La tentative de coup d'État du en Espagne, connu en Espagne sous le numéronyme de 23-FLe numéronyme 23-F renvoie à la date du 23 février., perpétré en Espagne par des officiers de l'armée, a été marquée par l'assaut du Congrès des députés par un groupe d'officiers et de sous-officiers de la Garde civile qui fut filmé par la télévision espagnole.

Ce coup d'État, qui s'est soldé par un échec, se déroula au moment de l'élection de Leopoldo Calvo-Sotelo, membre de l'Union du centre démocratique (UCD), à la présidence du gouvernement espagnol.

Contexte Le coup d'État de 1981 est étroitement lié aux événements qui se sont déroulés pendant la transition démocratique espagnole. Quatre facteurs engendrent une tension permanente, que le gouvernement d'Union du centre démocratique (UCD) échoue à contenir : les conséquences de la crise économique ; les difficultés de mise en œuvre d'une nouvelle organisation territoriale de l'État ; les actions terroristes de l'ETA et les résistances de certaines unités de l'armée à accepter un système démocratique.

Les premiers symptômes du malaise de l'armée apparaissent en , lorsqu'à la suite de la légalisation du Parti communiste d'Espagne (PCE), le 9, l'amiral , ministre de la Marine, démissionne et que le Conseil supérieur de l'armée émet une note qui manifeste sa désapprobation. En a lieu le démantèlement de l'opération Galaxia, une première tentative de coup d'État contre la transition vers la démocratie qui s'annonce, menée par différents officiers et dont le chef est le lieutenant-colonel de la garde civile Antonio Tejero. Deux officiers sont arrêtés, Tejero et le capitaine de police Ricardo Saenz de Ynestrillas. Ils sont jugés en 1980. En dépit des réquisitions du procureur, Tejero est condamné à sept mois de prison et à une assignation à domicile, Ynestrillas à six mois. vignette|redresse|gauche|Adolfo Suárez en 1977. Alors que la volonté putschiste s'accroît dans l'armée et du côté de l'extrême droite, le gouvernement fait face à une crise profonde, qui atteint en 1980 son paroxysme. Parmi les principaux événements majeurs de cette période, il y a la démission, le , du ministre de la Culture, Manuel Clavero Arévalo; le remaniement du gouvernement le ; la motion de censure déposée contre Adolfo Suárez par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) en mai ; la démission, le , du vice-président du gouvernement, Fernando Abril Martorell, qui donne lieu à un nouveau remaniement du gouvernement en septembre, et l'aggravation du terrorisme avec des assassinats à Barcelone et au Pays Basque.

La faiblesse croissante de Suárez dans son propre parti rend de plus en plus probable sa démission comme président du gouvernement et de l'UCD. Il renonce effectivement fin , puis les événements se précipitent. Le , le collectif « » publie dans le journal El Alcázar un article clairement putschiste ; du 2 au , le couple royal voyage au Pays basque, où les députés du parti Herri Batasuna les accueillent par des huées ; le l'ingénieur de la centrale nucléaire de Lemóniz, séquestré depuis quelques jours, est découvert assassiné alors qu'on reste sans nouvelle d'un autre industriel séquestré, Luís Suñer. Au milieu de ce climat tendu, la succession de Suárez se met en marche. Entre les journées du 6 et se déroule le de l'UCD à Majorque, où le parti apparaît divisé et où Agustín Rodríguez Sahagún est élu président de circonstance : le Leopoldo Calvo Sotelo est choisi comme candidat à la présidence du gouvernement.

Les tensions sont déjà fortes lorsque, le , est rendue publique la mort, dans la prison madrilène de Carabanchel, du militant basque indépendantiste Jose Ignacio Arregui, victime des tortures infligées par des policiers de la Direction générale de la sûreté (ancienne dénomination du secrétariat d'État à la Sécurité). Cela déclenche au Pays basque une grève générale et au Congrès, une dispute entre les groupes parlementaires. À la suite de cela, le gouvernement destitue plusieurs chefs de la police, tandis qu'ont lieu au ministère de l'Intérieur des démissions en signe de solidarité avec les torturés.

