droite|vignette|redresse=1.2|alt=Drapeau tricolore dont les bandes rouge-blanc-noir représentent une vague déferlante.|Le drapeau du Tino rangatiratanga, ou drapeau national maori.
« » est un terme maori qui signifie approximativement « pleine souveraineté ». Ancré dans la culture maorie, ce terme a été posé comme principe fondateur du traité de Waitangi, qui plaçait la Nouvelle-Zélande sous domination britannique. Toutefois, mal traduit, mal compris et très peu respecté par le colonisateur, il a été vidé de son sens, ce qui a mené à la confiscation des terres et des biens des Maoris.
Progressivement remis à l'honneur au cours des et 1980, le constitue à la fin du et au début du une revendication importante de la communauté maorie. Par ailleurs, il a beaucoup été étudié, mais aussi mis en pratique, à la fois dans la vie quotidienne et lors de crises, et y a démontré sa pertinence.
Terminologie Le terme signifie « souveraineté », « autorité », « autodétermination » ou « indépendance ». Il signifie l'exercice légal et moral d'un chef ou d'un groupe. Le terme , quant à lui, renforce et précise ce terme ; il signifie « quintessenciel » ou « ontologique » ; on peut également le traduire par « absolu » . ..
Le terme lui-même est un mot māori pouvant être traduit par « meneur » ou « chef ». Toutefois, dans l'étymologie maorie, il peut être décomposé en « ranga » et « tira ». Ranga dérive du terme qui signifie tisser, et fait référence à un groupe ou une communauté. Le chef est donc pour les Maoris celui qui tisse le lien de la communauté, qui sait faire corps à partir des particularités de chacun, qui veille au bien-être collectif.
Histoire Les deux versions linguistiques du traité de Waitangi redresse=0.6|vignette|gauche|alt=Feuille de papier très abîmée sur laquelle un texte d'accord officiel est écrit.|Le traité de Waitangi.
Le concept de est fortement lié au traité de Waitangi, signé en 1840, par lequel la Nouvelle-Zélande devient une colonie du Royaume-Uni. Dans l'interprétation maorie du traité, le principe de la souveraineté continue ou des Maōris est sous-jacent au traité. En revanche, pour les Pakeha, le traité marque une rupture puisqu'il place l'archipel sous domination britannique ..
L'interprétation fait se confronter deux concepts maoris qui sont le , qu'on peut traduire par « souveraineté » et le , qui peut être traduit comme « gouvernement ».
Version anglaise Le préambule de la version anglaise du traité affirme la volonté de la couronne britannique de protéger les droits et les biens () des chefs et des tribus autochtones (). L'article premier précise que les chefs des iwi cèdent absolument et sans réserve à la Couronne, tous les droits et pouvoirs de souveraineté () qu’ils exercent ou possèdent sur leurs territoires respectifs.
Néanmoins, l'article deux réaffirme aux iwi la possession pleine, exclusive et non troublée de leurs biens (), moyennant un droit exclusif de préemption par la Couronne. Ces deux points étant acquis, le troisième article accorde aux Maōris tous les droits et privilèges des sujets britanniques () ..
Version maorie droite|redresse=0.8|vignette|alt=Photographie ancienne en noir et blanc d'un Maori tatoué sur le visage.|Tamati Waka Nene, un des signataires maoris du traité, joue un grand rôle pour convaincre les autres chefs maoris de signer.
Dans la version maorie du texte, le préambule traité affirme vouloir protéger , c'est-à-dire la souveraineté maorie. Une première différence importante entre les deux versions linguistiques apparaît à la fin du préambule, qui est « soumis » aux chefs Maoris quand la version anglaise les « invite à adhérer » ..
Concernant l'article premier, la version maorie précise que les iwi accordent à la Couronne britannique « le gouvernement complet sur leur terre ». Dans l'article deuxième, le gouvernement britannique s'engage pour sa part à protéger les chefs, les hapu et tous les gens de Nouvelle-Zélande « dans l’exercice inconditionnel de leur chefferie sur leurs terres, villages, et tous leurs », ce dernier terme désignant un trésor, qu'il soit matériel ou immatériel. En ce qui concerne la préemption, le terme maori utilisé est , qui signifie aussi bien « achat » que « vente ».
Une autre divergence possible apparaît dans l'article troisième, où le texte assure les Maōris que la Couronne leur accordera les mêmes qu'aux sujets britanniques. Là où la version anglaise parle de « droits » et « d'obligations », la implique également les « coutumes ». La lecture maorie de ce texte implique que la puissance coloniale s'est engagée à préserver les coutumes autochtones.
Le chef maori Nopera aurait estimé, selon la formulation du traité, que .
Les problèmes de traduction gauche|vignette|redresse=0.6|alt=Photographie ancienne en noir et blanc d'un homme blanc âgé assis sur une chaise.|Henry Williams, missionnaire et traducteur du traité de Waitangi.
La version maorie du texte est traduite par Henry Williams ..
Les commentateurs postérieurs relèvent premièrement que, contrairement à la langue anglaise, de tradition écrite, la langue maorie est principalement orale et très dépendante du contexte d'élocution. Deuxièmement, Henry Williams, en tant que missionnaire, est influencé par un vocabulaire de type biblique. Or ce vocabulaire a été mis en place dans un souci d'évangélisation des populations locales, en adaptant certains termes maoris préexistants à un usage anglophone et anglican qui ne correspond pas toujours au vécu maori ..
