Celse est un philosophe romain du qui écrivait en grec ancien. Il est l’auteur d’un ouvrage analytique et articulé, Discours véritable (en ), rédigé vers 178. Il s’agit d’un ouvrage dans lequel il attaque le christianisme naissant par les armes du raisonnement et du ridicule. Le texte original est perdu, mais la majeure partie nous en est parvenue par les extraits substantiels cités par son grand contradicteur Origène dans son ouvrage Contre Celse (composé vers 248), réfutation du Discours véritable.
La personne et la vie de Celse La biographie de Celse demeure largement conjecturale, les connaissances relatives à sa personne et à son existence reposant quasi exclusivement sur les auto-révélations contenues dans son Discours véritable contre les chrétiens ainsi que sur les fragments substantiels préservés par la réfutation qu’en a entrepris OrigèneLouis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, .. En effet, bien que l’œuvre originale soit perdue, la controverse d’Origène, rédigée entre 246 et 249, permet de restituer environ neuf dixièmes de la substance argumentative et sept dixièmes de la littéralité du texte celsien. Dans cet ouvrage, le philosophe fait état de ses pérégrinations en Palestine, en Phénicie et en Égypte, voyages au cours desquels il affirme avoir observé et analysé divers phénomènes miraculeux et prophétiques.
Formation intellectuelle Celse était un esprit cultivé, connaissant bien la littérature et la philosophie grecques. Il fut un platonicien (le moyen platonisme du ), mais également pénétré de stoïcisme, et même d'épicurisme. C'est aussi un bon connaisseur de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi que de quelques écrits chrétiens.
Quel Celse? Origène identifie, de prime abord, l'auteur du Discours véritable avec le Celse auteur d'un livre contre les magiciens, et auquel Lucien de Samosate a dédié, vers 180, son traité Alexandre ou Le Faux Prophète consacré à Alexandre d'Abonotique. Dans Contre Celse, I, 8, Origène déclare que les autres ouvrages de son adversaire [Celse] prouvent qu'il était épicurien. Cependant, dans d'autres passages, Origène ne semble plus certain d'avoir affaire à un disciple d'ÉpicureLouis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, ..
Louis Rougier incline à penser que le « Celse d'Origène » et le « Celse ami de Lucien » sont une seule et même personne, dans la mesure où il est peu probable que deux auteurs homonymes et contemporains se soient tous deux acharnés à « dépister l'imposture » avec la même « salubrité intellectuelle ». Selon L. Rougier, Celse, qui apparaît surtout dans son Discours véritable comme un platonicien, a pu être aussi épicurien : « en philosophie, Celse, comme la plupart de ses contemporains, est un éclectiqueLouis Rougier, Celse, ou le conflit de la civilisation antique et du christianisme primitif, Éditions du Siècle, 1925, . ». En revanche, Michel Fédou serait tenté de considérer que l'auteur du Discours véritable et l'épicurien ami de Lucien de Samosate sont deux personnes différentes. Le premier, en effet, « reflétait avant tout les tendances du moyen platonisme au de notre ère »Michel Fédou, Christianisme et religions païennes dans le Contre Celse d'Origène, Beauchesne, 1988, . C'est également l'opinion de C. Moreschini, Apuleio e il Platonismo, Florence, 1978, pour qui Celse appartient, avec Numénius et Atticus, au médio-platonisme..
Le Discours véritable
Le Discours véritable, parfois appelé plus explicitement par les éditeurs Discours contre les chrétiens, est l'un des plus anciens ouvrages de critique contre le christianisme. À son époque, peu de personnes semblent s’intéresser de près à cette religion issue du judaïsme, divisée en de nombreuses sectes et ayant mauvaise réputation, si l'on en croit son introduction.
Celse n'y oppose pas les religions grecque ou romaine traditionnelles telles quelles, mais une religion syncrétique fondée sur un être suprême dont les dieux des panthéons païens ne sont que des représentations, et associée à l'enseignement des grands philosophes grecs. Ce n'est donc pas le monothéisme en soi qu'il reproche aux chrétiens (et aux juifs), mais plutôt le fait qu'ils s'approprient l'« Être suprême » à leur seul profit.
