vignette|Grotte du Pech Merle, main négative et ponctuations vignette|Mains négatives incomplètes dans les grottes de Gargas

La main négative est un motif pictural réalisé par la technique du pochoir, en appliquant un pigment autour d'une main posée, doigts écartés, sur un support tel qu'une paroi rocheuse.

Ce motif est relativement universel : caractéristique de certaines phases de l'art pariétal et rupestre du Paléolithique supérieur européen, notamment au Gravettien, on le retrouve chez de nombreux autres peuples plus récents, notamment en Amérique du Sud, en Asie du Sud-Est ou chez les aborigènes d'Australie. Ces mains peuvent être isolées, groupées, décorées (de ponctuations, de barres), reliées, visibles ou cachées. En revanche, elles sont paradoxalement rares dans l'art mobilier préhistorique.

Les mains positives, obtenues en appliquant la main enduite de colorant sur une paroi ou en dessinant directement la main, sont également connues mais plus rares.

Techniques et pigments L'étude des pigments (éléments continus, dissociés ou pelliculaires) a permis de montrer que plusieurs techniques différentes étaient utilisées : souffléProjection d'un colorant poudreux, directement avec la bouche (technique du crachis) ou avec une sarbacane., tamponnage, apposition des matières colorantes à l'aide de touffes de poils ou de fibres végétales, ancêtres du pinceau.

Au Paléolithique, les principaux pigments employés sont l'hématite pour obtenir une teinte rouge, la limonite et la goethite pour les ocres jaunes et bruns, l'oxyde de manganèse ou le charbon de bois pour le noir, le talc pour le blanc.

Datations En 2014, des chercheurs australiens et indonésiens ont daté une série de douze mains négatives et de deux dessins découverts dans des grottes des Célèbes (ou Sulawesi) en IndonésieAubert, M., Brumm, A., Ramli, M., Sutikna, T., Saptomo, E. W., Hakim, B., Morwood, M. J., van den Bergh, G. D., Kinsley, L. et Dosseto, A. (2014) - « Pleistocene cave art from Sulawesi, Indonesia », Nature, 514, 7521, p.223-227. Certains de ces éléments ont environ ; ils sont contemporains des plus anciennes œuvres pariétales connues en Europe. La technique de datation utilisée était la datation uranium-thorium« Des pochoirs vieux de 40 000 ans découverts en Indonésie », Le Monde, 08.10.2014. En 2026, une main négative d'une grotte des Célèbes a été datée d'au moins : c'est le plus ancien motif pariétal attribué à Homo sapiens (une main peinte attribuée aux Néandertaliens dans une grotte d’Espagne détenait auparavant le record, avec une datation d’environ ).

Les mains négatives du Paléolithique supérieur européen sont plus récentes et datent surtout du Gravettien.

Interprétations L’abbé Henri Breuil replaçait ces mains positives et négatives dans son schéma d’évolution de l’art paléolithique et les considérait comme la première période de l'art préhistorique, existant avant toute autre manifestation picturale. Elles appartenaient selon lui au cycle aurignaco-gravettien qui commençait par l’apparition de ces mains puis le dessin de « macaronis », tracés informes précédant les tracés organisés, le dessin précédant la peinture. Cette chronologie stylistique est aujourd'hui réfutée.

André Leroi-Gourhan en avait une approche plus complexe et nuancée, les mains n'étant pas une étape archaïque mais appartenaient au style II et III de l'art préhistorique, appartenant surtout au Gravettien et dont les thèmes varient selon les régions, notamment l'aire cantabrique.

Jean Clottes y voyait dans sa théorie du chamanisme pariétal des mains de chamanes semblant traverser la paroi et « pénétrer dans le monde spirituel caché derrière le voile de la pierre ».

Les mains négatives peuvent s'expliquer aussi par le simple plaisir ludique de marquer son habitat par une empreinte répétitive, par un rôle esthétique selon l'historien de l'art Max Raphael (la main, souvent associée à des représentations d'animaux, réalise dans ses proportions le nombre d'or qui se retrouve dans celui des animauxMax Raphael, « La Magie de la Main », dans , 1945, Bollingen Series IV.), par un rituel d'initiation de jeunes gens (hypothèse remise en cause par des anthropologues et archéologues qui s'appuient sur un logiciel calculant l'indice de Manning et retrouvent dans plusieurs de ces mains l'œuvre de femmes), etc.

Les hypothèses actuelles privilégient la fonction symbolique de ces mains : elles participeraient à des systèmes de signes, des séances d'initiation, des rituels magique, thérapeutique, religieux ou divinatoireClaudine Cohen, « La préhistoire en images, l’art pariétal et le thème de la main », séance publique de l’Académie des beaux-arts, 7 mars 2012.

Quelques sites En ce qui concerne le Paléolithique supérieur européen, de nombreuses mains négatives sont connues dans les grottes de Gargas, la grotte Cosquer ou la grotte du Pech Merle. À Gargas, la présence de mains négatives dont certaines phalanges sont absentes a suscité de très nombreuses hypothèses. Quelques variantes sont connues, notamment des négatifs de pouces isolés ou de doigts repliés comme à Pech Merle.

Les mains négatives se chiffrent actuellement à 829 dans la cueva de las Manos (Argentine), 230 au maximum dans celles de Gargas, 90 dans la grotte de Gua Tewet à Bornéo, 65 dans la grotte du Pech Merle ou dans la grotte Cosquer. D'autres grottes remarquables dans ce domaine sont la grotte d'El Castillo, les grottes d'Arcy-sur-Cure, la grotte de Fontanet (présence de mains d'enfants), la grotte Chauvet, la grotte des Merveilles (Rocamadour), la grotte des Fieux.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Art pariétal Grottes de Gargas Cueva de las Manos

Liens externes CNRS : utilisation de l'indice de Manning pour l'étude des empreintes de mains négatives à Bornéo Cité des Sciences : même chose mais illustré Reproduction expérimentale de la technique du soufflage ou crachis

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