Busr ibn Abi Artat al-Amiri (en arabe : بسر بن أبي أرطأة العامري, vers 620 - vers 690/700) est un général musulman qui sert sous Muʿawiya Ier, le gouverneur de la Syrie musulmane de 640 à 661 puis premier calife des Omeyyades, de 661 à 680. Vétéran des premiers temps de l'expansion de l'Islam, Busr est un fervent partisan de Mu'awiya contre le calife Ali (656-661) lors de la première guerre civile musulmane. Il mène notamment une importante campagne contre les partisans d'Ali en Arabie, obtenant la soumission de Médine, La Mecque et Taëf. Il dirige aussi des expéditions punitives contre les habitants du Yémen. Il exécute notamment deux jeunes fils du cousin d'Ali, Ubayd Allah ibn Abbas et s'empare de nombreuses femmes de la tribu des Hamdan comme captives. Dans les sources musulmanes, notamment chez les Chiites, ses actes sont condamnés comme des atrocités sans précédent.
Après la mort d'Ali et l'abdication de son fils en 661, Busr est nommé gouverneur de Basra. Il participe alors de façon décisive à la soumission de Ziyad ibn Abi Sufyan, un membre important de la bureaucratie califale, en s'emparant de ses fils comme otages. Entre 662 et 672, il dirige plusieurs raids terrestres et maritimes contre l'Empire byzantin et reste à la cour califale jusqu'à la mort de Mu'awiya en 680. Il meurt à un âge avancé lors du règne d'Abd al-Malik ibn Marwan (680-705) voire après.
Origines
Busr est issu des Banu Amir ibn Lu'ayy, un clan du sous-groupe des Zawahir de la tribu des Quraych, qui réside dans la partie montagneuse de La Mecque, dans le Hedjaz (actuelle Arabie saoudite). Le nom de son père varie selon les sources, certaines le désignant comme « Abi Artat » et d'autres comme « Artat » ; les sources considérées comme les plus fiables utilisent la première forme. Selon l'historien médiéval Ibn Hazm (mort en 1064), Abu Artat Umayr est le grand-père de Busr, tandis que son père se nomme Artat. Le père d'Abu Artat est Uwaymir ibn Imran. Busr naît à La Mecque au cours de la décennie précédant l'Hégire — l'émigration du prophète de l'islam Mahomet de La Mecque à Médine en 622, qui marque le début du calendrier musulman —, ou vers .
Les sources de la tradition islamique divergent quant au statut de Busr comme l'un des sahaba (compagnons de Mahomet ; au singulier : sahabi). Les sources de la Syrie musulmane ainsi qu'un certain nombre d'autorités spécialistes des transmetteurs de hadiths, parmi lesquelles Al-Daraqutni (mort en 995), considèrent Busr comme un sahabi et un transmetteur de hadiths. Les savants chiites et plusieurs sources sunnites, notamment Yahya ibn Ma'in, lui refusent en revanche ce statut. La kunya de Busr est Abu Abd al-Rahman (« père d'Abd al-Rahman »).
Rôle dans les conquêtes de la Syrie et de l'Afrique du Nord
Busr participe à la conquête musulmane de la Syrie et arrive en 634 avec l'armée de Khalid ibn al-Walid. Selon l'historien Al-Baladhuri (mort en 892), après l'attaque menée par Khalid contre les alliés Ghassanides de l'Empire byzantin à Marj Rahit, le 24 avril 634, celui-ci envoie Busr et Habib ibn Maslama al-Fihri effectuer des raids contre les villages de l'oasis de la Ghouta, autour de Damas.
Busr participe ensuite à la conquête musulmane de l'Égypte au sein de l'armée d'Amr ibn al-As en 639-640, puis continue à combattre sous les ordres d'Amr au cours des expéditions menées vers l'ouest le long du littoral de l'Afrique du Nord. Selon Ibn Abd al-Hakam (mort en 871) et Al-Bakri (mort en 1094), en 643/644, tandis qu'Amr assiège la ville portuaire de Tripoli, dans l'actuelle Libye, il envoie Busr conquérir l'oasis de Waddan, où celui-ci impose un tribut annuel de 360 esclaves. Al-Yaqubi (mort en 898) rapporte que Busr obtient également la capitulation des habitants du Fezzan, au sud de Waddan, lors de la même expédition. Les habitants de Waddan cessent par la suite de payer le tribut, avant que celui-ci ne soit rétabli à la suite de la campagne d'Oqba ibn Nafi contre l'oasis en 666/667.
