Le (abréviation de l’anglais américain , littéralement « film à tailladeur ») est un sous-genre cinématographique du film d'horreur.
Le slasher met systématiquement en scène les meurtres d’un assassin psychopathe, parfois défiguré ou masqué, qui élimine méthodiquement les membres d'un groupe de jeunes ou d'autres personnes, souvent à l’arme blanche. et principalement pendant la nuit.
Ce terme n'a pas d'équivalent dans le champ lexical du cinéma françaisLa définition du mot slasher présente dans les dictionnaires de français les plus connus ne mentionne pas le genre du film à slasher.. Il est apparu dans les années 1970 chez certains universitaires anglo-saxons comme Vera Dika et Carol Clover. Il a été repris par la presse spécialisée française qui, avant cela, faute de mieux, employait généralement le mot psycho-killer movie, littéralement « film à assassin psychopathe ».
Structure et règles du slasher
Dans son livre , Vera Dika définit ce sous-genre par sa structure. Elle évoque une histoire en deux parties, une série d'évènements passés centrés sur un traumatisme qui a poussé le tueur à en devenir un auquel ses futures victimes peuvent être associées (par exemple dans les Vendredi 13 les victimes seront les nouveaux moniteurs du centre de vacance où Jason a vécu une expérience traumatisante). Et une partie présente avec une séquence d'évènements commune à la plupart de ces films : une commémoration ou fête en rapport avec l'évènement passé, un avertissement aux victimes, l'intervention infructueuse d'un détenteur d'autorité comme un policier, l'héroïne qui est témoin d'autres meurtres et finit par affronter le tueur. Au total elle distingue 5 évènements passés et 14 présents qui se retrouvent en général dans chacun de ces films. Mais il est à noter que son analyse ne porte pas sur les slashers en général mais ceux qu'elle nomme le , films d'une petite période (1978-1981) correspondant au début de l'âge d'or du genre, où la plupart suivaient exactement le modèle de Halloween. Si on peut retrouver des éléments de la structure qu'elle évoque dans la plupart des autres il est rare qu'ils suivent exactement les étapes de celle ci.
Une structure plus universelle, visant à en trouver une commune à l'ensemble du genre, de 1974 à la vague des néo-slashers, a été développée plus tard par le professeur de film studies Richard Nowell, qui divise ces films en 3 parties et un total de 7 moments:
+structure du slasher movie (selon Richard Nowell) partie moment exemple (premier Vendredi 13)
Mise en Place Déclencheur En 1958 Mme Voorhees reproche aux moniteurs de Crystal Lake la mort de son fils.
Menace Sa soif de vengeance se ravive lorsque le camp rouvre ses portes en 1980.
Perturbation Loisirs Un groupe mixte de moniteurs participe à diverses activités récréatives.
Traque Mme Vorhees suit les déplacements des jeunes gens qui ne se doutent de rien.
Meurtres Mme Voorhees tue la plupart des moniteurs séparément, avec des armes blanches.
Résolution Confrontation Alice, la seule restante, affronte Mme Vorees.
Neutralisation Alice décapite Mme Voorhees.
La définition du genre par Carol Clover est, elle, formulaïque, reposant sur un ensemble d'éléments et une esthétique particulière plutôt qu'une succession d'évènements : Le tueur : généralement un homme (qui semble humain mais a souvent des caractéristiques surnaturelles comme être insensible à la douleur) qui montre des signes de dérangement sexuel (elle considère Norman Bates comme la figure archétypale auxquels ils se rattachent).
Ses victimes : des personnages sexuellement actifs, hédonistes et insouciants. Clover souligne que tout personnage de ces films montré fumant, faisant l'amour ou prenant des drogues est destiné à mourir.
Le lieu de l'action : isolé. Les armes utilisées : blanches ou contondantes, jamais à feu.
