Gerardo Salvador Merino (Herrera de Pisuerga, 1910 – Barcelone, 1971) était un juriste, homme politique et gestionnaire d’entreprise espagnol.

D’abord membre du syndicat socialiste UGT, il vira politiquement à droite à la suite d’un attentat meurtrier contre son père, maire conservateur cédiste. Il entreprit des études de droit à Madrid, où il s’accointa avec quelques chefs de file de la Phalange, dont José Antonio Primo de Rivera lui-même. Notaire de son état, il fut nommé, après son affiliation à la Phalange, chef de section à La Corogne, où il manifesta des qualités de tribun populiste et un fort sens social. À l’issue de la Guerre civile, où il avait combattu dans la camp nationaliste, il fut désigné en 1939 par le nouveau régime Délégué national des syndicats, chargé de mettre en œuvre le verticalisme syndical, cheval de bataille de la Phalange, dont il avait été l’un des théoriciens et qui visait à remplacer les syndicats traditionnels, coupables de s’engager dans un antagonisme social délétère, par des syndicats « verticaux » englobant ouvriers, techniciens et patrons dans une même structure nationale de collaboration, subdivisée selon les branches de production, et appelée aussi à intervenir dans la marche de l’économie espagnole ; le but visé était — outre la mise au pas de la classe ouvrière — le dépassement de la lutte des classes et l’instauration d’une utopique harmonie sociale. L’action de Salvador Merino finit par lui attirer des inimitiés, de la part d’une partie du patronat, hostile à son ouvriérisme et à son « totalitarisme syndical », de la part des fractions traditionaliste et monarchiste du régime, qu’effarouchait la germanophilie ostensible de Salvador Merino (par quoi celui-ci œuvrait pour l’envoi de travailleurs volontaires en Allemagne et prônait l’entrée en guerre de l’Espagne aux côtés de l’Axe) Sa (supposée) appartenance à la franc-maçonnerie servit en 1941 de prétexte à sa condamnation par un tribunal spécial à huit années d’assignation à résidence dans les Baléares. Sa peine purgée, et s’étant définitivement détourné de la politique, il alla désormais occuper de hauts postes dans le monde de l’entreprise.

Biographie Formation et jeunes années Né en 1910 à Herrera de Pisuerga, localité de la province de Palencia., Gerardo Salvador Merino faisait partie d’une fratrie de sept enfants et eut pour parents les propriétaires d’un moulin situé dans son village natal.. Dans les premiers mois de la Seconde République espagnole, il adhéra au syndicat UGT, en rejoignant l’aile la plus radicale de celui-ci. ; aux dires de certains auteurs, il semblerait qu’il ait également milité dans les rangs du PSOE... En , un attentat dirigé contre son père — maire et militant du parti de droite CEDA — entraîna la mort par mégarde de sa mère, incident dont il est probable qu’il détermina sa trajectoire politique ultérieure... S’étant transporté à Madrid, il y accomplit un cursus de droit à l’université centrale, après avoir entrepris initialement des études au Collège royal d’études supérieures Marie-Christine à l’Escurial., où il avait fait la connaissance de Dionisio Ridruejo. Dans la capitale, il s’affilia à l’association estudiantine FUE (Federación Universitaria Escolar, hostile à la dictature de Primo de Rivera) et fréquentait les réunions du Café Lion, où il se lia d’amitié fin 1933 avec José Antonio Primo de Rivera, qui l’exhorta à s’associer à la Phalange (Falange Española, FE). Après qu’il eut effectivement adhéré à la FE en , sous l’influence notamment de José María Alfaro, il s’attacha à y promouvoir l’aile ouvriériste et syndicale du parti. Ses études de droit achevées, il obtint sur concours en 1935 un poste de notaire à Puentes de García Rodríguez, dans la province de La Corogne, où il prit la tête de la section locale de la Phalange.

À l’éclatement de la Guerre civile, Salvador Merino, enrôlé comme volontaire, combattit sur le front des Asturies. et fut blessé à plusieurs reprises. Au lendemain du décret d’unification d’, qui prescrivait aux phalangistes et aux carlistes de se regrouper dans un parti unique, la FET y de las JONS, Salvador Merino se rapprocha de la faction autour de Pilar Primo de Rivera et alla faire partie du Conseil national du nouveau parti. Partisan de Manuel Hedilla, il fut désigné par celui-ci en 1937 chef provincial de la Phalange à La Corogne., mais ne tarda pas à se rendre impopulaire auprès des classes moyennes par son discours ouvriériste, en particulier après qu’il eut forgé le slogan « à bas la bourgeoisie ». Pendant son séjour en Galice, il entretint une étroite amitié avec l’architecte phalangiste Germán Álvarez de Sotomayor. Bon orateur et doté de talents d’organisateur, il parvint en à réunir dans les arènes de La Corogne une vaste foule de , où il avait invité le général Juan Yagüe à prononcer un discours, dans lequel celui-ci prôna avec ardeur la révolution national-syndicaliste, ce qui valut à Gerardo Salvador d’être destitué sans délai de ses fonctions.. La même année 1938, il appartenait au groupe connu sous le nom de « Groupe de Burgos », lequel estimait qu’il était urgent de faire contre-poids, dans l’organisation phalangiste, à la masse d’éléments de droite intégrés dans ses rangs au cours de la Guerre civile.

