vignette| Rassemblent au nouveau sanctuaire Trần Nhân Tông à Huế vignette| Porte d'entrée du sanctuaire Bà Thủy Long Thánh Mẫu, ou simplement sanctuaire Bà, à Dương Đông vignette| Autel dédié à Tây Vương Mẫu (Xi Wangmu) dans un sanctuaire de Sóc Trăng vignette| Drapeaux des cinq couleurs La religion traditionnelle vietnamienne (, aussi appelée , Chữ Hán : ), est une religion spécifique aux Viêts. D'après le Pew Research Center, 45,3 % de la population pratiquait cette religion en 2012.
La religion traditionnelle vietnamienne n'est pas une religion organisée, mais un ensemble de traditions locales de cultes dédiés aux , que l'on peut traduire par "esprits" ou "dieux". Ces dieux peuvent être des divinités de la nature ou protectrices de la nation, des esprits tutélaires d'une communauté ou d'une lignée, ou encore des dieux ancestraux associés à une famille en particulier. Les dieux ancestraux sont souvent des personnes héroïques divinisées. La mythologie vietnamienne transmet des récits des actions de nombreux dieux cosmiques et héros culturels.
La religion traditionnelle vietnamienne est parfois identifiée au confucianisme dans la mesure où elle porte des valeurs promues par Confucius. Le est une forme particulière de la religion traditionnelle vietnamienne qui accorde une importance particulière aux déesses mères. Le gouvernement du Viêt Nam considère le caodaïsme comme une forme de religion traditionnelle vietnamienne, dans la mesure où il combine le culte des où des esprits locaux avec le bouddhisme, le confucianisme, le taoïsme ainsi qu'avec des éléments du catholicisme, du spiritisme et de la théosophie.
Histoire gauche|vignette| Le grand sanctuaire de Cô à Long Hải . gauche|vignette| Sanctuaire Bùi Hữu Nghĩa à Cần Thơ . La religion traditionnelle vietnamienne a connu plusieurs moments de répression de la fin de la période dynastique, en 1945, aux années 1980. La destruction, l'abandon et la dilapidation des temples étaient particulièrement communs au Viêt Nam du nord pendant la réforme agraire (1953-1955), puis au Viêt Nam réunifié pendant la période de la collectivisation (1975-1986).
Cette destruction culturelle fut critiquée et remise en cause à partir des années 1960Roszko, 2012, pp.28-30. Cependant, c'est entre 1975 et 1976 qu'eurent lieu les campagnes antireligieuses et les destructions de temples les plus virulentesRoszko, 2012, p.30. A la veille des réformes du Đổi Mới, à partir de 1986, l’État est progressivement retourné à une politique de préservation de la culture religieuseRoszko, 2012, p.31, et la religion traditionnelle vietnamienne fut mise en avant comme le pilier d'une "culture progressive, imprégnée d'identité nationale"Roszko, 2012, p.33.
Dans le cadre du projet d'élaboration d'une identité nationale vietnamienne, le discours public encourage le culte d'anciens d'héros, de dieux et d'esprits ayant une présence ancienne au sein de la religion traditionnelleRoszko, 2012, p.35. Dans ce processus de renouvellement religieux, la relation entre l’État et les communautés locales est flexible et basée sur le dialogue. La population est actrice de cette renaissance de la religion traditionnelle vietnamienne au même titre que l’ÉtatRoszko, 2012, pp.35-36.
Concept de Dans la religion traditionnelle vietnamienne, le (chữ Hán: 靈) désigne le pouvoir d'une divinité d'affecter le monde des vivants. Les mots composés sino-vietnamiens comprenant le terme linh couvrent un large champ sémantique: 靈聖 "sacré", 靈顯 "manifestation prodigieuse", 靈應 "réceptif" (aux prières, etc.), 靈驗 "efficace", 靈魂 "esprit d'une personne", 亡魂 "l'esprit d'un mort avant de "passer de l'autre côté"", "l'esprit d'un mort qui est "passé de l'autre côté"". Ces concepts sont dérivés du ling chinois. 聖est une variation de tinh, signifiant "principe constitutif d'un être", "essence d'une chose", "Daimôn", "intelligence" ou "perspicacité".
