Jean Chrétien, né le à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) et mort le à Malbuisson (Doubs), est un général de brigade et président de société français.
Chef des services de contre-espionnage en Afrique du Nord de début 1941 à début 1943 puis au sein de la direction générale des études et recherches (DGER), il est l'une des grandes figures des services spéciaux de renseignement français pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a notamment pris une part active à la préparation du débarquement allié en Afrique du Nord en et contribué efficacement à son succès puis à celui de la campagne de Tunisie. Biographie Famille et formation Jean Hector Adrien Chrétien naît le à Saint-Brieuc du mariage à Lille d'Émile Henri Jean Baptiste Chrétien, professeur de sciences au lycée de Saint-Brieuc, frère du général de division Paul Chrétien, et d’Alice Marie LefortWho's Who in France, Jacques Lafitte, , ..
Il intègre l'École supérieure de guerre (promotion 1923-1925).. C'est durant ces études que le , il épouse Suzanne Marie Gabrielle Labansat avec qui il aura deux garçons et quatre filles. Veuf, il épouse en secondes noces Raymonde Latieule, le .
Carrière militaire Première Guerre mondiale Engagé volontaire à dix-sept ans pendant la Première Guerre mondiale, il est rapidement promu sous-lieutenant. En , près de Verdun, il est blessé à la main gauche et doit être amputé d'un doigt. Il est cité à l'ordre du corps d'armée...
Entre-deux-guerres À sa sortie de l'École supérieure de guerre, Jean Chrétien intègre l'armée coloniale en 1926. Il est placé en congé de cinq ans cette même année et fait chevalier de la Légion d'honneur le .
Peu après son retour dans l'armée active, il part en 1932 pour Beyrouth et rejoint l’état-major des troupes des territoires de Damas.
En 1934, il est de retour en métropole ou il rejoint la section de politique étrangère de l’état-major de la Défense nationale à Paris. Deux ans plus tard, il passe à la section économique de mobilisation industrielle du colonel Georges Groussard. Dans le contexte anticommuniste de la fin des années trente, Groussard propose à Chrétien, alors capitaine, de s'organiser « face à la subversion dans l'armée ». Ils fondent au sein de l'armée d'active un réseau clandestin destiné à riposter à un coup de force communiste. C'est à ce moment que Chrétien fait la connaissance du capitaine André Brouillard alias « Pierre Nord », alors chef du de la région militaire de Paris, qui prête son concours au réseau clandestinPhilippe Bourdrel, La Cagoule, Histoire d'une société secrète du Front populaire à la République, Albin Michel, 2017, , .. Leur réseau fusionne fin avec le réseau Corvignolles de Georges Loustaunau-LacauGérard Chauvy, Le drame de l'armée française, Pygmalion, 2010, , ., Thierry Vivier, L'armée française et la guerre d'Espagne: 1936-1939 Officine, 2007, Pierre Ordioni, citant son ami le général Chrétien : , « Le pouvoir militaire en France » in Revue économique française Volumes 106-107, Société de géographie commerciale de Paris, 1984, .. L'année suivante, Chrétien sera muté et perdra tout contact avec le réseau.
En 1937, Jean Chrétien est promu chef de bataillon et affecté à Dakar au service de renseignement intercolonial (SRI) du colonel Georges Nyo, Jacques Cantier, L' Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, ..
Seconde Guerre mondiale Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, il participe à la Bataille de France en comme chef d'état-Major de la d'infanterie coloniale (). Il est cité à l'ordre de la division pour sa conduite au cours des journées du ..
En , Louis Rivet, alors responsable des services de renseignement clandestins, charge Jean Chrétien de diriger le contre-espionnage à Alger, Pierre Lacoste, Le renseignement à la française, Economica, 1998, .. Avec son ami Henri Navarre, chef du du général Weygand, proconsul en Afrique, ils exercent tous les pouvoirs de haute police politique en Afrique du Nord avec pour objectif de faire d’Alger un pôle de la résistance française comme celui de Londres, Pierre Nord, L'intoxication Arme absolue de la guerre subversive, Fayard, 1971, .. Le , il est promu lieutenant-colonel.