En reconnaissance de sa bravoure au combat, Busr reçoit une du'a (prière d'invocation) et des présents du calife Omar. Selon un récit cité par al-Baladhuri, Omar récompense Busr de 200 dinars « parce qu'il avait remporté une victoire ». Dans la version citée par l'auteur moderne Malik Abdulazeez Al-Mubarak, Omar écrit à Amr de donner 200 dinars d'or à ceux qui ont assisté au Pacte de Ridwan, à Kharija ibn Hudhafa pour son hospitalité et à Busr ibn Abi Artat pour son courage. En 647/648, 648/649 ou 649/650, le successeur d'Omar, le calife Othman, envoie Busr, avec de nombreux autres notables arabes musulmans, renforcer Abd Allah ibn Sa'd, successeur d'Amr comme gouverneur d'Égypte, pour mener des raids contre l'exarchat byzantin d'Afrique, appelé Ifriqiya par les premiers musulmans.
Service militaire sous Mu'awiya
Pendant la Première Fitna (656-661), Busr est un partisan résolu de l'émir omeyyade de Syrie Mu'awiya ibn Abi Sufyan contre le calife Ali. Il rallie au camp de Mu'awiya l'influent chef kindite Shurahbil ibn Simt. En 657, Busr combat dans l'armée de Mu'awiya contre les forces d'Ali à la bataille de Siffin. La bataille s'achève sans vainqueur et Ali et Mu'awiya conviennent de soumettre leur différend à un arbitrage ; Busr est le seul membre du camp de Mu'awiya à s'opposer fermement à cette décision.
Peu après, Busr apparaît comme l'un des chefs des insurgés hostiles à Ali en Égypte en 658, aux côtés de Mu'awiya ibn Hudayj al-Kindi et Maslama ibn Mukhallad al-Ansari. Le gouverneur d'Ali en Égypte, Qays ibn Sa'd, décrit Busr, en raison de son courage, comme l'un des « lions des Arabes ». L'Égypte finit par tomber aux mains des partisans de Mu'awiya lors de la campagne menée par Amr durant l'été 658.
Soumission de l'Arabie
thumb|upright=1.75|Carte de la Première Fitna, montrant les territoires contrôlés par le calife Ali (en vert) et Mu'awiya ibn Abi Sufyan (en rose) vers . La campagne de Busr en Arabie est indiquée par la ligne rouge en pointillés.
Les hostilités entre Mu'awiya et Ali reprennent après l'échec des négociations d'arbitrage. Tandis qu'Amr ibn al-As est envoyé prendre le contrôle de l'Égypte, Mu'awiya charge ses lieutenants de mener des raids contre les territoires contrôlés par Ali en Irak et en Arabie. À la fin de l'année 660, Mu'awiya charge Busr de soumettre le Hedjaz et le Yémen. Une précédente tentative de Mu'awiya pour obtenir des Quraychites de La Mecque qu'ils lui prêtent serment d'allégeance avait échoué sous le commandement de Yazid ibn Shajara plus tôt dans l'année 660.
Selon l'orientaliste Henri Lammens, Busr est « peut-être la figure la plus marquante parmi les lieutenants » de Mu'awiya, « un Bédouin typique de la vieille école, totalement insensible à la pitié, si la tradition chiite n'a pas exagéré les détails du portrait de cet ardent adversaire d'Ali ». L'historien Wilferd Madelung estime que Busr est choisi pour diriger la campagne parce qu'il n'est pas « tourmenté » par les « scrupules » de Yazid ibn Shajara, qui avait pris soin de ne pas verser de sang dans la ville sainte de La Mecque. Selon Lammens, au cours de cette campagne, Busr « manifesta envers les Omeyyades une fidélité qui ne devait être dépassée plus tard » que par Muslim ibn Uqba et Al-Hajjaj ben Yusef. Si les sources sunnites évitent généralement d'entrer dans les détails des activités de Busr, les sources chiites traditionnelles et modernes décrivent longuement ce qu'elles considèrent comme « ses atrocités, qui, pensent-elles, furent ordonnées par Mu'awiya », selon l'historien Isaac Hasson.