Le linh tient un rôle de médiation entre l'âm et le dương, c'est-à-dire entre le "désordre" et l' "ordre" , correspondant respectivement aux concepts chinois du yin et du yangĐõ̂, 2003, pp.10-11. Le pouvoir linh d'une entité réside dans la médiation entre les deux niveaux de l'ordre et du désordre qui gouvernent les changements sociauxĐõ̂, 2003, p.11. L'entité médiatrice change elle-même de statut et de fonction entre ces deux niveaux, et change de sens selon les contextes.
Cet attribut est souvent associé aux déesses, ainsi qu'à des figures animales comme le serpent, animal amphibie, la chouette qui prend la nuit pour le jour, la chauve-souris qui est à mi-chemin entre le mammifère et l'oiseau, le coq qui chante entre la nuit et le matin, mais aussi aux rivières séparant deux étendues de terre et à d'autres entités "liminales". Il y a des dieux âm comme , et des dieux comme Trần Hưng ĐạoĐõ̂, 2003, pp.12-13. Le linh est une "logique culturelle des relations symboliques" et une "logique matérielle des relations sociales" qui gouverne les changements à l'échelle de la société et de l'HistoireĐõ̂, 2003, p.13.
Le linh peut aussi être compris comme la capacité à mettre en place des frontières spatiales et temporelles, à représenter et identifier des métaphores, ainsi qu'à séparer ou lier des différencesĐõ̂, 2003, p.14. Ces frontières peuvent être traversées grâce à des pratiques comme les sacrifices ou la possession dans le cadre du chamanisme.
Confucianisme et taoïsme vignette| Autels aux disciples de Confucius au Temple de la Littérature de Hanoï La religion traditionnelle vietnamienne est souvent considérée comme du "confucianisme" dans la mesure où elle promet des valeurs confucéennes. Les temples de la Littérature () sont des temples dédiés au culte de Confucius qui servaient aussi d'académies à l'époque impériale.
Il semble que le taoïsme ait été introduit au Viêt Nam durant la première domination chinoise du Viêt Nam. Il est rarement pratiqué dans sa forme pure au Viêt Nam, mais il est possible de le rencontrer parmi certaines communautés chinoises, comme celle de Saïgon, où se trouve une communauté de prêtres cantonais dans la pagode Khánh Vân Nam Viện. Certaines de ses doctrines ont été intégrées à la religion traditionnelle vietnamienne. Le Đạo Mẫu et le caodaïsme présentent aussi des signes d'influence taoïste.
D'après le professeur Liam Keelley, durant la dynastie Tang les esprits natifs du Viêt Nam furent intégrés au taoïsme, et la conception taoïste de ces esprits a complètement remplacé les récits natifs.. Le bouddhisme et le taoïsme ont aussi remplacé les récits natifs concernant le mont ..
Mouvements religieux autochtones
Caodaïsme
vignette| Autel dans un temple Cao Đài à Mỹ Tho. Le caodaïsme est une religion organisée monothéiste et syncrétique vietnamienne établie formellement à Tây Ninh dans le sud du Viêt Nam en 1926.Le nom complet de la religion est Đại Đạo Tam Kỳ Phổ Độ ("la Grande Voie [de salut de la] période du jeûne [bouddhique qui] délivre [les âmes captives aux enfers]")Paul LÉVY, « CAODAÏSME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/caodaisme/. Les fidèles appellent aussi leur religion Đạo Trời ("Voie de Dieu"). Le caodaïsme a des racines communes et des similarités avec les doctrines Tiên Thiên Đạo.
Cao Đài , littéralement le "palais suprême", est la plus haute divinité, souvent identifiée à l'empereur de Jade, qui a créé l'univers. Il est vénéré dans le temple principal, mais les caodaïstes vénèrent aussi la Déesse Mère, aussi connue sous le nom de Reine-mère de l'Ouest. Le symbole de la foi est l’œil Gauche de Cao Đài, représentant l'activité dương (yang) du mâle créateur, qui est balancée par l'activité âm (yin) de la Déesse Mère féminine et nourricière de l'humanité.
Đạo Bửu Sơn Kỳ Hương ("La voie de l'étrange parfum de la montagne précieuse"") est une tradition religieuse comprenant des éléments bouddhistes, taoïstes, confucéens, zens, yiguandaos, à l'origine pratiquée par le mystique Đoàn Minh Huyên (1807–1856) et perpétuée par Huỳnh Phú Sổ, fondateur de la secte Hòa Hảo.