C'est en 1942 que Jean Chrétien se distingue particulièrement en ayant une part très active, voire décisive, , Marcel Degliame, Histoire de la Résistance en France de 1940 à 1945 III, Et du Nord au Midi : novembre 1942 - septembre 1943, en collaboration avec Henri Noguères, Paris, Éditions Robert Laffont, 1972, , à la préparation et au succès du débarquement allié Afrique du Nord en puis en entreprenant, en liaison avec les services alliés, au cours de la campagne de Tunisie, Jacques Soustelle, Envers et contre tout, De Londres à Alger. Souvenirs et documents sur la France libre, 1940-1942, Robert Laffont, 1947, , .. Selon Alain Guérin, il joua un rôle aussi important que celui d'Henri Navarre dans la lutte antiallemande, Alain Guérin, Chronique de la Résistance (nouvelle édition), Place des éditeurs, 2010, , ..
En , à la suite de la réorganisation du service de renseignement et à l'arrivée de Paul Paillole qui réunifie le contre-espionnage et les services de sécurité de la métropole et d'Afrique du Nord et en prend la direction, Chrétien, promu colonel en , retourne dans l'infanterie.
À la tête du régiment de tirailleurs sénégalais ( RTS), il participe à la conquête de l'île d'Elbe en . Il est cité à l'ordre de l'armée pour ce fait d'armeCitation à l'ordre de l'armée du : .Jean Chrétien, « Le débarquement à l'île d'Elbe du RTS () » in Revue historique des armées, Les Troupes de Marine, , Service historique de la Défense, , ... Il est cependant remplacé mi-juillet à cause d'incidents entre ses hommes et des civils italiens.
En , il réintègre le renseignement et devient, jusqu'à la fin de la guerre, le premier chef du contre-espionnage de la direction générale des Études et Recherches (DGER), Bertrand Warusfel, Contre-espionnage et protection du secret : histoire, droit et organisation de la sécurité nationale en France, Lavauzelle, 2000, . (qui deviendra le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) fin 1945), nouvellement créée et dirigée par Jacques SoustelleLa DGER pris la succession de la Direction générale des services spéciaux (DGSS) qui était le service de renseignement et d'action français ayant résulté de la fusion, en , du « Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de Londres » et des « Services de renseignements français d'Alger ».Le lieutenant-colonel Roger Lafont succédera à Jean Chrétien au contre-espionnage après le départ de celui-ci..
Déjà décoré en avec plusieurs officiers français et britanniques de la Legion of Merit par Franklin Delano Roosevelt sur proposition de Dwight D. Eisenhower pour son rôle dans le débarquement allié en Afrique du Nord et lors de la Campagne de Tunisie, il est cité à l’ordre de l’armée le pour la totalité de son action en Afrique du Nord..
Après-guerre De la mi-45 à la mi-47, Chrétien sert dans les forces d'occupation en Allemagne..
En , il est nommé général de brigade et promu au grade d'officier dans l'ordre national de la Légion d'honneur en novembre de la même annéeDécret du . Promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur : , Journal officiel du , ..
Il quitte l'armée fin Décret du publié au Journal officiel du , ..
Carrière professionnelle Après avoir démissionné de l'armée, Jean Chrétien poursuit une carrière dans la banque. Il est directeur de la caisse néerlandaise de crédit à Tanger de 1950 à 1959, et président de l'Union minière de l'Atlas occidental à partir de 1956.
Il est par ailleurs délégué de Tanger au Conseil supérieur des Français de l'étrangerLe Conseil supérieur des Français de l'étranger (CSFE) a été créé « pour fournir des avis sur les questions et projets intéressant les Français domiciliés à l’étranger ou l’expansion française » ; sa mission est d'apporter au ministre des Affaires étrangères, une expertise sur la France à l’étranger., de 1955 à 1963.
Il meurt le à Malbuisson, âgé de .