Et la dernière survivante () qui triomphe du tueur (ou au moins survit), qui a des caractéristiques à l'opposé de celles des victimes : abstinence et vigilance. C'est de l'analyse de Carol Clover qu'est dérivée l'idée de règles de survie pour les personnages de slasher, dont la plus célèbre évocation se trouve dans le film Scream, si leur liste exacte peut varier selon les sources, qui les présentent parfois comme s'appliquant à tous les films d'horreur. Dans Scream 2, s'ajoute à celles de survie une règle selon laquelle le nombre de victimes augmente à chaque séquelle, qui se vérifie généralement pour les franchises du genre.
Origines Origines américaines L'anglicisme slasher est l'abréviation de l'américain . Le terme est formé à partir de la base verbale , « couper, taillader, sabrer ». Selon le Cambridge English Dictionnary, slasher a pour définition (une personne qui tue ou blesse des gens en utilisant un couteau)« Slasher », article en ligne sur Dictionnary.cambridge.org..
De nombreux films produits aux États-Unis à partir du tout début des années 1960 ont été rattachés a posteriori au sous-genre slasher : d'abord par Vera Dika dans son essai Games of Terror (1990) puis par Carol Clover avec Men, Women, and Chainsaws (1993)Carol Clover Men, Women, and Chainsaws: Gender in the Modern Horror Film, Princeton University Press, 1993, .. D'un point de vue stylistique, ces auteurs s'accordent cependant à restreindre aux années 1974-1978 le moment clé de l'apparition du slasher movie.
Psychose. (1960) d’Alfred Hitchcock, ou encore Le Voyeur de Michael Powell (1960), peuvent être considérés comme des films inspirateurs du genre mais ils ne sont pas les premiers à mettre en scène un psychopathe qui tue des femmes ou des jeunes à l'arme blanche. Le film britannique La Maison de l'épouvante en 1969 peut également être assimilé à l'un des inspirateurs du genre.
Bien que parfois assimilé au slasher, Massacre à la tronçonneuse (1974) relève davantage du survival, genre qui se démarque notamment par sa brutalité et par son postulat scénaristique différent (le survival met généralement en scène des personnages perdus en milieu hostile et isolé, sur le territoire d'une personne ou d'un groupe de dégénérés). Le film de Bob Clark (1974) est parfois aussi considéré comme initiateur du genre aux États-Unis.
Origines italiennes
vignette| Une scène de meurtre de La Baie sanglante très connue et maintes fois plagiée, où deux adolescents en plein coït se font empaler. Mais c'est aussi en Europe que le genre trouve ses racines. Les giallos ou « gialli » italiens sont des films où des cadavres s'accumulent au fil de l'intrigue, souvent associé à une bonne dose d'érotisme et d'horreur psychologique. Les gialli mettent en scène des tueurs non identifiés qui assassinent de façon raffinée. Les intrigues des gialli ont tendance à être farfelues et improbables, faisant parfois appel à des éléments surnaturels. Torso de Sergio Martino (1973) mettait en scène un tueur masqué s'attaquant à de belles étudiantes aux mœurs légères pour se venger d'un méfait passé. Le point culminant de Torso est l'affrontement d'une dernière survivante avec le tueur dans une villa isolée. Les gialli n'étaient pas exclusivement italiens : le film britannique Meurtre à haute tension (1971) ou le long métrage espagnol Une libellule pour chaque mort (1974) sont considérés comme faisant partie du genre. Les gialli étaient populaires jusqu'aux États-Unis. La Baie sanglante (1971) de Mario Bava débute comme dans un giallo par un meurtre perpétré par un mystérieux assassin aux gants de cuir. Puis, subitement, le tueur enlève ses gants et son identité est immédiatement révélée. Ainsi, Bava bascule vers un autre genre, il initie de nouveaux codes. Bava a ainsi signé l'acte de naissance du slasher selon plusieurs analystes. Il a grandement inspiré Vendredi 13 (1980) et sa suite de 1981, Le Tueur du vendredi. Le Tueur du vendredi a spécifiquement « suivi l'inspiration de Bava en présentant des jeunes gens sous la menace d'une mort brutale dans de magnifiques décors boisés ». Des critiques ont néanmoins analysé une différence fondamentale entre La Baie sanglante et ses plagiats américains : « Bava ne se contente pas d’appliquer à son film un programme purement mécanique, où la mort serait délivrée avec méthode et froideur, par une entité masquée et anonyme. La véritable rupture de La Baie sanglante réside dans l’absence de personnage positif auquel le spectateur pourrait s’identifier, ou tout simplement ressentir de l’empathie ». Pezzotta déclare quant à lui « Les slasher comme Vendredi 13 semblent l'avoir copié sans vergogne, sans avoir compris l'essentiel : que Bava ne respecte aucune règle. Et il est non seulement plus cultivé et plus ironique que ses supposés épigones, mais aussi beaucoup plus méchant »..
