Le Musée provincial Félicien Rops est un musée monographique situé au cœur du quartier historique de Namur, ville natale de l'artiste Félicien Rops. Il retrace la carrière artistique du graveur et illustrateur, depuis les caricatures publiées dans le journal satirique Uylenspiegel (1856) jusqu'à la série des œuvres érotiques Les Sataniques (1882), en passant par Un enterrement au pays wallon (1863), Pornocrates (1878) et les Dames au pantin (1873-1890). Le parcours, composé de près de 270 œuvres, est ponctués d’outils numériques permettant de découvrir cette personnalité majeur du namurois.

Outre la collection permanente consacrée à Félicien Rops, le musée présente, plusieurs fois par an, des expositions temporaires portant sur des thématiques telles que le et ses artistes, l’art graphique ancien ou contemporain, ainsi que certains aspects de l’œuvre ou de la vie de Rops.

Conformément aux recommandations de l'ICOM (International Council of Museums), le musée Rops développe des missions de conservation, d’acquisition, de recherche et de médiation. Il propose également des offres pédagogiques spécifiques ainsi que des activités destinées à tous les publics.

Historique Les origines du projet muséal

La création d’un musée dédié à Félicien Rops revient au gouverneur François Bovesse (1890-1944) et à Marcel Grafé (1884-1936), amateur d’art et vice-président des « Amis du Musée des Beaux-Arts de Namur ».

L’Hôtel de Croix de Namur accueille, en 1937, une exposition sur des lithographies, gravures, peintures, dessins et souvenirs de l’artiste namurois, Félicien Rops. Cependant, les œuvres les plus érotiques et sataniques sont délibérément écartées de l’exposition, laissant ainsi la place au réalisme, à la caricature ainsi qu’à la peinture de paysage.

Il faudra attendre les années 1960 pour que le projet soit repris, c’est d’ailleurs à cette même époque que Maurice Kunel (1883-1971) fonde l’association « Les Amis de Félicien Rops » aux côtés de Georges de Froidcourt (1885-1972), historien, et de Fernand Visart de Bocarmé (1890-1976). C’est l’acte de naissance des « Ropsistes ». Rapidement, l’association sollicite la création d’une salle « Rops » au cœur de l’Hôtel de Gaiffier d’Hestroy, hôtel de maitre datant du , situé rue de Fer à Namur et légué en 1950 à la Province de Namur dans l’espoir d’y installer un musée.

Quatre salles sont attribuées à l’œuvre de Rops et se déclinent sur deux étages. Le rez-de-chaussée est consacré à la reconstitution de l’ « atelier » de Rops tandis que l’étage accueille la salle des peintures ; un salon imprégné de l’ambiance studio des années 1890, avec présentation des grandes lithographies et d’une bibliothèque pour les livres reliés ; et enfin, la salle des estampes avec lithographies et eaux-fortes. L’inauguration a lieu en .

Constitution d’une collection de référence

Lorsque la Province de Namur prend la décision d’aménager un musée Rops, ces trois principaux artisans, Maurice Kunel, Georges de Froidcourt et le comte Visart de Bocarmé, se voient octroyer un certain budget. Qui plus est, le comte de Visart de Bocarmé offre à la Province de Namur, dès 1962, sa collection d’œuvres de Rops, majoritairement composée de gravures. En partant de ce fonds, ils complètent cette collection en obtenant des donations mais également en procédant à des acquisitions auprès de collectionneurs « historiques » de Rops.

Entrent alors dans le fonds de la Province de Namur des peintures et dessins de qualité tels que La Dèche (1882), La Femme au pantin et à l’éventail (1873), Tête de vieille Anversoise (1873) issus de la collection de Maurice Exsteens (1887-1961), connu comme étant le gendre de Gustave Pellet (1859-1919) qui fut l’un des marchands de Rops à Paris et acquéreur de ses droits d’auteur après sa mort ; des dessins originaux provenant de la collection d’Edmond Deman (1857-1918), libraire-éditeur qui collabora avec Rops pour l’illustration d’ouvrages à Bruxelles ; ou encore de tableaux et d’archives venant de la famille Rops au château de Thozée, gentilhommière située à Mettet, à une trentaine de kilomètres de Namur.

