Les langues mandées sont une branche de la famille de langues nigéro-congolaises. Elles sont parlées par plus de 30 millions de locuteurs, au Burkina Faso, en Côte d'Ivoire, en Gambie, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Mali, en Mauritanie, au Sénégal, au Liberia et en Sierra Leone, au Ghana, au Bénin, au Niger et au Nigeria.
Cette famille comprend notamment l'ensemble des langues mandingues, qui présentent un continuum linguistique et dont même les variantes les plus éloignées restent mutuellement intelligibles : le bambara (bamanakan), le dioula (dioulakan), le malinké de l’Est, de Kita et de l’Ouest (maninka), le mandinka (mandingue, mandingo), le kagoro, ainsi que d’autres langues telles que le kpèllé, le bozo, le mendé, le soussou, le jalonké et le san.
Étymologie Le terme « mandé » fait référence à l'ancien empire du Mali, d'où ces langues sont supposées provenir. Il s'agit d'une construction de savants européens, initiée en 1854 par le missionnaire allemand Sigismund Koelle dans son Polyglotta Africana. Il y mentionne treize langues sous le titre « North-Western High-Sudan » ou « mandenga ». « Mandé » provient d'une segmentation erronée du terme « mandenka », « habitant du pays Manden » (Koelle a analysé -nka comme le suffixe, alors que le suffixe signifiant « habitant » est simplement -ka).
Histoire L’extension actuelle des langues mandées résulte du mouvement de la population vers le sud lors du dessèchement du Sahara dès le quatrième millénaire avant Jésus-Christ Valentin Vydrin. On the problem of the Proto-Mande homeland // Вопросы языкового родства – Journal of Language Relationship 1, 2009, pp. 107-142., et plus tard, de l’expansion de l’empire du Mali par les conquêtes de l’empereur Soundiata Keïta au et du rôle considérable joué depuis des siècles par les Mandingues dans les circuits commerciaux ouest-africains « Le Marka dans l'ensemble dialectal mandingue » de Mohamadou Diallo.
Classification externe Les langues mandées ne partagent pas les traits morphologiques les plus caractéristiques des langues nigéro-congolaises, comme le système de classes nominales. Leur place dans cette famille est régulièrement remise en question. Dans leur publication (2026), Pozdniakov et Vydrin donnent des arguments pour la parenté génétique entre la famille mandé et les langues bantou, et, par conséquence, l’origine nigéro-congolaise de la famille mandé.
Classification interne Historique Le premier véritable essai de classification des langues mandées est effectué en 1901 par le linguiste français Maurice Delafosse. Il distingue deux groupes : l'un au nord qu'il nomme mandé-tan et l'autre au sud qu'il nomme mandé-fu. Cette distinction provient de l'usage qui est fait par les langues du nord du terme tan pour le nombre dix et du terme fules par les langues du sud.
En 1924, Louis Tauxier note que cette distinction n'est pas fondée et qu'il existe au moins un troisième sous-groupe qu'il nomme mandé-bu. Ce point de vue est repris en 1953 par André Prost, qui propose de séparer les langues des groupes est et sud des langues du groupe sud-ouest. Le principe d'une séparation en trois groupes est également soutenu par William Welmers, qui publie en 1958 une étude basée sur la méthode glottochronologique. Il y sépare les langues en trois sous-groupes : nord-ouest, sud et est. C'est cette classification que suit Joseph Greenberg en 1963 dans The Languages of Africa. Long (1971) et Gérard Galtier (1980) retiennent également, malgré des différences notables, une classification en trois groupes.
La classification de Raimund Kastenholz (1997) comprend quatre sous-ensembles, regroupés deux par deux : est et sud-est d'une part, sud-ouest central (le plus important, incluant notamment toutes les langues mandingues) et nord-ouest d'autre part. Une des classifications les plus récentes est celle de Valentin Vydrine (2009). Elle est faite à partir de la méthode glottochronologique de Morris Swadesh, et les résultats sont très proches de ceux obtenus par Kastenholz. En plus de cela, cette classification a l'avantage de présenter les distances chronologiques entre les principales langues du groupe. La classification la plus récente de la famille mandé est celle de Valentine Vydrine Langues mandé sur la page web du Musée d'Anthropologie et d'Ethnographie, St. Petersbourg et se base sur la méthode de la « glottochronologie améliorée » de Sergueï Starostine. Selon cette classification, la profondeur de la famille mandé est d'environ 5300 ans, et ses deux grandes branches sont ouest (groupes mandingue + mokolé + vaï-kono + jogo ; sud-ouest + sosso-dialonké; soninké-bozo; bobo ; samogho) et sud-est (sud : dan, guro, tura, yaure, mano, wan, mwa, beng, gban ; est : san, bisa, busa + boko + bokobaru, kyenga, shanga).