C'est dans ce cadre que le , Leopoldo Calvo-Sotelo présente son gouvernement. Lors du vote du , il n'obtient pas la majorité nécessaire. Cette situation impose un nouveau vote, planifié le . C'est le jour que choisissent les putschistes. Ces derniers réunissent les partisans d'un coup d'État brutal, visant à imposer une nouvelle dictature militaire, prônée par Antonio Tejero et par le capitaine général Jaime Milans del Bosch (le second souhaitant conserver la monarchie en place), et ceux d'un coup d'État en douceur, visant à amener le roi à prendre la tête d'un gouvernement temporaire de salut public, prôné par le général Alfonso Armada, ex-secrétaire général de la Maison du roi.

Déroulement vignette|gauche|Impacts de balles dans le plafond de l'hémicycle. Lors de la tentative du coup d’État du , les divers complots putschistes distincts qui se tramaient depuis le commencement de la transition convergent de façon coordonnée.

Ce jour-là, le président du Congrès des députés ouvre le second vote d'investiture du président du gouvernement. À 18 h 21, un groupe d'officiers et de sous-officiers membres de la Guardia Civil, sous le commandement du lieutenant-colonel Antonio Tejero, fait irruption dans l'hémicycle, interrompt le vote et ordonne à toutes les personnes présentes de s'allonger et ne pas bouger. Instinctivement, le général de division de l'armée de terre Manuel Gutiérrez Mellado, premier vice-président du gouvernement et officier le plus gradé dans la salle, se lève, se dirige vers la tribune où se tient Antonio Tejero et lui ordonne de déposer les armes. Un groupe d'une dizaine de soldats est nécessaire pour le maîtriser, malgré ses .

Les gardes civils ouvrent alors le feu à l'arme automatique vers les plafonds de la salle des séances. Aussitôt, l'intégralité des députés et ministres se couchent dans les travées, à l'exception du secrétaire général du Parti communiste Santiago Carrillo, qui reste assis et du président du gouvernement sortant Adolfo Suárez, ainsi que le général Mellado.

, opérateur de la Télévision espagnole, continue de filmer la séance pendant une demi-heure, apportant un témoignage exceptionnel sur les événements du .

En prenant le contrôle du Congrès et en retenant prisonniers députés et ministres, les putschistes cherchent à instaurer un , dont doit profiter un nouveau régime franquiste pour se mettre en place. sont alors mises à l'écart : Suárez, Carrillo, le secrétaire général du PS Felipe González et son adjoint Alfonso Guerra.

Peu après, le capitán general de la Région militaire Jaime Milans del Bosch se soulève. Il fait sortir les chars dans les rues de Valence et proclame l'état d’exception en tentant de convaincre les autres militaires de soutenir l'action. À 21 heures, un communiqué du ministère de l'Intérieur informe que les secrétaires d'État et sous-secrétaires des ministères forment une commission permanente, chargée d'exercer les fonctions gouvernementales, sous la présidence du directeur général de la Sécurité de l'État, Francisco Laína et en contact étroit avec les généraux, chefs d'état-major. Parallèlement, le Sénat est convoqué en session par une partie de son bureau (le président Cecilio Valverde est retenu en otage au Congrès) et se réunit à partir du à afin de maintenir l'activité parlementaire.. Entretemps, un autre général putschiste, Torres Rojas, échoue dans son essai de supplanter le général , à la tête de la division blindée Brunete, considérée comme la meilleure division blindée espagnole - et précédent commandement de Torres Rojas et de Milans del Bosch. Cela marque l'échec de la tentative d'occupation des points stratégiques de la capitale, parmi eux le siège de la radio et de la télévision, et la diffusion d'un communiqué relatant le succès du coup d'État.