À ses débuts, la collection du musée se compose de 300 pièces dont près de 100 œuvres de la donation Visart de Bocarmé, une soixantaine d’estampes et lithographies des musées d’Art et d’Histoire de Namur, les autres pièces ayant été acquises ou reçues par la commission d’achat.

Le rôle de la Communauté française de Belgique - Fédération Wallonie-Bruxelles

Depuis son installation en 1964, la Province de Namur a poursuivi sa politique d’acquisition d’œuvres de Félicien Rops. À partir des années 1980, elle est soutenue par un nouveau partenaire : le ministère de la Culture de la Communauté française de Belgique.

Depuis lors, le ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles a toujours apporter son soutien au musée, notamment en participant à la vente Drouot à Paris en 1984 où elle fait l’acquisition du dessin original Pornocratès ou La Dame au cochon (1878) qui est aujourd’hui classé parmi ses trésors.

D’autres œuvres comme des dessins de la série des Cent légers croquis sans prétention pour réjouir les honnêtes gens (1878-1881) ou une huile sur panneau Satan semant l’ivraie (1867) ou encore une série de gravures avec texte autographe en marge des Sataniques sont acquises et mises en dépôt au musée Rops. En 2002, la Fédération Wallonie-Bruxelles fait l’acquisition, avec la Province de Namur, d’un fonds de gravures de 2000 pièces ayant appartenu à un collectionneur important, Maurice Pereire (1867-1946). Le musée possède alors la quasi-totalité des états de chaque gravure de Rops, comblant ainsi en une fois toutes les lacunes de la collection d’estampes.

Le second musée Rops

À partir des années 1980, la superficie du musée situé rue de Fer ne permet plus l’exposition des multiples acquisitions de la Province de Namur et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Le musée déménage alors dans un hôtel de maître situé rue Fumal, 12 au cœur du vieux Namur et à proximité de la maison natale de Félicien Rops. Le muséologue et conseiller au Ministère de la Communauté française, André Marchal (1923-1989), dirige le projet.

Le , l’inauguration a lieu. Le premier étage permet au visiteur de suivre Rops au travers de son parcours chronologique en trois étapes clé : Namur, Bruxelles et Paris. Le second étage présente, quant à lui, les principales techniques de Rops : gravure, dessin et peinture.

Historique de ce nouveau lieu d’accueil de l’œuvre de Rops

Le bâtiment originel date du siècle et est présent sur les plans de la ville. En 1834, Théodore Polet, le beau-père de Félicien Rops achète la propriété et la rehausse en 1850 en l’habillant dans un style néoclassique. À l’intérieur, on perçoit encore la distribution intérieure et une refonte du décor, tendance Second Empire (escalier, plafond, cheminée). En 1874, le fabricant de chocolat et de moutarde, Auguste Boty construit dans le jardin une serre en forme de galerie, en style éclectique. Elle sera démolie après 1980. L’avocat Hamoir qui achète la maison en 1898, fait installer une baie vitrée de style Art nouveau, façon Hankar ouvrant le « grand salon » (actuel accueil du musée) sur ladite serre. C’est Henri Hamoir qui cède la maison en 1934, aux Renard-Dietens, qui la vendront aux Renard-Crabbé, torréfacteurs de café. Finalement, la Province de Namur acquiert le bâtiment en 1978.

L’extension du musée Rops entre 1996 et 2003

En quelques années seulement, force est de constater que le « nouveau » musée est déjà trop petit. En effet, il doit aussi prendre en compte les besoins et les normes de sécurité d’un musée actif (conservation, diffusion, recherche scientifique). Dès 1993, la Province de Namur soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles souhaite programmer plusieurs phases de travaux.