Hommage Jean Chrétien est le « colonel C... » de l'ouvrage de Pierre Nord, Mes Camarades sont mortsL'ouvrage de Pierre Nord, Mes Camarades sont morts, en trois volumes, retrace l'histoire des réseaux Société de travaux ruraux (Service de renseignement). Cet ouvrage a obtenu le Grand prix Vérité en 1947. et a inspiré le personnage du « colonel Christian » de son roman Le Guet-Apens d’Alger, Pierre Nord, L'intoxication Arme absolue de la guerre subversive, Fayard, 1971, ..
Publication « Le débarquement à l'île d'Elbe du () » in Revue historique des armées, Les Troupes de Marine, , Service historique de la Défense, ,
Décorations le Décret du 6 août 1952. Promotion au grade de commandeur de la Légion d'Honneur : , Journal officiel du 10/08/1952, .. le . le Décret du . Nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur : , Journal officiel du 28/12/1927, . (1 citation)Citation à l'ordre du corps d'armée du : . (3 citations)Citation à l'ordre de la division du : .Citation à l'ordre de l'armée du : , décision du général de Gaulle, en date du .. (décret du ).
(Bénin). (États-Unis) (1943)« Le Président Roosevelt décerne la croix de la Légion du Mérite à 32 officiers britanniques et à 31 officiers français », L'Écho d'Alger, 21 août 1943 .. (Royaume-uni). Officier de l'Ordre de l'Empire britannique (Royaume-Uni).
Voir aussi Bibliographie Michel Garder, La guerre secrète des services spéciaux français 1935-1945, Plon, 1967 Alain Guérin, Chronique de la Résistance (nouvelle édition), Place des éditeurs, 2010 , Vichy-Alger, 1940-1942 : Le chemin de la France au tournant de la guerre, Economica, 1999 (traduction de Frankreichs Kriegswende 1942, 1989). De nombreuses références à Jean Chrétien et son service de contre-espionnage à Alger durant cette période. Olivier Lahaie, Guerre des services spéciaux en Afrique du Nord - Les mémoires du général Jean Chrétien, ancien chef du contre-espionnage à Alger, préface d'Olivier Forcade, Histoire & Collections, 2015, Cet ouvrage retrace une partie de la vie de Jean Chrétien, chef des services de contre-espionnage en Afrique du Nord de début 1941 à début 1943, puis au sein de la DGER, à partir des souvenirs dactylographiés de ce dernier, conservés à Vincennes, complétés avec d'autres archives et témoignages. Pierre Nord Mes camarades sont morts (1947-1949) en trois tomes, Grand prix Vérité 1947. Dans cet ouvrage, Jean Chrétien est le « commandant C... », « lieutenant-colonel C... », « colonel C... » etc Tome 1 : La guerre du renseignement, Librairie des Champs-Élysées, 1947 Tome 2 : Le contre-espionnage, Librairie des Champs-Élysées, 1947 (le chapitre I, Contre-espionnage en Afrique du Nord de 1941 à 1944, , est consacré au colonel Chrétien et à son service) L'intoxication Arme absolue de la guerre subversive, Fayard, 1971 Paul Paillole et Robert L. Miller, Fighting the Nazis : French Military Intelligence and Counterintelligence, 1935-1945, Enigma, 2003 Louis Rivet, Carnets du chef des services secrets 1936-1944, Paris, Nouveau Monde éditions, 2010. Carnets de Louis Rivet édités et présentés par Olivier Forcade et Sébastien Laurent Jacques Soustelle, Envers et contre tout Tome 1 : De Londres à Alger. Souvenirs et documents sur la France libre, 1940-1942, Robert Laffont, 1947 Tome 2 : D’Alger à Paris, souvenirs et documents sur la France libre, 1942-1944, Robert Laffont, 1950
Articles connexes Société de travaux ruraux (Service de renseignement) SSMF-TR Contre-espionnage (1940-1945)
Notes et références Notes
Références Dossier militaire du SHD : cote 14 YD 1389Sous-série GR YD Officiers généraux de l’armée de terre et des services (ancien régime-2010) Répertoire alphabétique, Service historique de la Défense
Ouvrage d'Olivier Lahaie
Autres sources
Catégorie:Général français du XXe siècle Catégorie:Militaire français de la Première Guerre mondiale