Le Rallye d'Argentine 1985 (5º Rally Argentina), disputé du au , est la cent-quarante-troisième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la huitième manche du championnat du monde des rallyes 1985.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1985 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement onze sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclu). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production).

La saison 1985 est nettement dominée par les Peugeot 205 Turbo 16, qui ont remporté cinq des sept épreuves déjà courues. Avec 44 points d'avance sur Audi, Peugeot est en passe de succéder à son rival allemand au championnat du monde des constructeurs. Un doublé des voitures françaises en Argentine leur assurerait définitivement le titre. Vainqueur des deux manches inaugurales (Monte-Carlo et Suède), Ari Vatanen a ensuite manqué de réussite et c'est son coéquipier Timo Salonen qui, grâce notamment à ses trois succès (au Portugal, en Grèce et en Nouvelle-Zélande), occupe la tête du championnat du monde. La nouvelle recrue de Peugeot possède vingt-huit points d'avance sur Stig Blomqvist, le champion sortant.

L'épreuve

Un an après le déroulement du Tour d'Amérique du Sud, rallye marathon de vingt mille kilomètres traversant dix pays d'Amérique du Sud remporté par la Mercedes d'Andrew CowanRevue L'Automobile n°389 - novembre 1978, la «Confederación Deportiva Automovilística Sudamericana» fut à l'origine du premier rallye Codasur, en 1979. Se déroulant presque exclusivement sur piste, l'épreuve bénéficie dès sa première édition d'une organisation parfaite et sera encensée par les pilotes. Rebaptisée Rallye d'Argentine, elle intègre le championnat du monde dès l'année suivante. Depuis 1984, l'essentiel du parcours se concentre dans la province de Córdoba, le départ étant cependant donné de Buenos Aires. Le type de terrain est particulièrement adapté aux voitures à transmission intégrale et les deux dernières éditions se sont conclues par la victoire d'une Audi Quattro.

Le parcours thumb|right|upright=1.2|alt=Buenos Aires|Le départ du Rallye d'Argentine est traditionnellement donné de Buenos Aires. départ : de Buenos Aires arrivée : à Córdoba distance : 2615,8 km, dont 956,71 km sur 23 épreuves spéciales surface : terre et rocaille Parcours divisé en quatre étapesRevue L'Automobile n°471 - septembre 1985

Première étape Buenos Aires - Alta Gracia - Córdoba, du 30 au distance : 1120 km, dont 173,36 sur 4 épreuves spéciales

Deuxième étape Córdoba - Cosquín - Cruz del Eje - Córdoba, le distance : 582 km, dont 319,93 sur 7 épreuves spéciales

Troisième étape Córdoba - La Falda - Mina Clavero - Córdoba, le distance : 520 km, dont 279,19 sur 7 épreuves spéciales

Quatrième étape Córdoba - San Agustín - Córdoba, le distance : 393,8 km, dont 184,23 sur 5 épreuves spéciales

Les forces en présence Audi thumb|right|upright=1.2|alt=Audi Quattro S1|Dans sa nouvelle version S1, l'Audi Sport Quattro est dotée d'impressionnants appendices aérodynamiques. Audi Sport engage pour la première fois la nouvelle version S1 de Sport Quattro groupe B à transmission intégrale, qui sera aux mains de Stig Blomqvist. Les évolutions portent sur l'aérodynamique (avec un aileron arrière et un spoiler avant d'une taille impressionnante), une meilleure répartition des masses et une souplesse moteur accrue. Le cinq cylindres de 2110 cm3, doté d'une culasse vingt soupapes et alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK, est capable de fournir 500 chevaux à 8000 tr/min. Depuis le Tour de Corse, les Sport Quattro disposent d'une boîte de vitesses à six rapports. Le principal défaut de ce modèle surpuissant, désormais équipé de freins refroidis par eau, reste son poids élevé, nettement supérieur à la tonne. Au côté de Blomqvist, Wilfried Wiedner va faire sa première apparition en mondiale, au volant de la Quattro A2 (1150 kg, moteur avant cinq cylindres, 2121 cm3, turbo KKK, environ 350 chevaux, transmission intégrale) avec laquelle il s'impose régulièrement dans les épreuves du championnat d'Autriche. Les Audi sont dotées de pneus MichelinRevue Auto hebdo - 8 août 1985.

Peugeot Ari Vatanen et Timo Salonen disposent de leurs 205 Turbo 16 groupe B habituelles, dont la garde au sol a été augmentée depuis le Rallye de Nouvelle-Zélande. Une troisième voiture a été préparée pour l'ancien pilote de formule 1 Carlos Reutemann, qui participera pour la deuxième fois à son rallye national. Leur architecture originale, alliant moteur central arrière et transmission intégrale, leur confère une étonnante agilité et une efficacité redoutable quel que soit le terrain. Alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK, leur quatre cylindres de 1775 cm3 délivre 350 chevaux à 7200 tr/min. Mesurant 3,82 mètres de long (soit 30 centimètres de moins que l'Audi Quattro S1), elles pèsent 980 kg et sont équipées de pneus Michelin.

