L′Observatoire de la petite sirène (initialement Observatoire des discours idéologiques sur l’enfant et l’adolescent), est une association loi de 1901 française fondée en 2021. L'Observatoire est opposé à toute transition de genre pour les enfants et adolescents mineurs.
En 2022, la parution du livre La Fabrique de l'enfant-transgenre de Céline Masson et Caroline Eliacheff, co-directrices de l'Observatoire de la petite sirène, a suscité de vives controverses.
L'Observatoire de la petite sirène est critiqué par des journalistes, des médecins s'occupant de personnes trans et des militants LGBT+. Ceux-ci dénoncent la panique morale qu'il diffuse et critiquent sa position conservatrice et transphobe qui refuse l'autodétermination des mineurs trans, ainsi que sa diffusion de désinformation sur ce sujet.
Historique Les trois fondatrices et co-présidentes de l'Observatoire de la petite sirène sont Céline Masson (professeure des universités), Caroline Eliacheff (psychanalyste et chroniqueuse sur France Culture) et Anna Cognet. Caroline Eliacheff et Céline Masson publient en un premier « appel » via une liste de diffusion qui, selon le psychiatre Patrick Landman, rassemble , signé de . Figurent aussi des royalistes, des militants anti-avortement et anti-PMA parmi les signataires.
Un tiers du texte de cet appel est consacré au documentaire Petite Fille, diffusé quelques mois plus tôt sur Arte, et qui décrit la transition sociale d'un enfant trans, son accompagnement et ses difficultés, notamment à l'école. La militante Maud Royer rappelle qu'au moment de la création de l'association, « Céline Masson, professeure des universités, est quasiment inconnue du grand public et n’a jamais travaillé auparavant sur les questions de genre ».
Le , le collectif envoie un email aux députés examinant la proposition de loi visant à interdire les thérapies de conversion en France, afin que la notion d'identité de genre soit exclue du texte (quel que soit d'ailleurs l'âge de la personne victime) ; il justifie cette recommandation par le fait qu'une des professionnels vis-à-vis des enfants trans pourrait s'en retrouver criminalisée comme .. Bien que, d'après plusieurs journalistes, le collectif ait .., la proposition d'exclusion de l'identité de genre n'est pas adoptée..
L'Observatoire de la petite sirène a publié plusieurs guides, notamment un guide destiné aux professionnels de santé. Ses membres interviennent régulièrement dans les médias en France, contribuant . En , Céline Masson et Caroline Eliacheff publient le livre La Fabrique de l'enfant trans-genre. La sortie de cet essai est suivie d'une campagne de communication dans de nombreux médias. Les autrices sont interviewées dans des médias français, mais étendent également leur discours dans d'autres pays francophones comme la Belgique. En , deux tribunes signées par plusieurs centaines de professionnels de santé sont publiées par L'Express et La Libre Belgique pour demander des études sur les mineurs transgenres, signe de la diffusion des idées de l'Observatoire au delà de la France.
En , le média Les Jours révèle que le rapport sénatorial du groupe Les Républicains sur « La transidentification des mineurs » utilisé pour justifier une proposition de loi interdisant toute forme de transition médicale pour les mineurs trans a été rédigé par Caroline Eliacheff et Céline Masson. L'enquête montre aussi que ces dernières ont présidé l'ensemble des entretiens, et que certains des experts interrogés estimaient que leur parole avait été déformée. L'information est ensuite reprise par Mediapart en .
La création de l'Observatoire de la petite sirène s'inscrit dans un mouvement plus large, en France et dans le monde, de médiatisation des questions liées à la transidentité, et de l'émergence dans le débat public de mouvements opposés aux droits des personnes transgenres, comme le note le sociologue Éric Fassin. Parmi ces mouvements, des féministes opposées à la reconnaissance des femmes trans.
Prises de position
Transidentité chez les mineurs S'intéressant tout particulièrement aux questions de la dysphorie de genre, l'Observatoire recommande l'interdiction de toute intervention médicale et chirurgicale chez les mineurs trans et dénonce à ce sujet l'influence d'un ., positions qui lui valent des accusations de transphobie.
En , dans un essai intitulé La Fabrique de l'enfant transgenre et dans un article., Caroline Eliacheff et Céline Masson, observant une ., alertent sur ce qu’elles estiment être des dérives du « transgenrisme » chez les mineursEspace analytique, dossier, ., un phénomène de selon elles , qu'elles assimilent à un . Ces déclarations sont jugées « transphobes » par des activistes..
Pour Eliacheff, la plupart des enfants ou adolescents qui se perçoivent comme du genre opposé à celui qui leur a été « assigné » à la naissance ne seraient en réalité pas transgenres.
L'Observatoire met en avant l'argument de la protection des enfants pour s'opposer à toute transition de genre chez les mineurs.
Dans La Fabrique de l'enfant transgenre, les autrices reprennent à leur compte la théorie de Lisa Littman sur la dysphorie de genre à apparition rapide, et rejettent les critiques de ce concept, estimant qu'elles émanent de militants. Le livre consacre un chapitre au film Petite Fille, et revient également sur le Gender Identity Development Service de la clinique Tavistock de Londres, qui offre des soins aux mineurs transgenres (notamment des bloqueurs de puberté).
Éducation sexuelle En , lors des manifestations qui ont eu lieu en Fédération Wallonie-Bruxelles contre le guide d'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS), la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) publie une enquête concluant à des rapprochements entre ses différents acteurs, pour les associer dans un même courant conservateur.. Dans ce contexte, elle mentionne que la codirectrice de l'Observatoire Sophie Dechêne a accordé une interview à Sud Radio, cette radio étant qualifiée de , et remarque que l'avocat de l'observatoire, Aymeric de Lamotte, fut candidat sur . Plusieurs journalistes remarquent aussi que ces manifestations fédèrent l'extrême droite et des conservateurs religieux avec lesquels l'Observatoire partage des positions critiques vis-à-vis de l'éducation sexuelle.....
