vignette|Pédales d'un piano : (de gauche à droite) pédale douce, pédale de soutien et pédale forte.

Les pédales du piano sont des leviers actionnés au pied situés en dessous du piano permettant de modifier le son de l'instrument de plusieurs manières différentes. Les pianos modernes ont généralement trois pédales, qui sont, de gauche à droite, la pédale douce (dite una corda), la pédale de soutien et la pédale forte. Certains pianos ne possèdent pas de pédale de soutien, ou ont une pédale centrale avec une fonction différente telle que la sourdine.

vignette|Vue d'ensemble des pédales, placées sous le clavier du piano

Le développement des pédales a débuté dès les tout premiers jours de l'invention du piano et s'est prolongé jusqu'à la fin du . Au cours de ces années, la configuration de ces pédales a beaucoup varié avant d'arriver à celle qui est standardisée au .

Détail des trois pédales usuelles Pédale douce La pédale douce, aussi appelée una corda, fut inventée par Bartolomeo Cristofori. Ce fut le premier mécanisme imaginé pour modifier le son du piano. Cette fonction est généralement contrôlée par la pédale de gauche sur les pianos modernes. Cependant, aucun de ses noms - douce ou una corda - ne décrit véritablement son effet. En effet, la pédale douce modifie principalement le timbre de l'instrument, et non pas uniquement le volume sonore de celui-ci.

Rapidement après son invention, pratiquement tous les fabricants intègreront la pédale douce sur leur piano. Sur le piano de Cristofori, le mécanisme était actionné par une tirette manuelle sur le côté du clavier. Quand celle-ci était actionnée, tout le mécanisme du piano se déplaçait vers la droite, de telle sorte que les marteaux ne tapaient qu'une corde (una corda), au lieu de deux (due corde). Le piano produirait alors un son .

À la fin du , les fabricants de piano commencèrent à poser trois cordes par note sur le piano (au lieu de deux). Ce changement affecta la fonction una corda, puisqu'alors la profondeur à laquelle la pédale était actionnée déterminait le nombre de cordes frappées (de deux à une corde lorsque la pédale était enfoncée à son maximum). Le son de la pédale douce sur ces pianos créait ainsi une plus grande différence en timbre et couleur du son que sur les pianos modernes, cette fonctionnalité ayant disparu de nos jours.

Beethoven a utilisé cette ancienne fonctionnalité dans deux de ses pièces pour pianos. Dans son Concerto pour Piano No. 4, Beethoven précise l'utilisation d'une, deux ou trois cordes. Autrement, dans la Sonate Opus 106, il demande d'abord l'utilisation d'une corde, puis indique , c'est-à-dire graduellement deux puis toutes les cordes.

De nos jours, la pédale douce fait en sorte que les marteaux frappent deux cordes à la place de trois. Dans le cas des cordes graves, le marteau va frapper une corde au lieu de deux. Pour les notes les plus graves, n'ayant qu'une seule corde plus épaisse, la pédale fait se déplacer le marteau de manière qu'il frappe la corde sur une partie moins utilisée de la pointe du marteau. Le timbre est ainsi toujours modifié par la pédale, mais le changement est maintenant très léger si bien que la plupart ne parviennent pas à l'entendre.

Effet de demi-frappe Sur les pianos droits modernes, la pédale de gauche n'est en fait pas réellement une una corda, parce qu'elle ne déplace pas le mécanisme de côté. La disposition des cordes, dont l'angle par rapport aux marteaux est très oblique, ne permet pas un tel mouvement (le marteau risquerait de frapper la corde d'à côté). Ainsi, un terme plus judicieux serait « demi-frappe » : quand la pédale est pressée, les marteaux se rapprochent des cordes, réduisant la distance de frappe du marteau.

Pédale de soutien La pédale de soutien fut la dernière pédale à être ajoutée. En utilisant cette pédale, le pianiste peut maintenir certaines notes, pendant que les autres notes fonctionnent normalement.

La pédale de soutien (dite sostenuto) fut présentée pour la première fois à l'exposition industrielle française de 1844 à Paris, par , une entreprise marseillaise. Par la suite, Alexandre François Debain et Claude Montal, deux fabricants de pianos, construisirent des mécanismes de sostenuto respectivement en 1860 et 1862. Ces innovations n'intéressèrent cependant pas immédiatement les autres manufactures de pianos. Ce n'est qu'en 1874 qu'Albert Steinway perfectionna et breveta la pédale de soutien. Il en fit alors publiquement la publicité en 1876, et rapidement Steinway l'inclut dans tous ses pianos droits haut de gamme et à queue. Les autres manufactures américaines inclurent alors à leur tour la pédale à leur piano, bien qu'en parallèle l'adoption de celle-ci par les fabricants européens fut beaucoup plus lente et ne s'acheva que récemmentConcernant l'absence de pédale de soutien sur les pianos européens en 1982, voir le livre de Good. Les sites web de Bechstein, Bösendorfer, Petrof et Fazioli décrivent maintenant tous leurs instruments haut de gamme comme possédant la pédale, et il s'agit d'une option chez Grotrian..

Le terme de soutien (sostenuto en italien) n'est pas des plus clairs concernant le fonctionnement exact de cette pédale. Sostenuto signifiant simplement maintenir en italien, on pourrait alors penser que la pédale de soutien a la même fonction que la pédale forte. Un nom plus approprié serait en fait pédale de « soutien de notes », la pédale permettant en effet le maintien d'une ou d'un groupe de notes, sans altérer le fonctionnement des autres. La pédale maintient relevés seulement les étouffoirs des notes utilisées quand elle est pressée.