Des pouvoirs thaumaturgiques furent prêtés à Huyên au cours de l'épidémie de choléra de 1849 qui fit plus d’un million de victimes. Ses fidèles portaient des amulettes ornées des caractères chinois pour "Bửu Sơn Kỳ Hương", une phrase qui fut rétrospectivement identifiée à la religion pratiquée par Huyên, et au mouvement millénariste associé à ce dernier. Ce courant compte environ 15 000 adhérents principalement concentrés dans les provinces d'An Giang, de Đồng Tháp, de Bà Rịa–Vũng Tàu, de Long An, de Sóc Trăng, de Vĩnh Long, de Tiền Giang et de Bến Tre.
Le ("la Voie de la Mère") renvoie au culte de la (la Déesse Mère) et des différentes déesses mères, et constitue un élément central de la religion traditionnelle vietnamienneVu, 2006, p. 27. Les Vietnamiens vénèrent de telles déesses depuis la Préhistoire. Il est possible que le concept de Déesse mère ait fini par subsumer les divers esprits de la nature sous un seul esprit se manifestant sous différentes formes. Au cours de l'histoire, un certain nombre d'héroïnes protectrices ou thaumaturges furent déifiées en tant que manifestation de la Déesse Mère.
En tant que mouvement indépendant avec son propre clergé (composé de chamans supposés pouvoir faire se rejoindre les mondes matériel et spirituel), temples et rituels, le fait l'objet d'un renouvellement à partir des années 1970 dans le Viêt Nam du Nord, et ensuite dans le pays nouvellement unifiéVu, 2006, pp.28-30. Dans le panthéon du l'Empereur de Jade () est vu comme le dieu suprême et créateurVu, 2006, p.31, tout en étant vu comme une entité abstraite qui ne fait que rarement l'objet d'un culteVu, 2006, p.33. La déesse suprême est Vu, 2006, p.32. Le panthéon inclut de nombreux autres dieux, féminins ou masculinsVu, 2003, pp.33-34.
vignette| Temple Tam Bửu, du Đạo Tứ Ân Hiếu Nghĩa, à Ba Chúc, district de Tri Tôn Le ou simplement le est une religion populaire vietnamienne organisée fondée dans les années 1800. Elle compte environ 80 000 fidèles répartis dans tout le Sud du Viêt Nam, et particulièrement concentrés dans le district de Tri Tôn..
Les ou sont un groupe de cinq religions ayant en commun des racines issues du xiantiandao ainsi que du caodaïsme, tout en étant plus anciennes et en ayant influencé ce dernier. signifie la "Voie de la Lumière". Ils font partie du large milieu du sectarisme religieux sino-vietnamienJammes, 2010, p.358. Après le XVIIe siècle, au moment du déclin de la dynastie Ming, un grand nombre de groupes minhs sont apparus en Cochinchine, en particulier autour de Saïgon.
Les autorités chinoises se sont peu intéressées à ces groupes dans la mesure où, du moins jusqu'au début du XXe siècle, leurs activités se sont limitées aux temples. Il s'agissait de structures autonomes se consacrant au culte, à la philanthropie et à la littérature. Ils avaient pourtant déjà des éléments embryonnaires de nationalisme vietnamien, qui ont évolué de manière conjointe au développement de leurs activités politiques au début du XXe siècle.
Cinq mouvements sont apparus dans le Sud du Viêt Nam aux : Minh Sư Đạo ("Voie du Maître Éclairé"), ("Voie de la Raison Éclairée"), ("Voie du Temple de la Lumière"), ("Voie de la Bonté à venir") et ("Voie de la nouvelle Lumière").
Le fondateur du est Âu Kiệt Lâm (1896–1941), un intellectuel et shaman d'origine chinoise et vietnamienne, capable de dépasser les barrières culturelles entre les deux peuplesJammes, 2010, p. 359. Les divinités principales du panthéon du groupe sont l'Empereur de Jade () et la Reine-Mère de l'Ouest ().
Des traits symboliques, liturgiques et théologiques des groupes étaient partagés avec le caodaïsmeJammes, 2010, p.360. À partir de 1975, les activités et les temples de certains groupes ont été absorbés par des branches du caodaïsme, alors que d'autres sont demeurés distincts, en particulier le et le Jammes, 2010, pp.364-365.