En 1996, les travaux débutent par l’aménagement de l’ancien atelier de torréfaction. Cet espace, réparti sur deux étages, se compose de 200m² consacrés aux expositions temporaires, d’une réserve d’œuvres pour peintures et dessins et d’un atelier destiné aux animations pédagogiques et à la restauration d’œuvres sur papier.

En 1999, deux nouvelles salles sont aménagées pour la collection de référence ainsi qu’une salle audiovisuelle, une zone administrative, une réserve pour les gravures et un ascenseur. La façade de l’immeuble reste au niveau des matériaux dans l’esprit de la rue, mais devient quasi-aveugle afin de satisfaire aux normes très strictes de conservation d’œuvres sur papier : seules deux fentes de lumière sont pratiquées de part et d’autre d’un mur courbe rentrant latéralement dans le bâtiment.

Fin 2002, la troisième et dernière phase de travaux concerne le réaménagement des salles d’exposition permanente, les travaux de stabilité, l’installation de la climatisation et d’un nouvel éclairage adapté à la conservation des œuvres, la création d’une bibliothèque et surtout la conception d’une nouvelle scénographie. Les travaux sont alors confiés à l'archiscénographe Filip Roland à la suite d'un concours européen d'idées organisé par la Province de Namur.

Compte tenu de la passion pour la botanique de Rops, le jardin du musée est complètement transformé en 2005, sur base d’une analyse minutieuse par Philippe Martin, botaniste et responsable de la collection de botanique de l’UNamur, des herbiers de l’artiste conservés au musée. Le « jardin d’en haut » et « jardin d’en bas » établis par Rops dans son parc à Thozée sont évoqués par deux niveaux distincts recréés pour l’occasion. L’artiste contemporaine, Anne Jones (1951-), choisit les plantes préférées de l’artiste pour embellir le fond du jardin, tandis qu’une sculpture composée de 25 sphères en ardoise, Carré d’ardoises (2005), prend place à l’avant-plan.

S’étendre à nouveau grâce à la Fondation Roi Baudouin

Une vingtaine d’années plus tard, l’espace disponible dans le bâtiment pose de nouveau problème à l’équipe du musée : il ne permet plus à celle-ci de remplir ses missions qui ont évolué en même temps que la société.

La Fondation Roi Baudouin achète, en , le 10 rue Fumal dans l’optique de confier cette future extension à l’asbl « Les Amis du musée Rops ».

Le rez-de-chaussée est aménagé en ateliers pédagogiques principalement dévolus à la technique de la gravure. Les personnes à mobilité réduite tout comme les enfants peuvent y accéder facilement. Dans un futur proche seront réalisés des travaux et aménagements dans le but de mettre aux normes l’ensemble de l’annexe.

La collection de référence L’œuvre de Félicien Rops constitue un chapitre fondamental de la modernité en Belgique, entre l’époque du Réalisme critique et le Symbolisme ; ses peintures et ses œuvres sur papier relèvent d’un imaginaire auquel ses obsessions ont donné naissance.

La collection est articulée autour d’une idée maîtresse : la découverte de la vie de l’artiste au travers de différentes thématiques qui constituent autant d’étapes importantes de la carrière artistique de Félicien Rops. Ainsi le musée possède des caricatures du début de carrière de l’artiste, lorsque ce dernier faisait ses armes à l’Université Libre de Bruxelles et dans le journal Uylenspiegel ; des gravures et dessins liés à sa période réaliste ; des tableaux et pochades de ses nombreux voyages ainsi que de nombreuses œuvres symbolistes dont il est l’un des premiers représentants. Les lettres et les documents d’archives complètent la vision générale sur l’artiste et le siècle ainsi que des croquis et carnets lui ayant appartenu.

La collection ne prétend pas à l’exhaustivité mais permet de manière cohérente de présenter un panel représentatif de l’œuvre complexe de Félicien Rops ainsi que des œuvres témoignant de ses pratiques artistiques, comme les gravures avec dessins en marge et la série des Cent légers croquis.

La muséographie est structurée selon une logique chronologique mais aussi une logique thématique.