Amr ibn al-As fournit à Busr 3 000 soldats syriens. Des notables de la confédération tribale des Qays craignent alors que Busr ne cherche à se venger sur eux du meurtre de membres du clan de Fihr et de la tribu des Kinana — tous deux liés aux Quraych — commis par les Banu Sulaym, affiliés aux Qays, lors de la prise de La Mecque par Mahomet en 630. À leur demande, Mu'awiya retire à Busr toute autorité sur les membres des tribus qaysites servant dans son armée. Lors d'une revue des troupes à Deir Murran, près de Damas, Busr renvoie 400 soldats et entreprend la campagne avec les 2 600 hommes restants.
Capitulation du Hedjaz
En route vers son premier objectif important, Médine, ancienne capitale du Califat avant qu'Ali ne transfère le siège du pouvoir à Koufa en Irak, Busr s'arrête à chaque point d'eau et réquisitionne les chameaux des tribus locales. Il les fait monter par ses soldats afin de préserver les forces de leurs chevaux de guerre. Lorsque Busr apparaît aux abords de Médine, le gouverneur de la ville, Abu Ayyub al-Ansari, s'enfuit à Koufa. Busr ne rencontre aucune résistance lorsqu'il entre dans la ville et prononce un discours condamnant l'élite traditionnelle de Médine, les Ansar, premiers convertis et alliés de Mahomet. Il fait détruire les maisons des partisans d'Ali qui ont fui la ville, parmi lesquels Abu Ayyub, obtient des notables de Médine qu'ils prêtent serment d'allégeance au califat de Mu'awiya et accorde son pardon aux habitants.
Après quelques jours à Médine, Busr se dirige vers La Mecque, dont le gouverneur nommé par Ali, Qutham ibn Abbas, s'enfuit avec un grand nombre d'habitants. Il fait exécuter plusieurs descendants d'Abu Lahab, peut-être parce qu'ils appartiennent au clan d'Ali, les Banu Hashim, que Mu'awiya tient collectivement pour responsables du meurtre de son lointain parent, le calife Othman, en 656. Busr retrouve à La Mecque Abu Musa al-Achari, compagnon de Mahomet et représentant d'Ali lors des négociations d'arbitrage, qui s'était caché dans la ville, et lui accorde son pardon. Busr prie ensuite à la Kaaba puis exige des habitants de La Mecque qu'ils prêtent serment d'allégeance à Mu'awiya. Tous s'y soumettent à l'exception d'un lointain parent de Mu'awiya, Sa'id ibn al-As. Qutham reprend peut-être le contrôle de La Mecque après le départ de Busr.
De La Mecque, Busr gagne Taïf, où l'un des notables de la ville, Al-Mughira ibn Shu'ba, vient à sa rencontre et le persuade de ne pas attaquer les habitants, les Banu Thaqif. Selon un récit de l'historien Ibn A'tham al-Kufi, les représentants des Thaqif font savoir à Busr qu'il n'a aucune autorité sur eux, puisqu'ils constituent un clan important des Qays. Busr épargne les habitants. Depuis Taïf, il envoie des troupes contre les sympathisants d'Ali à Tabalah plus au sud, mais les habitants de la ville sont finalement graciés.
Après son départ de Taïf, il entre dans le territoire tribal des Kinana, où il rencontre Abd al-Rahman et Qutham, les deux jeunes fils du cousin d'Ali et gouverneur du Yémen, Ubayd Allah ibn Abbas, qui avaient été confiés aux parents maternels de leur mère, issus des Kinana. Selon une autre version, Busr rencontre les deux enfants dans une caravane au Yémen. Abd al-Rahman et Qutham sont exécutés sur son ordre.
Campagnes au Yémen et retraite
Alors que Mu'awiya impose à Busr des restrictions dans la conduite de ses opérations dans les villes du Hedjaz, il lui laisse les mains libres contre les populations du Yémen. À son entrée dans le sud de l'Arabie, Busr fait exécuter l'ascète Ka'b ibn Abda Dhi'l-Habaka al-Nahdi en raison des critiques que celui-ci avait autrefois formulées contre Othman. Il entre ensuite à Najran, où il ordonne l'exécution du chef des Balharith, ainsi que de celui qui avait dirigé une ambassade auprès de Mahomet, Abd Allah ibn Abd al-Madan, de son frère Yazid et de son fils Malik.