Julie Moschelesová, parfois orthographiée Julie Moscheles, née le à Prague en Autriche-Hongrie et morte le à Prague en Tchécoslovaquie est une géographe tchécoslovaque. Élevée par son oncle et sa tante à travers l'Europe et l'Afrique du Nord, ses talents en langue lui permettent de travailler très jeune comme traductrice à l'Institut géologique d'Oslo où elle commence des recherches sur la géomorphologie de la Scandinavie. Encouragée par le géographe Alfred Grund, elle suit une formation de géographie jusqu'à sa thèse ce qui fait d'elle une pionnière en Tchécoslovaquie. Elle développe des travaux en géomorphologie, climatologie et géographie économique stoppés par la Seconde Guerre mondiale. En raison de son ascendance juive, elle s'exile en Australie, où elle rencontre sa compagne, la spécialiste de littérature danoise Greta Hort. Son retour dans son pays est difficile et elle vit essentiellement de son travail de traductrice avant de retrouver un poste de géographe deux ans avant sa mort.

Figure importante de la géographie en Tchécoslovaquie, elle marque sa discipline par sa méthodologie et ses choix de sujets.

Biographie

Julie Moschelesová naît le à Prague, en Autriche-Hongrie, dans une riche et vieille famille juive. Son père meurt précocement, et en raison de la cécité de sa mère, elle est prise en charge dès son enfance par sa tante et son oncle Felix Moscheles, peintre et espérantiste anglais. Le couple l'emmène dans ses nombreux voyages à travers l'Europe et l'Afrique du Nord, ce qui marque son éducation à tendance pacifiste et oriente sa future carrière en géographie.

Formation alt=Image satellite de la péninsule scandinave couverte de neige|vignette|La péninsule scandinave enneigée Julie Moschelesová va à l'école primaire à Londres où elle se fait remarquer pour ses talents linguistiques. Au cours d'un voyages au Maroc, elle rencontre par hasard le géologue norvégien Hans Henrik Reusch qui est impressionné par sa connaissance des langues. Grâce à sa recommandation, elle obtient à moins de vingt ans un poste de secrétaire particulière-traductrice dans son département à l'Institut géologique d'Oslo. Cet emploi lui offre un premier contact avec les sciences. Il lui permet également d'apprendre les langues nordiques, de s'initier à la géologie et la géomorphologie et de commencer des recherches sur la géomorphologie de la péninsule scandinave. , professeur de géographie à l'université allemande de Prague, la rencontre lors d'un voyage d'étude en Norvège. Intéressé par son talent scientifique, il l'invite à venir étudier dans son institut de géographie dont il est le directeur depuis peu.

En , Julie Moschelesová obtient son diplôme d'études secondaires au lycée réformé de Děčín et à l'automne elle commence ses études à l'université. Sa langue maternelle étant l'allemand, c'est durant ses études qu'elle apprend la langue tchèque ; elle la parle avec un accent jusqu'en . Elle s'intéresse principalement à la géologie, à la géomorphologie et à la climatologie.

Julie Moschelesová soutient son doctorat à l'université de Prague en , sur le sujet , qui traite de l'ensemble des changements postglaciaires dans le relief de la Scandinavie. Pour cela, elle se base sur ses recherches réalisées à Oslo et traite le sujet de manière pluridisciplinaire, à la fois d'un point de vue géographique et géologique. Alfred Grund, son directeur doctoral avec qui elle avait délimité son sujet de thèse, est mort durant la première guerre mondiale, c'est donc le géomorphologue qui lui succède.

Julie Moschelesová est l'une des premières femmes diplômées de l'université, dans un pays où la science est peu féminisée.

Débuts professionnels Julie Moschelesová commence à travailler comme assistante de recherche à l'université allemande de Prague, ce que lui permet normalement son doctorat ; mais de à elle n'est pas rémunérée. Elle gagne sa vie comme traductrice grâce à sa connaissance de l'allemand, de l'anglais, du français et des langues nordiques. Comme de nombreux scientifiques, elle se convertit au protestantisme.