Heurts avec le mouvement LGBT+ En , après avoir été alertée par des militants et activistes LGBT, la mairie de Paris-Centre annule un colloque dédié aux « nouveaux enjeux des parents », organisé par la section française de la WIZO pour la Journée internationale des droits de l'enfant, au cours duquel Caroline Eliacheff et Céline Masson devaient intervenir.
Le , alors que Céline Masson et Caroline Eliacheff tenaient une conférence au Café Laïque à Bruxelles, une vingtaine d'individus masqués ( de « transactivistes ») sont intervenus pour perturber et interrompre la séance, vandalisant le local, projetant des excréments sur les participants, qualifiant les organisateurs de transphobes et racistes, mais ont refusé de s'exprimer et débattre.. Dans l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo en date du , Gérard Biard commence son article intitulé en annonçant que . : . Le journaliste souligne comment . Il considère cependant que le , un palier a été franchi au moment de leur intervention au Café Laïque de Bruxelles, et il cite L'Express du , où une cinquantaine d’universitaires et d’intellectuels, dans une tribune, dénoncent cette attaque jusqu'à prononcer le mot « fascisme ». Biard, trouvant que le mot, cette fois, n'était pas , rappelle qu'effectivement .
En , la branche belge de l'association est intervenue avec le groupe belge Innocence en danger dans le cadre des controverses qui ont eu lieu en Fédération Wallonie-Bruxelles au sujet du guide EVRASEVRAS : Éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle. destiné aux professionnels de l'enseignement pour en faire modifier certains points relatifs aux questions de genre et de transidentité. Sophie Dechêne, alors co-directrice de la branche belge de l'Observatoire, a selon la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) joué un rôle déterminant dans ces débats.
Critiques
Positionnement jugé conservateur et transphobe Mediapart publie une enquête de Rozenn Le Carboulec, qualifiant les positions du collectif de conservatrices. ; le quotidien déclare que Caroline Eliacheff et Céline Masson, dans leur livre, , et reprennent l'hypothèse controversée de la dysphorie de genre à apparition rapide.
Rozenn Le Carboulec indique que les membres fondatrices de l'Observatoire de la petite sirène se sont opposées au Pacs en 1999 et que certaines, dont Olivia Sarton., sont proches de La Manif pour Tous, opposée en 2013 au mariage entre personnes de même sexe en France. L'historienne Laure Murat y voit une continuité de leur engagement idéologique, dans la création d'une panique morale visant à préserver . Seules les personnes visées changent : dix ans auparavant, il s'agissait des homosexuels tandis qu'à présent, ce sont les personnes trans. Le sociologue Éric Fassin partage cette analyse. L'argument de la , mobilisé par l'Observatoire, a aussi été utilisé historiquement pour refuser des droits aux couples homosexuels, comme le mariage ou la procréation médicalement assistée.
Selon la juriste bioéthicienne et militante québécoise des droits des personnes transgenres Florence Ashley, l'Observatoire fait partie des Pour le philosophe et militant pour les droits des personnes trans Paul B. Preciado, les prises de position médiatiques et l'influence politique de l'Observatoire s'inscrivent dans un contre les droits des personnes trans et visant à conserver les ..
Pour le psychiatre Serge Hefez, le positionnement de l'Observatoire revient à considérer la transidentité comme une maladie mentale qu'il faudrait guérir. Il voit dans cet argument . Éric Fassin estime que les positions contre les transitions de genre chez les mineurs révèlent en creux une peur de la part du corps médical de ne plus avoir le contrôle sur les personnes trans. En 2019, l'Organisation mondiale de la santé a en effet retiré la transidentité de la classification internationale des maladies.
Accusation de désinformation Plusieurs professionnels de santé intervenant auprès de mineurs transgenres en France qualifient de les positions de l'Observatoire et de ses deux principales autrices. Ils précisent aux Jours, à Têtu et à Mediapart que leurs interventions ne comportent jamais de prescriptions de bloqueurs de puberté avant la puberté, ni de modifications corporelles avant 16 ans, seules les torsoplasties (concernant une part très faible des adolescents trans) étant autorisées avant la majorité. Ils relatent que le parcours de transition laisse de multiples possibilités aux mineurs de déterminer le genre dont ils se sentent proches, et d'être informés de l'aspect irréversible des modifications corporelles.. L'article de Mediapart fait l'objet d'un droit de réponse de Caroline Eliacheff et Céline Masson, qui, l'estimant biaisé, soutiennent que leurs références bibliographiques sont , citant la controversée Lisa Littman, l'également critiquée Abigail Schrier, et un communiqué de l’Académie de médecine française du qui s'appuie également sur l'étude (depuis réfutée) de Lisa Littman.
D'après le journaliste Marc Belpois dans Télérama, l'Observatoire diffuse une
En , le journaliste Élie Hervé révèle dans le média Les Jours que l'Observatoire a rédigé un rapport pour le groupe sénatorial LR, sous la direction de Jacqueline Eustache-Brinio, en déformant les propos des personnes interrogées. Ce rapport donnera lieu à une proposition de loi visant à interdire les transitions aux mineurs trans. Elle est adoptée en première lecture le .
D'après la RTBF, Sophie Dechêne répond en dans une interview sur RTL à propos du guide Evras et y .