Les structures de péché, également appelées péché structurel, sont une notion théologique esquissée notamment par la théologie de la libération dans les années 1960 en Amérique du Sud, puis développée en particulier par le pape Jean-Paul II au cours de son pontificat.
Ce dernier développe en effet l'idée que les structures sociales, économiques, politiques, financières, développées par l'être humain le contraignent par la suite au point de ne plus lui permettre d'agir autrement qu'en péchant. Il dénonce en particulier les ravages de ces structures de péché sur l'écologie et sur l'anthropologie.
Ce concept est ensuite repris à plusieurs reprises par le pape François. En outre, il se développe dans le monde protestant, surtout à la faveur des différents réveils
Définition Le péché structurel peut être pensé comme une catégorie intermédiaire entre le péché originel, inhérent à l'homme et donc inéluctable, et le péché individuel, fruit d'une décision ou du moins d'une liberté de choix .. Il caractérise des types d’organisations sociales qui induisent automatiquement, ou du moins de manière très contraignante, une manière d’être déviante ..
En tant que telles, ces organisations sont le fruit d'une accumulation de péchés personnels qui crée à la longue des faits de société qui par leur influence induisent une vraie disposition aux péchés personnels . ..
Les structures de péché défont et détruisent la durabilité du monde, au sens que donne Hannah Arendt à ce terme ; plus précisément, elles défont la capacité du monde à héberger l'être humain en tant que créature humaine. Mathias Nebel affirme ainsi que le péché structurel ..
Historique et évolution Premières définitions Piet Schoonenberg Piet Schoonenberg, dans son ouvrage de 1964 propose une réinterprétation de la doctrine du péché originel en l’identifiant au « péché du monde » développé par Jean dans son Évangile .. Il définit en effet le péché comme un refus de Dieu qui peut être attachement désordonné à un objet créé ; jusque-là cette définition est directement inspirée de celle d'Augustin. Toutefois Schoonenberg insère cette relation et sa rupture dans une relation à Dieu de la création tout entière. D'autre part, il désingularise le péché pour le fragmenter en une série de refus, qui s'expriment de manière croissante. De ce fait ce refus porte en priorité sur la question de la liberté et de l'autonomie de l'individu, allant jusqu'au refus du salut. Ce péché est donc ontologiquement porteur de destruction, et personnification de l'anomie ..
Revenant sur le premier chapitre de l'Évangile de Jean, et notamment sur la description de Jésus-Christ qu'y fait Jean le Baptiste , Schoonenberg s'appuie sur la définition de « monde » développée dans cet Évangile pour qualifier ledit « péché du monde ». Il s'agit pour lui du péché de l’humanité en tant qu’elle est une société, c’est-à-dire une communauté d’individus. Chaque être humain est dans une situation qui est le , ou bien . Le péché du monde n'est donc pas une accumulation de péchés individuels, mais à l'interaction entre ces péchés individuels et cette situation ..
De cette définition découle que le péché du monde est une incapacité de la communauté humaine à être le lieu d’accomplissement d’une liberté particulière : la communauté humaine, du fait de ses structures de péché, entraîne, de manière non obligatoire, mais très fortement, chacun des individus qui la compose à pécher ..
Karl Rahner En parallèle, Karl Rahner s'appuie sur les concepts développés par Martin Heidegger, notamment dans Être et Temps, pour affirmer que le péché structurel est notamment issu d'une tension ontologique créée par l’inscription temporelle d’êtres dont la durée d’accomplissement n’est pas identique. Il émerge de la dialectique entre le temps de l’individu et celui des institutions qui structurent la communauté ; ces durées divergent mais sont toutes deux portées par l'individu.
Concile Vatican II Le concile Vatican II évoque le « péché social » mais ne développe pas spécifiquement le concept ..
Dans le monde protestant Le Grand réveil aboutit dans le monde protestant américain à une prise de conscience de l'esclavage comme péché structurel, notamment chez les méthodistes et les baptistes. Pour autant, cette prise de conscience n'entraîne pas une remise en cause de la structure de péché en tant que telle, mais plutôt une invitation à la transgression des barrières et à l'universalité du Salut ..
Le théologien protestant Karl Barth ne définit pas de manière littérale les « structures de péché », mais il évoque dans son ouvrage la comme connaturelle à la structure ecclésiale ..
Sous le pontificat de Jean-Paul II Premières définitions La première mention du terme « structures de péché » par Jean-Paul II date de la conférence de Puebla en 1979. À cette occasion, le pape applique cette notion aux déséquilibres sociaux majeurs qui affectent l’Amérique du Sud : corruption, trafic d’armes, marginalisation économique d’une partie de la population. De manière plus large, il cible deux types d'organisations constituant de son point de vue des structures de péché : le capitalisme libéral et le marxisme collectiviste ..
En 1982, la Commission théologique internationale, dans son texte La réconciliation et la pénitence, affirme que ; néanmoins, elle admet que ..
Utilisation dans les textes principaux Jean-Paul II développe ensuite la notion de structures de péché dans ses deux encycliques Sollicitudo rei socialis, en 1987, et Centesimus annus, en 1991. Dans la première, il définit les structures de péché comme la .. Il les illustre par deux principales tendances : d'une part le ; d'autre part, la . Particulièrement, il pointe que c'est l'absolutisation de ces désirs, la volonté du qui les définit comme structures de péché ..
Dans Centesimus annus, en 1991, le pape affirme que la sont dues notamment aux structures de péché, induites par . Il appelle donc en conséquence ses lecteurs à ..
L'apport de Jean-Paul II dans cette réflexion change le paradigme qui voulait que .. Dans le Catéchisme des évêques, à la page 313, le péché social est compris comme accumulation de péchés collectifs, dont des exemples sont ensuite fournis à la page 333 : racisme, le nationalisme étroit, l’euthanasie, la torture, etc ..
Reprise par le pape François Au cours de son pontificat, le pape François développe l'idée que les structures économiques et financières mondiales, telles qu'elles sont alors développées, favorisent ontologiquement une forme de société pécheresse. Il fustige en particulier l’évasion fiscale et la corruption qu'il considère comme des structures de péché ..
Le , à l’occasion de la journée de la mémoire et de l’engagement en souvenir des victimes innocentes des mafias, François affirme que les mafias sont des .. Dans son exhortation apostolique Laudate Deum publiée le , le pape rappelle que les évêques africains avaient estimé que le changement climatique est le révélateur d' ..
Articles connexes Péché dans le christianisme
Notes et références
Bibliographie
Liens externes
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