L'utilité de la pédale de soutien inclut la possibilité de jouer des transcriptions de musique destinés originellement à l'orgue (où les notes maintenues remplacent celles actionnées par les pédales sur l'orgue). Autrement, elle est utilisée dans beaucoup de musiques contemporaines, notamment spectrales. Elle s'utilise généralement avec le pied droit.

Pédale forte La pédale forte est située à droite des autres pédales et est souvent la plus utilisée. Elle relève tous les étouffoirs des cordes afin que celles-ci continuent de vibrer même après que le joueur ait relâché la note. De plus, la pédale forte rend toutes les autres cordes du piano sympathiques, créant ainsi une riche qualité tonale. C'est cet effet qui est peut-être derrière l'adage disant que la pédale forte est « l'âme du piano ».

La pédale forte permet aussi au joueur de jouer de manière liée des notes qui autrement ne pourraient pas l'être.

Autres fonctions courantes pour la pédale centrale Il est assez courant de trouver des pianos droits voire à queue qui ne possèdent pas de pédale centrale. Et même si un piano dispose d'une pédale centrale, on ne peut pas être sûr qu'il s'agisse véritablement d'une pédale de soutien, car il existe plein d'autres fonctions données à la pédale centrale.

Souvent, sur les pianos droits, la pédale centrale est une autre pédale de demi-frappe, comme celle à gauche, mais avec un encart permettant de la maintenir en place.

Parfois, la pédale centrale n'agit que sur les étouffoirs des notes graves.

Autrement, celle-ci peut aussi faire descendre une sourdine (une bande de feutre se glissant entre les marteaux et les notes), afin de pouvoir pratiquer silencieusement.

Les vraies pédales de soutien sont assez rares sur les pianos droits, mis à part sur quelques modèles haut de gamme comme ceux de Steinway ou Bechstein. Elles sont plus courantes sur les pianos numériques, puisque l'effet est assez simple à réaliser avec un logiciel.

Historique Systèmes Leviers manuels La pédale forte était à l'origine contrôlée à la main sur les tout premiers pianos construits. Cependant, cela était peu pratique pour le joueur, qui devait continuer à jouer d'une main tout en opérant le mécanisme d'une autre. Si cela n'était pas possible, un assistant était nécessaire pour actionner le levier, comme aujourd'hui avec les orgues.

Leviers de genoux Le levier actionné au genou pour remplacer la tirette manuelle fit son apparition en Allemagne vers 1765, et rapidement sa présence fut pratiquement obligatoire sur les pianos de la fin du .

Mozart, vers 1777, fait l'éloge de cette nouvelle fonctionnalité dans une lettre, après avoir essayé un piano de Johann Andreas Stein, où il déclare que :

Pédales Bien qu'il y ait quelques controverses sur qui serait le premier constructeur à utiliser des pédales au lieu de leviers à genoux, il semblerait que celles-ci furent d'abord utilisées par les constructeurs anglais. Beaucoup de fabricants de pianos anglais, ayant été apprentis de Gottfried Silbermann (premier fabricant de piano allemand et inventeur du mécanisme de maintien des étouffoirs), retournèrent à Londres à la suite de la guerre de Sept Ans. Parmi eux, Adam Beyer et , sont considérés comme les premiers à avoir incorporé cette nouvelle fonctionnalité à leur piano, avec John Broadwood. En effet, un piano à queue de Backers, datant de 1772, dispose de pédales d'origine, et est probablement le premier piano à utiliser des pédales plutôt que des leviers de genoux . D'autres pianos de Broadwood et de Beyer, respectivement de 1777 et 1783, ont par la suite aussi des pédales.

Après leur invention, les pédales n'ont pas fait immédiatement l'unanimité. Les constructeurs allemands et viennois continuèrent à privilégier les leviers à genoux, et ce pendant assez longtemps.

Des pédales et des leviers à genoux furent même présents ensemble sur un même instrument, un piano à queue de Nannette Streicher construit à Vienne en 1814. Ce piano avait deux leviers à genoux Janissary qui actionnaient des cloches et un tambour, et quatre pédales, une douce, un basson, une forte, et une de modération.

Emplacement La position des pédales sur le piano fut un autre aspect qui fluctua de manière important durant l'évolution de l'instrument. Les fabricants de pianos furent assez créatifs avec la position des pédales, donnant parfois aux instrument un aspect assez comique, comparé à la norme actuelle.

Par exemple, certains pianos à queue de Broadwood avaient deux pédales (douce et forte) qui étaient attaché sur les côtés gauche et droit du piano.

Un placement assez particulier fut observé sur un piano surnommé « niche de chien », construit par Sebastien Mercer en 1831, surnommé ainsi à cause de sa forme. Sous le piano droit, à l'endroit où les pédales seraient situées sur un piano moderne, se trouvait une niche semi-circulaire ou les pieds du joueur pouvaient se placer. Les pédales fortes et douces se trouvaient sur les côtés de cet espace et orientés vers l'avant.

Pendant le , les pédales, sur les pianos à queue, furent attachées sur un cadre en situé sous le piano, permettant de renforcer et maintenir le mécanisme. On notera que cet ensemble prenant généralement la forme d'une lyre, cela lui donnera le nom de "lyre (avec pédales)", encore utilisé de nos jours.

Autres pédales Beaucoup de nouvelles pédales firent leur apparition durant le développement de l'instrument, avant d'arriver à la configuration actuelle. La plupart modifiaient le volume, le timbre ou cherchaient à imiter d'autres instruments.

Parmi les autres pédales trouvées parfois sur les premiers pianos, on trouve les pédales dites luth, de modération, basson, buffle, clavecin et d'expressionLes noms donnés ici, mis à part la pédale d'expression, sont des adaptions des noms anglais. Les noms réellement utilisés à l'époque sont potentiellement différents. :

La pédale luth créait un son de type pizzicato.