Ainsi, a été utilisé par les premiers missionnaires pour exprimer l'idée de « règne » telle qu'elle apparaît dans le Notre Père, ce qui implique, du point de vue des missionnaires, une notion d'autorité ; le terme le plus approchant en maori serait plutôt . Les linguistes du estiment qu'aucun terme anglais ne recouvre pleinement l'acception de .
Certains commentateurs estiment donc, en vertu de ces nuances de traduction, que les deux versions du traité, qui toutes deux font foi, ne sont pas pleinement équivalentes.
La mise en œuvre du traité Toutefois, c'est moins le traité que sa mise en œuvre qui pose problème. La première raison en est que l'une des deux parties du traité, la Couronne, est à la fois juge et partie . .. Le paroxysme de cette inégalité apparaît en 1875 quand le juge , lors de l'arrêt , déclare que le traité de Waitangi, signé d'après lui par des « barbares primitifs », est , c'est-à-dire « tout simplement nul ».
La seconde raison est la politique massive de migrations coloniales depuis les îles Britanniques, qui amène des centaines de milliers de nouveaux arrivants. La confiscation des terres se fait de manière souvent violente, en particulier entre 1843 et 1847 et tout au long des années 1860 ..
À la fin des années 1930, les Maoris possèdent moins d'un sixième de leur pays. Par ailleurs ils subissent au un fort exode rural : en 1926 ils soit moins de 10 % à vivre en milieu urbain, proportion qui monte à 40 % au milieu des années 1960 ..
La remise en cause de l'interprétation pro-européenne La remise en cause de la vision unilatérale du traité est très tardive et n'intervient que dans les années 1970, avec l'adoption du de 1975. Cet acte entérine la reconnaissance pleine et entière du traité de 1840 en droit néo-zélandais. En 1986, c'est la jurisprudence héritée de l'arrêt de 1875 qui est cassée par l'arrêt , ouvrant ainsi la porte à d'autrs arrêts de ce type, mais également à une justice réparatrice. D'autre part, durant les quinze dernières années du , la double formulation du traité tend à être acceptée, tant par les Maoris que par les Pakeha, comme une sorte de partenariat dynamique () ..
En outre, la loi constitutionnelle de 1986 a coupé les derniers liens institutionnels liant l'archipel à son ancienne puissance coloniale, ce qui donne plus de force constitutionnelle au traité de Waitangi ..
La revendication est considérée par de nombreux Maoris comme découlant naturellement du traité, qui de leur point de vue était censé leur garantir la pleine et entière autorité sur leurs terres et leurs coutumes .. L'étude et la mise en pratique du est mise à l'honneur à partir des années 1980 et surtout 1990, dans les universités, mais aussi dans les structures de soins et certaines structures économiques ..
Cette revendication s'exprime notamment par des manifestations publiques, des ou marches de protestation, des sit-in, mais aussi par l'utilisation de voies légales. Toutefois, ces actions ne constituent que la partie la plus visible de la revendication. D'autres méthodes plus discrètes sont utilisées, en particulier celles qui se réapproprient le sens profond du , notamment dans l'usage de la terre, avec la mise en place de jardins locaux permettant de viser la souveraineté alimentaire.
Mise en œuvre Le est mis en œuvre en vue de favoriser le bien-être individuel et collectif des Maōris. Mais sa mise en œuvre est elle-même un élément constitutif de ce bien-être, qui est donc entravé lorsque le ne peut être appliqué.
Lors de crises En particulier, durant la pandémie de Covid-19, la tradition orale et la mémoire de l'histoire ancienne et récente du peuple maori a permis de mieux rapidement prendre conscience du potentiel dévastateur de la pandémie. En effet, les autochtones Néo-Zélandais ont énormément souffert aux des maladies apportées par les Européens. Près d'un tiers sont morts dès avant 1840, un second tiers de cette date à 1860. Enfin la grippe espagnole a causé proportionnellement huit fois plus de décès chez eux que chez les Européens ..
La mesure la plus connue est l'établissement de points de contrôle aux iwi. De nombreux iwi ont pris la décision de fermer leur territoire et d'y établir des contrôles surveillés d'entrées et de sorties, afin d'éviter la propagation de la maladie ..
Dans la relation au territoire Aucune étude n'est réalisée sur la perception des Maoris sur le tourisme en Nouvelle-Zélande jusque dans les années 1990. Dans les années 1990 et 2000, ce sujet est très légèrement esquissé. Elles mettent en évidence une perception aiguë des aspects négatifs du tourisme par la communauté maorie, notamment le détournement de la culture maorie, le manque de reconnaissance de la , et une absence de reconnaissance du lien spécifique entre les Maoris et leur environnement ..
En effet, contrairement à la vision « utilitaire » de la culture occidentale, où la terre est avant tout une pourvoyeuse de ressources, de nombreux Maoris ont une vision du monde écocentrique et fondée sur des principes holistiques, selon lesquels la nature a une valeur intrinsèque qui dépasse celle du développement humain ..
Dans cette optique, le pourrait s'exprimer par la mise en œuvre de la , c'est-à-dire l'assemblée de l'iwi.
Notes et références
Bibliographie
Catégorie:Constitution de la Nouvelle-Zélande