voilier pour Caracas, emportant avec eux de plantes et d'insectes qu'ils ont déjà amassés.
Le haut Orénoque thumb|upright=1|Plan du canal de Casiquiare dressé par Humboldt.
L'exploration de la forêt tropicale par Humboldt et Bonpland a pour but de confirmer la présence d'un canal naturel entre l'Orénoque et l'Amazone, le canal de Casiquiare, et de localiser le lieu exact de la source de l'Orénoque. Après des semaines de préparatifs, ils quittent Caracas, le , avec leur domestique et quatre mulets, chargés notamment d'instruments de mesure : de quoi permettre à Humboldt de relever méticuleusement la température des cours d'eau, du sol et de l'air, et la pression atmosphérique, l'inclinaison magnétique, la longitude et la latitude.
Avant de se rendre à Calabozo, dans le Sud, ils font un détour vers l'Ouest en passant par la luxuriante vallée d'Aragua qui abrite le lac de Valencia. C'est là que Humboldt émet l'hypothèse que le climat peut être modifié par l'homme. Le , ils entament leur traversée de la steppe des Llanos avant d'atteindre Calabozo où Humboldt capture des anguilles électriques (Electrophorus electricus) afin de poursuivre son étude sur l'électricité dans le monde animal.
À la fin du mois de mars, ils arrivent à San Fernando de Apure. Le , ils embarquent à bord de pirogues sur le rio Apure avec un pilote et quatre Indiens pour pagayer. Certains passages nécessitent de faire porter la pirogue à travers la forêt. Les piqûres de moustiques les font cruellement souffrir. Au cours de ce voyage, Ils récoltent de nombreux spécimens d'animaux et de plantes alors inconnus en Europe.
thumb|Humboldt et Bonpland dans la jungle amazonienne. Humboldt n'a pas aimé cette peinture car les instruments étaient représentés inexactementAndrea Wulf (2015). The invention of nature, the adventures of Alexander von Humboldt, the lost hero of science..