Le conflit du récif de Scarborough est une série de tensions entre les Philippines et la Chine au sujet du récif contesté de Scarborough (appelé Huangyan par la Chine). Le conflit commence le après la tentative d'appréhension par la Marine philippine de huit navires de pêche originaires de Chine continentale près du récif et se poursuit dans les années qui suivent.

Contexte gauche|vignette|Carte des différends territoriaux en mer de Chine méridionale.

La Chine est opposée à plusieurs pays bordant la mer de Chine méridionale dans un conflit autour du contrôle des archipels de cette espace maritime. Les zones concernées sont notamment les îles Spratleys, les îles Paracels et d'autres îlots et haut-fonds isolés. Les îles sont revendiquées par plusieurs pays à la fois (Chine, Viêt Nam, Philippines). L'enjeu est la possession et l'exploitation des ressources halieutiques et énergétiques (gaz naturel), ainsi que l'exercice d'un contrôle sur le transport maritime.

Début du conflit Le récif de Scarborough est revendiqué par les Philippines et la Chine. Le , un avion de reconnaissance philippin repère huit navires de pêche chinois ancrés dans les eaux du récif de Scarborough. Le est envoyé le même jour par la Marine philippine pour inspecter les environs du récif et confirme la présence des navires de pêche et leurs activités en cours. Le , le navire vient inspecter les prises des navires de pêche. L'équipe d'inspection affirme avoir découvert des coraux, des bénitiers géants et des requins vivants, collectés illégalement à l'intérieur du premier navire arraisonné par l'équipe. Le BRP Gregorio del Pilar signale que les marins ont tenté d'arrêter les pêcheurs chinois mais ont été bloqués par des navires de surveillance maritime chinois, le et le . Les tensions se poursuivent depuis lors entre les deux pays.

Conséquences et réactions

Sanctions et boycotts

Appel à des sanctions En 2012, un appel infructueux est lancé par les Philippines pour boycotter les produits fabriqués en Chine par le gouverneur d'Albay, .

La même année, les Philippino-Américains, ainsi que la communauté vietnamienne de Floride, appellent également au boycott des produits chinois.

Restrictions d'importation en Chine La Chine impose des réglementations plus strictes sur les importations de bananes philippines. Une cargaison de bananes de provenance de l'archipel est inspectée et refusée en , prétendument en raison de son échec aux tests de quarantaine. Selon les exportateurs philippins de bananes, la décision de la Chine est liée au conflit entourant le récif de Scarborough. La Chine ordonne également des inspections plus strictes sur les ananas philippins et d'autres fruits provenant du pays.

Suspension des voyages aux Philippines Par mesure de rétorsion, la plupart des agences de voyages chinoises suspendent leurs visites aux Philippines en raison du conflit maritime et diplomatique. Les touristes en provenance de Chine représentent environ 9 % du total des arrivées aux Philippines selon le .

L'entreprise publique , le Shanghai Tourism Bureau et Ctrip.com suspendent pour une durée indéfinie toutes les visites aux Philippines en invoquant le sentiment anti-chinois dans le pays. Ils affirment vouloir assurer la sécurité des ressortissants chinois.

Interdictions de pêche Le gouvernement chinois impose unilatéralement une interdiction de pêche en mer de Chine méridionale, où se trouve le récif de Scarborough, du au . À partir de 1999, la Chine impose l'interdiction annuelle de pêche d'été, qui concerne les pêcheurs de toutes nationalités. Les filets maillants monocouches et la pêche à la ligne et à l'hameçon ne sont pas visés par l'interdiction..

Les Philippines ne reconnaissent pas l'interdiction de pêche chinoise mais imposent leur propre interdiction de pêche. L'interdiction de pêche philippine dure du au et la Garde côtière philippine interdit aux pêcheurs philippins d'accéder au récif. L'ancien président Benigno Aquino III insiste sur le fait que l'interdiction est appliquée pour la préservation des ressources marines. Des dispositifs de concentration de poissons sont installés dans les eaux municipales de Santa Cruz, Candelaria, Masinloc, Palauig et Iba à Zambales, ainsi qu'à La Union, Ilocos Sur et Ilocos Norte, afin d'assurer les moyens de subsistance des pêcheurs philippins touchés. À partir du , les navires de pêche, ainsi que les navires paramilitaires philippins, reviennent cependant dans le récif de Scarborough malgré l'interdiction de pêche chinoise..

Manifestations

Manifestations aux Philippines Les Philippins organisent le une manifestation près du consulat chinois à Manille, en opposition à la politique de l’État chinois concernant le récif de Scarborough. Cependant, elle est de courte durée car seule une petite partie des attendues se présentent pour participer à la manifestation. L'ambassade de Chine à Manille conseille aux ressortissants chinois de ne pas sortir dans la rue. Taiwan fait également un appel similaire à ses résidents séjournant aux Philippines.

La Chine déploie des policiers près de l'ambassade des Philippines à Pékin, où environ sont signalés. La manifestation à Pékin se termine pacifiquement et dans le calme.

Manifestations à Hong Kong Le même jour, des militants de Hong Kong organisent une manifestation près du consulat des Philippines à Hong Kong, pour appuyer la revendication de la Chine sur le récif de Scarborough. Les manifestants envoient une lettre ouverte aux autorités, affirmant que le récif de Scarborough est un territoire chinois depuis 1279 sous la dynastie Yuan. Ils accusent également les Philippines d'inciter leurs citoyens à manifester contre la Chine et à perturber les pêcheurs chinois dans le récif.