Julie Moschelesová tente, sans succès, d'obtenir son habilitation, faisant face aux oppositions du géologue et du météorologue Rudolf Spitaler. Elle se tourne alors vers un nouveau domaine, la géographie économique et de l'habitat dont les résultats sont salués à l'étranger. Mais en , des dizaines d'étudiants reviennent du front, la plupart sont antisémites, nationalistes et antiféministes. Même s'ils ne sont pas, eux, diplômés, elle doit très vite laisser sa place. Après quatre ans à l'université allemande, elle démissionne en de son poste. alt=Photo de Václav Švambera|vignette|redresse|Le géographe Vaclav Svambera Grâce aux recommandations du professeur de géographie , de l'appui du recteur , lui-même juif, et en dépit des fortes oppositions ( S. Nikolau) et d'attaques antisémites des étudiants, elle entre à l'Institut géographique de l'université Charles à Albertov en . Par ses compétences linguistiques multiples, elle se démarque de ses compatriotes. Julie Moschelesová effectue plusieurs tournées de conférences dans les universités de Londres, Cambridge, Leeds ainsi qu'ailleurs en Angleterre, soigne ses relations internationales et publie une vingtaine d'ouvrages.

Elle obtient en son habilitation dans le domaine de l'anthropogéographie (aujourd'hui géographie humaine) avec une conférence sur L'Europe centrale comme concept anthropogéographique. Elle rédige cinq monographies et de nombreuses études publiées en Europe et aux États-Unis. Avec la philologue , elles sont les deux seules professeures associées en université, ce qui fait d'elle une pionnière de la géographie tchécoslovaque. Jusqu'au début de , elle est toujours régulièrement la cible d'attaques antisémites ; elle est remplaçante pour les cours de géographie régionale.

Exode durant la Seconde Guerre mondiale En , l'occupation de la Tchécoslovaquie lui fait quitter le pays en juin, déguisée en mendiante, grâce à l'aide d'amis de l'Institut britannique de sociologie dont notamment Margaret Tatton. Julie Moschelesová travaille six ans à Melbourne en Australie où elle enseigne à la Faculté de commerce jusqu'en . Elle s'investit également dans la branche en exil de la Croix-Rouge tchécoslovaque. C'est là qu'elle rencontre celle qui devient sa compagne, la spécialiste de littérature danoise Greta Hort, qui occupe alors le poste de présidente de la section. Julie Moschelesová sert ensuite dans l'armée indépendante des Indes orientales néerlandaises en tant que géographe. Le , immédiatement la guerre terminée, elle démissionne de son poste pour le gouvernement néerlandais pour rejoindre son pays, accompagnée de Greta Hort.

Retour en Tchécoslovaquie alt=Photo d'un bâtiment en briques de l'Université Charles de Prague|vignette|L'Université Charles de Prague À son retour en Tchécoslovaquie, Julie Moschelesová découvre que sa famille a été assassinée pendant l'Holocauste et que tous ses biens familiaux ont été confisqués. Du fait de ses travaux à l'étranger, et malgré ses nombreuses publications internationales, elle n'est pas connue dans son propre pays. Le communisme à la tête de l’État ne permet pas d'apprécier son travail scientifique et elle éprouve beaucoup de difficultés à obtenir un logement pérenne. Avec Greta Hort, elle vit très pauvrement à Prague grâce à son travail de traductrice et est peu reconnue socialement. Le géographe dit de la situation qu'.

Ce n'est que quatre ans après qu'elle peut retourner au département de géographie où elle donne principalement des cours de géographie régionale. Elle y travaille uniquement en tant qu'assistante mais en , avec notamment le soutien de , elle devient professeure associée d'État ce qui améliore légèrement sa situation financière.