Âge d'or La série des Vendredi 13, lancée en 1980, est avec celle des Halloween et, plus tard, des Scream, la plus célèbre représentation d’un genre dont la formule reste sensiblement inchangée d'un épisode à l'autre : petit budget, acteurs jeunes et débutants, tueur masqué effrayant appelé à devenir culte, meurtres nombreux et sanglants à l'arme blanche (même si Halloween reste un peu plus suggestif). Peter Hutching, dans The Horror Film (2004)Peter Hutching, The Horror Film, Longman, 2004, ., propose de nuancer et de distinguer avant et après la sortie d'Halloween : le style évolue et, surtout, les producteurs réclament une suite et mettent en place un système récurrent commercialement rentable.
La particularité du slasher est qu'il met en avant le psychopathe auteur des crimes, de par son histoire, son mode opératoire et son accoutrement. On se souvient souvent davantage du meurtrier des films que de ceux qui doivent le combattre, ce qui fait de lui une sorte de mythe. Ce genre de personnage est appelé en anglais (ou ), en français « croque-mitaine », terme d'ordinaire utilisé pour faire peur aux enfants dans des histoires effrayantes, inventées de toutes pièces pour les rendre plus « sages ».
Meurtres à la St-Valentin en 1981, ou encore la série des Freddy lancée par Wes Craven en 1984, sont d'autres titres culte du slasher.
Commencé discrètement en 1971 (voir plus haut), cette période atteindra son point culminant au milieu des années 1980 avant de retomber à plat, Kyle Atwood considérant qu'elle s'achève en 1984reelrundown.com mais Adam Rockoff, dans le livre Going to Pieces, parle, lui, plutôt de l'année 1986.
Certains films postérieurs peuvent néanmoins être considérés du genre slasher comme Week-end de terreur (April Fool's Day) de 1986 et Stage Fright (Déliria) de 1987.
L'année 1982, d'après darkmovies.be, est l'année record de sortie du nombre de film d'horreur abordant tous les genres..
L'année suivante est certainement celle où sont abordés les thèmes les plus variés reflétant les maux de nos sociétés, pension de famille dans The House on Sorority Row, magicien mécontent dans Nuit noire, esprit et père de famille tueur dans Madman, acteur sortant de sa tombe dans Horror Star et, pour terminer enfin, pendant un camp d'été sur le problème des adolescents en tous genres dans Massacre au camp d'été, dont la sortie est datée du ebloghorreur.com.
Dans les années 1970 et 1980, les critiques, au moment de la sortie de ces films, furent souvent négatives : les premiers opus de Halloween et de Vendredi 13 font cependant partie des films d'horreur les plus rentables du box-office, et certains sont devenus des films culte, cités ou servant de référence à d'autres productions dans lesquelles les réalisateurs s'amusent ainsi avec les spectateurs.
Second souffle
Après les suites en série de Vendredi 13 ou Halloween et de nombreux ersatz, le semble perdre de l’importance, se faisant de plus en plus rare à la fin des années 1980 et au début des années 1990.