Le refus du roi Juan Carlos I de soutenir le coup d'État le fait avorter dans la nuit. Le monarque lui-même s'assure par sa gestion personnelle et celle de ses collaborateurs de la fidélité des commandants militaires. L'attitude du président de la Généralité de Catalogne, Jordi Pujol, : peu avant 22 heures, il diffuse à toute l'Espagne sur Radio Nacional et Radio Exterior une allocution où il appelle au calme.

Jusqu'à une heure du matin, des négociations ont lieu à l'hôtel Palace, situé à deux pas du Congrès et centre des opérations choisi par le général Aramburu Topete, directeur général de la Garde civile, et le général José Antonio Sáenz de Santa María, directeur général de la Police nationale. De même s'y trouve le général Alfonso Armada, pourtant putschiste et qui, sous couvert de négocier, prétend se proposer comme solution de compromis entre le roi et Tejero. Son plan secret, inspiré par l'exemple de Charles de Gaulle, était de former un gouvernement dont feraient partie des socialistes et des communistes. À minuit, il se présente au Congrès avec un double objectif : convaincre le lieutenant-colonel Tejero de renoncer et assumer lui-même les fonctions de président du Gouvernement aux ordres du roi, une attitude clairement anticonstitutionnelle. Mais il n'est pas « l'autorité militaire compétente » attendue par Antonio Tejero, qui est partisan d'un régime franquiste, et ce dernier le congédie violemment. Plus tard, ses plans sont découverts et il est relevé de ses fonctions de chef d'état-major adjoint de l'armée de terre.

À une heure du matin, Juan Carlos intervient à la télévision, en uniforme de capitaine général des armées pour s'opposer au coup d'État, défendre la Constitution et relever le général Jaime Milans del Bosch. À partir de ce moment, le coup d'État est considéré comme avorté. À cinq heures, isolé, Milans del Bosch renonce à ses plans et est arrêté. Antonio Tejero résiste jusqu'à midi le , mais les députés sont libérés dans la matinée.

Réactions internationales vignette|Leopoldo Calvo Sotelo reçoit le lieutenant-général des forces armées du Royaume hachémite de Jordanie, Sharif Zeid Bin Shaker, en compagnie du ministre de la Défense, en 1982. Peu après l'assaut du Congrès, le coup d’État est condamné avec force par les pays de la CEE, avec qui l'Espagne était en négociation pour une adhésion qui se produira finalement en 1986. Au Royaume-Uni , le Premier ministre Margaret Thatcher qualifie le soulèvement militaire d'« acte terroriste » .

. Antonio Tejero lui-même, assis au banc des accusés lors du procès qui suivra le coup d'État, affirme sans difficulté qu'« aussi bien le gouvernement des États-Unis que le Vatican avaient été sondés par le général Armada ». Après l'entrée d'Antonio Tejero dans l'hémicycle, le secrétaire d'État américain, le général Alexander Haig, se limite à déclarer que « l'assaut du Congrès des députés est une affaire interne concernant les Espagnols », ce qui lui vaut de sévères critiques internationales ; une fois le coup d'État échoué, il change ses déclarations pour un surprenant « Nous devons nous féliciter qu'en Espagne la démocratie ait triomphé ». .

Pour sa part, le Vatican était réuni le jour même, le , en une Assemblée épiscopale et il ne fera de ce fait pas de déclaration avant le 24, lorsqu'il condamne le coup d'État déjà échoué.

Conséquences judiciaires et politiques vignette|Commémoration du de l'échec du coup d'État, le .

Deux jours après cette tentative de coup d’État, Leopoldo Calvo-Sotelo obtient son investiture comme nouveau président du gouvernement, à la majorité absolue des suffrages.

Après le coup d'État demeurent quelques interrogations, spécialement au sujet du rôle joué par chacun des principaux putschistes et particulièrement les intentions et appuis du général Armada. Les conséquences les plus notables sont le début du processus d'évolution autonomiste (LOAPA) et un puissant renforcement de l'image de la monarchie parmi la population et les médias politiques.