Ses traductions vers l'anglais permettent la publication de nombreux articles tchèques, en majorité en biologie, dans des revues étrangères et mettent en avant les parcours des chercheurs tchèques. Travailleuse vigoureuse, elle marque le public étudiant (comme Josef Brinke) par ses qualités pédagogiques, son grand dévouement à leur égard et par sa passion pour les bons romans policiers anglais. Mais son goût immodéré pour les cigarettes très fortes ne lui permet d'enseigner la géomorphologie et la géographie physique que deux ans, jusqu'à sa mort des suites d'un cancer en .

Travaux Les travaux de Julie Moschelesová lui permettent d'être une des géographes tchèques les plus respectées internationalement. Elle publie beaucoup, et dans presque toutes les branches de la géographie, ce qui fait d'elle une des fondatrices de la géographie tchèque. Ses recherches sont notamment marquées par sa méthodologie de recherche, créative et innovante, faisant appel à différentes sciences. Elle publie au début de sa carrière sur la géographie physique, en majorité en Tchécoslovaquie puis dans le domaine de la géographie socio-économique.

Apport en géographie physique en Europe alt=Photo du cours d'eau La Bílina|vignette|La Bílina à Stadice (un peu à l'amont de la confluence) En , Julie Moschelesová publie un ouvrage sur le climat de Prague, Klima von Prag, poursuivant ainsi les recherches inachevées du premier professeur tchèque de météorologie . Elle aborde ensuite des problématiques similaires dans les Balkans. Son travail s'intéresse par la suite plus particulièrement à la géographie physique, en particulier tchèque, où elle apporte un éclairage sur l'apport de la géologie et de la tectonique des plaques sur l'évolution du paysage, alors sous-estimés. Au moyen d'une analyse géologique des sédiments fluviaux, elle montre que dans la vallée Praohře où coule maintenant la Bílina coulait à l'origine l'Ohře. vignette|Les roches du Słonecznik dans le bassin de la Bohème En , par une analyse de certains volcans tchèques, elle est à l'origine de la thèse généralement acceptée du soulèvement post-Tertiaire du bassin de la Bohème. Puis, par ses recherches sur les hauts plateaux de Bohême centrale, elle distingue six terrasses fluviales d'âges différents dans la vallée de l'Elbe, renforçant les travaux de et Čeněk Zahálka. Elle travaille également sur la structure des montagnes hercyniennes, dont on peut voir des ondulations de grande amplitude dans le sud de la Bohême. Elle étudie l'évolution de la ligne de partage des eaux entre la Morava et le Váh dans la région du . Cette méthodologie surpasse les travaux de William Morris Davis et Emmanuel de Martonne avec qui elle fait des excursions dans son pays.

Apport à la géographie humaine Elle travaille sur la géographie économique de la Tchécoslovaquie, ouvrage publié en et apprécié par Albert Demangeon. Elle étudie également certaines questions théoriques du domaine en discutant des travaux de Siegfried Passarge et Jean Brunhes. alt=Carte représentant les différents districts de Prague selon leur économie à l'époque.|vignette|Carte des districts du Grand Prague, d'après Julie Moschelesová. Puis, par des analyses de la proportion d'ouvriers et de domestiques dans la population, elle classe le statut social et économique de différents districts du Grand Prague. Ses cartes permettent de mettre en avant la prédominance de travailleurs dans plusieurs types d'industries. Sa connaissance des langues lui permet d'intégrer les travaux étrangers, comme la sociologie dite urbaine de l'école de Chicago et les méthodes mathématiques encore peu mobilisées en géographie en Tchécoslovaquie. Cette méthodologie, ses réflexions sur la géographie des villes, sont développées deux décennies plus tard à l'Institut de géographie de l'université de Vienne par Elisabeth Lichtenberger.

Ses talents linguistiques lui permettent de rendre compte et de commenter les travaux étrangers pour la Société géographique tchécoslovaque, mais également dans les revues étrangères.