Sous-groupes Si la division de la famille linguistique en macro-groupes est sujette à débat, l'existence d'ensembles de petite taille bien différenciés est relativement consensuelle. La plupart des auteurs s'accordent ainsi à distinguer onze sous-groupes de langues mandées : Le groupe mandingue est l'ensemble le plus important, tant en nombre de locuteurs que dans son extension géographique. Il s'agit d'un continuum linguistique, qui ne permet pas de tracer de limites claires entre les langues et explique une certaine tendance à considérer toutes les variétés mandingues comme des dialectes d'une seule et même langue. Les principales langues mandingues sont le bambara au Mali, le dioula en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, le mandinka au Sénégal et en Gambie et le maninka en Guinée et au Mali. La parenté entre le groupe mandingue et les groupes mokolé et vaï-kono est établie et l'ensemble de ces langues est parfois appelé « grand mandingue ». Le groupe mokolé rassemble plusieurs langues minoritaires de Guinée (mikhiforé, kakabé, lélé), ainsi que le koranko, également parlé en Sierra Leone. Les locuteurs de ces langues occupaient certainement des espaces bien plus vastes il y a quelques siècles, notamment dans le Fouta-Djalon avant la conquête peule. Le groupe vaï-kono comprend le vaï, au Liberia et en Sierra Leone, et le kono, en Sierra Leone. Le groupe djogo-djéri est très dispersé et ne comprend que quelques milliers de locuteurs. Le djogo (ou ligbi) est parlé en Côte-d'Ivoire et au Ghana, le djéri (ou djéli) en Côte-d'Ivoire et le blé (ou djalkouna) dans un seul village au Burkina Faso. Le groupe soussou-dialonké comprend deux langues souvent considérées comme les dialectes d'une même langue. Le soussou est parlé en Guinée (c'est l'une des trois langues nationales), ainsi qu'en Sierra Leone. Le dialonké (ou yalunka) est bien plus minoritaire et dispersé, à la frontière entre le Sénégal, le Mali et la Guinée, ainsi qu'à la frontière entre ce pays et la Sierra Leone. Le groupe sud-ouest rassemble notamment le mendé, parlé en Sierra Leone, et le kpèllé, parlé au Liberia et en Guinée, ainsi que plusieurs langues minoritaires de ces trois pays (loko, gbandi, loma). Le groupe soninké-bozo. Le soninké est la langue de l'empire du Ghana, aujourd'hui principalement parlée au Mali et dans le sud-est du Sénégal. Le bozo est un ensemble de dialectes maliens relativement proches. Le groupe bobo ne comprend qu'une seule langue, le bobo, parlée dans l'ouest du Burkina Faso. Le groupe samogho rassemble des langues assez divergentes, parlées des deux côtés de la frontière entre le Mali et le Burkina Faso. Le groupe sud comprend le dan (ou yacouba), parlé en Côte-d'Ivoire et au Liberia, ainsi que gouro et plusieurs autres langues ivoiriennes. Le groupe est se trouve clairement isolé géographiquement des autres groupes. Il comprend deux langues du Burkina Faso, le samo et le bissa, ainsi que l'ensemble des parlers boussa, parlés à la frontière entre le Bénin et le Nigeria.
Arbre généalogique
Répartition géographique
Les langues mandées sont parlées dans les pays suivants :
Gambie Mali Mauritanie Côte d'Ivoire Guinée-Bissau Guinée Sierra Leone Sénégal Liberia Burkina Faso Bénin
Écriture L’écriture n’ko, développée par Souleymane Kante pour les langues mandé, est largement utilisée en Guinée mais aussi dans les autres pays ayant une population mandingue importanteSon inventeur a publié une vingtaine d'ouvrages en n'ko (mandén fodoba-kan), notamment un dictionnaire de et des livres d'histoire mais aussi des livres de sciences..
L'écriture winanckôkrousè, très peu connue, a été développée par l'Ivoirien Dr. Souleymane Chérif, alias Dr. Biyayaibe Nbasolômon Bamba. Elle est aussi adaptable à toute langue africaine..
Liste des langues
Bambara Bissa Bobo Busa Dan Dioula Gbande Zialo Gouro (langue) Guerzés Marka Dafing Huela Dyalonke Khassonké Diakhanké Kono Koranko Kpelle Koyaka Koro Ligbi. Loko Loma Mahou Malinké de Kita Malinké de l’Est Malinké de l’Ouest Mano Mwan Numu Samo Soninké Soussou Sya Vaï Wan.
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie Delafosse, Maurice (1901) Essai de manuel pratique de la langue mandé ou mandingue. Paris, Leroux, 304 p. Delafosse, Maurice (1904), Vocabulaires comparatifs de plus de soixante langues ou dialectes parlés à la Côte d'Ivoire et dans les régions limitrophes, avec des notes linguistiques et ethnologiques. Paris, Leroux. 285 p. Greenberg, Joseph H. (1963), The Languages of Africa, International Journal of American Linguistics, 29, 1, part 2. Greenberg, Joseph H. (1966), The Languages of Africa (2nd ed. avec additions et corrections), Bloomington, Indiana University. Nazam HALAOUI, Kalilou TERA, Monique TRABI (1983) Atlas des langues mandé-sud de Côte d'Ivoire, Abidjan, ACCT-ILA. . Pozdniakov, Konstantin & Valentin Vydrin. 2026. Mande and Bantu in the Niger-Congo context. Language in Africa 7(1). 2–367. https://doi.org/http://doi.org/10.37892/2686-8946-2026-7-1-4-367. Welmers, William E.(1971), Niger-Congo, Mande. In Linguistics in Sub-Saharan Africa (Current Trends in Linguistics, 7), Thomas A. Sebeok, Jade Berry, Joseph H. Greenberg et al. (eds.), 113–140, The Hague, Mouton.
Articles connexes Linguistique Liste de langues Langues par famille Langues nigéro-congolaises Langues par zone géographique Langues en Afrique Langues au Bénin Langues au Burkina Faso Langues en Côte d'Ivoire Langues au Mali Langues au Sénégal Langues en Gambie Langues en Guinée Langues en Guinée-Bissau Langues au Nigeria Langues en Sierra Leone Langues au Liberia
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