Déploiement de banderoles à Pékin Le , cinq manifestants déploient des banderoles devant l'ambassade des Philippines à Pékin sur lesquelles ils écrivent : « L'île de Huangyan appartiendra toujours à la Chine » et « Ne touchez pas à l'île de Huangyan ». La manifestation ne dure pas longtemps et les manifestants sont dispersés et évacués par la police à midi.

Projet de manifestation en mer Après le déclenchement du conflit, l'ancien capitaine de la Marine philippine , limogé pour sa participation à la en 2003, puis réintégré en 2011, prévoit de diriger un groupe de pêcheurs vers le récif de Scarborough en guise de protestation. Ils cherchent à réaffirmer la souveraineté des Philippines sur l'îlot. Faeldon envisagerait également de planter un drapeau philippin sur le récif. Le , le président Benigno Aquino III appelle l'officier pour le dissuader de réaliser son voyage. Selon Nicanor Faeldon, même si son plan avait abouti, son groupe n'avait pas l'intention de planter un drapeau, contrairement aux affirmations de certaines sources, ni de pêcher dans la région.

Cyberattaques Des pirates soupçonnés d'être chinois vandalisent le site Web de l'université des Philippines le . Les pirates laissent un message affirmant : « Nous venons de Chine! L'île de Huangyan est à nous ». Le , Anonymous #Occupy Philippines riposte et attaque le site web de l'Union des médias de l'université de Chine, défigurant sa page d'accueil avec une image d'un masque de Guy Fawkes. Les hackers déclarent : « Le gouvernement chinois est clairement attardé. Le récif de Scarborough est à nous ! ». Le site web de l'université des Philippines est remis en ligne le même jour.

Après les attaques, la porte-parole adjointe du président philippin Benigno Aquino III Abigail Valte déclare qu'il ne semble pas que les attaques auront un effet négatif sur les pourparlers de Manille et Pékin pour trouver une solution diplomatique à l'impasse, et exhorte les Philippins et les Chinois à s'abstenir d'aggraver les tensions.

Les sites web philippins du Journal officiel, du Bureau présidentiel de développement et de planification stratégique des communications et du Musée et bibliothèque présidentiels sont également attaqués en avril. Le , des pirates informatiques dégradent le site du journal The Philippine Star.

Réactions diplomatiques internationales : Le ministre australien des Affaires étrangères, Bob Carr, lors de sa visite à Shanghai le , exhorte les pays demandeurs à se conformer aux conventions internationales et aux accords signés.. : Le , les États-Unis indiquent leur soutien aux Philippines, dans un contexte d'escalade des tensions autour des îles Spratleys, contestées dans la mer de Chine méridionale. L'ambassadeur américain déclare : . : Le ministère indien des Affaires extérieures, dans une déclaration officielle, appelle à maintenir la paix et de la sécurité dans la région en faisant preuve de retenue et à résoudre le problème par voie diplomatique, conformément au droit international. : L'ambassadeur du Pakistan en Chine déclare que son pays prend parti pour la Chine. : Le Premier ministre britannique David Cameron souligne que le Royaume-Uni appelle à une du conflit concernant le récif. : L'ambassadeur de Russie à Manille, Nikolaï Koudachev, rappelle le soutien de la Russie à une solution bilatérale et s'oppose à l'implication d'autres pays. Il note que la Russie n'est pas partie au conflit et que son pays souhaite garantir la liberté de navigation en mer de Chine méridionale. Il estime que la Convention des Nations unies sur le droit de la mer pourrait servir de base à la résolution. : L'ancien président taïwanais Ma Ying-jeou déclare qu'il espère que le conflit sera résolu de , mais rappelle que Taïwan . : Le porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, Luong Thanh Nghi, souligne la préoccupation du pays au sujet de ce conflit. Il appelle à la retenue et à une résolution pacifique des différends, en s'appuyant sur le droit international, avant de définir des objectifs de maintien de la paix, la stabilité, la sécurité et la sûreté maritime dans la région.

Suite du conflit

Présence militaire chinoise Les Philippines affirment qu'en vertu d'un accord de 2012 négocié par les États-Unis, Chinois et Philippins ont promis de retirer leurs forces du récif de Scarborough jusqu'à ce qu'un accord sur sa souveraineté puisse être conclu entre les deux parties. Les Philippines se conforment à l'accord et se retirent. La Chine, cependant, ne le respecte pas et maintient sa présence sur le récif, le militarisant. Le président philippin Benigno Aquino III compare le comportement chinois à l'annexion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne nazie. La Chine affirme qu'aucun accord de ce type n'a été conclu et qu'elle est ouverte à des pourparlers avec les Philippines, à condition que des puissances non régionales telles que les États-Unis restent en dehors de ces pourparlers.

En , la Chine aurait, selon le , érigé une barrière à l'entrée du récif pour en interdire l'accès aux navires philippins. Depuis lors, des navires appartenant au Commandement de la surveillance maritime et de l'application des lois sur la pêche de Chine sont observés dans et à proximité du récif contesté et des navires du gouvernement chinois détournent des navires philippins naviguant dans la zone.. En réponse, les Philippines déclarent que le pays se prépare à renvoyer des navires sur le récif. En , la Chine continue à maintenir une présence dans le récif. Les tensions s'accroissent en raison d'une nouvelle loi qui oblige les bateaux de pêche non chinois à demander l'autorisation de la Chine lorsqu'ils se trouvent en mer de Chine méridionale. Cependant, les bateaux de pêche philippins parviennent à continuer de pêcher autour du récif sans qu'il n'y ait d'affrontements.