Si Celse ne prête que peu de crédit aux rumeurs sur les messes secrètes, il pense que cette religion représente un danger sur les plans religieux, politique et social : Du point de vue religieux, il récuse les prétentions chrétiennes (et juives) à être la seule vraie religion. Il conteste le statut divin de Jésus de Nazareth et il affirme que ce n'est qu'un simple mortel, le chef spirituel d'une secte, dont l'histoire a été enjolivée par les chrétiens en s'inspirant entre autres de mythes païens. Il effectue une critique des principaux récits fondateurs bibliques, et de la théologie chrétienne. En matière philosophique et morale, il récuse toute supériorité morale du christianisme sur les religions païennes. Il déclare que la morale chrétienne n'a pas de réelle originalité, qu'elle est copiée de la morale préexistante des philosophes, mais présentée de façon vulgaire et stupide. Au-delà des aspects religieux et philosophique, « c'est surtout son aspect politique et social qui représente pour Celse le vrai danger du christianisme ». Le christianisme est persécuté par l'Empire romain pour des raisons politiques, les chrétiens refusant d'accomplir certains devoirs civiques et de se plier aux actes de la « religion civile » du culte de l'empereur.
Dans son ouvrage, Celse affirme que les chrétiens sont en fait des révolutionnaires refusant la discipline citoyenne et mettant ainsi en danger non seulement l’Empire, mais toute civilisation elle-même si elle se généralisait. Il prédit que l’Empire tombera ainsi aux mains des Barbares. De même, il reproche aux chrétiens d’être, de leur propre aveu, prêts à séduire les empereurs romains, « voire les éventuels vainqueurs de ces derniers »La chute de l'Empire romain et la conversion des barbares au christianisme ne contredisent pas cette vision..
Concernant le judaïsme, Celse respectait cette réligion mais critiquait ceux qui s'y convertissaient : « Si (...) les Juifs gardaient jalousement leur propre loi, on ne saurait les blâmer, mais bien plutôt ceux qui ont abandonné leurs traditions pour adopter celles des Juifs. ».
Extraits « Il est une race nouvelle d'hommes nés d'hier, sans patrie ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d'infamie, mais se faisant gloire de l'exécration commune : ce sont les chrétiens […]. »
« Dans ces derniers temps, les chrétiens ont trouvé parmi les juifs un nouveau Moïse qui les a séduits mieux encore. Il passe auprès d'eux pour le fils de Dieu et il est l'auteur de leur nouvelle doctrine […]. On sait comment il a fini. Vivant, il n'avait rien pu faire pour lui-même ; mort, dites-vous, il ressuscita et montra les trous de ses mains. Mais qui a vu tout cela ? […] »
« Soutenez l'empereur de toutes vos forces, partagez avec lui la défense du droit ; combattez pour lui si les circonstances l'exigent ; aidez-le dans le commandement de ses armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs civils et au service militaire ; prenez votre part des fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et la cause de la piété. »
Contre l'anthropocentrisme Celse dénonce aussi l'anthropocentrisme, qui est un aspect important du christianisme (et dans une moindre mesure, du stoïcisme, puisqu'il précise que ce n'est pas seulement au créationnisme juif, tel qu'il lui apparaît, qu'il reproche l'idée que l'homme peut disposer des créatures selon les courbures de son cœur) :
Notes et références
Bibliographie
Édition du texte
Édition de K. J. Neumann dans Scriptores Graeci qui Christianam impugnaverunt religionem
Traductions Celse contre les chrétiens (Discours vrai, 178), trad. Louis Rougier, Paris, Éditions du siècle, 1925
Origène : Acht Bücher gegen Celsus, übersetzt von Paul Koetschau, München, Josef Kösel, 1927. Celsus, Gegen die Christen, übersetzt von Th. Keim (1873) [Celsus' Wahres Wort], rééd. : Munich, Matthes & Seitz, 1991 N. Brox, K. Niederwimmer, H. E. Lona, et al. (éd.), Die « Wahre Lehre » des Kelsos. Übersetzt und erklärt von Horacio E. Lona, Reihe : Kommentar zu frühchristlichen Apologeten (KfA, Suppl.-Vol. 1), Freiburg, Herder, 2005, 510,
Études contemporaines
. . . . Michel Fédou, Christianisme et religions païennes dans le Contre Celse d'Origène, Beauchesne, 1988.
Études anciennes
Article dans Hauck-Herzog’s Realenzyklopädie für protestantische Theologie und Kirche Turner, W., Celsus the Platonist - Catholic Encyclopedia, 1908 Élysée Pélagaud, Étude sur Celse et la première escarmouche entre la philosophie antique et le christianisme naissant, Lyon, H. Georg, 1878, XIX-463, in-8°. Theodor Keim, Gegen die Christen (1873) [Celsus' Wahres Wort], rééd. : Munich, Matthes & Seitz, 1991 . W. Moeller, History of the Christian Church, i.169 ff. Adolf von Harnack, Expansion of Christianity, ii. 129 if. James Anthony Froude, Short Studies, iv.
Articles connexes Porphyre de Tyr Origène Martin de Tours
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