Peu après, il s’enrôla une nouvelle fois, avec le grade de caporal, dans l’armée franquiste et resta sur le front pendant la dernière année de la Guerre civile.. En , il participa à l’expédition du vaisseau Castillo de Olite., lequel fut envoyé par le fond dans le port de Carthagène par les républicains ; cependant, Salvador Merino eut la vie sauve, fut fait prisonnier à Carthagène, et incita peu après ses codétenus à se soulever, concourant ainsi à la conquête de la ville par le camp nationaliste le ..

Délégué national des syndicats (1939-1941) Contextualisation : syndicalisme vertical Le phalangisme avait conçu un modèle syndical qui rompait radicalement avec le syndicalisme traditionnel ayant jusque-là prévalu en Espagne. Ce modèle nouveau prévoyait la création d’une structure « verticale » qui, en englobant travailleurs et patrons dans une même organisation, agirait comme instrument d’harmonisation sociale propre à neutraliser toute velléité de lutte des classes et jouerait dans le futur État national-syndicaliste également un rôle déterminant dans le développement de l’économie.. La doctrine syndicale du parti unique FET y de las JONS comportait le dépassement définitif tant du capitalisme que du marxisme, selon une ligne semblable à celle suivie dans l’Italie fasciste et dans l’Allemagne nazie, encore que le phalangisme, en dépit des similitudes évidentes, tant du point de vue des formes que du contenu, entre le syndicalisme phalangiste et ses modèles fascistes italien et allemand, ait mis tous ses soins à se présenter comme une solution authentiquement espagnole au problème social..

Le « verticalisme » était appelé à remplir une fonction double, celle de planification économique et celle d’encadrement social, en accord avec l’article neuvième du programme de la FET y de las JONS :

Du reste, au sein de la Phalange régnait un consensus absolu sur la nécessité de supprimer l’autonomie d’organisation de la classe ouvrière..

Cependant, dans un premier stade, en raison de la difficulté à déployer ses structures syndicales singulières dans le milieu du travail sous la Seconde République, le parti se voyait contraint de créer des organisations syndicales « véritablement horizontales, basées sur la classe, selon l’usage marxiste », incarnées dans les Centrales ouvrières national-syndicalistes (en abrégé CONS), puis, ultérieurement, dans les Centrales patronales national-syndicalistes (en espagnol Centrales de Empresarios Nacional-Sindicalistas, CENS). Les phalangistes justifiaient le caractère horizontal et de classe de ces centrales, qui contredisait les prémisses théoriques verticalistes du parti, en les présentant comme une étape transitoire intermédiaire dans la perspective de la future mise en place du syndicat vertical..

Les CONS réussirent à se développer et à s’implanter, en particulier par suite d’un notable effort de propagande de rue et grâce à des projets mutualistes et à des bourses de travail. Dans le même temps, la théorie syndicale phalangiste s’affinait plus avant et se complétait progressivement, notamment par les écrits de José Luis Arrese, qui permettaient au parti de forger une doctrine syndicale spécifique apte à entraîner travailleurs et patrons à soutenir massivement le modèle visant un dépassement absolu de l’antagonisme social.. La théorie national-syndicaliste sous-tendait une utopie d’harmonisation sociale où le syndicat vertical serait l’outil pour unir la classe ouvrière et le patronat, tous deux épuisés par le stérile conflit de classes qui les dévoyait du véritable objectif, savoir : la renaissance nationale. L’idéologie libérale et son antithèse marxiste, matérialistes toutes deux et par là souffrant de la même tare, avaient échoué autant l’une que l’autre parce que, arguait Arrese, « elles ne s’étaient pas adaptées au caractère espagnol, et parce qu’elles étaient injustes ».. ; le national-syndicalisme en revanche, dont le programme s’appuyait sur la volonté de « spiritualiser la vie, d’espagnoliser l’Espagne et d’instaurer la justice ». Cité par . surgissait comme la solution de rechange idéale, à même de séduire travailleurs, patrons et techniciens, car de souche exclusivement espagnole. Par sa nature verticale, c’est-à-dire englobant tous les secteurs productifs, le syndicalisme phalangiste portait en lui une utopie sociale où chaque élément de la production voyait ses besoins satisfaits, et garantissait que les relations sur le lieu de travail entre patrons et leurs subalternes s’établissent, comme préalable à la paix sociale, dans des conditions de confiance réciproque (certes forcément asymétrique)..

Après les élections de février 1936, qui avaient porté au pouvoir le Front populaire, les syndicats phalangistes regroupés dans les CONS furent mis hors la loi et leurs locaux fermés, bien que l’organisation ait continué d’agir de façon plus ou moins clandestine. Par suite du coup d’État du 18 juillet 1936, ces structures clandestines disparurent dans la zone restée sous autorité républicaine, le syndicalisme phalangiste y étant désormais réprimé en raison du soutien apporté par la Phalange au soulèvement militaire. Dans la zone devenue nationaliste, les CONS connurent au contraire une croissance sans précédent, s’expliquant par des affiliations massives au parti FE de las JONS, dont les militants étaient statutairement obligés de se syndiquer, et aussi par l’atmosphère de peur qui poussait les travailleurs à adhérer au parti pour garder leur emploi, voire parfois pour préserver leur vie..