Nissan thumb|right|alt=Nissan 240RS|Deux Nissan 240RS groupe B seront au départ. Shekhar Mehta et Jayant Shah prennent le départ sur des 240RS groupe B. Ces coupés à transmission classique pèsent environ une tonne. Ils sont équipés d'un moteur quatre cylindres de 2390 cm3 alimenté par deux carburateurs double corps Solex, d'une puissance de l'ordre de 275 chevaux à 8000 tr/min. Mehta et Shah ont exceptionnellement opté pour des pneus Michelin, au lieu des pneus Dunlop habituellement utilisés par le constructeur japonais.

Renault Renault Argentina a engagé deux Renault 18 GTX groupe A pour Jorge Recalde et Ernesto Soto, de nombreux pilotes locaux (notamment Gabriel Raies) s'alignant sur des modèles identiques Ces berlines pesant environ 1100 kg sont des tractions. Leur moteur quatre cylindres de deux litres développe 165 chevaux. Le constructeur français est de loin le plus représenté, avec près de cinquante Renault 12 au départ, engagées par des équipages indépendants.

Ford Plusieurs pilotes uruguayens (dont Luís Etchegoyen, Federico West, Gustavo Trelles) prennent le départ sur des anciennes Ford Escort 1600 MkII groupe A.

Déroulement de la course Première étape Les concurrents s'élancent de Buenos Aires le mardi, à partir de 22 heures. Ils effectuent tout d'abord huit cents kilomètres de parcours de liaison, de nuit, avant de disputer la première épreuve spéciale, le mercredi matin. Sur ce tronçon très rapide, la lutte est extrêmement serrée entre les trois favoris, Ari Vatanen et sa Peugeot 205 l'emportant à plus de 130 km/h de moyenne avec seulement une seconde d'avance sur son coéquipier Timo Salonen et Stig Blomqvist (sur Audi), qui ont réalisé le même temps. Dans le secteur suivant, Vatanen, alors lancé en ligne droite à environ 190 km/h, se fait surprendre par une crevasse ; sa 205 T16 se plante par l'avant et va effectuer une impressionnante série de tonneaux, rebondissant à quatre reprises sur le sol avant de s'immobiliser cent-soixante mètres plus loin, complètement disloquée. L'habitacle a cependant bien résisté ; évacués rapidement vers l'hôpital le plus proche grâce à l'hélicoptère de Peugeot Talbot Sport, Vatanen et son copilote Terry Harryman souffrent de multiples fractures, notamment aux vertèbres, mais leurs jours ne sont pas en dangerRevue Sport Auto n°284 - septembre 1985. Ayant évité l'ornière par la droite, tous les autres concurrents ont passé la cuvette sans dommage. De loin le plus rapide sur ce tronçon, Salonen prend le commandement de la course devant son coéquipier Carlos Reutemann, talonné par Blomqvist qui a cependant perdu près de deux minutes au passage d'un des nombreux gués, moteur noyé. Ayant profité des problèmes d'injection ayant ralenti l'Audi Quattro privée de Wilfried Wiedner, l'Argentin Ernesto Soto pointe à la quatrième place au volant de sa Renault 18 et occupe la tête du groupe A.

Salonen et Blomqvist vont faire pratiquement jeu égal dans les deux autres épreuves de la journée. Ils rallient Córdoba dans cet ordre, le pilote finlandais possédant plus de deux minutes et demie d'avance sur son rival suédois. Reutemann n'est pas vraiment satisfait de ses réglages de suspension et a rétrogradé en quatrième position, derrière Wiedner. Parti très prudemment, Shekhar Mehta occupe la cinquième place, sur sa Nissan. Soto a perdu plusieurs minutes dans l'avant-dernier secteur, tout comme son principal rival dans la catégorie, Jorge Recalde, qui a effectué un tonneau, et c'est désormais Gabriel Raies, sixième, qui occupe la tête du groupe A. Tous trois courent sur Renault 18. Il reste cent une voitures en course.

thumb|right|alt=Córdoba|Les équipages ont rallié Córdoba le mercredi après-midi, au terme de la première étape. + classement à la fin de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Timo Salonen Seppo Harjanne Peugeot 205 Turbo 16 B 1 h 29 min 01 s 2 Stig Blomqvist Björn Cederberg Audi Sport Quattro S1 B 1 h 31 min 42 s + 2 min 41 s 3 Wilfried Wiedner Franz Zehetner Audi Quattro A2 B 1 h 35 min 35 s + 6 min 34 s 4 Carlos Reutemann Jean-François Fauchille Peugeot 205 Turbo 16 B 1 h 35 min 58 s + 6 min 57 s 5 Shekhar Mehta Yvonne Mehta Nissan 240RS B 1 h 41 min 59 s + 12 min 58 s 6 Gabriel Raies Raul Campana Renault 18 GTX A 1 h 43 min 32 s + 13 min 31 s 7 Eduardo Chiavarolle Juan López Piccioni Renault 18 GTX A 1 h 46 min 04 s + 17 min 03 s 8 Ernesto Soto Martin Christie Renault 18 GTX A 1 h 46 min 15 s + 17 min 14 s 9 Mario Stillo Daniel Stillo Renault 12 TS A 1 h 47 min 09 s + 18 min 08 s 10 Miguel Torrás Fernando Stella Renault 12 TS A 1 h 49 min 02 s + 20 min 01 s

Deuxième étape thumb|right|upright=1.2|alt=Blomqvist|Jusqu'à son abandon à cause d'une bielle cassée, Stig Blomqvist s'était bien battu au volant de sa nouvelle Audi Sport Quattro S1.